1 INTRODUCTION
En français parisien, on parle depuis quelques décennies déjà d'un changement affectant le système des voyelles dites ‘à double timbre’. Ces voyelles comptent quatre paires (/e/-/ɛ/ comme dans parlé-parlait, /ø/-/œ/ comme dans jeûne-jeune, /o/-/ɔ/ comme dans saute-sotte et /ɑ/-/a/ comme dans mâle-mal). La différence interne dans chaque paire peut s'exprimer comme une distance physique plus ou moins grande sur le lieu d'articulation, les autres traits restant constants (différence d'aperture pour les trois premières, différence en termes de postériorisation de la racine de la langue vers le pharynx pour la dernière), ce qui explique partiellement pourquoi elles sont souvent réunies dans les descriptions traditionnelles du français standard: elles consistent toutes d'une voyelle avec un timbre fermé et d'une voyelle avec un timbre ouvert. Elles partagent, en outre, certains principes de distribution allophonique dans les cas où elles ne forment pas de paires minimales (par exemple pour /Ø/, /O/: uniquement le timbre fermé en finale absolue). Depuis l'enquête de Martinet en 1941, qui avait la forme d'une auto-évaluation de la part de 250 informateurs adultes de Paris et de la France du Nord (questions du type: ‘Prononcez-vous de façon identique pâte et patte ?’, Martinet, Reference Martinet1945 [1971]), et les enquêtes successives à méthodologie semblable de Reichstein (Reference Reichstein1960) (sur 556 élèves, âgées de 13 à 15 ans) et de Deyhime (Reference Deyhime1967a, Reference Deyhimeb) (sur 500 étudiants de la Cité Universitaire à Paris), nous avons des preuves que de moins en moins de Parisiens font la distinction entre les deux /A/. Martinet (Reference Martinet1969) a fait la synthèse de ces trois enquêtes. D'autres études, se servant d'analyses phonétiques auditives, ont confirmé ceci et ont élargi l'observation: les /E/ sont également touchés. Dans leurs enquêtes parisiennes, Léon (Reference Léon and Rondeau1973), Peretz (Reference Peretz1977a), Peretz-Juillard (Reference Peretz-Juillard and Houdebine1985) et Landick (Reference Landick1995) ont noté des timbres intermédiaires là où on s'attendrait à une distinction entre timbre fermé, /e/, et timbre ouvert, /ɛ/. Les deux dernières paires de voyelles sont probablement concernées aussi, mais à un moindre degré: selon le témoignage de Landick (Reference Landick1995), basé sur des données de la fin des années 1980, l'opposition des deux /Ø/ n'est stable que parmi les locuteurs ayant fait des études supérieures, et l'opposition des deux /O/ est entamée aussi, mais reste la plus forte des quatre.
L'ensemble de ces observations soulève un certain nombre de questions que nous examinerons dans la présente étude. D'abord, il nous semble que l'ampleur des changements et le rythme d’évolution de chacune des paires de voyelles pourraient être mieux illustrés:
1. Est-ce que le sous-système entier des voyelles à double timbre est touché aujourd'hui par la perte d'oppositions? Ensuite, les travaux déjà faits nous inspirent à mettre au centre de notre étude certaines questions de recherche de nature à la fois linguistique et sociolinguistique;
2. Quelle est la nature exacte des nouvelles prononciations ? Sont-elles partout ‘intermédiaires’ ou caractérisées éventuellement par un autre mouvement phonétique général (de fermeture par exemple)? Ou obéissent-elles à un nouveau principe de distribution allophonique? Nous examinerons plus particulièrement le rôle joué par la ‘loi de position’;
3. Quelle est l'insertion sociolinguistique de ces changements? Quel est l'impact du positionnement social du locuteur (qu'il soit lié à son niveau d'instruction et/ou à d'autres caractéristiques sociales) dans les changements en cours?
Nous proposons d'attaquer ces questions à l'aide d'une étude en temps réel. L'enquête oppose des données parisiennes de 1972–74 (Peretz, Reference Peretz1977a) à des données semblables, recueillies avec le même protocole d'enquête, en 2001–2004, par nos soins, le choix des locuteurs garantissant une diversité socioculturelle dans les deux corpus.
Méthodologiquement, notre étude s'inscrit dans une série encore assez modeste d'enquêtes en temps réel portant sur divers aspects de l’évolution de la prononciation du français au Canada et en France:Footnote 1 Thibault et Daveluy (Reference Thibault and Daveluy1989), Hansen (Reference Hansen1998, Reference Hansen2001), Sankoff et al. (Reference Sankoff, Blondeau, Charity, van de Velde and van Hout2001). Elle est du type ‘trend study’ (étude de tendance) dans le sens où elle oppose deux groupes de locuteurs comparables à travers le temps plutôt que d'aller retrouver les mêmes locuteurs après un laps de temps (‘panel study’), selon la terminologie de Labov (Reference Labov1994: 76–77, voir aussi Sankoff Reference Sankoff and Brown2006).
2 FONDEMENT DES QUESTIONS DE RECHERCHE
2.1 ‘Loi de position’, prononciation intermédiaire ou encore autre chose?
Il est d'un intérêt théorique évident de savoir ce qui se passe avec des phonèmes auparavant distincts lors d'un processus de confusion phonologique. Est-ce que les deux se confondent dans la prononciation d'un des deux ou dans quelque chose d'intermédiaire, ou est-ce que les deux qualités phonétiques continuent à exister côte à côté, mais selon un principe de distribution allophonique, c'est-à-dire une distribution selon les contextes phonologiques? Pour les voyelles à double timbre, un tel principe de distribution existe déjà, mais partiellement seulement pour le français parisien; c'est la ‘loi de position’ qui dicte un timbre fermé en syllabe phonétiquement ouverte, et un timbre ouvert en syllabe phonétiquement fermée, comme par exemple pour la paire /ø/-/œ/: [ø] dans le mot peu, et [œ] dans le mot seul, ainsi que le signale Martinet entre autres (1971: 113). Le fait que ce principe ne s'applique que partiellement pour le français non-méridional a déjà été mis en évidence, et est rediscuté par exemple par Walker (Reference Walker2001: 55–57) et par Dominicy, qui souligne l'existence de paires minimales en syllabe fermée pour /Ø/ et /O/ (comme dans jeûne-jeune, saule-sole) et en syllabe ouverte pour /E/ (comme dans épée-épais) (Dominicy, Reference Dominicy2000: 21).Footnote 2 Lors des changements phonétiques actuels, il est en conséquence intéressant de savoir, pour cette variété du français, si le principe de la loi de position va s'affaiblir ou se renforcer, sachant que dans le français méridional, il s'applique assez généralement, bien qu'avec des différences régionales (Durand et Lyche, Reference Durand, Lyche, Coveney, Hintze and Sanders2004; Violin-Wigent, Reference Violin-Wigent, Beeching, Armstrong and Gadet2009; Durand, à paraître).
A lire la littérature linguistique existante, la réponse à cette question n'est pas donnée d'avance. Malmberg (Reference Malmberg1942: 235–236, cité par Léon, Reference Léon and Rondeau1973: 61), avait noté un renforcement de la loi de position (‘La tendance de la langue populaire à prononcer les mots en –et (billet, carnet, etc.) avec un e fermé est bien connue et est en progrès constant dans le langage courant’), mais Léon constate au contraire chez ses jeunes locuteurs masculins, fils d'ouvriers, une opposition très solide entre /e/ et /ɛ/ en syllabe finale absolue, au point de conclure: ‘Peut-être y a-t-il là dans le parler populaire l'amorce d'un renversement des tendances de la loi de position, qui stipulait jusqu’à une époque récente que le E en syllabe ouverte tendait nécessairement vers un timbre fermé.’ Et il ajoute (Léon, Reference Léon and Rondeau1973: 62) que Deyhime (Reference Deyhime1967a) avait constaté le même renversement que lui.Footnote 3 Aujourd'hui, on retrouve des propositions semblables à celle de Malmberg. Dans son chapitre de synthèse sur le français de référence (Lyche, à paraître), Lyche semble pencher personnellement pour un renforcement général de la loi de position: ‘La tendance actuelle va cependant vers un renforcement de la loi [. . .]’, mais résume Carton (Reference Carton, Antoine and Cerquiligni2000) de la façon suivante à propos des /E/ en syllabe accentuable ouverte: ‘La tendance décrite semble être soit une voyelle intermédiaire, soit le respect de la loi de position.’ (nous soulignons).
L'existence des timbres intermédiaires a été largement soulignée par des études antérieures, surtout pour /E/. Ainsi Léon (Reference Léon and Rondeau1973: 63) note des ‘timbres moyens’ en position inaccentuée (qu'il s'agisse de syllabe ouverte, comme dans il est là, ou de syllabe fermée, comme dans question), comme le fait aussi Lefebvre (Reference Lefebvre1988: 79) pour la syllabe finale ouverte (surtout pour le phonème /ɛ/), et Peretz pour le même type de syllabe (mots comme piquet, filet, il sait, je connais) (Reference Peretz and Walter1977b: 68). Lefebvre (Reference Lefebvre1988: 84) et Peretz (Reference Peretz1977a: 381 et sq.) ont constaté également des timbres intermédiaires pour /Ø/.
Certains observateurs insistent sur un mouvement général de fermeture dans les voyelles moyennes à Paris, citant entre autres des prononciations fermées devant /r/ comme dans [fʁeʁ], [pøʁ], [moʁ] (Conein et Gadet, Reference Conein, Gadet, Androutsopoulos and Scholtz1998, Gadet, Reference Gadet, Marley, Hintze and Parker1998, Jamin, Reference Jamin1999, cités par Coveney, Reference Coveney2001 : 78, 88, 95), tout en soulignant un ancrage chez les jeunes des classes populaires en banlieue.
Il existe donc des témoignages divergents à propos de la qualité actuelle des anciens timbres distincts (tendant vers une distribution selon la loi de position, ou vers des réalisations de plus en plus souvent intermédiaires ou fermées).
Une question annexe qui concerne la réalisation phonétique changeante des voyelles traditionnellement ‘à double timbre’, est celle de l'antériorisation de /ɔ/. Plusieurs études ont souligné l'existence de prononciations comme [marœk] pour Maroc (Martinet, Reference Martinet1958 [1969]) ou [lœkal] pour local (Fónagy, Reference Fónagy1989) (voir également les synthèses dans Landick, Reference Landick1990; Carton, Reference Carton, Antoine and Cerquiligni2000, Reference Carton, Hintze, Pooley and Judge2001; Lyche, à paraître). Morin (Reference Morin1971) (cité par Landick, Reference Landick1990) et Lodge (Reference Lodge1996) remarquent pourtant qu'il s'agit là d'un trait très ancien du français parisien, datant probablement du 17e siècle. Lennig, qui constate également ce trait de prononciation dans le français parlé à Paris du début des années 1970, en vient d'ailleurs à supposer toute une rotation des voyelles orales vers l'avant (Lennig, Reference Lennig1978: 165). Bien que la problématique /ɔ/ > [œ] ne soit pas au centre de nos préoccupations dans cette étude, nous allons la commenter en analysant nos résultats.
2.2 Insertion sociolinguistique – un changement venu ‘d'en dessous’?
Quant à l'autre question centrale, l'insertion sociolinguistique des changements en cours, le travail de Peretz, sur Paris, constate un ‘retard de la classe supérieure, plus conservatrice’ par rapport aux pertes d'oppositions et ‘un usage hypercorrectif de certains locuteurs des classes moyennes’ (Peretz, Reference Peretz1977a; Reference Peretz and Walter1982: 22). Parfois la relation entre la fréquence du timbre fermé et la classe sociale est même étonnamment systématique, les locuteurs les moins bien positionnés par rapport au capital symbolique (la classe populaire, cl. 4) utilisant presque trois fois plus souvent cette prononciation que les locuteurs de la classe la mieux positionnée (cl. 1) ([e] pour (il/c’) est et pour mais par exemple, Peretz, Reference Peretz1977a: 80, 149, 155 sq.).Footnote 4 Houdebine avait observé, de même, en Poitou, une région déjà méridionale sur le plan linguistique, que ‘le milieu socio-économique’ des locuteurs, et plus particulièrement leur niveau d’études, jouait un rôle dans l'acquisition et la stabilisation de l'opposition entre /e/ et /ɛ/ (mais il s'agissait ici d'apprendre une norme prestigieuse venant de l'extérieur, ce qui représente un cas différent de celui de Paris):
L'influence de l’école (de l'enseignement du français), de l'attention qu'elle fait porter à l’écrit, à la norme orthographique se vérifie donc une nouvelle fois [. . .]. Il s'agit, en l'occurrence, d'une influence normative (prescriptive) qui favorise le maintien de l'opposition /e/ ~ /ɛ/. (Houdebine, Reference Houdebine1979: 117)
L’étude de Landick à Paris, déjà mentionnée dans l'introduction, suggère également que les locuteurs qui ont fait des études supérieures maintiennent mieux que les autres l'opposition /ø/-/œ/ (Landick, Reference Landick1995: 95). Bien que l'enquête de Léon (Reference Léon and Rondeau1973) ait montré un usage assez normatif de l'opposition /e/-/ɛ/ dans une couche sociale populaire, il faut constater que la plupart des études parisiennes ultérieures pointent plutôt vers une description des pertes des distinctions traditionnelles comme un changement venant d'en dessous.
3 METHODOLOGIE
3.1 Les corpus de 1972–74 et de 2001–2004
Dans le but de comparer des locuteurs parisiens à trente ans d'intervalle, nous avons juxtaposé des locuteurs sélectionnés du corpus de Caroline Juillard (Peretz, Reference Peretz1977a), enregistrés en 1972–74 par elle, et des locuteurs enregistrés en 2001–2004 selon le même protocole, par nous deux.Footnote 5
Le corpus original de 1972–74 est composé de 71 enregistrements avec des Parisiens (nés et élevés à Paris) qui se répartissent sur plusieurs tranches d’âge et qui ont des appartenances sociales et des ‘réseaux de relations sociales et verbales’ très diversifiés (Peretz, Reference Peretz1977a: 78). De ce corpus, nous avons sélectionné 12 jeunes (qui avaient entre 18 et 32 ans au moment de l'enquête), dont la moitié avaient été groupés par Peretz dans les classes sociales ‘1’ ou ‘2’ (plutôt grand capital symbolique en termes de Bourdieu), l'autre moitié dans les classes ‘3’ ou ‘4’ (capital symbolique limité). Il s'agissait de classes descriptives, définies de façon tendancielle à l'aide d'un certain nombre de critères conjugés dont la formation des témoins ainsi que celle de leurs parents, mais aussi leur lieu de résidence, leurs relations sociales, etc. (ibid.,: 76–79), ces informations étant obtenues lors d'une interview sociolinguistique (ibid., : 48).
Entre 2001 et 2004, nous avons enregistré 12 jeunes à Paris (âgés entre 16 et 26 ans). Ils ont tous grandi à Paris ou en banlieue parisienneFootnote 6 et leur première langue acquise est le français.Footnote 7 Ils montrent une répartition socioculturelle définie en termes de leur formation scolaire, la moitié faisant (ou ayant fait) des études supérieures, l'autre moitié suivant (ou ayant suivi) une formation plus technique et plus courte. Nous n'avons pas essayé de reproduire l'analyse des réseaux de relations sociales et verbales de 1972–74, mais nous tenons ici surtout au contact du locuteur avec le système éducatif. Ainsi, les locuteurs du premier groupe (‘SUP’) présentent-ils par exemple des études universitaires d'histoire, d'histoire de l'art ou de linguistique, tandis que les locuteurs du second groupe (‘TECH’) sont en lycée professionnel, ou travaillent déjà, suite à un BEP de secrétariat par exemple.Footnote 8 Nous sommes conscients que la juxtaposition de deux échelles de classement aussi différentes a certaines conséquences pour les conclusions que nous pourrons tirer de la comparaison des corpus dans l'analyse sociolinguistique (voir aussi section 3.3 et section 6).
Nous nous référerons désormais aux deux corpus avec les désignations suivantes: Corpus 1 (celui de 1972–74), et Corpus 2 (celui de 2001–2004). Voir l'annexe 1 pour une brève description des locuteurs individuels (la description des locuteurs du Corpus 1 comportant évidemment des détails sur le lieu de vie et sur la scolarité qui ne figurent pas pour ceux de 2001–2004).
3.2 Les données linguistiques
Exactement le même exercice de lecture à haute voix et le même genre d'interview sociolinguistique ont été proposés aux locuteurs des deux corpus. L'exercice de lecture, créé par Juillard (Peretz, Reference Peretz1977a: 42–71), consiste en 68 phrases et en deux petits textes qui permettent dans leur ensemble non seulement de vérifier la prononciation d'un grand nombre de voyelles à double timbre (à titre d'exemple la phrase 1: ‘La fête à Neu Neu, c'est une vraie foire’ contient trois /A/, trois /E/ et deux /Ø/), mais aussi, plus spécifiquement, de mettre celles-ci en divers contextes pertinents. Ainsi, la lecture permet-elle de tester la prononciation de paires minimales potentielles, cachées dans des phrases éloignées l'une de l'autre, comme la paire jeune-jeûne dans les phrases 4 et 8 (les conditions accentuelles étant homogènes pour les deux mots en question):Footnote 9
(4) Il est en neuvième au lycée de Nevers, il est encore jeune.
(8) On ne pratique plus guère le jeûne.
l'idée étant de réduire l'attention du locuteur (Peretz, Reference Peretz1977a: 49–50).
La totalité de paires minimales ainsi testées est montrée en annexe 2. La majorité des paires concernent évidemment les oppositions entre timbres fermé et ouvert d'un même archiphonème, comme jeûne-jeune, saule-sole ou piqué-piquait par exemple, mais les oppositions entre archiphonèmes distincts sont également testées, notamment celle de /O/ et /Ø/ (sole-seule, volent-veulent), mais aussi celle de /A/ et /O/ (Nation-notions, sale-sole), cf. Peretz, Reference Peretz1977a: 61.
La lecture permet également de vérifier certaines variations contextuelles, par exemple la prononciation de chacune des voyelles devant /r/ (Peretz, Reference Peretz1977a: 64, exemples: nerfs, itinéraire; moteur, fleurs; mord, Nord; canards, marre) ainsi qu’évidemment les différentes positions par rapport à la structure syllabique du mot, par exemple pour /O/ la syllabe accentuable ouverte (finale absolue): pot, la syllabe accentuable fermée: école; la syllabe non-accentuable ouverte: potiron/autour, et la syllabe non-accentuable fermée: polka.
Dans la présente analyse longitudinale, nous n'exploitons que les données linguistiques de la lecture, pas celles de l'interview sociolinguistique.
3.3 La comparabilité des deux corpus
Les enquêtes en temps réel du type comme la nôtre (trend study, étude de tendance) rencontrent certains problèmes méthodologiques. Nous allons en mentionner brièvement quelques-uns.
Les deux enquêtes ont été faites à 30 ans d'intervalle. L'année de naissance moyenne des locuteurs du Corpus 1 est 1948, et celle des locuteurs du Corpus 2 est 1980: il y a donc bien une distance d'environ 30 ans (32 ans) entre le locuteur type des deux corpus, mais les années de naissances concrètes sont évidemment plus dispersées: Corpus 1: de 1940 à 1954, Corpus 2: de 1974 à 1988.
Reproduire une enquête à trente ans d'intervalle ne va pas sans poser certains autres problèmes de fond. Nous nous sommes heurtées à la fois à l'importance du changement historique et culturel – qui fait que les jeunes du Corpus 2 ont eu du mal à comprendre certaines phrases du texte à lire (qu'est-ce que ‘la fête à Neu Neu’ dans la phrase 1? pourquoi parle-t-on de ‘neuvième’ dans la phrase 4?) – et à leur hésitation devant un mot comme ‘jeûne’ qui s'utilise probablement plus rarement aujourd'hui. Nous ne pouvons donc pas garantir que l'expérience de lecture est vécue de la même façon d'un corpus à l'autre.
Au niveau des caractéristiques socioculturelles des locuteurs également, le parallélisme est probablement plus relatif que réel. Les deux catégories de locuteurs définies à l'intérieur de chaque corpus ne sont pas isomorphes, comme nous l'avons dit plus haut. Le classement en deux catégories sociales opposées n’était pas dans l'intention de la première enquête et la complexité des parcours sociaux dépasse évidemment cette catégorisation un peu rudimentaire. Lors de la seconde enquête, nous avons considéré que la différence de filière scolaire (bacs ordinaires et bacs professionnels) pouvait constituer une variable sociale intéressante pour la classe d’âge retenue. Cependant, si les critères retenus dans l'une et l'autre enquête ne sont pas de même nature, on peut néanmoins considérer que le parallélisme réside principalement dans l’écart existant entre des différences sociales retenues pour leur pertinence (tant pour le Corpus 1 que pour le Corpus 2). Nous rediscuterons de la répartition des locuteurs en catégories vers la fin de l'article.
3.4 Analyse phonétique, envergure et limitations
La somme totale de voyelles à double timbre analysées dépasse 15000. Nous avons procédé à une analyse auditive impressionniste, la transcription étant faite en symboles API, avec le rajout éventuel de flèches, soit pointant vers le haut ou vers le bas pour indiquer des tendances à la fermeture ou à l'ouverture par rapport au symbole de base (par exemple [ɛ], [ɛ↑], [e↓], [e]), soit pointant vers la gauche pour indiquer une tendance d'antériorisation (par exemple [←a]). D'autres détails de notations seront donnés dans le cours de l'article. Une double écoute au début de l'enquête (sur la totalité des voyelles /E/, /Ø/, /O/, /A/ de la lecture de l'informateur BF-h du Corpus 2, en septembre 2004) a été effectuée afin de vérifier la validité et la convergence des transcriptions phonétiques,Footnote 10 et certaines accommodations ont été effectuées. Ceci fait, il a été décidé que les deux auteurs de l'enquête seraient chacune responsable de la transcription d'un corpus (Juillard pour le Corpus 1, Hansen pour le Corpus 2). Cela s'est avéré d'autant plus nécessaire que pour la voyelle /A/, telle qu'elle est manifestée dans le Corpus 1, certaines réalisations d'arrière ne sont plus courantes et devaient être écoutées par celle des deux auteurs qui les avait vécues (voir aussi la section 5.5.1).
Dans certaines parties de l'analyse (voir ci-dessous, section 4), nous avons noté la présence éventuelle d'un allongement vocalique (par exemple [ø:] dans le mot jeûne).
4 ÉVOLUTION DES PAIRES MINIMALES
Afin de pouvoir évaluer l'ampleur des éventuels changements survenus entre Corpus 1 et Corpus 2 dans la force et la fréquence des oppositions vocaliques faites, nous avons élaboré un système de points. Dans le tableau 1, nous montrons un extrait d'une de nos matrices d’évaluation (voyelle /E/, Corpus 1, locuteurs des classes 1 + 2, en l'occurrence). Nous donnons:
• 1 point pour une opposition traditionnelle pleine (comme chez le locuteur 1h qui prononce avec [e] et [ɛ] dans piqué-piquet).
• ½ point pour une opposition plus faible, mais toujours dans la direction prescrite (comme chez le locuteur 5h qui prononce avec [e↓] et [ɛ] dans piqué-piquet)Footnote 11.
• 0 point pour l'absence d'opposition (comme chez la locutrice 23f qui prononce deux fois [e] dans piqué-piquet).
Aucun point n'est attribué dans le cas où une différence faite va dans la direction opposée à celle consacrée par la norme (par exemple quand certains jeunes du Corpus 2 (LU-f, LT-f) prononcent beauté – botté avec un timbre plus ouvert pour le premier mot ([ɔ↑]) que pour le second ([o])).
Système d’évaluation de la force et la fréquence des oppositions. (Corpus 1 (1972–1974), classe ‘1 + 2’)
aNuance intermédiaire entre [e] et [ɛ] sans spécification.
Dans l'analyse des paires minimales, nous avons également noté l’éventuelle (co)présence d'une différence de longueur dans les cas pertinents (jeûne-jeune, veule-veulent, saute-sotte, saule-sole, mâle-mal) où la voyelle avec le timbre fermé est traditionnellement allongée sous l'accent, comme dans [
ø:n] vs. [
œn]).
Dans ce qui suit, le bilan de nos résultats portent cependant dans un premier temps sur les différences de timbre uniquement.
Nous avons additionné les résultats, créant deux mesures:
• le nombre de paires distinguées (distinction pleine ou plus faible) sur le nombre de paires présentées au total;
• la force des distinctions faites, comptée comme le nombre de points obtenus sur le nombre de points possibles étant donné le nombre de distinctions faites.
Ces deux mesures figurent successivement pour chaque locuteur dans l’échantillon montré au tableau 1 (voir la dernière ligne du tableau). Voir le tableau 2 pour une vue globale de la force et de la fréquence des distinctions réalisées dans l'ensemble du corpus de 1972–74. Un tableau semblable a été créé pour le corpus de 2001–2004.
Force et fréquence des oppositions dans le Corpus 1 (1972–1974)
aCertaines phrases où figure la voyelle /Ø/ n'ont pas été lues par tous les locuteurs du groupe.
bDans certains cas, deux points différents ont été attribués à une paire, par exemple quand déjeuner a été lu deux fois, d'abord avec [œ] ensuite avec [ø↓], tandis que jeûner a été lu avec [ø].
cCertaines phrases où figure la voyelle /A/ n'ont pas été lues par tous les locuteurs du groupe.
La présentation en pourcentages permet de comparer les oppositions entre elles ainsi que d'un corpus à l'autre, et de visualiser cette comparaison à l'aide de diagrammes.
Selon le diagramme 1, il est évident que pour /E/ (paires testées: piqué-piquet, piqué-piquait, pêcher-pêchait, péché-pêcher), il y avait déjà peu de paires distinguées dans le Corpus 1 (69%), et il y en a encore moins dans le Corpus 2 (52%). La voyelle /Ø/ (jeûne-jeune, veule-veulent, jeûner-déjeuner) témoigne d'une chute marquée dans le nombre de paires distinguées (de 75% à 34%), mais cela peut être attribué également à la méconnaissance par les jeunes des termes considérés (cf. ci-dessus). La voyelle /O/ (saute-sotte, saule-sole, beauté-botté) montre également un recul dans le nombre de paires distinguées, mais cette voyelle semble la moins touchée dans le Corpus 1 (89% de paires distinguées), et présente toujours en 2001–2004 environ trois quarts de paires distinguées (72%). Pour /A/ (mâle-mal, pâtes-patte, sale-salle,Footnote 12des bas-débats, ras-rats, des tas-état, écrasées, encrassé-passions-passion, pâtée-épaté), les chiffres sont très bas dans les deux corpus mais plus faibles dans le second (31% vs. 23%). Nous pouvons donc constater que toutes les voyelles à double timbre sont touchées par le changement dans la période étudiée, mais que /O/ semble résister mieux que les autres, comme déjà noté par Landick (Reference Landick1995), et que l'ancienneté du phénomène pour /A/ est bien confirmée.
Diagramme 1.
D'ailleurs, dans le Corpus 2, pour chacune des paires, la position en syllabe non-accentuable (type péché-pêcher, jeûner-déjeuner, beauté-botté, passions-passion) favorise la perte d'opposition encore plus que la position en syllabe accentuable: il n'y a que quelques rares cas de distinction pleine pour /E/, aucun cas de distinction pleine pour /Ø/, /O/ et /A/. (La grande perte de distinction en syllabe pénultième est confirmée pour /E/ et /O/ par Landick, Reference Landick2004: 86–91). Ce fait peut être lié à la structure phonologique, les exemples examinés ici représentant tous des syllabes phonétiquement ouvertes (élément sur lequel nous reviendrons dans la section suivante).
Pour ce qui est de la distance phonétique attestée dans les oppositions réellement faites (la force des oppositions, voir le diagramme 2), celle-ci semble en général assez solide (nous rappelons que 100% sur cette échelle équivaudrait à une distinction pleine dans toutes les paires distinguées), mais elle s'affaiblit un peu pour /E/ et /O/ d'un corpus à l'autre (de 86% à 73%, de 84% à 71%), et très visiblement pour /A/ (de 85% à 50%), c'est-à-dire que les distinctions faites sont devenues phonétiquement plus fines.
Diagramme 2.
En ce qui concerne la longueur vocalique, que nous avons évaluée pour les cinq paires mentionnées plus haut (jeûne-jeune, veule-veulent, saute-sotte, saule-sole, mâle-mal), nous avons fait un codage spécial, dont nous montrons un extrait dans le tableau 3.
• TL signale que le locuteur a réalisé une distinction à la fois de timbre et de longueur (par exemple 33f pour jeûne-jeune: [ø:]-[œ]).
• T signale une différence de timbre seulement (23f pour veule-veulent [ø:]-[œ↑:].
• L une différence de longueur seulement (9h pour veule-veulent: [ø:]-[ø.]).
• 0 pas de distinction du tout (1h pour jeûne-jeune: deux fois [œ]).
Comme il ressort de la dernière partie du tableau 3, la combinaison d'une différence de timbre et d'une différence de longueur (TL) se raréfie au cours de la période étudiée (elle concernait 42% des paires en 1972–74, mais seulement 12% des paires en 2001–2004). Aujourd'hui, c'est la différence de timbre tout court (T) ou bien l'absence de distinction (0) qui dominent pour ces cinq paires.
Timbre et longueur vocalique
5 ÉVOLUTION DE LA RÉALISATION PHONÉTIQUE DES VOYELLES
5.1 Traitement des données
Si perte de distinction il y a, pour toutes les quatre paires de voyelles étudiées, il convient d'examiner plus à fond comment sont réalisés les anciens phonèmes distincts (cf. les sections 1 et 2 de l'article) et de chercher un éventuel nouveau principe de distribution des réalisations selon les contextes.
Comme cette partie de l'analyse veut comparer des champs de distribution phonétique à deux moments temporels distincts pour juger de l'importance des changements survenus, l'usage d'un test statistique s'impose. Nous avons opté pour le test χ2 qui permet d’établir si la différence entre deux distributions est due ou non au hasard. La fiabilité du test est d'autant plus grande que le champ de distribution est réduit. C'est pourquoi nous avons dû effectuer ici une légère simplification de la présentation des détails phonétiques, qui rend, en revanche, les conclusions plus solides. Au lieu de comparer des matrices avec jusqu’à 7 réalisations différentes (comme nos transcriptions le permettent (pour /E/: ɛ↓, ɛ, ɛ↑, entre e et ɛ (e), e↓, e, autre), nous avons regroupé les réalisations intermédiaires (ɛ↑, entre e et ɛ (e), e↓) en une seule, et nous avons omis la différence entre timbre ouvert et sur-ouvert (ɛ, ɛ↓) étant donné que celle-ci était largement à mettre au profit de la présence ou non d'un /r/ (final) suivant, et que de toute façon, les deux auteurs n'avaient pas payé la même attention à ce détail. Les quelques réalisations notées « autre », qui concernent toute prononciation qui n'entre pas dans le spectre phonétique entre les deux voyelles majeures de chaque archiphonème (comme [ø] pour /O/ par exemple) sont également exclues des tests statistiques, étant très rares en nombre. Toute la richesse initiale des transcriptions est cependant présentée dans un tableau central, précédant chacune des analyses ci-dessous, ce qui permet aussi d’évaluer l'envergure d’éventuelles tendances de prononciation qui sortent du spectre phonétique attendu.
Nous qualifierons une différence entre les deux corpus de significative s'il y a moins de 5% de chance pour qu'elle soit due au hasard (p < 0.05). Ce résultat est montré avec le symbole *. Si elle est plus solide encore (moins de 1%, p < 0.01), nous utiliserons ** et extrêmement solide (moins de 0.1%, p < 0.001) ***.
5.2 /E/
5.2.1 Vue d'ensemble
Le tableau 4 présente une vue d'ensemble de toutes les réalisations repérées pour /E/ (/e/ et /ɛ/) dans la lecture, dans le Corpus 1 et le Corpus 2 respectivement, tous types de contextes confondus.
/E/: vue d'ensemble, tous contextes confondus
Dans l'analyse qui suit, les occurrences sur-ouvertes ont été mises avec les [ɛ] ouverts (voir le début de cette section). Les quelques cas de réalisations phonétiques qui n'entrent pas parmi les variantes montrées au tableau 4 (marquées “autre”) n'ont pas d'identité spécifique (il s'agit pour la plupart d'occurrences ou bien un peu arrondies ou bien approchant [a]) et elles ne seront pas incluses dans l'analyse. Les étapes d'analyses suivantes traitent d'un type particulier de contexte syllabique à la fois. Les résultats sont réunis dans le tableau 5, où les différents contextes portent une classification en lettres minuscules pour permettre des renvois ultérieurs.
/E/: contextes syllabiques individuels
5.2.2 En syllabe non-accentuable
Ouverte:
L’évolution en syllabe non-accentuable ouverte (comme dans enverrez, meilleures, décolle) semble aller dans le sens d'un affaiblissement de la loi de position: de 80.6% de [e], donc de timbres fermés conformément à la loi de position dans ce contexte, en 1972–74, on descend à 61.3% de [e] en 2001–2004, évolution qui se fait en faveur des timbres intermédiaires entre [e] et [ɛ] (progression de 8.7% à 21.9%) et des timbres encore plus ouverts (progression de 10.7% à 16.8%). L’évolution est significative au plus haut niveau (***) selon le test χ2.
Fermée:
Le test de lecture permet de tester ce contexte devant /r/ seulement (les mots pertinents étant merci, interdit, personne Footnote 13). Dans cette position, les données des deux corpus témoignent de la même préférence pour le timbre ouvert (différence non-significative), conformément à la prononciation traditionnelle (1972–74: 33 cas sur 33 sont ouverts, soit 100%, 2001–2004: 32 sur 33, soit 97%).
5.2.3 En syllabe accentuable
Ouverte:
En syllabe accentuable ouverte, la norme pour la prononciation parisienne dicte une répartition morphologique et graphique entre le timbre fermé pour -é, -ed, -er, -ez et le timbre ouvert pour -ais/t, -et, -ès. Etant bien respecté en 1972–74, avec 99.4% de [e] pour -é, -ed, -er, -ez et 71.6% de [ɛ] pour -ais/t, -et, -ès, cette distribution semble pourtant perdre de sa vigueur avec le temps. En 2001–2004, il n'y a que 85.2% de [e] pour les graphies exigeant traditionnellement cette prononciation, et un pauvre 53.7% de [ɛ] pour les autres graphies en question. Ces deux développements sont statistiquement significatifs. Pour les nouvelles données, une zone importante de chevauchement phonétique entre les deux phonèmes traditionnels semble donc installée, avec des timbres intermédiaires fréquents pour les deux (mais surtout pour /ɛ/, qui s'est sensiblement fermé dans cette position, conformément aux résultats antérieurs de Lefebvre et de Peretz, cités en section 2).
Fermée:
Dans des mots comme sec et Asnières, c'est-à-dire en syllabe accentuable fermée, il y a une forte tendance dans les deux corpus pour le timbre ouvert, conformément aux descriptions du français parisien, mais il faut noter que la tendance s'affaiblit de façon statistiquement significative à travers le temps (de 98.8% à 88.1% de [ɛ]) en faveur de timbres plus fermés que [ɛ] (1.2% au total en 1972–74, 11.8% en 2001–2004). Si l'on prend les contextes devant /r/ et devant d'autres consonnes que /r/ isolément, il s'avère que cette tendance à la fermeture est peu poussée devant /r/, mais assez importante devant d'autres consonnes: 1.6% au total en 1972–74, 14.8% en 2001–2004). Pour le mot sec, par exemple, 3 cas sur 12 sont réalisés de façon plus fermée que [ɛ] dans le Corpus 2, mais aucun des 12 ne l'est dans le Corpus 1.
5.3 /O/
5.3.1 Vue d'ensemble
Une vue d'ensemble de toutes les réalisations repérées pour /O/ (/o/ et /ɔ/) est présentée dans le tableau 6, tous types de contextes confondus. Les cas de prononciations déviantes (les deux dernières colonnes avant le total) méritent ici un commentaire spécial, étant donné que les réalisations antériorisées (repérées séparément) constituent 1.6% et 3.1% des occurrences de /O/ dans les deux corpus respectivement. Les contextes particuliers qui permettent ces prononciations seront mentionnés au fur et à mesure de l'analyse ci-dessous. Les quelques cas restant, repérés sous « autre » ne semblent pas systématiques (ils comptent entre autres quelques [o] sur-fermés). Comme pour /E/, les différents types de contextes seront traités individuellement plus bas, à l'aide d'une matrice réorganisée (tableau 7).
/O/: vue d'ensemble, tous contextes confondus
/O/: contextes syllabiques individuels
5.3.2 En syllabe non-accentuable
Ouverte:
Ecrite avec la graphie ‘o’, comme dans nationale, domicile, /O/ se réalise beaucoup plus souvent de façon fermée ou intermédiaire en 2001–2004, soit dans 97.8% des cas au total (59.1 + 38.7), qu'en 1972–74, où ces prononciations apparaissaient dans 49.7% (25.9 + 23.8) des cas seulement (différence significative au plus haut niveau). Ce contexte présente d'ailleurs quelques cas de prononciations antériorisées ([ø], [œ]), réalisation non montrée dans le tableau 7, mais leur fréquence reste stable, avec 14 cas dans le premier corpus, 16 dans l'autre.
Ecrite ‘au'ou ‘eau’ (autour, chaussettes, beauté) la voyelle se prononçait presque toujours de façon fermée en 1972–74 (87.5% des cas), mais est aujourd'hui partagée entre [o] (45.7%) et une réalisation intermédiaire (54.3%). La réalisation comme [ø] ou [œ] est d'ailleurs quasi inexistante pour ces mots (un seul cas en 2001–2004).
L'opposition entre /ɔ/ pour ‘o’ et /o/ pour ‘au’/’eau’ dans ce type de syllabe (ouverte non-accentuable) semble donc s'effriter, puisque les deux graphies se réalisent aujourd'hui de façon fermée ou intermédiaire dans 97.8 à 100% des cas ([o] n’étant qu'un petit peu plus fréquent pour ‘au’ (45.7%) que pour ‘o’ (38.7%)).
Fermée:
Il y a trop peu d'occurrences pour évaluer ce contexte de façon vraiment fiable, mais les résultats indiquent une réalisation de /O/ quasi-uniforme en 1972–74 et en 2001–2004 dans le corpus de lecture étudié (mots comme polka, portez-vous), avec environ trois quarts des occurrences prononcées de façon ouverte, et entre 9.1 et 13.6% de réalisations intermédiaires et fermées, respectivement (différence non significative entre les corpus).
5.3.3 En syllabe accentuable
Ouverte:
En syllabe accentuable ouverte, où la norme exige le timbre fermé [o] pour /O/ (mots comme trop, bureau, faut), la variabilité semble s'introduire dans les données les plus récentes. De 98.6% de [o] en 1972–74, la proportion pour les informateurs de 2001–2004 n'est plus que 79.4%, le reste des cas étant prononcé de façon plus ouverte. Cette différence est statistiquement significative.
Fermée:
En syllabe accentuable fermée, nous avons distingué entre mots finissant en /r/ et mots finissant en d'autres consonnes.
Devant /r/, graphie ‘o’, (mots comme encore, d'accord), la tendance majoritaire est au timbre ouvert dans les deux corpus, mais le nombre d'occurrences est relativement restreint. Si évolution il y a, elle semble curieusement consister plutôt en une ouverture plus systématique dans les données récentes, tendance qui ne colle pas avec la tendance pour /E/. Ainsi, en 1972–74, encore 24.6% des cas étaient réalisés de façon plus fermée que [ɔ] (à savoir d'une façon intermédiaire), tandis qu'en 2001–2004, aucun ne l'est. Devant d'autres consonnes que /r/ (/z/ exclue), la graphie étant toujours ‘o’ (comme p.ex. enveloppe, école, sotte), il y a au contraire plus de réalisations intermédiaires et fermées à travers le temps – le timbre ouvert étant moins fréquent dans les données de 2001–2004 (72.8% des cas) que dans les données de 1972–74 (83.7% des cas) – mais calculé avec le test χ2, cette différence n'est pas assez importante pour être statistiquement significative. Ce contexte témoigne d'ailleurs de réalisations antériorisées (syllabe finale en [-lœp] pour enveloppe par exemple), et celles-ci sont plus fréquentes dans les données récentes (15 cas contre 4).
Si la graphie est ‘au’, mais le contexte toujours le même que ci-dessus (comme p.ex. dans haute, saule), on constate ce qui paraît être une divergence de la norme traditionnelle dans les données récentes: là où on attendrait [o] (et en 1972–74, c'est cette prononciation que l'on entend exclusivement), on entend aujourd'hui dans presque 23% des cas des timbres plus ouverts (une fois [ɔ], sinon une qualité phonétique intermédiaire), mais comme le nombre d'occurrences est restreint, la différence entre les corpus n'est pas significative avec le test χ2.
Pour résumer les résultats par rapport à la prononciation antériorisée de /O/ ([ø], [œ]), nous l'avons constatée en syllabe non-accentuable ouverte, basée sur la graphie ‘o’ (mots du type nationale), mais à une faible fréquence et sans signe de progression. Nous l'avons repérée également en syllabe accentuable fermée devant d'autres consonnes que /r/, toujours écrite ‘o’ (mots du type enveloppe), où elle semble cependant progresser entre 1972–74 et 2001–2004, tout en restant relativement marginale. Il est donc difficile de conclure de façon univoque à la présence d'un changement général en cours, comme le font entre autres Carton (Reference Carton, Antoine and Cerquiligni2000, Reference Carton, Hintze, Pooley and Judge2001) et Lennig (Reference Lennig1978), cf. la section 2. La prononciation antériorisée ne se manifeste pratiquement jamais dans le cas de la graphie ‘au’, ce qui invite à croire à une différence persistante entre /ɔ/ et /o/, même si d'autres faits considérés ci-dessus semblent indiquer un début de neutralisation.
5.4 /Ø/
5.4.1 Vue d'ensemble
Dans ce qui suit, seules les graphies ‘eu’ et ‘eœ’ ‘œu’ ont été retenues pour le phonème /Ø/ (/ø/ et /œ/), ce qui fait que l'analyse écarte dans un premier temps les schwas (définis ici comme les ‘e’ en syllabe graphiquement ouverte, que ceux-ci ne tombent jamais (ex. crevettes) ou que leur réalisation soit variabe (ex. chemin)).
Le tableau 8 présente une vue d'ensemble de toutes les réalisations de /Ø/ repérées dans les deux corpus de lecture, tous types de contextes confondus.
/Ø/: vue d'ensemble, tous contextes confondus (graphies ‘eu’, ‘eû’, ‘œu’)
Les cas autres que ceux compris dans le spectre entre [œ] et [ø] sont très peu nombreux (4 cas au total dont deux seulement s'approchent de [ɔ] ou [o], phénomène qui ne sera par conséquent pas traité ici). Le tableau 9 fait le bilan de l'analyse des matrices réorganisées.
/Ø/: contextes syllabiques individuels (graphies ‘eu’, ‘eû’, ‘œu’)
5.4.2 En syllabe non-accentuable
Ouverte:
Comme c'est le cas pour /O/, les /Ø/ dans cette position (dans déjeuner ou breuvage, par exemple), se réalisent dans le corpus récent plus souvent de façon fermée ou intermédiaire (54.9 + 19.5%, soit dans 74.4% des cas) que dans le corpus ancien (49.3 + 11%, soit dans 60.3% des cas), mais comme le nombre d'occurrences est plus restreint ici, la différence de distribution n'est pas statistiquement significative. Ce contexte est cependant sensible à la consonne précédente. Ainsi, la tendance à la fermeture dans les données récentes est très accentuée si les cas après /r/ sont enlevés (mots déjeuner, jeûner, écœuré, neuvième: 91.5% au total de réalisations fermées ou intermédiaires), au point de créer ici une distribution significativement différente de celle du corpus ancien. Par contre, après /r/ (mots: breuvage et creuser), c'est très souvent – dans les données récentes – le timbre ouvert [œ] qui s'entend, ce qui différencie également les résultats pour ce contexte significativement de celui du corpus de 1972–74, mais en sens inverse.
Fermée:
Les deux corpus de lecture ne présentent malheureusement pas d'exemples de /Ø/ en syllabe non-accentuable fermée (type fictif: heurter).
5.4.3 En syllabe accentuable
Ouverte:
Conformément à la norme traditionnelle (qui suit ici la loi de position), /Ø/ se prononce de façon fermée en syllabe accentuable ouverte (comme dans deux, peut, cheveux), que ce soit dans le corpus ancien (valable dans 98.6% des cas) ou dans le corpus récent (valable dans 96.8% des cas).
Fermée:
En syllabe accentuable fermée, par contre, un léger mouvement semble perceptible à travers le temps. Comme pour les /O/, nous présentons les résultats devant /r/ d'abord (mots comme moteur, fleurs). Dans ce contexte – où les règles traditionnelles dictent le timbre ouvert –, nous constatons un plus grand pourcentage de timbres intermédiaires ou fermés dans le corpus récent (14.3% au total des cas, [œ↑] et [ø↓] surtout mais aussi un exemple de [ø]) que dans le corpus ancien (3.7%). La différence n'est cependant pas assez importante pour être significative, vu le nombre d'occurrences. Si l'on ne peut pas observer le même mouvement devant des consonnes autres que /r/ au niveau global – /l/ et /n/ dans le corpus de lecture –, on voit par contre une évolution qui passe d'une distribution de timbres assez claire en 1972–74 ([ø] pour jeûne et veule dans 71.4% des cas, et [œ] pour veulent, jeune et seule dans 66.7% des cas), à une situation moins nette en 2001–2004, où tous les timbres, y compris des timbres intermédiaires, sont représentés pour chacun de ces mots, et où la spécificité lexicale semble en perdition ([ø] pour jeûne et veule dans 33.3% des cas seulement). Les distributions dans les deux corpus ne sont pas assez différentes pour créer un résultat statistiquement significatif.
5.4.4 Le timbre de schwa
Les /Ø/ provenant de la graphie ‘e’ (ou ‘ai’) en syllabe graphique ouverte (Nevers, gendarmerie, crevettes, faisait, le) ont été analysés séparément,Footnote 14 voir le tableau 10.
Schwa: /Ø/ - ‘e’ en syllabe graphique ouverte, non-finale (type: Nevers, gendarmerie, crevettes, le)
Quelques constatations préliminaires s’imposent à partir de ce tableau. Le timbre de ces ‘e’ prononcés semble s’aligner pour la plupart des cas avec [ø], [œ] ou avec une réalisation intermédiaire entre les deux. La tendance à la postériorisation phonétique de ces voyelles (montrée dans la partie droite du tableau), provoquant une réalisation proche de [ɔ] (tendance décrite pour la région parisienne par exemple dans Dominicy (Reference Dominicy2000 : 17), et dans Malderez (Reference Malderez1995: 156) pour des mots comme requête [ʁɔkɛt]), semble au contraire très peu identifiable dans les données. Que ce soit dans le corpus ancien ou récent, des prononciations ainsi postériorisées sont quasi-absentes (1972–74: 2/773, soit 0.3%, 2001–2004: 3/1041, soit 0.3%). Les mots touchés sont deux fois des crevettes (locuteurs masculins, corpus ancien), sinon des cas sporadiques (femmes, corpus récent: promenons-nous, votre poids, Le roi se meurt, cas qui pourraient s’expliquer soit par un /r/ précédent, soit par un effet d’harmonie vocalique avec la voyelle suivante). Finalement, nous n’avons rencontré une prononciation de ‘e’ plus faible et moins arrondie que celle de /ø/ et /œ/ (notée [ə]) que dans quelques cas très rares (moins de 1% dans chacun des corpus), et les cas déviants restants (marqués « autre ») sont également très peu nombreux (il s’agit entre autres de quelques cas non-arrondis, approchant [e]). L’analyse des changements survenus entre les deux corpus sera donc basée uniquement sur les variantes comprises entre [œ] et [ø]. La matrice réorganisée est montrée dans le tableau 11.
Schwa: /Ø/ - ‘e’ en syllabe graphique ouverte, non-finale
La part des timbres intermédiaires entre [œ] et [ø] s'agrandit dans la période étudiée (de 15.4% en 1972–74 à 28.7% en 2001–2004) aux dépens des timbres ouverts, cette différence étant statistiquement significative. Si on exclut les monosyllabes du comptage (je, le, etc.), les chiffres témoignent également d'une fréquence accrue de timbres intermédiaires entre [ø] et [œ] aujourd'hui (16.4% en 1972–74 vs. 28.6% en 2001–2004) mais au dépens des timbres fermés cette fois. Cette dernière évolution n'est pourtant pas statistiquement significative (bien que près du seuil de pertinence exigé). On ne voit donc pas une grande systématicité dans l’évolution phonétique de la réalisation de ces ‘schwas’ sauf dans la montée du timbre intermédiaire. Mais est-ce qu'on peut parler d'un timbre spécifique du schwa, différent de celui du /Ø/ en général, comme le font Fougeron et al. (Reference Fougeron, Gendrot and Bürki2007a)? Si on compare uniquement les schwas (sans les monosyllabes, c'est-à-dire du type Nevers, gendarmerie, crevettes) et les cas de /Ø/ en syllabe non-accentuable ouverte (type déjeuner, breuvage – résultats du tableau 9 partie a), les schwas se réalisent effectivement un peu plus souvent de façon ouverte ou intermédiaire que /Ø/ dans le corpus récent (différence significative à p < 0.05, test non montré dans le tableau). Ce fait pourrait confirmer la thèse de ceux qui voudraient aligner /ə/ plus sur /œ/ que sur /ø/ (Fougeron et al. Reference Fougeron, Gendrot and Bürki2007b). Une autre différence reste la présence de quelques occurrences d'une réalisation proche de [e]Footnote 15 (voir plus haut) qui s'entend uniquement pour les occurrences à base de ‘e’ (les schwas) et jamais pour les occurrences à base de ‘eu’, ‘eû’,‘œu’, dans la présente enquête.
5.5 /A/
5.5.1 Vue d'ensemble
La voyelle /A/ a été à plusieurs égards difficile à traiter de la même façon que les trois voyelles moyennes /E/, /O/ et /Ø/. Comme il ressort de la vue d'ensemble (tableau 12), le spectre de réalisations phonétiques différentes pour /A/ a été très important dans le corpus ancien, où notamment plusieurs nuances de prononciations postériorisées et ouvertes en même temps ont été constatées ([ɑ, ɑ↓,ɑ, ɑ↓), dont certaines semblaient jouer à l’époque un rôle d'indexation sociale. Même après la confrontation supplémentaire de nos écoutes respectives, ces nuances ont persisté. Force est de constater que le corpus récent présente un échantillon plus restreint de réalisations différentes de /A/, se limitant presque à la voyelle antérieure [a] et à une réalisation légèrement postérieure [a] (plus quelques rares [ɑ]), le spectre phonétique s’étant sensiblement rétréci dans la période étudiée.Footnote 16 Le changement le plus clair entre les deux périodes semble être une plus grande concentration vers une voyelle centralisée.
/A/: vue d'ensemble, tous contextes confondusa
aCertaines (rares) réalisations notées entre les possibilités montrées ici ont été rattachées à un symbole voisin (comme [←a - a] rattachée à [←a]).
Nous ne structurerons pas l'analyse suivante selon les contextes syllabiques, étant donné que la loi de position concerne traditionnellement les voyelles moyennes, pas les /A/. Comme il s'agit par ailleurs d'une évolution phonétique de plus longue date que celle qui affecte les autres voyelles à double timbre (cf. la section 4), nous opérerons des choix dans la présentation ci-dessous qui se focalise sur les paramètres pertinents pour le jeu de variation actuel. Comment comprendre en effet la variation actuelle entre les deux réalisations [a] et [a] qui surviennent dans plus de 90% des cas au total?
5.5.2 L'importance de l'accentuation
Il semble qu'il y ait un facteur de variation contextuelle important, celui de l'accentuation – dont la présence a été identifiée de façon impressionniste – qui est d'ailleurs même présent dans les deux corpus (Tableau 13 et 14, matrices simplifiées).
/A/ avec ou sans accentuation, Corpus 1 (1972–1974)
/A/ avec ou sans accentuation, Corpus 2 (2001–04)
Quand le /A/ ne reçoit pas d'accentuation dans la lecture des locuteurs, il est très souvent antérieur ([a]), tandis qu'il se postériorise sous l'accent, différence qui s'avère significative avec le test statistique. En 1972–74, 22.3% au total (7 + 4.2 + 4.6 + 6.5) des occurrences accentuées sont prononcées [a] ou de façon plus postérieure, tandis que c'est le cas pour seulement 7% des occurrences (2.7 + 1.2 + 2.2 + 0.9) en position inaccentuée. En 2001–2004, 62.4% (56.3 + 4.9 + 1.2) des occurrences accentuées sont prononcées [a] ou (dans quelques rares cas) de façon plus postérieure, tandis que c'est le cas pour seulement 24.6% (22.7 + 0.7 + 1.2) des occurrences en position inaccentuée. Tout se passe comme si cet effet postériorisant de l'accentuation s’était affirmé avec le temps. Prenons à titre d'exemple le [ɑ]: sur 63 occurrences au total dans le Corpus 1, 38 sont apparues sous accent (soit 60.3%), dans le Corpus 2, le pourcentage correspondant est de 82% (46 sur 56).
5.5.3 La consonne suivante
Un autre facteur contextuel important est la présence d'un /r/ après /A/. Il est vrai qu'il est difficile d'isoler ce facteur du facteur d'accentuation, mentionné ci-dessus, mais dans les données récentes, un /r/ suivant en syllabe accentuable fermée (type balançoire, canard) a l'effet de postérioriser la prononciation de /A/. Dans le corpus ancien, par contre, cette même position du /A/ semble tirer un grand nombre d'occurrences vers l'avant, voir le tableau 15. L'effet contextuel du /r/ suivant semble donc avoir changé avec le temps (les deux distributions sont significativement différentes).
/A/ devant /r/ en syllabe accentuable fermée (foire, canards)
5.5.4 Quelques observations lexicales
Vu que le [ɑ] (et ses variantes plus ouvertes ou plus postérieures) s'est encore raréfié dans la période étudiée, nous avons décidé d'aborder le jeu de variation de /A/ d'une manière différente de celle appliquée pour /E/, /Ø/ et /O/. Nous avons cherché à savoir dans quels mots la prononciation postérieure traditionnelle, [ɑ], est représentée dans les deux corpus, c'est-à-dire à connaître sa répartition lexicale. Où entend-on aujourd'hui encore le /A/ postérieur traditionnel ([ɑ]) et où est-ce qu'on l'entendait il y a trente ans ? La base de données nous fournit la série de lexèmes montrée dans le tableau 16. Bien que ce schéma ne prenne pas en compte les réalisations encore plus ouvertes ou postérieures que [ɑ], et de ce fait donne une image fragmentaire de la réalité, il montre une redistribution lexicale intéressante: c'est aujourd'hui surtout en syllabe accentuable ouverte, type froid, bas, état (donc pas seulement pour –as) que le [ɑ] s'entend, très rarement dans d'autres types de positions, par exemple jamais dans les mots avec ‘-â-’ comme pâtes, mâle, âne ou dans les terminaisons en ‘-ation’ où elle était attestée avant. Par contre, on l'entend probablement plus qu'avant en relation avec un /r/ situé avant ou après (type balançoire, écrasées), cf. ci-dessus, section 5.5.3.
La prononciation [ɑ] – où est-elle attestée dans les corpus? (total pour chaque type lexical entre crochets)
Au même rythme que la perte de l'opposition /a/-/ɑ/, il y a apparemment une redéfinition des contextes appropriés pour la réalisation postérieure qui ressemble à une simplification basée sur la structure syllabique et l'environnement phonétique (résultats qui reprennent certaines des constatations de Peretz Reference Peretz1977a: 34, et qui sont d'ailleurs partiellement confirmés dans une autre enquête parisienne récente, Jamin Reference Jamin2007), mais cet aspect mérite une étude approfondie de la diffusion lexicale du changement, cf. Hansen, en cours.
5.6 Synthèse /E/, /O/, Ø/, /A/
Le grand nombre de résultats que nous venons de montrer pour la réalisation des voyelles à double timbre dans leurs contextes respectifs ne se laisse pas facilement synthétiser. Notre questionnement initial était centré sur trois scénarios: est-ce que les tendances actuelles peuvent être décrites comme un renforcement de la loi de position? Ou est-ce qu'elles se résument mieux en un mouvement phonétique unique, qui pourrait être caractérisé ou bien comme ‘plus de timbres intermédiaires partout’ ou bien comme ‘une fermeture généralisée pour les voyelles moyennes’ ? Le tableau 17 fait le bilan du bien-fondé de ces trois hypothèses, indiquant pour chacune des voyelles /E/, /O/ et /Ø/ le nombre de contextes où chaque hypothèse se trouve confirmée de façon statistiquement significative (le renvoi aux contextes se fait à l'aide de lettres minuscules a, b, etc. utilisés aussi dans les tableaux 5, 7, 9 et 11).
Le bien-fondé respectif des trois hypothèses (nombre de contextes linguistiques où elles ont pu être confirmées par rapport au nombre de contextes qui ont connu une évolution significative selon le test statistique χ2)
Pour les voyelles /E/, O/ et /Ø/, on ne pourra pas parler d'un renforcement généralisé de la loi de position. Il est vrai que les timbres se ferment en position non-accentuable ouverte pour /O/ écrit ‘o’ (nationale) et pour /Ø/ sauf après /r/ (déjeuner), y compris à partir de la graphie ‘e’ (type Nevers et le mis ensemble), et que les /ɛ/ en syllabe accentuable ouverte (était) se prononcent de façon plus fermée aujourd'hui qu'il y a trente ans chez les locuteurs en question et les /O/ de façon plus ouverte devant /r/ final (encore), mais beaucoup d'autres faits contredisent un renforcement général. En syllabe accentuable fermée (où on s'attendrait à des timbres ouverts), la tendance sur trente ans va vers plus de timbres intermédiaires, donc moins ouverts, pour /E/ – que l'on regarde le type sec et le type Asnières (devant /r/ final) ensemble, ou le type sec isolément. Pour /Ø/ devant /r/ final (moteur)Footnote 17 et pour /O/ écrit ‘o’ devant d'autres consonnes que /r/ (enveloppe), la même impression intuitive est présente dans les données, mais le changement n'est pas assez important ici pour être statistiquement significatif. Par contre, c'est bien significatif, et incompatible avec l'idée d'un renforcement général de la loi de position, que les /E/ en syllabe accentuable ouverte, du type -é, -er, -ez, s'ouvrent dans la période étudiée, et que les syllabes non-accentuables ouvertes de /E/ (meilleures), de /O/ écrit ‘au’ (autour) et de /Ø/ après /r/ (breuvage) se prononcent également de façon plus ouverte aujourd'hui. Le mouvement des /O/ en syllabe accentuable ouverte (bureau) vers plus de réalisations intermédiaires confirme ceci.
L'hypothèse d'une fermeture phonétique générale est un peu mieux fondée dans l'explication des changements survenus entre les deux corpus que celle du renforcement de la loi de position (6 contextes sur 13 vs. 5 contextes sur 13), entre autre parce que ce deuxième scénario couvre les mouvements surprenants des /E/ en syllabe accentuable fermée (sec etc.), et, si on inclut les tendances non significatives, la fermeture de /Ø/ devant /r/ final et de /O/ devant d'autres consonnes finales que /r/ (voir la discussion sociolinguistique de ce résultat en section 6.2). Il faut pourtant admettre que, pour l'instant, le phénomène qui décrit avec succès la nature du changement dans le plus grand nombre des contextes parmi les contextes qui témoignent d'un changement significatif est celui d'une montée générale des timbres intermédiaires (12 contextes sur 13), description qui réussit là où les deux autres échouent: pour les /E/ type piqué et type meilleures, et pour les /O/ dans des mots comme bureau et dans des mots du type autour, qui ne sont plus prononcés avec une voyelle essentiellement fermée, mais aussi avec une voyelle intermédiaire, donc qui sont plus ouverts que traditionnellement, juste pour mentionner quelques exemples. Le seule contexte qui semble résister à la fréquence accrue des timbres intermédiares, est celui de /O/ devant /r/ final.
Pour la voyelle /A/, que nous avons dû traiter d'une façon différente des autres voyelles, nous soulignerons la disparition des prononciations très postériorisées et ouvertes avec le temps (évolution qui prolonge une tendance déjà commencée avant 1972–74, cf. les enquêtes résumées dans Martinet Reference Martinet1969). Plutôt que d'une nouvelle prononciation unifiée pour les deux anciens phonèmes /a/ et /ɑ/, nous sommes cependant témoins d'un nouveau jeu de variation entre [a] et une variante légèrement postériorisée [a]. Cette dernière réalisation est favorisée par les positions accentuées ou devant /r/, la prononciation traditionnelle [ɑ] étant surtout présente (dans les rares cas où elle apparaît encore effectivement) dans les lexèmes avec /A/ en syllabe accentuable ouverte (type froid, état). Nous n'en sommes donc pas (encore?) à la situation évoquée par Gadet (Reference Gadet1989: 94) où un « [a] unique moyen légèrement antérieur » est l'issue du changement, mais nous nous trouvons plutôt dans une situation qui présente des contraintes phonétiques (cf. aussi Hall, Reference Hall2008) et lexicales sur la variation.
6 INSERTION SOCIOLINGUISTIQUE DES CHANGEMENTS
Notre analyse de l'insertion sociolinguistique des changements en cours est scindée en deux. Nous avons d'abord examiné la perte d'oppositions auprès des deux groupes socioculturels de chacun des corpus, avec l'outil d'analyse introduit en section 4 (le système de comptage des paires distinguées), ensuite nous avons regardé la réalisation phonétique en fonction du contexte linguistique, cf. la section 5, dans les groupes respectifs.
6.1 Les paires minimales et les deux groupes socioculturels
Les groupes socioculturels distingués dans cette enquête (appelés ‘I’, couleur gris clair, et ‘II’, couleur gris foncé, dans le diagramme 3, pour désigner d'une façon simplifiée la classe ‘1 + 2’ et le groupe ‘SUP’, d'un côté, et la classe ‘3 + 4’ et le groupe ‘TECH’ de l'autre) ne montrent pas à première vue la différenciation prévue – étant donné que, pour /E/, ils semblent suivre le changement (la chute dans le nombre de paires distinguées) tout à fait au même rythme. Pour /Ø/, cependant, il semble bien que le groupe II ait initié et poussé ou accéléré le changement (différence avec le groupe I significative à ***). On trouve une trace de ce même phénomène également pour /O/ et pour /A/, mais il est valable (sous forme de tendance selon χ2) uniquement dans l'ancien corpus pour /O/, qui semble de toute façon assez peu touché par ce paramètre socioculturel. Pour /A/, la différence sociolinguistique (significative au niveau * en 1972–74) semble s'adoucir avec le temps (pas significative en 2001–2004).
Diagramme 3.
L'influence du positionnement social des locuteurs ou de leur lien concret avec le système éducatif par rapport à leur engagement dans l’évolution phonétique étudiée ne semble donc pas univoque dans cette analyse, étant donné que toutes les voyelles du sous-système ne présentent pas la même structuration sociale des données. Ceci dit, certaines parties des données semblent quand même confirmer notre hypothèse d'un changement venant ‘d'en dessous’ de la société, au moins pour /Ø/, /O/ et /A/.
6.2 La réalisation phonétique et les deux groupes socioculturels
L'examen de la réalisation phonétique dans les contextes syllabiques individuels s'est fait, pour les deux groupes considérés isolément, bien évidemment sur des quantités de données plus restreintes que celles concernant l'analyse générale, présentée dans la section 5. Pour cette raison peut-être, la différence entre les deux groupes est rarement statistiquement significative. Nous tenons cependant, à la lumière du rôle incontestable du groupe II dans la disparition des différences phonologiques évoquées ci-dessus, à évoquer une tendance à propos de laquelle ce même groupe semble avoir une fonction accélératrice: il s'agit de la tendance dans le corpus récent à fermer le timbre dans certains contextes spécifiques des voyelles /E/, /Ø/, et /O/ (voir le diagramme 4). Ainsi, pour /E/ en syllabe accentuable ouverte, graphies -ais/-ait, -et, -ès, c'est-à-dire pour /ɛ/, pour /Ø/ en syllabe accentuable fermée devant /r/ (moteur) et pour /O/ en syllabe non-accentuable ouverte (écrit ‘o’ ou ‘au’, nationale, autour) par exemple. Bien que nous ne puissions pas affirmer que ce résultat soit significatif avec le test statistique utilisé, il s'ajuste avec la découverte d'une surfréquence de timbres fermés parmi les jeunes socialement défavorisés en banlieue parisienne de Jamin (Reference Jamin1999), cité par Coveney (Reference Coveney2001).
Diagramme 4.
Étant donné la dispersion phonétique très différente pour la voyelle /A/ dans les Corpus 1 et 2 respectivement, nous avons opté pour un traitement séparé des deux corpus en ce qui concerne la question socioculturelle. En 1972–74 (tableau 18, simplifié dans le tableau 19), les deux groupes présentent une dispersion significativement différente pour cette voyelle (p < 0.001).
/A/ - en 1972–74. Les groupes I et II (classes 1 + 2 vs. 3 + 4)
/A/ - en 1972–74. Les groupes I et II (classes 1 + 2 vs. 3 + 4), tableau réorganisé
Les variantes très ouvertes de /A/, surtout celles qui étaient en même temps très postérieures (voir les détails dans le tableau 18) étaient plutôt le fait de locuteurs socioculturellement privilégiés. Ainsi [a↓], [a↓], [ɑ↓], [ɑ↓], comptées pour le groupe I (classe 1 + 2 du Corpus 1) constituent 8.3% des cas (3.6 + 1.3 + 3 + 0.4), tandis qu'elles ne représentent que 3.6% dans le groupe II (classe 3 + 4) (2.4 + 1.1 + 0.1 + 0). Une réalisation plus fermée et plus antérieure (notée [ɛ] ou [←a]) se trouve par contre plus fréquente dans le groupe II (8% vs. 2.4%). Quand nous regardons le corpus de 2001–2004 (Tableau 20) – tout en nous rappelant que la dispersion phonétique des /A/ est devenue moins postérieure avec le temps – nous constatons que le groupe II n'a pas poursuivi la tendance à l'antériorisation. En effet, aujourd'hui, le groupe II de l’étude témoigne seulement de 2.3% d'occurrences antériorisées, c'est-à-dire moins que le groupe I (5.7%). Ces prononciations ([ɛ] ou [←a]) ne semblent donc plus caractériser davantage le groupe le moins favorisé sur le plan socioculturel. Par ailleurs, c'est le groupe II qui présente aujourd'hui un peu plus de réalisations relativement postérieures ([a] ou plus postérieures), avec 42.2% (38.9 + 2.4 + 0.9) vs. 37.2% (33.3 + 2.4 + 1.5) pour le groupe I. Dans l'ensemble, les deux groupes se différencient l'un de l'autre de façon significative (cf. le tableau 21), mais à un seuil statistique moins important qu'il y a trente ans (p < 0.01) et avec des tendances en quelque sorte renversées. Il y a eu, pourrait-on dire, un effacement de la différenciation sociolinguistique pour la réalisation de la voyelle /A/ (ce qui ressortait également de l'analyse des paires minimales avec /A/ présentée ci-dessus).
/A/ - en 2001–2004. Les groupes I et II (SUP. vs. TECH.)
/A/ - en 2001–2004. Les groupes I et II (SUP. vs. TECH.), tableau réorganisé
6.3 Remarques conclusives sur l'effet du paramètre socioculturel
Pour résumer, certains des comportements phonétiques en cours selon l'analyse diachronique (pertes d'oppositions, tendance articulatoire concrète de fermeture) sont, à en juger par les 24 locuteurs étudiés ici, surtout présents chez les locuteurs qui présentent un capital socio-symbolique plus faible (que ce soit par leur histoire familiale générale et leurs réseaux personnels (cf. Corpus 1) ou selon leur lien avec le système éducatif (cf. Corpus 2)). Ceci dit, les différences entre les deux groupes ne sont jamais dramatiques, et nous avons pu constater que ce ‘changement par en dessous’ n'affecte pas de façon tout à fait uniforme /E/, /Ø/, /O/ et /A/ (notamment pour cette dernière, les différences socioculturelles semblent s'adoucir aujourd'hui – tout au moins pour la population concernée –, mais cela s'explique probablement par l'ancienneté du changement pour cette voyelle), et nous ne pourrons donc conclure qu’à une tendance, qui est cependant conforme aux résultats antérieurement trouvés à ce sujet, cf. la section 2.
7 CONCLUSION
Cette étude présente des limites méthodologiques évidentes qui nous incitent à la prudence avant de conclure. Nos catégories socioculturelles – qui n'ont pas été définies de la même façon dans les deux corpus – en sont un exemple, et on pourra discuter de leur bien-fondé. Comment pondérer, en fait, le lien du locuteur avec le système éducatif (utilisé comme seul critère formel dans le Corpus 2) et les autres facteurs influençant très probablement ses habitudes et ses sensibilités linguistiques (inclus dans le Corpus 1)? Même si les locuteurs ‘SUP’ et ‘TECH’ du Corpus 2 semblent diverger également par leurs parents (occupations paternelles comme professeurs, ingénieurs, cadre de banque, d'un côté, comme pompier, serveur, jardinier, de l'autre, cf. l'annexe 1), ce problème méthodologique reste réel. D'ailleurs, toute juxtaposition de corpus à trente ans d'intervalle pose des problèmes pratiques que nous avons effleurés dans la section 3. Notre choix unique d’écoute impressionniste pourra également être questionné. A deux chercheurs, nous avons eu la possibilité de confronter nos écoutes, mais le procédé impressioniste reste bien entendu un facteur subjectif que l'on ne peut pas ignorer. Enfin, tout ce qui a été dit ici concerne la lecture et pas la langue spontanée des locuteurs.
Ces réserves ayant été rappelées, les résultats principaux de notre enquête pourront être ainsi résumés:
Notre enquête à trente ans d'intervalle sur deux corpus parisiens a montré que le sous-système entier des voyelles dites à double timbre est touché par des changements en cours. Il y a perte d'opposition phonologique graduelle avec le temps, surtout pour /A/, mais également pour /E/ et /Ø/ et, dans une moindre mesure, pour /O/. Concrètement, les locuteurs distinguent plus rarement (et moins clairement) des paires de mots comme pâte-patte, piqué-piquait, jeûne-jeune et saute-sotte. Cependant les changements sont loins d’être achevés et ce qui est venu remplacer les anciens timbres distincts ne semble pas être une prononciation unifiée pour chacune des anciennes paires de phonèmes. Il y a certes un rétrécissement phonétique de la dispersion des réalisations de /A/, mais pour /E/, /Ø/ et /O/, bien que des timbres intermédiaires soient en général plus fréquents dans un grand nombre de contextes aujourd'hui qu'il y a trente ans, il existe toujours un éventail assez grand de réalisations phonétiques différentes pour chaque voyelle, et ces réalisations, tout en restant sensibles à la structure syllabique et aux consonnes environnantes, ne semblent pas gouvernées par un principe particulièrement précis. Dans certains contextes phonétiquement ouverts, nous avons pu observer une fermeture, ce qui pourrait conforter l'idée d'un renforcement de la loi de position (mots du type nationale, déjeuner, piquait), mais ceci n'est pas valable partout en syllabe ouverte et des tendances contraires (comme la montée des réalisations intermédiaires ou fermées en syllabe phonétiquement fermée (mots du type sec ou enveloppe) ou des timbres plus ouverts que [e] pour –é, -er, -ez à la finale et plus ouverts que [o] pour /O/ en finale absolue (bureau)) ont également été attestées. En matière de fermeture – qui ressort comme une tendance relativement répandue, également dans des contextes surprenants comme sec et moteur – notre analyse sociolinguistique a montré que l'usage des locuteurs du groupe socialement moins élevé semble accélérer cette tendance. Puisque ces locuteurs semblent également avoir accéléré le changement en cours vers la perte d'oppositions (au moins pour /Ø/, /O/ et /A/), nous concluons à un mouvement complexe qui tend à venir ‘d'en dessous’ de la société, en confirmant ainsi et en les amplifiant les résultats de l'enquête de 1972–74 (Peretz, Reference Peretz1977a).
ANNEXE 1. LES LOCUTEURS
Corpus 1: 12 locuteurs sélectionnés du corpus Peretz 1977a, enregistrés en 1972–74
aToutes les informations de ce tableau proviennent de la thèse de Peretz (Peretz, Reference Peretz1977a: 83–89) mais ont ici été abrégées légèrement par rapport aux profils complets. L'origine géographique des parents est Paris, sauf indication du contraire.
Corpus 2: 12 locuteurs enregistrés en 2001–2004a
aPour plusieurs de ces jeunes, l'enfance et la jeunesse se sont passées auprès d'un seul parent suite à un divorce ou un décès. Dans ce cas, seul ce parent figure dans la fiche. L'origine géographique des parents n'est pas donnée si elle est Paris ou la France du Nord.
bSciences médico-sociales.
ANNEXE 2. PAIRES MINIMALES CACHÉES DANS LES PHRASES ET LES TEXTESFootnote 18
/E/: /e/ - /ɛ/
/e/ (35) L'avion a fait un looping puis un piqué.
/ɛ/ (29) La fermière attache les chevaux au piquet.
/ɛ/ (33) Il faisait un froid sec qui piquait.
/e/ (36) Bien qu'il soit interdit de pêcher la truite, il pêchait quand même.
/ɛ/ (36) Bien qu'il soit interdit de pêcher la truite, il pêchait quand même.
/e/ (32) La gourmandise est son péché mignon.
/ɛ/ (34) Un pêcher se couvre de pêches en été.
/Ø/: /ø/ - /œ/
/ø/ (8) On ne pratique plus guère le jeûne.
/œ/ (4) Il est en neuvième au lycée de Nevers ; il est encore jeune.
/ø/ (43) L'infirmière a l'air veule.
/œ/ (46) Mais qu'est-ce qu'ils nous veulent ces gens du Nord ?
/ø/ (60) Il faut jeûner le vendredi.
/œ/ (56) Pour le déjeuner, il y avait de la viande crue et des pâtes Lustucru
/O/: /o/ - /ɔ/
/o/ (54) Je saute sur un pied en tournant autour du saule.
/ɔ/ (52) Quelle sotte ! elle est couverte de boue, elle est toute sale !
/o/ (54) Je saute sur un pied en tournant autour du saule.
/ɔ/ (47) A la mer, j'aime manger des filets de sole ; donnez-m'en un petit bout.
/o/ (41) Cette femme a une jolie peau, elle est d'une grande beauté.
/ɔ/ (37) Après Peau d’âne, le Chat botté: voilà ce que je lis.
/A/: /ɑ/ - /a/
/ɑ/ (txt1) C'est un mâle, pas une femelle.
/a/ (txt1) En ce moment, il a mal à une patte;
/ɑ/ (txt1) (. . .) il aime aussi le chocolat, le riz et les pâtes./ (56) Pour le déjeuner, il y avait des pâtes Lustucru et de la viande crue.
/a/ (txt1) En ce moment, il a mal à une patte;
/ɑ/ (59) La salle d'attente de mon dentiste est toujours sale./ (52)Quelle sotte ! elle est couverte de boue, elle est toute sale !
/a/ (57) La réunion se tient dans la grande salle./ (59) La salle d'attente de mon dentiste est toujours sale.
/ɑ/ (61) Portez-vous des chaussettes ou des bas ?
/a/ (66) Suivez-vous les débats de l'Assemblée Nationale ?
/ɑ/ (txt1) Kiki, c'est mon chat ; il a le poil ras.
/a/ (txt1); il mange des souris, pas des rats.
/ɑ/ (txt1) ; il lui en faut des tas.
/a/ (txt1) En ce moment, il a mal a une patte ; il est dans un bel état.
/a/ (16) Aimez-vous les groseilles à maquereaux ? Elles sont meilleures écrasées.
/ɑ/ (18) J'ai un pneu crevé et le moteur est encrassé ; il faut aller au garage.
/ɑ/ (68) Il faut que nous passions par là.
/a/ (txt2) (. . .) il vit une grande passion ;
/ɑ/ (42) Elle fait de la potée aux choux, pas de la pâtée pour chiens.
/a/ (txt2) (. . .) il vit une grande passion ; j'en suis tout épaté ; (. . .)
D'autres oppositions testées
/O/-/Ø/
/ɔ/ (47) A la mer, j'aime manger des filets de sole; donnez-m'en un petit bout.
/œ/ (53) C'est place de la Nation que vous allez? toute seule ?
/ɔ/ (44) J'en ai vraiment marre de ces canards qui volent et qu'on ne peut rattraper: cela me porte sur les nerfs.
/œ/ (46) Mais qu'est-ce qu'ils nous veulent ces gens du Nord ?
/ɔ/ (17) Il a été décoré de la légion d'honneur, et pas moi ! J'en suis tout écœuré.
/œ/ (17) Il a été décoré de la légion d'honneur, et pas moi ! J'en suis tout écœuré
/A/-/O/
/ɑ/ (52) Quelle sotte ! elle est couverte de boue, elle est toute sale !/(59) La salle d'attente de mon dentiste est toujours sale.
/ɔ/ (47) A la mer, j'aime manger des filets de sole ; donnez-m'en un petit bout.
/ɑ/ (53) C'est place de la Nation que vous allez ? toute seule ?
/ɔ/ (55) Je n'ai aucune notion de mathématiques.