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Les lieux d’audition des femmes

Genre, espace et témoignages dans les communes des Marches (xive-milieu xvie siècle)

Published online by Cambridge University Press:  10 June 2026

Didier Lett*
Affiliation:
Université Paris Cité / Echelles (UMR 8264) didier.lett@wanadoo.fr
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Abstract

Lors des affaires judiciaires traitées devant le podestat et son juge des maléfices, des hommes et des femmes des communes marchésanes des derniers siècles médiévaux ont comparu en tant qu’accusateurs, querellants, inculpés, défenseurs ou témoins. Pour ce faire, les témoins masculins ont pu se rendre dans un seul et même lieu : le palais communal. En revanche, seules les femmes accusées de délits jugés suffisamment graves, inculpées, torturées et incarcérées en attente de jugement, ont pu entrer dans le palais. Celles qui ont commis de petits délits et celles qui ont été convoquées pour faire une déposition ont été entendues dans d’autres lieux, essentiellement dans les églises de leur ville ou de leur village, obligeant ainsi, podestat et juge à déplacer le banc de justice. Cette curieuse asymétrie de genre est capitale pour éclairer la nature masculine du pouvoir, la sanctuarisation du palais communal, la double polarisation de l’espace autour du palais et des églises, la présence féminine dans l’espace publique et politico-judiciaire, le genre de la citoyenneté, le crédit accordé au témoignage des femmes et le fonctionnement des régimes de genre. Cette partition tranchée s’explique par la méfiance à l’égard du témoignage féminin considéré comme de moindre valeur dans la recherche de la vérité. L’église est le lieu idéal pour rendre la parole des femmes plus crédible sous la surveillance divine en leur offrant une protection face au personnel judiciaire exclusivement masculin devant lequel elles doivent se présenter seules. L’étude s’appuie sur des rubriques de vingt statuts communaux du centre des Marches entre le début du xive siècle et le milieu du xvie siècle et sur les registres de la justice pénale (libri maleficiorum) du xve siècle de trois communes : Macerata, Tolentino et San Severino.

In legal cases heard before the podesta and his judge in the late Middle Ages, men and women from the towns of Italy’s Marche region were called upon to appear as accusers, litigants, defendants, defenders, or witnesses. Male witnesses carried out these duties in the communal palace. For women, however, only those accused of crimes deemed serious enough for them to be charged, tortured, and imprisoned while awaiting trial were allowed to enter the communal palace. For those who had committed minor offences or were summoned to testify, the examination took place elsewhere, mainly in the church of their town or village, thus forcing the podesta and judge to move the bench. The study of this curious gender asymmetry is crucial to understanding the masculine nature of power, the sanctification of the communal palace, the dual polarization of space around both the communal palace and churches, the presence of women in public and political-judicial spaces, the gender of citizenship, the perceived credibility of women’s testimony, and the functioning of gender regimes. This clear division can be explained by a mistrust of women’s testimony, which was considered to be of lesser value in the search for truth. The church was considered the ideal place to make women’s words more credible, as it provided divine supervision while simultaneously offering women protection from the exclusively male legal personnel before whom they had to appear alone. The study is based on sections of twenty communal statutes from the center of the Italian Marche region between the early fourteenth century and the mid-sixteenth century (included in the appendices) and the fifteenth-century criminal justice registers (libri maleficiorum) of three towns: Macerata, Tolentino, and San Severino.

Information

Type
Le sexe au tribunal
Copyright
© L’auteur, 2026. Publié par Cambridge University Press pour le compte des Éditions de l’EHESS
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Figure 1 Figure 1 long description.– Localisation des 20 statuts communaux étudiés et leur date de productionSource : Carte réalisée par Didier Lett, avec l’aide de Hugo Regazzi.

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Figure 2 Figure 2 long description.– Les 20 statuts communaux marchésans étudiésNote : Les statuts étudiés sont présentés par ordre chronologique.

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Figure 3 Figure 3 long description.– En 1470, un notaire de San Severino ajoute dans l’interligne supérieur le lieu d’audition des femmesSource : San Severino, Archivio storico comunale di San Severino, Liber malleficiorum, 1470-1471, fol. 88v.

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Figure 4 Figure 4 long description.– En 1460, deux hommes et deux femmes sont convoqués comme témoins dans l’église de San SeverinoSource : San Severino, Archivio storico comunale di San Severino, Liber malleficiorum, 1460, fol. 56v.