L’ouvrage de Mateusz Białas, s’appuyant sur un travail doctoral soutenu en 2014, se présente comme une analyse rhétorique du discours présidentiel de Nicolas Sarkozy (2007-2012). L’objectif de la monographie est de décrire la spécificité du discours hégémonique de Sarkozy et part de l’hypothèse que le pathos y joue un rôle dominant.
Le plan de cet ouvrage est tripartite et progresse (i) d’un cadre théorique, servant à poser les jalons du discours politique tel qu’il est appréhendé en analyse de discours, (ii) vers une recherche axée sur les figures du discours (iii) et se termine par une étude centrée sur la mobilisation du pathos décrite comme étant au service de l’ethos.
Le corpus est composé de soixante interventions prononcées par Sarkozy, en France et à l’étranger, entre janvier 2007 et mai 2012. Ce corpus comprend des discours disparates sur le plan générique (discours de tribune, interviews télévisées et radiophoniques, et conférences de presse) et sur le plan énonciatif (Sarkozy apparaît tantôt comme candidat, tantôt comme président).
L’analyse proposée, essentiellement rhétorique, prend appui sur la tradition aristotélicienne et puise également du côté des auteurs fondamentaux en analyse du discours (e.g. Charaudeau et Maingueneau, Reference Charaudeau and Maingueneau2002 ; Amossy, Reference Amossy2006). La première partie présente un cadre théorique général suivant un entonnoir : Mateusz Białas pose le discours politique comme un acte de communication politique (chapitre 1), puis rappelle les enjeux de la notion de discours (chapitre 2) et de discours politique contemporain (chapitre 3).
La seconde partie examine les figures du discours dans une perspective pragmatique et sociosémiotique. Divisée en deux chapitres, cette partie se concentre sur les figures de pensée et de construction dans le discours de Sarkozy. Parmi les figures de pensée, nous retiendrons les analyses sur l’hyperbole et sur cette astuce rhétorique qui consiste à produire des questions et dialogues fictifs – astuce d’autant plus intéressante lorsqu’elle se manifeste dans le cadre d’interviews, comme le souligne très justement l’auteur. Parmi les figures de construction, Mateusz Białas décrit les figures de symétries, les figures de répétition et d’accumulation. Si cette monographie repose sur une étude qualitative, l’auteur cite aussi son pendant quantitatif : soit l’étude lexicométrique de Damon Mayaffre (Reference Mayaffre2012). On retrouve effectivement plusieurs échos à ces recherches notamment sur les anaphores, les réflexions concernant la sur-utilisation de verbes et sur les pronoms on et ça. Globalement, dans cette partie centrée sur les figures de discours, Mateusz Białas remobilise bien le fil conducteur de son travail : l’efficacité rhétorique du discours de Sarkozy repose sur la mobilisation du pathos.
La dernière partie de la monographie se focalise sur la question du pathos et de l’ethos. Le premier chapitre distingue les pathos positif et négatif du discours de Sarkozy. Dans cette perspective, les récapitulatifs qui figurent en fin de sous-partie ont un fonctionnement en miroir particulièrement efficace. Les analyses de Mateusz Białas le conduisent, en effet, à dresser des bilans concernant les niveaux syntaxiques, lexicaux et argumentatifs : le pathos positif se sert des pronoms de deuxième personne, de contrastes lexicaux ainsi que d’arguments ad populum, ad vanitatem et ad verecundiam quand le pathos négatif repose sur l’accumulation d’un lexique dépréciatif, de formulations négatives, d’expressions injurieuses ainsi que d’arguments ad misericordiam, ad hominem et ad personam. Le dernier chapitre revient sur les différents ethos (préalables et discursifs) de Sarkozy. Mateusz Białas décrit alors quatre ethos différents (soient les ethos de solidarité, d’humanité, de caractère et de chef) – sans distinguer drastiquement les ethos de Sarkozy en tant que président et en tant que candidat. Ces ethos sont décrits comme étant nourris de figures diverses (e.g. la figure du chef souverain pour l’ethos de chef). Nous retiendrons enfin les analyses concernant l’énonciation sarkozyste se servant du point de vue d’une voix tierce qui serait la voix de la vérité ainsi que de la figure de l’intimité qui témoigne, selon l’auteur, du glissement du discours politique vers le discours médiatique voire publicitaire. Cette observation selon laquelle le discours médiatique laisse une empreinte dans le discours politique est d’autant plus intéressante qu’elle se trouve filée tout au long de la monographie.
Cet ouvrage témoigne d’une cohérence globale dans le cadre duquel Mateusz Białas montre que le discours de Nicolas Sarkozy n’est pas un discours rationnel qui se fonde sur le logos. Au contraire, Mateusz Białas montre sur plusieurs niveaux comment le discours de Sarkozy est un discours qui se fonde sur le pathos et sur la volonté de manipuler les émotions de l’auditeur. Pour ce faire, ce discours déploie tout un panel d’outils rhétoriques allant des figures de pensée et de construction, jusqu’au déploiement de l’ethos du chef souverain.