Voici un des rares ouvrages destinés à l'acquisition des techniques de rédaction et des normes de la dissertation dans le français académique. Il se présente à la fois sous la forme d'un manuel d'aide aux productions scripturales et d'une grammaire de texte. Cet ouvrage s'adresse essentiellement à un public allophone confirmé tel que des étudiants de troisième cycle et des chercheurs, mais aussi aux natifs du français désireux de se perfectionner à l'écrit. Ainsi que l'indiquent les auteurs dans la préface, il vise à combler une lacune éditoriale car il existe très peu d'ouvrages permettant l'acquisition des techniques rédactionnelles propres au cadre universitaire pour les niveaux B2 à C2 du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECR). Les deux auteurs, Sylvie Garnier et Alan D. Savage, possèdent une grande expérience de l'enseignement en français face à un public universitaire allophone. Le premier est responsable pédagogique au Centre de l'Université de Chicago à Paris, et le deuxième est professeur de langue et littérature françaises à Wheaton College (USA).
Cet ouvrage de 256 pages est introduit par une préface déployant ses objectifs, son contenu et sa méthode. Il comporte également un mode d'emploi dans lequel les auteurs présentent brièvement, sans doute en raison de consignes éditoriales, la manière dont l'ouvrage peut s'utiliser dans le cadre d'une classe ou de façon individuelle. Quatre chapitres font l'essentiel de cet ouvrage. Le premier présente un certain nombre de règles grammaticales et de conventions d’écriture regardant la structuration et le contenu sémantique des phrases. Le deuxième chapitre porte sur la cohésion textuelle en exposant l'utilisation de différentes reprises de référents (pronominales et nominales) dans la rédaction. Le troisième chapitre traite plus généralement des normes françaises de la rhétorique, en abordant des sujets tels que la distinction entre explication et justification ou les reprises de synthèse. Les auteurs étudient pour cela certains articulateurs des discours (‘même si’, ‘pourtant’, ‘malgré’, etc.). Le quatrième chapitre rend compte de certains mots et expressions indispensables pour les structures d'argumentation et l'articulation des paragraphes ; y sont exposés d'autres articulateurs de discours (‘également’, ‘par ailleurs’, ‘en effet’, etc.). Le lecteur trouvera en fin d'ouvrage une (trop?) courte bibliographie indicative, ainsi qu'un CD-Rom qui lui permettra de mettre en pratique les sujets traités dans les différents chapitres. Le CD-Rom est bilingue (français, anglais) avec un mode d'emploi précis. Les exercices sont bien construits et très utiles pour l'assimilation des notions, la correction des réponses étant souvent accompagnée d'un rappel à la règle.
La description que font les auteurs des moyens linguistiques nécessaires à la composition des textes académiques est mise au profit du lecteur à travers des termes assez simples, ce qui rend l'ouvrage concis, pragmatique et pédagogique. Outre l'usage de notions grammaticales traditionnelles (préposition, adverbe, C.O.D, etc.), les auteurs font le choix d'utiliser une terminologie plus récente (expansions, constructions détachées, reprises de référents), s’évertuant ainsi à donner un ton plus fonctionnel aux termes métalinguistiques utilisés. De surcroît, l'on peut se rapporter en fin d'ouvrage à un glossaire de la terminologie linguistique utilisée.
L'articulation de l'ouvrage est fondamentalement basée sur un exposé de notions linguistiques dont l'acquisition est requise pour la rédaction. Cet exposé aboutit très souvent à la formulation de règles présentées comme obligatoires (des règles grammaticales) ou comme des règles d'usage. Celles-ci sont toujours récapitulées à la fin de chaque chapitre, rendant l'ouvrage fidèle à sa visée pratique. L'explication de ces points linguistiques est illustrée à l'aide d'extraits de textes authentiques tirés de revues scientifiques, de rapports du Sénat et de livres consultables à la Bibliothèque nationale de France. Ils traitent de questions sociétales et reflètent l'état actuel de certains débats intellectuels français. Le lecteur trouvera par exemple des textes sur le réchauffement climatique ou la laïcité. Ces corpus peuvent aussi servir de support en classe de FLE et enrichir le lexique et la compétence culturelle des utilisateurs de l'ouvrage.
Bien que ce livre se veuille un outil de travail destiné également à un public dont le français est la langue maternelle, l'exposition de certains moyens linguistiques pour la rédaction dans les deux premiers chapitres peut paraître, en raison de sa simplicité, davantage adressée à des utilisateurs non-natifs (par exemple dans le chapitre II, les reprises partielles quantitatives et qualitatives, les reprises pronominales). Le lecteur trouvera d'ailleurs plus de règles grammaticales dans ces deux premiers chapitres que dans les deux derniers. En outre, le premier chapitre s'achève sur des exemples de productions écrites répondant à des questions courantes dans les filières littéraires du système scolaire français, telles que: ‘Qu'est devenu l'existentialisme après Sartre?’ou ‘À partir du poème de Baudelaire “Les fenêtres”, en quoi celui-ci annonce-t-il un programme poétique?’. Dépassant l'objectif d’étudier les points de grammaire ou de linguistique utiles pour la dissertation, ces exemples ont pour but de familiariser le lecteur aux modèles textuels pratiqués en France. Nous remarquons par la même occasion que la sélection des textes authentiques se cantonne uniquement à des textes d'auteurs français et n'utilise aucune source provenant d'un autre pays de l'espace francophone. Ce choix suscite une réflexion sur la nécessité pour les scripteurs allophones d'être conscients que la culture rhétorique de la langue étrangère qu'ils empruntent est aussi modelée par des principes et des textes qui sont constituants de l'identité nationale. La manière de rédiger en français n'est certainement pas la même dans le contexte académique de la France, du Québec ou du Sénégal. Les deux derniers chapitres, qui portent sur l'argumentation et l'enchainement-hiérarchisation dans la phrase, présentent, comme il est mentionné plus haut, un certain nombre d'articulateurs et de connecteurs de discours. Le choix n'est cependant pas exhaustif; l'on présente les articulateurs les plus usités (et les moins sophistiqués) dans les textes académiques français, afin de proposer au lecteur, notamment allophone, des outils linguistiques lui permettant d'accéder rapidement et efficacement à l'écriture. Nous remarquons également que si la description de certains points qui aboutissent à des règles d'usage peut paraître trop catégorique, elle a pour but de faciliter l'acquisition de mots ou de groupes de mots qui assurent les relations logiques et sémantiques dans la phrase.
Enfin cet ouvrage vient non seulement combler une lacune éditoriale mais aussi mettre en exergue la nécessité de manuels de langues adressés à des publics d’étudiants ou chercheurs allophones, étant donné le fait que le français demeure, malgré la suprématie de l'anglais, la seconde langue scientifique. Or ce livre qui se veut également utile pour les natifs du français, nous incite à réfléchir aux répercussions sur la langue française, et plus généralement sur les langues scientifiques les plus importantes, du traitement spécifique qui se fait des moyens linguistiques dans ce genre de manuels.