Ce volume thématique regroupe dans la perspective de la pragmatique comparée, domaine jusqu'ici relativement peu représenté dans le JFLS, un ensemble d'articles couvrant un éventail assez large de phénomènes, d'approches et de contextes, dont la diversité reflète les intentions. Comme la rencontre interdisciplinaire dont il est issu,Footnote 1 il a pour objectif de rassembler, dans cette perspective générale, des travaux sur différents phénomènes de langue particulièrement sensibles à la variation culturelle afin de promouvoir la mise en rapport d'idées et d'approches théoriques, et d'explorer, au-delà des stéréotypes, des aspects et fonctionnement de la communication verbale à travers langues et cultures. Ce sont là des questions d'actualité, et dont il n'est guère besoin de rappeler l'importance dans un contexte de mondialisation et d'intensification de la communication interculturelle, où entendement linguistique et culturel, tolérance et respect de l'autre représentent des enjeux majeurs.
Sans que les travaux dont il est rendu compte dans ce volume ne se limitent donc à un système d'analyse spécifique, ils ont cependant comme dénominateurs communs leur approche comparative (ou contrastive), à savoir l'analyse en parallèle de types particuliers d'aspects ou de phénomènes dans différents contextes pour en dégager, sur la base de données orales ou écrites authentiques, les points communs et différences suivant langues et cultures de référence, et leur intérêt pour ce qu'ils peuvent révéler, d'un point de vue culturel, des pratiques communicatives à travers les frontières linguistiques. Les langues considérées comprennent l'anglais et l'arabe dans différentes variétés, l'italien et le japonais, mais, à une exception près, c'est le français qui sert de point de référence, cela dans des études menées dans des laboratoires de recherche eux aussi principalement français, ce qui fait l'intérêt tout particulier de ce volume publié dans un contexte britannique. Dans le domaine relativement récent de la pragmatique comparée – cross-cultural pragmatics en anglais – la plupart de la recherche trouve en effet ses sources dans une tradition anglo-saxonne, le plus souvent fondée sur l'analyse de l'anglais en rapport avec d'autres langues, parmi lesquelles le français lui-même n'occupe encore qu'une place limitée.
Comme en témoigne les nombreuses références à son travail dans les articles de ce volume et plus généralement, les travaux centrés sur le français doivent beaucoup à Catherine Kerbrat-Orecchioni qui, en systématisant pour la communauté de recherche francophone l'accès à ce fonds de recherche anglo-saxonne par le biais notamment de ses ouvrages sur les interaction verbales, s'est aussi faite la pionnière de leur analyse du point de vue du français, y compris dans une perspective comparative, ce dont il convient de lui rendre hommage.
Il est donc opportun que ce soit Kerbrat-Orecchioni qui ouvre ce volume, avec un article sur les formes nominales d'adresses considérées du point de vue de la variation intra- et interculturelle (français et français et variétés d'arabe). Les questions de méthodologie y occupent une place centrale, comme également dans les articles qui font suite, tous très différenciés tant dans leur objet et les cadres de discours considérés que dans la dimension culturelle convoquée: rituels d'ouverture dans les visites entre amis (français et anglais australien) (Béal et Traverso), formule d'appel dans les courriels à caractère personnel (français et japonais) (Claudel), énoncés malédictifs sur internet (français et anglais) (Cislaru), principes d'action dans les documents professionnels ‘bi-texte’ d'une entreprise multinationale (français et anglais américain) (Felten), plaintes indirectes dans les rapports d'assistants de langue en Grande Bretagne et en France (anglais britannique et français) (Crawshaw, Culpeper et Harrison), adresse nominale et pronominale, langue de spécialité et pragmatique culturelle dans la traduction au théâtre (français et italien) (Dufiet).
Les questionnements théoriques et méthodologiques manifestes dans ces différentes contributions et les pistes de recherches qui s'en dégagent dans ce tour d'horizon comparatif donnent ainsi la mesure des nombreux enjeux de la pragmatique comparée, et des perspectives qu'elle ouvre à la croisée des chemins linguistiques, culturels, théoriques et méthodologiques que représente le volume.
J'en remercie tous les contributeurs, et avec eux tous les collègues qui en ont si généreusement et si soigneusement expertisé les articles: Michael Abecassis, Jo Angouri, Hasan Atifi, Roger Baines, Kate Beeching, James Coleman, Aidan Coveney, Ingrid DeSaint George, Jean-Marc Dewaele, Yves Gambier, Penelope Gardner-Chloros, Britt-Louise Gunnarsson, Barbara Hanna, Eva Havu, Martin Howard, Betsy Kerr, Domininique Lagorgette, Carl Lavery, Tony Liddicoat, Michel Marcoccia, Gaëlle Planchenault, Bert Peeters, Vera Regan, Philip Riley, Clive Scott, Miranda Stewart, Lynda Yates. Merci encore à Kaye Mackay.