1 Introduction
Soient K un corps de nombres de degré D et
$(A,\mathcal {L})$
une variété abélienne polarisée de dimension g sur K. Nous notons
$h_{\mathcal {L}}\colon A(K)\to \mathbb {R}$
la hauteur de Néron-Tate associée et
$h_{F}(A)$
la hauteur de Faltings stable de A. Nous donnons tout d’abord une forme simplifiée de notre résultat principal.
Théorème 1.1. Nous avons
$$ \begin{align*} &\operatorname{\mathrm{Card}}\left\{P\in A(K)\mid h_{\mathcal{L}}(P)\le\frac{1}{256gD}\right\}\\ &\qquad\le(200g)^{2g^{2}}D^{g}\max{\left(1,h_{F}(A),\log h^{0}(A,\mathcal{L}),\log D\right)^{g}}. \end{align*} $$
Si
$g=1$
, la constante
$200^{2}$
peut être remplacée par
$9880$
.
Cet énoncé entraîne immédiatement une majoration du cardinal du groupe de torsion
$A(K)_{\mathrm {tors}}=\{P\in A(K)\mid h_{\mathcal {L}}(P)=0\}$
dans laquelle nous pouvons même faire disparaître
$\mathcal {L}$
en le choisissant de sorte que
$h^{0}(A,\mathcal {L})$
soit minimal. En faisant un calcul plus direct, principalement car il est possible de se ramener au cas où A est simple, nous obtenons une constante plus petite.
Théorème 1.2. Nous avons
Si
$g=1$
, la constante
$6^{8}$
peut être remplacée par
$8575$
.
Si nous considérons maintenant un point
$P\in A(K)$
qui n’est pas de torsion, le théorème 1.1 permet de compter ses petits multiples et conduit à une minoration de
$h_{\mathcal {L}}(P)$
. Nous pouvons à nouveau faire disparaître
$\log h^{0}(A,\mathcal {L})$
et diminuer la constante.
Théorème 1.3. Si
$P\in A(K)\setminus A(K)_{\mathrm {tors}}$
alors
Si
$g=1$
, la constante
$6^{8}$
peut être remplacée par
$59827$
.
Nous établissons en fait un énoncé plus fort que le théorème 1.1 en introduisant certains minima associés à une place archimédienne. Fixons donc un plongement
$\sigma \colon K\hookrightarrow \mathbb {C}$
et rappelons que la forme de Riemann de la polarisation
$\mathcal {L}_{\sigma }$
sur la variété abélienne complexe
$A_{\sigma }$
munit le réseau des périodes de celle-ci, noté
$\Omega _{A_{\sigma }}$
, d’une structure euclidienne et donc de minima successifs
$\lambda _{1}(\Omega _{A_{\sigma }})\le \cdots \le \lambda _{2g}(\Omega _{A_{\sigma }})$
au sens de Minkowski. Ceci vaut également pour toute sous-variété abélienne B de A, munie de la polarisation
$\mathcal {L}_{\vert B}$
. Nous définissons alors des minima modifiés pour
$1\le i\le 2g$
par
où B parcourt les sous-variétés abéliennes de A vérifiant la condition de dimension. Lorsque A est simple, tous les
$\widetilde {\lambda }_{i}$
sont égaux à
$\lambda _{2g}(\Omega _{A_{\sigma }})$
. Notre résultat principal prend maintenant la forme suivante.
Théorème 1.4. Avec les notations ci-dessus, nous avons
$$ \begin{align*} &\operatorname{\mathrm{Card}}\left\{P\in A(K)\mid h_{\mathcal{L}}(P)\le\frac{\widetilde{\lambda}_{1}^{2}}{(4^{7}g)^{2g}D}\right\}\\ &\qquad\le(1366g)^{3g^{2}}\frac{h^{0}(A,\mathcal{L})}{\widetilde{\lambda}_{1}\cdots\widetilde{\lambda}_{2g}}D^{g}\max{\left(1,h_{F}(A),\log h^{0}(A,\mathcal{L}),\log\frac{D}{\widetilde{\lambda}_{1}^{2}}\right)}^{g}. \end{align*} $$
On montre facilement
$\widetilde {\lambda }_{1}\ge 1$
et
$\widetilde {\lambda }_{1}\cdots \widetilde {\lambda }_{2g}\ge h^{0}(A,\mathcal {L})$
de sorte que cette majoration entraîne bien celle du théorème 1.1 aux constantes près. Elle présente une meilleure homogénéité : les quantités
$$\begin{align*}\frac{h_{\mathcal{L}}(P)}{\widetilde{\lambda}_{1}^{2}}\quad\text{et}\quad \frac{h^{0}(A,\mathcal{L})}{\widetilde{\lambda}_{1}\cdots\widetilde{\lambda}_{2g}}\end{align*}$$
sont inchangées lorsque
$\mathcal {L}$
est remplacé par une puissance
$\mathcal {L}^{\otimes n}$
(seuls les termes logarithmiques empêchent la formule d’être totalement invariante par cette transformation).
Si nous minorons simplement le cardinal par
$1$
, le théorème 1.4 fournit une majoration du produit
$\widetilde {\lambda }_{1}\cdots \widetilde {\lambda }_{2g}$
. Nous pouvons obtenir mieux et même faire intervenir une moyenne sur toutes les places archimédiennes.
Théorème 1.5. Nous avons
$$ \begin{align*} \min_{B}{\!\left(\frac{h^{0}(B,\mathcal{L})}{h^{0}(A,\mathcal{L})}\right)^{1/(g-\dim B)}}\!\!\!\cdot\frac{1}{D}\sum_{\sigma\colon K\hookrightarrow\mathbb{C}}{\lambda_{2g}(\Omega_{A_{\sigma}})^{2}}\le\left(4^{6}g\right)^{2g}\max{(1,h_{F}(A),\log h^{0}(A,\mathcal{L}))} \end{align*} $$
où le minimum porte sur les sous-variétés abéliennes strictes de A.
Il s’agit d’une inégalité complémentaire et en quelque sorte duale au théorème des périodes [Reference Gaudron and Rémond16, théorème 1.2] qui, tout du moins dans le cas où A est simple, majore la moyenne des
$h^{0}(A,\mathcal {L})^{1/g}\lambda _{1}(\Omega _{A_{\sigma }})^{-2}$
par une expression analogue.
Avant de situer nos théorèmes par rapport aux résultats antérieurs, observons que du théorème 1.2 découlent à la fois des minorations du degré du corps de rationalité d’un point de n-torsion de A et de celui de l’ensemble de ces points. Commençons par le corps de définition
$K(A[n])$
des points de n-torsion
$A[n]$
de
$A(\overline K)$
.
Corollaire 1.6. Pour tout entier
$n\ge 1$
, on a
$$\begin{align*}[K(A[n]):\mathbb{Q}]\ge \frac{n^{2}}{(6g)^{8}\max{\left(1,h_{F}(A),\log\frac{n^{2}}{(6g)^{8}}\right)}}.\end{align*}$$
En effet,
$A[n]$
est un sous-groupe de
$A(K(A[n]))_{\mathrm {tors}}$
d’ordre
$n^{2g}$
. Du théorème 1.2 vient
$n^{2}\le (6g)^{8}D_n\max {(1,h_{F}(A),\log D_n)}$
avec
$D_n=[K(A[n]):\mathbb {Q}]$
. La conclusion est immédiate si
$\log D_n\le \max {(1,h_{F}(A))}$
. Dans le cas contraire on utilise le fait que
$D_n\ge e$
et
$D_n\log D_n\ge x>0$
impliquent
$D_n\ge x/\max (1,\log x)$
. Bien sûr le même argument appliqué au groupe engendré par un point
$P\in A(\overline {K})_{\mathrm {tors}}$
fournit une minoration similaire du degré du corps de définition
$K(P)$
de P.
Corollaire 1.7. Pour tout point de torsion P d’ordre n, on a
$$\begin{align*}[K(P):\mathbb{Q}]\ge\frac{n^{1/g}}{(6g)^{8}\max{\left(1,h_{F}(A),\log\frac{n^{1/g}}{(6g)^{8}}\right)}}.\end{align*}$$
La dépendance du minorant en le paramètre n peut ici être améliorée (voir [Reference Serre34, théorème 4]) mais la nouveauté est que la borne est entièrement explicite. L’existence d’une borne de ce type (en
$n^{\varepsilon }$
) était un résultat clef de la méthode Pila et Zannier dans leur démonstration de la conjecture de Manin-Mumford.
Évoquons maintenant quelques repères historiques. L’étude de ces questions par des méthodes de transcendance a été amorcée par Lang [Reference Lang20] et Masser [Reference Masser21] à travers des minorations de
$[K(A[n]):\mathbb {Q}]$
dans le cas elliptique. Elle s’est dirigée par la suite vers les minorations de hauteur et les estimations du cardinal de la torsion avec les travaux d’Anderson et Masser [Reference Anderson and Masser1] (
$g=1$
) et de Masser [Reference Masser22, Reference Masser23, Reference Masser24] (cas général). Le premier théorème de comptage comparable au théorème 1.1 a été établi par Masser dans une lettre adressée à Bertrand [Reference Masser25]. Bien que non publié, il demeurait à ce jour le résultat de référence pour une variété abélienne quelconque. Notons que dans ces travaux seule la dépendance (polynomiale) en l’un des paramètres D ou
$h_{F}(A)$
était explicitée. Cet inconvénient disparaît dans le cas elliptique avec l’article [Reference Masser26] de Masser, dans lequel se trouvent des énoncés analogues aux théorèmes 1.1, 1.2 et 1.3 et au corollaire 1.6. Toutefois, le théorème de comptage de Masser comporte un facteur
$\max {(1,h_{F}(A))}^{1/2}$
supplémentaire, qui se transmet dans les autres énoncés, et la constante numérique n’est pas calculée. En dimension supérieure, pour les variétés abéliennes principalement polarisées, les travaux de David [Reference David10, Reference David11] orientés vers le cardinal de l’orbite galoisienne des points de torsion et les minorations de hauteur ont permis de renforcer le caractère effectif des bornes obtenues, grâce aux propriétés modulaires des fonctions thêta. L’intégration de ces techniques dans le formalisme de la géométrie d’Arakelov a débouché sur les premières estimations entièrement explicites (voir [Reference Bosser and Gaudron5, proposition 4.4] pour la hauteur et [Reference Rémond32, proposition 1.2] pour la torsion), néanmoins dénuées de finesse comparées à celle des théorèmes ci-dessus. Quant à l’idée d’introduire des minima dans le théorème 1.4, elle nous a été suggérée par un texte de David [Reference David12] qui améliore [Reference Masser26] dans le cas elliptique. En résumé, les théorèmes et corollaires présentés au début de ce texte suppriment toutes les limitations des énoncés connus auparavant, en offrant à la fois une précision au moins égale et souvent meilleure en les paramètres D et
$h_{F}(A)$
et un aspect explicite. Parmi les travaux cités précédemment, seul le théorème principal de [Reference David12] qui comporte également une partie non archimédienne n’est pas contenu dans le théorème 1.4.
Nous pouvons même aller au-delà et remarquer que, dans le second membre du théorème 1.4, la dépendance en la hauteur de Faltings est optimale et celle en le degré quasi-optimale. Pour
$h_F(A)$
, il suffit de considérer la famille de variétés abéliennes principalement polarisées définie par Masser [Reference Masser27] pour laquelle tous les
$\widetilde {\lambda }_{i}$
sont égaux (simplicité) et au moins linéaires en la hauteur. Le même argument entraîne également l’optimalité du théorème 1.5 en la hauteur. D’un autre côté, l’exemple des puissances de courbes elliptiques CM [Reference Clark and Pollack8] montre qu’un majorant (uniforme) de
$\operatorname {\mathrm {Card}} A(K)_{\mathrm {tors}}$
doit être au moins de l’ordre de
$(D\log \log 3D)^g$
d’où la quasi-optimalité en D du théorème 1.2 et, a fortiori, dans le second membre des théorèmes 1.1 et 1.4. Le même exemple assure que la dépendance en n du corollaire 1.6 est quasi-optimale [Reference Masser21].
En revanche, la hauteur de Faltings pourrait conjecturalement disparaître des théorèmes 1.1 à 1.3 : ce serait en effet une conséquence de la conjecture uniforme de torsion et de la conjecture de Lang-Silverman (voir [Reference Rémond32]). Rappelons que la première est connue lorsque
$g=1$
[Reference Merel28] ou si A est CM [Reference Silverberg35] ; dans les deux cas des bornes explicites existent (voir [Reference Parent31] et [Reference Gaudron and Rémond18]) mais la dépendance en D y est moins bonne que dans le théorème 1.2, excepté dans le cas déjà cité des courbes elliptiques CM. Quant à la dépendance en D du théorème 1.3, elle est la meilleure connue dans cette généralité mais le problème de Lehmer suggère qu’elle pourrait être nettement améliorée (pour des résultats dans ce sens dans le cas CM voir par exemple [Reference Carrizosa7]). Enfin, signalons que le terme secondaire
$\log h^{0}(A,\mathcal {L})$
du théorème 1.1 peut être supprimé, au prix d’une forte perte sur les autres paramètres, par l’astuce de Zarhin (voir le lemme 4.6 de [Reference Rémond32]).
Venons-en aux ingrédients de nos démonstrations. Comme dans [Reference Gaudron and Rémond16] et [Reference Bosser and Gaudron5], elles s’articulent autour d’une preuve dite de transcendance : un lemme de Siegel permet de construire une section de petite hauteur et petite en un certain ensemble
$\mathcal {S}$
de points (avec des multiplicités) ; une étape d’extrapolation analytique montre ensuite que cette section est encore petite, ainsi que ses dérivées jusqu’à un certain ordre, en un autre ensemble de points
$\Sigma $
; un lemme de multiplicités assure que l’une de ces dérivées est non nulle et un avatar de la formule du produit pour la valeur de cette dérivée entraîne l’inégalité qui contient l’information souhaitée (partie 6).
La principale innovation technique de ce texte consiste en un nouveau lemme d’interpolation multidimensionnel (théorème 4.4) qui permet d’utiliser un ensemble
$\mathcal {S}$
de points d’interpolation assez général alors que dans [Reference Gaudron and Rémond16] et [Reference Bosser and Gaudron5] ces points devaient être alignés. Dans sa lettre [Reference Masser25], Masser employait un lemme multidimensionnel simple (le lemme 4.3 ci-après) qui imposait que
$\mathcal {S}$
soit un singleton. Pour que contribuent tous les points de
$\mathcal {S}$
, l’idée centrale est de choisir une projection
$\ell $
sur une droite et de montrer que l’on peut utiliser un lemme d’interpolation unidimensionnel basé sur les points de
$\ell (\mathcal {S})$
. La qualité de l’estimation obtenue dépend alors crucialement de la répartition de
$\ell (\mathcal {S})$
: il convient d’une part de ne pas perdre de points, donc que
$\ell $
soit injectif sur
$\mathcal {S}$
, et d’autre part que les points soient les plus espacés possible. La production d’un couple
$(\mathcal {S},\ell )$
convenable nécessite donc des arguments de géométrie des nombres adaptés. En effet, pour notre construction, les meilleurs points d’interpolation sont ceux du réseau
$\Omega _{A_{\sigma }}$
pris dans une boule de rayon r. Toutefois choisir
$\mathcal {S}=\{\omega \in \Omega _{A_{\sigma }}\mid \Vert \omega \Vert _{\mathcal {L},\sigma }\le r\}$
ne convient pas en général. Nous expliquerons comment trouver une partie
$\mathcal {S}$
idoine dans l’intersection d’un réseau euclidien et d’une boule afin qu’il existe une projection
$\ell $
pour laquelle
$\ell (\mathcal {S})$
est bien espacé (proposition 2.5). En particulier le cardinal de
$\mathcal {S}$
doit être minoré par une expression (en fonction des minima du réseau) qui sera in fine combinée avec un entier N donné par un autre argument de géométrie des nombres (proposition 2.1) pour partitionner notre ensemble initial de points rationnels en N parties formées de points dont les logarithmes sont proches.
Pour finir disons que nous ne pouvons pas nous ramener au cas simple comme le faisait Masser car l’usage d’un théorème d’isogénie augmenterait les exposants de D et
$h_{F}(A)$
dans nos bornes. C’est ainsi qu’à l’instar de [Reference Gaudron and Rémond16] et [Reference Bosser and Gaudron5] nous incluons dans la démonstration une quantité y obtenue par minimum sur les sous-variétés abéliennes B de A et cela nous oblige à une récurrence finale sur la dimension qui explique la taille des constantes dans les théorèmes 1.1 et 1.4 (voir partie 9). Avant cela, nous traitons en partie 8 le cas des courbes elliptiques dont les spécificités (simplicité, présence d’une polarisation principale, interpolation unidimensionnelle, utilisation du lemme matriciel) permettent de simplifier les arguments généraux et d’obtenir des résultats plus fins.
2 Géométrie des nombres
La démonstration de notre premier énoncé fait intervenir un empilement de sphères. Rappelons que cette terminologie désigne, dans un espace euclidien, la réunion disjointe de boules (ici ouvertes) toutes de même rayon
$\rho $
. La densité centrale d’un tel empilement est, lorsqu’elle existe, la limite
$\lim _{R\to +\infty }{N_R/\operatorname {\mathrm {vol}}(B(0,R/\rho ))}$
, où
$N_R$
est le nombre de centres des boules de l’empilement se trouvant dans la boule
$B(0,R)$
(voir [Reference Cohn and Elkies9]). Par exemple, si les centres des boules forment un réseau
$\Lambda $
de rang n, la densité centrale vaut
$\rho ^n\operatorname {\mathrm {vol}}(\Lambda )^{-1}$
.
Notons
$d_n$
la densité maximale d’un empilement de sphères dans
$\mathbb {R}^n$
. Rappelons que la valeur exacte de
$d_n$
n’est connue que si
$1\le n\le 3$
(
$d_2=1/2\sqrt 3$
). Pour
$n=4$
, nous avons
$d_{4}\le 0,1313$
et, pour
$n\ge 6$
, nous exploiterons la borne
$$\begin{align*}d_{n}\le\left(\frac{3}{4}\right)^{n/2}\frac{(n/2)!}{\pi^{n/2}} \end{align*}$$
qui découle des encadrements de la table page 711 de [Reference Cohn and Elkies9] pour
$n=6,7$
et de la borne de Blichfeldt [Reference Blichfeldt4] pour
$n\ge 8$
.
Puisque, pour un réseau
$\Lambda $
de premier minimum
$\lambda _{1}$
, les boules de rayon
$\lambda _{1}/2$
centrées aux points de
$\Lambda $
sont disjointes, nous avons
$(\lambda _{1}/2)^{n}\operatorname {\mathrm {vol}}(\Lambda )^{-1}\le d_{n}$
et ceci entraîne (classiquement) une majoration de la constante d’Hermite :
$c_{\mathrm {I}}(n,\mathbb {Q})= c_{\mathrm {I}\!\mathrm {I}}^{\Lambda }(n,\mathbb {Q})\le 2^{n}d_{n}$
avec les notations de [Reference Gaudron, Peyre and Rémond.15, p. 59].
La démonstration ci-dessous nous a été communiquée par Pascal Autissier.
Proposition 2.1. Soient
$\Lambda $
un réseau euclidien,
$\lambda _1\le \cdots \le \lambda _n$
ses minima successifs,
$\rho>0$
un réel et X une partie de
$\Lambda \otimes \mathbb {R}/\Lambda $
. Alors il existe
$X_0\subset X$
tel que tout point de X est à distance au plus
$\rho $
d’un point de
$X_0$
(pour la distance induite) et
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}} X_0\le d_n\left(\frac{2}{\rho}\right)^n\operatorname{\mathrm{vol}}(\Lambda) \prod_{i=1}^{n}{\max{\left(1,\frac{\rho}{\lambda_i}\right)}}.\end{align*}$$
Démonstration. Traitons d’abord le cas où
$\lambda _{1}\ge \rho $
. Nous construisons
$X_0$
par itération en commençant par
$X_0=\emptyset $
. À chaque étape, nous ajoutons s’il en existe un point de X qui est à distance au moins
$\rho $
de tous les points de
$X_0$
. Après N étapes,
$X_0$
est formé de N points deux à deux à distance au moins
$\rho $
. Choisissons un ensemble
$Y_0$
(de cardinal N) de représentants de
$X_0$
dans
$\Lambda \otimes \mathbb {R}$
. Considérons ensuite l’union des boules de rayon
$\rho /2$
centrées aux points de
$Y_{0}+\Lambda $
. Elles sont disjointes car, si deux centres viennent de translatés par deux points différents de
$Y_{0}$
, ils sont à distance au moins
$\rho $
puisque c’est le cas de leurs images (dans
$X_{0}$
) tandis que, s’ils viennent du même point de
$Y_{0}$
, ils diffèrent par un élément non nul de
$\Lambda $
de norme au moins
$\lambda _{1}\ge \rho $
. Nous obtenons donc un empilement de sphères, de densité centrale
$N(\rho /2)^{n}\operatorname {\mathrm {vol}}(\Lambda )^{-1}$
. Cette quantité est ainsi majorée par
$d_{n}$
, ce qui montre à la fois que le procédé itératif s’arrête et que l’ensemble final
$X_0$
vérifie bien les propriétés de l’énoncé. Traitons maintenant le cas général. Nous notons
$\vert \cdot \vert $
la norme euclidienne donnée,
$f_{1},\ldots ,f_{n}$
une famille libre de
$\Lambda $
avec
$\vert f_{i}\vert =\lambda _{i}$
pour
$1\le i\le n$
puis
$e_{1},\ldots ,e_{n}$
une base orthonormée de
$(\Lambda \otimes \mathbb {R},\vert \cdot \vert )$
telle que
$\operatorname {\mathrm {Vect}}_{\mathbb {R}}(e_{1},\ldots ,e_{i})=\operatorname {\mathrm {Vect}}_{\mathbb {R}}(f_{1},\ldots ,f_{i})$
pour
$1\le i\le n$
. Introduisons une seconde norme euclidienne sur
$\Lambda \otimes \mathbb {R}$
par la formule (pour
$x_{1},\ldots ,x_{n}\in \mathbb {R}$
)
$$\begin{align*}\bigg\Vert\sum_{i=1}^{n}{x_{i}e_{i}}\bigg\Vert^{2}= \sum_{i=1}^{n}{x_{i}^{2}\max{\left(1,\frac{\rho}{\lambda_{i}}\right)^{2}}}.\end{align*}$$
Si
$x\in \Lambda \setminus \{0\}$
il existe
$1\le i\le n$
tel que
$x\in \operatorname {\mathrm {Vect}}_{\mathbb {Q}}(f_{1},\ldots ,f_{i})\setminus \operatorname {\mathrm {Vect}}_{\mathbb {Q}}(f_{1},\ldots ,f_{i-1})$
. Par définition des minima successifs, ceci entraîne
$\vert x\vert \ge \lambda _{i}$
donc
$\Vert x\Vert \ge \vert x\vert \rho /\lambda _{i}\ge \rho $
. Ainsi le premier cas s’applique au réseau euclidien
$(\Lambda ,\Vert \cdot \Vert )$
. Nous aboutissons au résultat souhaité puisque d’une part
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{vol}}(\Lambda,\Vert\cdot\Vert)=\operatorname{\mathrm{vol}}(\Lambda,\vert\cdot\vert) \prod_{i=1}^{n}{\max{\left(1,\frac{\rho}{\lambda_{i}}\right)}}\end{align*}$$
et d’autre part la distance induite par
$\Vert \cdot \Vert $
est supérieure à celle induite par
$\vert \cdot \vert $
(car
$\Vert x\Vert \ge \vert x\vert $
pour tout
$x\in \Lambda \otimes \mathbb {R}$
).
Dans la suite de cette partie, nous cherchons, en vue d’appliquer notre théorème d’interpolation 4.4, à projeter l’intersection d’un réseau et d’une boule sur une droite de la façon la plus efficace possible. Ceci nécessite en fait de limiter la projection à une partie bien choisie de l’intersection.
Théorème 2.2. Soient
$\Lambda $
un réseau euclidien,
$\lambda _1 \le \cdots \le \lambda _n$
ses minima successifs et
$r>0$
un réel. Soient
$N_1, \ldots ,N_m$
avec
$1\le m\le n$
des entiers naturels non nuls tels que
$$\begin{align*}\sum_{i=1}^mN_i^2\lambda_i^2\le4r^2\qquad\mathit{et}\qquad\sum_{i=1}^{m-1} \lambda_i^2+N_{i+1}^2\lambda_{i+1}^2\le4r^2.\end{align*}$$
Alors il existe un ensemble
$\mathcal {S}\subset \{x\in \Lambda \mid |x|\le r\}$
contenant 0 et symétrique par rapport à l’origine, un réel
$\delta>0$
et un élément unitaire
$\ell \in (\Lambda \otimes \mathbb {R})^\vee $
tels que
$\ell (\mathcal {S})\subset \mathbb {Z}\delta $
,
$\operatorname {\mathrm {Card}}\ell (\mathcal {S})=\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}\ge N_1\cdots N_m$
et
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\mathcal{S}.\delta\ge\left(1-\frac{1}{2\lfloor r/\lambda_1\rfloor N_2 \cdots N_m+2}\right)\sqrt{4r^2-\sum_{i=1}^{m-1}\lambda_i^2+N_{i+1}^2 \lambda_{i+1}^2}. \end{align*}$$
Démonstration. Nous choisissons une famille libre
$e_1, \ldots ,e_m$
de
$\Lambda $
avec
$|e_i|=\lambda _i$
(
$1\le i\le m$
) et
$\langle e_i,e_{i+1}\rangle \ge 0$
(
$1\le i<m$
). Notons
$V=\operatorname {\mathrm {Vect}}(e_1, \ldots ,e_m) \subset \Lambda \otimes \mathbb {R}$
et définissons
$\ell $
par les conditions
$\ell (V^\bot )=\{0\}$
et
$\ell (e_i)=N_{i+1} \cdots N_m\delta $
(
$1\le i\le m$
) où
$\delta $
est uniquement déterminé de sorte que
$\ell $
soit unitaire. Posons
Nous avons
$0\in \mathcal {S}_0$
et
$-\mathcal {S}_0=\mathcal {S}_0$
. Il est donc possible de choisir pour chaque élément de
$\mathcal {S}_0$
un antécédent par
$\ell $
dans
$\{y\in \Lambda \mid |y|\le r\}$
de sorte que leur ensemble
$\mathcal {S}$
vérifie aussi
$0\in \mathcal {S}$
et
$-\mathcal {S}=\mathcal {S}$
. De cette façon, toutes les conditions de l’énoncé sont remplies sauf peut-être les deux minorations.
Remarquons que
$\Lambda \cap \operatorname {\mathrm {Ker}}\ell \cap V$
est un réseau de
$\operatorname {\mathrm {Ker}}\ell \cap V$
dont une famille libre (maximale) est formée par les éléments
$e_i-N_{i+1}e_{i+1}$
(
$1\le i\le m-1$
). Par suite, le rayon de recouvrement
$\rho $
de ce réseau vérifie (voir le lemme 1 de [Reference Bantegnie3])
$$ \begin{align*}\begin{aligned} 4\rho^2\le \sum_{i=1}^{m-1}|e_i-N_{i+1}e_{i+1}|^2 &=\sum_{i=1}^{m-1}|e_i|^2+N_{i+1}^2|e_{i+1}|^2-2N_{i+1}\langle e_i,e_{i+1}\rangle\\ &\le\sum_{i=1}^{m-1}\lambda_i^2+N_{i+1}^2 \lambda_{i+1}^2\end{aligned}\end{align*} $$
et en particulier
$\rho \le r$
par hypothèse. Tout ceci vaut même dans le cas dégénéré
$m=1$
où
$\rho =0$
est le rayon de recouvrement du réseau trivial.
Considérons maintenant
$x\in \mathbb {Z}\delta $
et écrivons
$(x/\delta )e_m=\mu +\xi $
où
$\mu \in \operatorname {\mathrm {Ker}}\ell \cap V$
et
$\xi \in (\operatorname {\mathrm {Ker}}\ell )^\bot $
. Puisque
$\ell (e_m)=\delta $
, il vient
$\ell (\xi )=x$
et,
$\ell $
étant unitaire,
$|\xi |=|x|$
. Par définition de
$\rho $
, il existe
$\lambda \in \Lambda \cap \operatorname {\mathrm {Ker}}\ell \cap V$
avec
$|\mu -\lambda |\le \rho $
. Posons ensuite
$y=(x/\delta )e_m-\lambda \in \Lambda $
. Nous avons
$\ell (y)=x$
et
$|y|^2= |\mu -\lambda |^2+|\xi |^2\le \rho ^2+|x|^2$
. Ceci permet de conclure
L’ensemble de gauche est de cardinal
$2\lfloor \sqrt {r^2-\rho ^2}/\delta \rfloor +1$
. Nous distinguons alors deux cas. Si l’inclusion ci-dessus est stricte alors
$\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}_0.\delta \ge 2\sqrt {r^2-\rho ^2}$
. Si en revanche c’est une égalité, nous pouvons seulement écrire
$\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}_0+1\ge 2\sqrt {r^2-\rho ^2}/\delta $
donc
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\mathcal{S}_0.\delta\ge\left(1-\frac{1}{\operatorname{\mathrm{Card}}\mathcal{S}_0+1}\right) 2\sqrt{r^2-\rho^2}\end{align*}$$
mais l’égalité et
$\lfloor r/\lambda _1\rfloor N_2 \cdots N_m\delta \in \mathcal {S}_0$
(utiliser
$y=\lfloor r/\lambda _1\rfloor e_1$
) donnent
$\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}_0\ge 2\lfloor r/\lambda _1\rfloor N_2 \cdots N_m+1$
. Ainsi dans les deux cas nous trouvons
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\mathcal{S}_0.\delta\ge \left(1-\frac{1}{2\lfloor r/\lambda_1\rfloor N_2 \cdots N_m+2}\right)\sqrt{4r^2-4\rho^2}\end{align*}$$
puis, grâce à la borne obtenue pour
$4\rho ^2$
, la minoration souhaitée de
$\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}.\delta =\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}_0.\delta $
.
Pour finir, montrons
$\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}=\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}_0\ge N_1 \cdots N_m$
. Notons pour cela
$\epsilon _1, \ldots ,\epsilon _m$
une base orthonormée de
$\operatorname {\mathrm {Hom}}_{\mathbb {R}}(V,\mathbb {R})$
telle que
$\epsilon _i(e_j)=0$
si
$1\le i<j\le m$
puis
$$ \begin{align*}\mathcal{S}_1=\Big\{x\in\bigoplus_{i=1}^m\mathbb{Z} e_i\mid-\frac{N_i}{2} |\epsilon_i(e_i)|\le\epsilon_i(x)<\frac{N_i}{2}|\epsilon_i(e_i)|\Big\}.\end{align*} $$
Puisque
$|\epsilon _i(e_i)|\le |e_i|=\lambda _i$
, la condition
$\sum _{i=1}^mN_i^2\lambda _i^2\le 4r^2$
montre
$\mathcal {S}_1\subset \{x\in \Lambda \mid |x|\le r\}$
d’où
$\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}_0\ge \operatorname {\mathrm {Card}}\ell (\mathcal {S}_1)$
. Soient x et y deux éléments distincts de
$\mathcal {S}_1$
que nous écrivons
$x=\sum _{i=1}^mx_ie_i$
et
$y=\sum _{i=1}^my_ie_i$
. Notons encore j le plus grand entier tel que
$x_j\ne y_j$
. Nous avons
$\epsilon _j(x-y)=(x_j-y_j)\epsilon _j(e_j)$
d’où
$|x_j-y_j|<N_j$
puis
$x_j-y_j\in \mathbb {Z}\setminus N_j\mathbb {Z}$
. Par suite
$$ \begin{align*}\ell(x-y)=\left(x_j-y_j+\sum_{i=1}^{j-1}(x_i-y_i)N_{i+1} \cdots N_j\right) N_{j+1} \cdots N_m\delta\not\in N_j \cdots N_m\delta\mathbb{Z}\end{align*} $$
est non nul. Cet argument entraîne
$\operatorname {\mathrm {Card}}\ell (\mathcal {S}_1)=\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}_1$
. Finalement, le même calcul montre aussi
$\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}_1=N_1 \cdots N_m$
car, si
$x_{j+1}, \ldots ,x_m$
sont fixés, il y a exactement
$N_j$
choix de
$x_j$
compatibles avec la condition
$\sum _{i=1}^mx_ie_i\in \mathcal {S}_1$
.
Ce théorème nous suffira dans la plupart des cas mais nous devons le compléter en rang 2 par des calculs plus explicites. Nous commençons par un lemme technique auxiliaire.
Lemme 2.3. Pour tout
$\tau \in \mathbb {C}$
vérifiant
$|\tau |\ge 1$
et
$0\le \operatorname {\mathrm {Re}}\tau \le 1/2$
, on a
$$ \begin{align*}{|\operatorname{\mathrm{Im}}\tau|\over|2\tau-1|} \ge{1\over\sqrt5},\qquad{|\operatorname{\mathrm{Im}}\tau|\over|2\tau-1|\min(3,|2\tau+2|)} \ge{\sqrt5\over6\sqrt6}\end{align*} $$
et, lorsque
$|\tau +2|\ge \sqrt 6|\tau |$
,
$$ \begin{align*}{|\operatorname{\mathrm{Im}}\tau|\over|2\tau-1||\tau+2|}\ge\frac{\sqrt5}{12}.\end{align*} $$
Démonstration. Posons
$a=|\tau |^2$
et
$b=\operatorname {\mathrm {Re}}\tau $
. En élevant au carré chaque inégalité et en développant, nous devons montrer (pour
$a\ge 1$
et
$0\le b\le 1/2$
) :
$4a-4b+1\le 5(a-b^2)$
,
$5(4a-4b+1) \min (9,4a+8b+4)\le 216(a-b^2)$
et, si
$6a\le a+4b+4$
, alors
$5(4a-4b+1)(a+4b+4)\le 144(a-b^2)$
. En séparant selon la valeur du minimum, nous obtenons quatre inégalités polynomiales (de degré 2) assez faciles à vérifier. Par exemple, dans le cas où
$4a+8b+4\le 9$
, nous devons voir que
$P=80a^2+80ab-116a+56b^2-40b+20$
est négatif ; cette expression est croissante en b donc avec
$b\le (5-4a)/8$
il vient
$P\le 54a^2-81a+135/8=54(a-1/4)(a-5/4)\le 0$
puisqu’ici
$1\le a\le 5/4$
. De manière analogue, dans le cas où
$5a\le 4b+4$
, nous utilisons successivement la croissance en b,
$b\le 1/2$
puis
$1\le a\le 6/5$
pour avoir
$20a^2+60ab-59a+64b^2-60b+20 \le 20a^2-29a+6=20(a-1/4)(a-6/5)\le 0$
. Les deux cas restants sont encore plus simples (car linéaires en a) et donc omis.
Ceci nous permet d’obtenir le cas très particulier suivant du résultat de projection.
Lemme 2.4. Soient
$\Lambda $
un réseau euclidien de rang
$2$
,
$\lambda _1\le \lambda _2$
ses minima successifs et
$r>0$
un réel avec
$\sqrt 6\le r/\lambda _2\le r/\lambda _1\le 3$
. Alors il existe un ensemble
$\mathcal {S}\subset \{x\in \Lambda \mid |x|\le r\}$
contenant 0 et symétrique par rapport à l’origine, un réel
$\delta>0$
et un élément unitaire
$\ell \in (\Lambda \otimes \mathbb {R})^\vee $
tels que
$\ell (\mathcal {S})\subset \mathbb {Z}\delta $
,
$\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}.\delta \ge 5r/3$
et
$\operatorname {\mathrm {Card}}\ell (\mathcal {S})=\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}\ge 9$
.
Démonstration. Par homogénéité, nous pouvons supposer
$\lambda _1=1$
et même identifier
$\Lambda $
au réseau
$\mathbb {Z}\oplus \mathbb {Z}\tau $
de
$\mathbb {C}$
où
$\tau $
est comme dans le lemme précédent (donc
$\lambda _2=|\tau |$
). Posons alors
$\delta =|\operatorname {\mathrm {Im}}\tau |/|2\tau -1|$
et définissons
$\ell $
par
$\ell (1)=2\delta $
et
$\ell (\tau )=\delta $
. La valeur de
$\delta $
assure que
$\ell $
est unitaire. D’autre part, les 13 points
$0$
,
$\pm 1$
,
$\pm \tau $
,
$\pm (1+\tau )$
,
$\pm 2$
,
$\pm (2+\tau )$
,
$\pm (2+2\tau )$
ont des images distinctes par
$\ell $
. Nous définissons
$\mathcal {S}$
comme l’ensemble des éléments de norme
$\le r$
parmi ces treize points. L’hypothèse
$\sqrt 6\le r/|\tau |\le r\le 3$
montre
$|\tau |\le r/\sqrt 6$
et
$1\le r/\sqrt 6$
donc les neuf premiers points sont toujours de norme
$\le r$
. Ceci entraîne
$\operatorname {\mathrm {Card}}\ell (\mathcal {S})=\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}\ge 9$
. Pour minorer
$\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}.\delta /r$
distinguons trois cas. Si
$r<|2+\tau |<|2+2\tau |$
alors
$\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}=9$
et, puisque
$|\tau |\sqrt 6\le r<|2+\tau |$
, le lemme précédent donne
$$ \begin{align*}{\operatorname{\mathrm{Card}}\mathcal{S}.\delta\over r}\ge\frac{9\delta}{|2+\tau|}\ge\frac{9\sqrt5}{12}.\end{align*} $$
Si
$|2+\tau |\le r<|2+2\tau |$
alors
$\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}=11$
et (avec
$r\le 3$
)
$$ \begin{align*}{\operatorname{\mathrm{Card}}\mathcal{S}.\delta\over r}\ge{11\delta\over\min(3,|2+2\tau|)} \ge{11\sqrt5\over6\sqrt6}\end{align*} $$
par le lemme. Enfin, si
$r\ge |2+2\tau |>|2+\tau |$
alors
$\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}=13$
et
Il reste à constater
$13/3\sqrt 5\ge 3\sqrt 5/4\ge 11\sqrt 5/6\sqrt 6\ge 5/3$
.
Voici à présent l’énoncé que nous retiendrons pour la suite.
Proposition 2.5. Soient
$\Lambda $
un réseau euclidien de rang
$n\ge 3$
,
$\lambda _1\le \cdots \le \lambda _n$
ses minima successifs et
$r>0$
un réel. Alors il existe un ensemble
$\mathcal {S}\subset \{x\in \Lambda \mid |x|\le r\}$
contenant 0 et symétrique par rapport à l’origine, un réel
$\delta>0$
et un élément unitaire
$\ell \in (\Lambda \otimes \mathbb {R})^\vee $
tels que
$\ell (\mathcal {S})\subset \mathbb {Z}\delta $
,
$\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}.\delta \ge 5r/3$
et
$$ \begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\ell(\mathcal{S})=\operatorname{\mathrm{Card}}\mathcal{S}\ge\prod_{i=1}^n\left\lceil\frac{r}{ \lambda_i\sqrt{6(n-2)}}\right\rceil.\end{align*} $$
Démonstration. Posons
$M_i=\lceil r/\lambda _i\sqrt {6(n-2)}\rceil $
pour
$1\le i\le n$
. Nous avons
$1\le M_n\le \cdots \le M_2\le M_1$
. Lorsque
$M_1=1$
, les choix
$\mathcal {S}=\{0\}$
et
$\delta =5r/3$
conviennent (pour tout
$\ell $
). Sinon notons
$\nu $
(
$1\le \nu \le n$
) le plus grand entier tel que
$M_\nu \ge 2$
. Par définition de la partie entière supérieure, nous avons pour
$1\le i\le \nu $
$$ \begin{align*}M_i \lambda_i\le{M_i\over M_i-1}{r\over\sqrt{6(n-2)}}\le{2r\over\sqrt{6(n-2)}}.\end{align*} $$
Dans le cas particulier où
$\nu \in \{2,3\}$
et
$r\le 3\lambda _1$
, il vient
$M_1=M_2=M_\nu =2$
et
$\sqrt 6\le r/\lambda _2\le r/\lambda _1\le 3$
; ainsi le lemme 2.4 s’applique à un sous-réseau de rang 2 de
$\Lambda $
de minima
$\lambda _1$
et
$\lambda _2$
et donne donc le résultat (en étendant
$\ell $
par
$0$
sur l’orthogonal de ce sous-réseau) puisque
$M_1 \cdots M_n= 2^\nu \le 9$
. Dans tous les autres cas, nous employons le théorème 2.2 avec les choix
$N_1=2M_1$
et
$N_i=M_i$
pour
$2\le i\le m$
où l’entier m est défini par :
$m=\nu -1$
si
$\nu \ge 3$
et
$M_\nu =2$
;
$m=\nu $
sinon. Ceci assure
$\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}\ge N_1 \cdots N_m\ge M_1 \cdots M_\nu =M_1 \cdots M_n$
tandis que la première hypothèse du théorème est satisfaite puisque (avec
$n\ge 3$
)
$$ \begin{align*}\sum_{i=1}^mN_i^2\lambda_i^2=3M_1^2\lambda_1^2+\sum_{i=1}^mM_i^2\lambda_i^2 \le(m+3)\frac{4r^2}{6(n-2)}\le\frac{n+3}{6(n-2)}4r^2\le4r^2.\end{align*} $$
Il nous reste simplement à minorer
$N=2\lfloor r/\lambda _1\rfloor N_2 \cdots N_m$
et à majorer
$\alpha =\sum _{i=1}^{m-1}\lambda _{i}^2+N_{i+1}^2\lambda _{i+1}^2$
. Nous avons toujours
$r\ge \lambda _1\sqrt 6$
donc
$N\ge 2^{m+1}$
. Si
$m=1$
, nous utilisons
$N\ge 4$
et
$\alpha =0$
. Si
$m=2$
, nous avons
$\nu \in \{2,3\}$
donc, puisque le cas
$r\le 3\lambda _1$
a déjà été traité, nous supposons
$r\ge 3\lambda _1$
ce qui donne
$N\ge 12$
et
$$ \begin{align*}\alpha=\lambda_1^2+M_2^2\lambda_2^2 \le{r^2\over9}+{4r^2\over6(n-2)}\le{7\over9}r^2.\end{align*} $$
Lorsque
$m\ge 3$
, nous retenons
$N\ge 16$
et écrivons
$$ \begin{align*}\alpha\le\sum_{i=2}^m(1+M_i^2)\lambda_i^2\le{r^2\over6(n-2)}\sum_{i=2}^m {M_i^2+1\over(M_i-1)^2}\le{r^2\over6(n-2)}(m-1){M_m^2+1\over(M_m-1)^2}.\end{align*} $$
Par définition de m, ou bien
$m\le n-1$
et
$M_m\ge 2$
ou bien
$m=n$
et
$M_m\ge 3$
. Dans les deux situations, le majorant précédent entraîne
$\alpha \le 5r^2/6$
. Ainsi la condition
$\alpha \le 4r^2$
est toujours remplie et, grâce à
$$ \begin{align*}\begin{aligned} \left(1-{1\over16+2}\right) \sqrt{4-{5\over6}}={5\over3}\sqrt{5491\over5400}&>\left(1-\frac{1}{12+2} \right)\sqrt{4-\frac{7}{9}}=\frac{5}{3}\sqrt{\frac{4901}{4900}}\\ & > \left(1-\frac{1}{4+2}\right)\sqrt{4}={5\over3}, \end{aligned} \end{align*} $$
le théorème implique bien
$\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}.\delta \ge (1-1/(N+2))\sqrt {4r^2-\alpha }\ge 5r/3$
dans tous les cas.
3 Inégalités de Cauchy sphériques
Soient
$g\ge 1$
un entier et
$R>0$
un nombre réel. Nous munissons
$\mathbb {C}^g$
de sa norme hermitienne standard
$|z|=(\sum _{i=1}^{g}{|z_{i}|^2})^{1/2}$
. L’inégalité de Cauchy la plus usuelle pour une fonction holomorphe f sur un domaine de
$\mathbb {C}^g$
majore le module d’une dérivée de f à l’aide du maximum de
$|f(z)|$
sur un polydisque de la forme
$\max _{i}{|z_{i}|}\le R$
. Dans cette partie nous remplaçons ce maximum par celui sur la boule hermitienne
Par le principe du maximum ce nombre est aussi le maximum sur la sphère de rayon R. Pour
$\tau =( \tau _{1},\ldots ,\tau _{g})\in \mathbb {N}^{g}$
, nous notons
$\tau ^{\tau }$
le produit
$\prod _{i=1}^{g}{\tau _{i}^{\tau _{i}}}$
(avec la convention
$0^{0}=1$
),
$|\tau |$
la somme des
$\tau _{i}$
et
$\tau !=\tau _{1}!\cdots \tau _{g}!$
le produit des factorielles. Définissons également
$$\begin{align*}\zeta_{\tau}=\sup{\Big\{|a_{1}^{\tau_{1}}\cdots a_{g}^{\tau_{g}}|\mid a\in\mathbb{C}^{g},\ |a|=1\Big\}}=\left(\frac{\tau^{\tau}} {|\tau|^{|\tau|}}\right)^{1/2}\end{align*}$$
(un calcul d’extrema liés montre que le supremum est atteint pour
$a_i=(\tau _i/|\tau |)^{1/2}$
si
$\vert \tau \vert \ne 0$
). Notons encore
$\widehat {\tau }=(\tau _{2},\ldots ,\tau _{g})\in \mathbb {N}^{g-1}$
et remarquons
$\zeta _\tau \le \zeta _{\widehat \tau }\le \zeta _\tau \sqrt 2^{|\tau |}$
(utiliser respectivement
$|a_1|\le 1$
et
$a_1=1/\sqrt 2$
).
Pour une fonction f comme ci-dessus, la notation
$D^{\tau }\!f$
désigne la dérivée partielle
$(\partial /\partial z_{1})^{\tau _{1}}\cdots (\partial /\partial z_{g})^{\tau _{g}}f$
d’ordre
$\tau $
et, plus généralement, si f est définie sur un domaine d’un espace vectoriel complexe de base
$\mathsf {e}=(e_{1},\ldots ,e_{g})$
, on note
$D_{\mathsf {e}}^{\tau }f$
la dérivée d’ordre
$\tau $
de l’application
$z\mapsto f(z_{1}e_{1}+\cdots + z_{g}e_{g})$
.
Proposition 3.1. Soient f une fonction holomorphe sur
$\{z\in \mathbb {C}^g\mid |z|\le R\}$
,
$\tau \in \mathbb {N}^{g}$
et
$w\in \mathbb {C}^{g}$
avec
$|w|<R$
. On a alors
$$\begin{align*}\zeta_{\tau}\left|\frac{1}{\tau !}D^{\tau}\!f(w)\right| \le\frac{|f|_{R}}{(R-|w|)^{|\tau|}}.\end{align*}$$
De plus, si
$D^{\tau '}\!f(w)=0$
pour tout
$\tau '\in \mathbb {N}^{g}$
avec
$\vert \tau '\vert <\vert \tau \vert $
alors
$$\begin{align*}\zeta_{\tau}\left|\frac{1}{\tau !}D^{\tau}\!f(w)\right|\le\left( \frac{R}{R^2-|w|^2}\right)^{|\tau|}|f|_{R}.\end{align*}$$
Démonstration. Nous supposons
$|\tau |\ne 0$
(sinon les deux formules se réduisent à l’inégalité tautologique
$|f(w)|\le |f|_R$
). Posons
$\rho _i= (\tau _i/|\tau |)^{1/2}(R-|w|)$
puis notons
$\mathcal {D}$
le polydisque défini par
$|z_i|\le \rho _i$
pour tout i. L’inégalité de Cauchy dans
$\mathcal {D}$
donne la majoration
$$\begin{align*}\left|\frac{1}{\tau !}D^{\tau}f(w)\right|\le \frac{1}{\rho_{1}^{\tau_{1}}\cdots\rho_{g}^{\tau_{g}}}\sup{\left\{|f(w+z)| \mid z\in\mathcal{D}\right\}}\end{align*}$$
qui entraîne immédiatement la première estimation de l’énoncé puisque
$|w+z|\le R$
si
$z\in \mathcal {D}$
. Pour la seconde, supposons dans un premier temps
$g=1$
et définissons
$v\colon \{z\in \mathbb {C}\mid |z|\le R\}\to \mathbb {C}$
par
$$\begin{align*}v(z)=f(z)\left(\frac{R^{2}-z\overline{w}}{R(z-w)}\right)^{\tau}.\end{align*}$$
L’hypothèse d’annulation de f en w montre que v est holomorphe et
$$\begin{align*}v(w)=\frac{1}{\tau !}f^{(\tau)}(w)\left(\frac{R^{2}-\vert w\vert^{2}}{R}\right)^{\tau}.\end{align*}$$
En outre,
$\vert v\vert $
coïncide avec
$\vert f\vert $
sur le cercle
$\vert z\vert =R$
donc le principe du maximum donne
$\vert v(w)\vert \le \vert v\vert _{R}=\vert f\vert _{R}$
, qui est le résultat recherché. En dimension g quelconque, notons P le polynôme de Taylor de f d’ordre
$\vert \tau \vert $
en w
$$\begin{align*}P(t)=\sum_{\vert\tau'\vert=\vert\tau\vert}{\frac{1}{\tau'!} D^{\tau'}\!\!f(w)t_{1}^{\tau_{1}^{\prime}}\cdots t_{g}^{\tau_{g}^{\prime}}}\end{align*}$$
pour
$t\in \mathbb {C}^{g}$
. En vertu de la première assertion (dans la boule unité), nous avons
$$\begin{align*}\left\vert\frac{\zeta_{\tau}}{\tau!}D^{\tau}\!f(w)\right\vert=\left\vert\frac{\zeta_{\tau}}{\tau!}D^{\tau}\!P(0)\right\vert\le\vert P\vert_{1}.\end{align*}$$
Il nous suffit donc de majorer
$\vert P(t)\vert $
pour
$\vert t\vert =1$
. Or, par la formule de Leibniz,
$P(t)$
est la dérivée divisée à l’ordre
$\vert \tau \vert $
en
$0$
de la fonction d’une variable
$z\mapsto f(w+zt)$
. Son domaine
$\{z\in \mathbb {C}\mid \vert w+zt\vert \le R\}$
est un disque contenant
$0$
dont nous notons
$a\in \mathbb {C}$
le centre et
$R_{1}$
le rayon. Le cas
$g=1$
donne donc
$$\begin{align*}|P(t)|\le\left(\frac{R_{1}}{R_{1}^{2}-\vert a\vert^{2}}\right)^{\vert\tau\vert}\vert f\vert_{R}.\end{align*}$$
Il reste simplement à constater
$R_{1}\le R$
et
$R_{1}^{2}-\vert a\vert ^{2}=R^{2}-\vert w\vert ^{2}$
(qui découle par exemple de
$\vert w+(a+R_{1})t\vert =\vert w+(a-R_{1})t\vert =R$
).
Les inégalités de la proposition sont optimales au sens où, une fois
$g\ge 1$
,
$w\in \mathbb {C}^{g}$
et
$R>|w|$
fixés, nous avons
$$\begin{align*}\sup_\tau\,\sup_f\left(\frac{\zeta_\tau}{\tau!} \frac{|D^{\tau}\!f(w)|}{|f|_R}\right)^{1/|\tau|}=\frac{1}{R-|w|} \quad\text{ou}\quad\frac{R}{R^2-|w|^2}\end{align*}$$
selon le cas : ici,
$\tau $
parcourt les éléments non nuls de
$\mathbb {N}^g$
et f les fonctions holomorphes sur
$\{z\in \mathbb {C}^g\mid |z|\le R\}$
sans puis avec la condition d’annulation à l’ordre
$\vert \tau \vert $
en w.
Établissons ces assertions (qui ne seront pas utilisées dans la suite du texte). Lorsque
$w=0$
, la fonction
$f(z)=z_1^{\tau _1}\cdots z_g^{\tau _g}$
convient facilement pour tout
$\tau $
. Si
$w\ne 0$
, il suffit par homothétie de traiter le cas où
$|w|=1$
. Nous allons associer à un nombre réel
$\alpha \ge g$
un couple
$(\tau ,f)$
et vérifier que
$(\zeta _\tau |D^\tau \!f(w)|/(\tau !|f|_R))^{1/|\tau |}$
tend vers la quantité souhaitée lorsque
$\alpha $
tend vers l’infini, ce qui donnera bien la valeur du double supremum. Nous définissons
$\tau $
par
$\tau _i=\lfloor \alpha |w_{i}|^2\rfloor $
(
$\alpha \ge g$
assure
$|\tau |\ge 1$
) alors que le choix de f dépend du cas envisagé. Notons
$\langle \cdot ,\cdot \rangle $
le produit hermitien (linéaire à gauche) associé à
$\vert \cdot \vert $
. En l’absence de condition d’annulation, nous posons
$f(z)=\langle z,w\rangle ^{n}$
où
$n=\lfloor \alpha R/(R-1)\rfloor $
. L’inégalité de Cauchy-Schwarz assure
$|f|_{R}=R^{n}$
tandis que
$$\begin{align*}\frac{|D^{\tau}\!f(w)|}{\tau!}=\frac{n!}{\tau !(n-|\tau|)!} |w_{1}|^{\tau_{1}}\cdots|w_{g}|^{\tau_{g}}.\end{align*}$$
La formule de Stirling entraîne
$$\begin{align*}\lim_{\alpha\to+\infty}{\left(\frac{n!\zeta_{\tau}} {\tau!(n-|\tau|)!}\right)^{1/|\tau|}}=\frac{R^{R/(R-1)}}{R-1} \prod_{i=1}^{g}{|w_{i}|^{-|w_{i}|^2}}\end{align*}$$
si bien que
$$\begin{align*}\lim_{\alpha\to+\infty}\left(\frac{\zeta_\tau}{\tau!} \frac{|D^{\tau}\!f(w)|}{|f|_R}\right)^{1/|\tau|} =\frac1{R-1}.\end{align*}$$
Dans le cas où f doit s’annuler à l’ordre
$\vert \tau \vert $
en w, nous posons
$$\begin{align*}f(z)=\left(\frac{R\langle z-w,w\rangle}{R^{2}-\langle z,w\rangle}\right)^{\vert\tau\vert}.\end{align*}$$
Nous avons
$$\begin{align*}\left(\frac{\zeta_{\tau}}{\tau!} |D^{\tau}\!f(w)|\right)^{1/|\tau|}=\left(\frac{\zeta_{\tau}\vert\tau\vert!}{\tau!} \vert w_{1}\vert^{\tau_{1}}\cdots\vert w_{g}\vert^{\tau_{g}}\right)^{1/|\tau|} \frac{R}{R^2-1}\longrightarrow\frac{R}{R^2-1}\end{align*}$$
tandis que
$\vert f\vert _{R}=1$
(par le principe du maximum en une variable, on se limite à
$\vert \langle z,w\rangle \vert =R$
qui donne
$\vert f(z)\vert =1$
) d’où le résultat.
4 Lemmes d’interpolation
Les théorèmes de cet article reposent de façon cruciale sur de nouveaux lemmes d’interpolation analytique. Ce type de lemmes a pour objectif de fournir une estimation précise d’une fonction analytique sur une boule de
$\mathbb {C}^{g}$
(où g est un entier
$\ge 1$
), qui dépend des valeurs prises par certaines dérivées de cette fonction en un nombre fini de points fixés au préalable. La caractéristique principale du lemme d’interpolation que nous proposons ci-après (théorème 4.4) consiste à fixer une direction privilégiée sur laquelle nous projetons et la qualité de la majoration dépend de l’image de notre nuage de points sous cette projection (l’ordre de dérivation doit aussi être adapté dans cette direction). Nous obtiendrons ce résultat dans
$\mathbb {C}^g$
en combinant un lemme en une variable déduit de la formule d’interpolation d’Hermite et un lemme en plusieurs variables provenant de la formule de Taylor en 0.
Commençons par un énoncé préparatoire.
Lemme 4.1. Soit
$S\ge 3$
un entier.
-
(1) Si S est impair alors
$$\begin{align*}\left(\frac{2e}{S}\right)^{S}\prod_{n=1}^{\frac{S-1}{2}}{\left(n^2-\frac1{4}\right)}\ge 4. \end{align*}$$
-
(2) Si
$a,b,r$
et
$\delta $
sont des nombres réels strictement positifs tels que
$b=a+\delta $
,
$a\le r-\delta /2$
et
$\delta \le 2r/(S-1)$
alors
$$\begin{align*}\frac{\delta^2}{4}b^2(b+r)^2(b^2+r^2)^{S-3}\le 4r^{6}(a^2+r^2)^{S-3}.\end{align*}$$
Démonstration. (1) Le membre de gauche décroît avec S (impair). En effet, si on le note
$\alpha _{S}$
, on a
$\log (\alpha _{S}/\alpha _{S+2})=(S+1)\log (1+2/S)-2=(S+1)f(S)$
où
$f(x)=\log (1+2/x)-2/(x+1)$
vérifie
$f'(x)=-2/x(x+1)^2(x+2)<0$
pour
$x>0$
. La fonction f est donc décroissante sur
$]0,+\infty [$
. Ainsi
$f(S)\ge \lim \limits _{x\to +\infty }{f(x)}=0$
puis
$\alpha _{S}\ge \alpha _{S+2}$
. L’égalité
$$\begin{align*}\prod_{n=1}^{\frac{S-1}{2}}{\left(n^2-\frac1{4}\right)}=\frac{S!(S-1)!}{4^{S-1}(\frac{S-1}{2})!^2}\end{align*}$$
et la formule de Stirling montrent alors
$\lim \limits _{S\to +\infty }{\alpha _{S}}=4$
, ce qui permet de conclure.
(2) La fonction
$a\mapsto \frac {(a+\delta )^2+r^2}{a^2+r^2}$
est croissante sur
$[0,r-\delta /2]$
donc
$$\begin{align*}\frac{b^2+r^2}{a^2+r^2}\le\frac{(r+\delta/2)^2+r^2}{(r-\delta/2)^2+r^2}\end{align*}$$
et l’expression à majorer est plus petite que
$$\begin{align*}\left(\frac{\delta}{2r}\right)^2\left(1+\frac{\delta}{2r}\right)^2\left(2+\frac{\delta}{2r}\right)^2\left(\frac{1+\left(1+\frac{\delta}{2r}\right)^2}{1+\left(1-\frac{\delta}{2r}\right)^2}\right)^{S-3}r^{6}(a^2+r^2)^{S-3}.\end{align*}$$
Cette borne est une fonction croissante de
$\delta /2r$
, que nous pouvons donc remplacer par
$1/(S-1)$
. Elle est ainsi inférieure à
$$\begin{align*}\frac{S^2(2S-1)^2}{(S-1)^{6}}\left(\frac{S^2+(S-1)^2}{(S-1)^2+(S-2)^2}\right)^{S-3}r^{6}(a^2+r^2)^{S-3}.\end{align*}$$
On conclut par un calcul direct si
$S\in \{3,4\}$
tandis que les estimations
$S^2(2S-1)^2\le (S-1)^{6}/2$
et
$$ \begin{align*}\begin{aligned}\left(\frac{S^2+(S-1)^2}{(S-1)^2+(S-2)^2}\right)^{S-3}&=\left(1+\frac{4(S-1)}{(S-1)^2+(S-2)^2}\right)^{S-3}\\ &\le\exp{\left(\frac{4(S-1)(S-3)}{(S-1)^2+(S-2)^2}\right)}\le e^2\end{aligned}\end{align*} $$
donnent le résultat pour
$S\ge 5$
.
Le premier lemme d’interpolation dont nous aurons besoin est unidimensionnel (avec projection sur l’axe réel).
Lemme 4.2. Soient
$R,a,r,\delta $
des nombres réels positifs avec
$R>\max {(a,r+\delta /2)}$
. Soit
$\mathcal {S}\subset \mathbb {C}$
un sous-ensemble fini de cardinal impair
$S\ge 3$
tel que si
$x\in \mathcal {S}$
alors
$\vert x\vert \le r$
,
$-x\in \mathcal {S}$
et
$\operatorname {\mathrm {Re}}(x)\in \mathbb {Z}\delta $
. On suppose de plus
$\operatorname {\mathrm {Card}}\operatorname {\mathrm {Re}}(\mathcal {S})=S$
. Alors, pour toute fonction holomorphe
$f\colon \{z\in \mathbb {C}\mid \vert z\vert \le R\}\to \mathbb {C}$
et tout entier
$T\ge 0$
, on a
$$ \begin{align*}\begin{aligned}\vert f\vert_{a}\le(a^2+r^2)^{ST/2}\bigg(&\frac{R}{R-\max{(a,r+\delta/2)}}\cdot\frac{2^{T}\vert f\vert_{R}}{(R^2-r^2)^{ST/2}} \\ &\qquad+4T\left(\frac{2e}{\delta S}\right)^{ST}\sum_{x\in\mathcal{S}}{\sum_{\ell=0}^{T-1}{\frac{\vert f^{(\ell)}(x)\vert}{\ell !}\left(\frac{\delta}{2}\right)^{\ell}}}\bigg).\end{aligned}\end{align*} $$
De plus, dans le cas où
$a=r$
, on a
$$ \begin{align*}\begin{aligned}\vert f\vert_{r}\le(2r^2)^{ST/2}\bigg(&\frac{R}{R-r-\delta/2}\cdot\frac{\vert f\vert_{R}}{(R^2-r^2)^{ST/2}} \\ &\qquad+4T\left(\frac{2e}{\delta(S+1)}\right)^{ST}\sum_{x\in\mathcal{S}}{\sum_{\ell=0}^{T-1}{\frac{\vert f^{(\ell)}(x)\vert}{\ell !}\left(\frac{\delta}{2}\right)^{\ell}}}\bigg).\end{aligned}\end{align*} $$
Démonstration. Le cas
$T=0$
découle de
$\vert f\vert _{a}\le \vert f\vert _{R}$
. On suppose maintenant
$T\ge 1$
et on pose
$\varepsilon =\delta /4T$
. Quitte à remplacer R par
$R-\eta $
on suppose que f est holomorphe sur un voisinage de
$\{z\in \mathbb {C}\mid \vert z\vert \le R\}$
. On note D la réunion du disque
$D_{a}\subset \mathbb {C}$
de centre
$0$
et de rayon a et de l’ensemble des disques de centre dans
$\mathcal {S}$
et de rayon
$\delta /2$
qui rencontrent
$D_{a}$
. Par le principe du maximum, on a
$\vert f\vert _{a}\le \sup {\{\vert f(z)\vert \mid z\in \partial D\}}$
. Considérons donc
$z\in \partial D$
. Par construction
$\vert z-x\vert \ge \delta /2$
pour tout
$x\in \mathcal {S}$
. De plus ou bien
$\vert z\vert =a$
ou bien il existe
$y\in \mathcal {S}$
avec
$\vert z-y\vert =\delta /2$
(ce second cas n’arrive que si
$a\le r+\delta /2$
). Enfin
$\vert z\vert \le b$
où
$b=a$
si
$a\ge r+\delta /2$
,
$b=r+\delta /2$
si
$r-\delta /2\le a\le r+\delta /2$
et
$b=a+\delta $
si
$0\le a\le r-\delta /2$
. Appliquons la formule d’Hermite (voir par exemple [Reference Bosser and Gaudron5, p. 250]) au point z, aux chemins
$\Gamma =\{\xi \in \mathbb {C}\mid \vert \xi \vert =R\}$
et
$\Gamma _{x}=\{\xi \in \mathbb {C}\mid \vert \xi -x\vert =\delta /2-\varepsilon \}$
ainsi qu’au poids
$\omega (\xi )=\prod _{x\in \mathcal {S}}{(\xi -x)^{T}}$
. Notons que par symétrie on a
$\vert \omega (\xi )\vert =\prod _{x\in \mathcal {S}}{\vert \xi ^2-x^2\vert ^{T/2}}$
. Nous devons minorer
$\vert \omega \vert $
sur
$\Gamma $
et
$\Gamma _{y}$
(
$y\in \mathcal {S}$
) et majorer
$\vert \omega (z)\vert $
. Si
$\xi \in \Gamma $
on a simplement
$\vert \omega (\xi )\vert \ge (R^2-r^2)^{ST/2}$
. Pour
$\xi \in \Gamma _{y}$
, on minore
$$\begin{align*}\vert\omega(\xi)\vert\ge\vert\xi-y\vert^{T}\prod_{x\in\mathcal{S}\setminus\{y\}}{\vert\operatorname{\mathrm{Re}}(\xi-x)\vert^{T}}=\left(\frac{\delta}{2}-\varepsilon\right)^{T}\prod_{x\in\mathcal{S}\setminus\{y\}}{\vert\operatorname{\mathrm{Re}}(\xi)-\operatorname{\mathrm{Re}}(x)\vert^{T}}.\end{align*}$$
L’ensemble E de cardinal
$S-1$
inclus dans
$\mathbb {Z}\delta \setminus \{\operatorname {\mathrm {Re}}(y)\}$
qui minimise le produit
$\prod _{u\in E}{\vert \operatorname {\mathrm {Re}}(\xi )-u\vert }$
est
$\{\operatorname {\mathrm {Re}}(y)\pm n\delta \mid 1\le n\le (S-1)/2\}$
. Ainsi
$$\begin{align*}\prod_{x\in\mathcal{S}\setminus\{y\}}{\vert\operatorname{\mathrm{Re}}(\xi)-\operatorname{\mathrm{Re}}(x)\vert}\ge\prod_{n=1}^{(S-1)/2}{(\delta^2n^2-\lambda^2)}\quad \text{o{\`u} } \lambda=\operatorname{\mathrm{Re}}(\xi)-\operatorname{\mathrm{Re}}(y)\in\Big[-\frac{\delta}{2},\frac{\delta}{2}\Big]. \end{align*}$$
En particulier
$\lambda ^2\le \delta ^2/4$
et, par l’assertion (1) du lemme préliminaire, nous trouvons
$$\begin{align*}\vert\omega(\xi)\vert\ge\left(\frac1{2}-\frac1{4T}\right)^{T}4^{T}\left(\frac{\delta S}{2e}\right)^{ST}\ge 2^{T-1}\left(\frac{\delta S}{2e}\right)^{ST}.\end{align*}$$
Montrons maintenant que
$\vert \omega (z)\vert \le 2^{T}(a^2+r^2)^{ST/2}$
. Si
$\vert z\vert =a$
on a directement
$\vert \omega (z)\vert \le (a^2+r^2)^{ST/2}$
donc nous pouvons supposer qu’il existe
$y\in \mathcal {S}$
avec
$\vert z-y\vert =\delta /2$
. Lorsque
$y\ne 0$
, nous majorons
$\vert z^2-x^2\vert $
par
$b^2+r^2$
si
$x\not \in \{-y,0,y\}$
, par
$b^2$
si
$x=0$
et par
$\delta (b+r)/2$
si
$x\in \{-y,y\}$
de sorte que
$\vert \omega (z)\vert ^{2/T}\le (\delta ^2/4)b^2(b+r)^2(b^2+r^2)^{S-3}$
. Par l’assertion (2) du lemme, cette borne est plus petite que
$4(a^2+r^2)^{S}$
si
$0\le a\le r-\delta /2$
. On notera que l’hypothèse
$\delta \le 2r/(S-1)$
de ce lemme est satisfaite car
$\operatorname {\mathrm {Re}}(\mathcal {S})$
est composé de S multiples entiers de
$\delta $
, tous inclus dans l’intervalle
$[-r,r]$
. Lorsque
$r-\delta /2\le a\le r+\delta /2$
et donc
$b=r+\delta /2$
, le cas
$a=r-\delta /2$
de cette même assertion donne
$\vert \omega (z)\vert ^{2/T}\le 4r^{6}((r-\delta /2)^2+r^2)^{S-3}\le 4(a^2+r^2)^{S}$
. Lorsque
$y=0$
(donc
$\vert z\vert =\delta /2$
) nous majorons
$\vert \omega (z)\vert ^{2/T}\le (\delta ^2/4)\left (\delta ^2/4+r^2\right )^{S-1}$
puis, avec
$\delta \le 2r/(S-1)$
, on a
$$\begin{align*}\vert\omega(z)\vert^{2/T}\le \frac{r^{2S}}{(S-1)^2}\left(1+\frac1{(S-1)^2}\right)^{S-1}\le \frac{r^{2S}}{4}e^{1/(S-1)}\le r^{2S}\le(a^2+r^2)^{S}.\end{align*}$$
On reporte ces trois estimations pour
$\omega $
dans la formule d’Hermite et l’on conclut avec
$\vert \xi -z\vert \ge R-b\ge R-\max {(a,r+\delta /2)}$
pour
$\xi \in \Gamma $
et
$\vert \xi -z\vert \ge \varepsilon $
si
$\xi \in \Gamma _{x}$
ce qui donne
$\frac 1{2\pi }\vert \int _{\Gamma _{x}}{\mathrm {d}\xi /(\xi -x)}\vert \le \delta /2\varepsilon =2T$
. Dans le cas où
$a=r$
, nous montrons
$\vert \omega (z)\vert \le 2^{-T/2}(2r^2)^{ST/2}$
. Si
$\vert z\vert =r$
cela découle de
$\vert \omega (z)\vert \le r^{T}(a^2+r^2)^{(S-1)T/2}$
(on met à part le facteur correspondant à
$x=0$
dans la définition de
$\omega (z)$
). S’il existe
$y\in \mathcal {S}$
avec
$\vert z-y\vert =\delta /2$
, cela suit des calculs ci-dessus puisque
$\vert \omega (z)\vert ^{2/T}\le 4r^{6}(a^2+r^2)^{S-3}=(2r^2)^{S}/2$
(aussi bien si
$y\ne 0$
que si
$y=0$
). Par conséquent, nous gagnons un facteur
$8^{-T/2}$
par rapport au cas général. Dans le premier terme, nous utilisons
$2^{-T/2}\le 1$
tandis que dans le second terme nous employons
$8^{-1/2}\le e^{-1}\le (S/(S+1))^S$
.
Le cas où il n’y a qu’un seul point d’interpolation est beaucoup plus simple que le cas général (aucune projection n’est nécessaire) et servira d’ailleurs à l’établir. Il fait l’objet du résultat suivant (les notations sont celles de la partie précédente).
Lemme 4.3. Soient
$T\ge 0$
et
$g\ge 1$
des entiers naturels,
$w\in \mathbb {C}^{g}$
et
$R,r$
des réels tels que
$R\ge r\ge 0$
et
$R>\vert w\vert $
. Soit
$F\colon \{z\in \mathbb {C}^{g}\mid \vert z\vert \le R\}\to \mathbb {C}$
une fonction holomorphe. On a
$$\begin{align*}\vert F\vert_{r}\le\left(\frac{r+\vert w\vert}{R-\vert w\vert}\right)^{T}\vert F\vert_{R}+2\sum_{\tau\in\mathbb{N}^{g}, \vert\tau\vert<T}{\zeta_{\tau}\Big\vert\frac{D^{\tau}\!F(w)}{\tau !}\Big\vert(r+\vert w\vert)^{\vert\tau\vert}}.\end{align*}$$
Démonstration. Si
$R\le 2\vert w\vert +r$
alors le terme devant
$\vert F\vert _{R}$
est plus grand que
$1$
et le résultat découle de
$\vert F\vert _{r}\le \vert F\vert _{R}$
. Supposons maintenant
$R>2\vert w\vert +r$
. Soit
$x=(x_1,\ldots ,x_{g})\in \mathbb {C}^{g}$
tel que
$\vert x\vert =1$
. Considérons la fonction holomorphe en la variable
$z\in \mathbb {C}$
de module
$\le R-\vert w\vert $
$$\begin{align*}u_{x}(z)=z^{-T}\left(F(w+zx)-\sum_{\vert\tau\vert<T}{\frac{D^{\tau}\!F(w)}{\tau!}x_1^{\tau_1}\cdots x_{g}^{\tau_{g}}z^{\vert\tau\vert}}\right)\end{align*}$$
à laquelle on applique
$\vert u_{x}\vert _{r+\vert w\vert }\le \vert u_{x}\vert _{R-\vert w\vert }$
. On choisit alors z (de module
$\le r+\vert w\vert $
) et x de sorte que
$\vert F(w+zx)\vert =\vert F\vert _{r}$
puis l’on majore
$\vert x_1^{\tau _1}\cdots x_{g}^{\tau _{g}}\vert $
par
$\zeta _{\tau }$
.
Nous disposons maintenant de tous les outils pour démontrer le nouveau lemme d’interpolation annoncé. Notons
$p_1\colon \mathbb {C}^{g}\to \mathbb {C}$
la projection sur la première coordonnée.
Théorème 4.4. Soient
$g\ge 2$
,
$T\ge 0$
et
$S\ge 3$
des entiers avec S impair et
$R,r,a,\delta ,c$
des nombres réels strictement positifs vérifiant
$R^2\ge c^2(a^2+9r^2/4)$
et
$c>1$
. Soit
$\mathcal {S}$
une partie de
$\{z\in \mathbb {C}^{g}\mid \vert z\vert \le r\}$
de cardinal S, symétrique par rapport à l’origine et telle que
$\operatorname {\mathrm {Re}}(p_1(\mathcal {S}))$
soit contenu dans
$\mathbb {Z}\delta $
et de cardinal S. Posons
$\kappa =\sup _{0\le t\le a}{(r^2+a^2-t^2)(r+t)^2}$
. Alors, pour toute fonction holomorphe
$f\colon \{z\in \mathbb {C}^{g}\mid \vert z\vert \le R\}\to \mathbb {C}$
on a
$$\begin{align*}\vert f\vert_{a}\le(r^2+a^2)^{ST/2}\left(\frac{c}{c-1}\cdot\frac{2^{T}\vert f\vert_{R}}{(R^2-r^2)^{ST/2}}+4T\left(\frac{2e}{\delta S}\right)^{ST}(\Delta_1+\Delta_{2})\right)\end{align*}$$
avec
$$\begin{align*}\Delta_1=ST\left(\frac{\kappa}{(r^2+a^2)(R-r/2)(R-3r/2)}\right)^{ST/2} \vert f\vert_{R}\end{align*}$$
et
$$\begin{align*}\Delta_{2}=2\sum_{x\in\mathcal{S}}{\sum_{\tau}{\zeta_{\widehat{\tau}} \bigg\vert\frac{D^{\tau}\!f(x)}{\tau!}\bigg\vert(a+r)^{\vert\tau\vert}}}\end{align*}$$
où la dernière somme porte sur les g-uplets
$\tau =(\tau _1,\widehat {\tau })\in \mathbb {N}\times \mathbb {N}^{g-1}$
tels que
$\tau _1<T$
et
$\vert \widehat {\tau }\vert <ST$
.
Démonstration. Comme dans la démonstration du lemme 4.2, les hypothèses entraînent
$\delta \le 2r/(S-1)\le r$
. Soit
$z\in \mathbb {C}^{g-1}$
avec
$\vert z\vert \le a$
. Appliquons le lemme 4.2 avec les paramètres
$(\widetilde R,\widetilde a,r,\delta )$
où
$\widetilde R=\sqrt {R^2-|z|^2}$
et
$\widetilde a=\sqrt {a^2-|z|^2}$
à l’ensemble
$p_1(\mathcal {S})$
de cardinal S et à la fonction holomorphe d’une variable
$f_{z}\colon u\mapsto f(u,z)$
. Remarquons
$$\begin{align*}\frac{\widetilde a^2+r^2}{\widetilde R^2-r^2}= \frac{a^2+r^2-|z|^2}{R^2-r^2-|z|^2}\le\frac{a^2+r^2}{R^2-r^2}\end{align*}$$
(car
$R^2\ge a^2+2r^2$
) et de même
$\widetilde a/\widetilde R\le a/R$
. Puisque cette dernière quantité est majorée par
$1/c$
tout comme
$(r+\delta /2)/\widetilde R\le 3r/2\sqrt {R^2-a^2}$
, nous avons
$$\begin{align*}\widetilde R-\max\left(\widetilde a,r+\frac\delta2\right) \ge\left(1-\frac1c\right)\widetilde R>0.\end{align*}$$
Nos paramètres satisfont donc les hypothèses du lemme qui, avec les inégalités ci-dessus ainsi que
$|f_{z}|_{\widetilde R}\le |f|_{R}$
, fournit
$$ \begin{align*}\begin{aligned} |f_z|_{\widetilde a}&\le\frac{c}{c-1}\left(\frac{a^2+r^2}{R^2-r^2} \right)^{ST/2}2^T|f|_R\\ &\qquad +4T\left(\frac{2e}{\delta S}\right)^{ST}(\widetilde a^2+r^2)^{ST/2}\sum_{x_1\in p_1(\mathcal{S})}{\sum_{\tau_1=0}^{T-1} {\frac{|f_z^{(\tau_1)}(x_1)|}{\tau_1!}\left(\frac\delta2\right)^{\tau_1}}}. \end{aligned}\end{align*} $$
Comme
$|f|_a=\sup \{|f_z|_{\widetilde a}\mid z\in \mathbb {C}^{g-1},\ |z|\le a\}$
, il reste à évaluer
$f_{z}^{(\tau _1)}(x_1)$
pour faire apparaître
$\Delta _1+\Delta _2$
. Fixons donc
$\tau _1$
et
$x_1$
(en plus de z) et notons x l’unique élément de
$\mathcal {S}$
tel que
$x_1=p_1(x)$
puis
$w\in \mathbb {C}^{g-1}$
vérifiant
$x=(x_1,w)$
. Posons encore
$R_1=\sqrt {R^2-(|x_1|+\delta /2)^2}$
et définissons une fonction holomorphe
$F\colon \{y\in \mathbb {C}^{g-1}\mid |y|\le R_1\}\to \mathbb {C}$
par
$F(y)=f^{(\tau _1)}_y(x_1)=D^{(\tau _1,0)}\!f(x_1,y)$
. Nous lui appliquons le lemme 4.3 où l’on remplace
$(T,R,r)$
par
$(ST,R_1,|z|)$
, l’hypothèse sur R assurant
$R_1>\max (|z|,|w|)$
. Puisque
$|F(z)|\le |F|_{|z|}$
, il vient
$$\begin{align*}|f_z^{(\tau_1)}(x_1)|\le\left( \frac{|z|+|w|}{R_1-|w|}\right)^{ST}|F|_{R_1}+2\sum_{ \genfrac{}{}{0pt}1{\widehat{\tau}\in\mathbb{N}^{g-1}}{|\widehat{\tau}|<ST}} \zeta_{\widehat{\tau}}\Big|\frac{D^{\widehat{\tau}}\!F(w)} {\widehat{\tau}!}\Big|(|z|+|w|)^{|\widehat{\tau}|}.\end{align*}$$
Lorsque nous injectons ceci dans la formule précédente, la somme sur
$\widehat \tau $
donne naissance à
$\Delta _2$
car
$D^{\widehat {\tau }}\!F(w)=D^{\tau }\!f(x)$
si
$\tau =(\tau _1,\widehat \tau )$
tandis que
$|z|+|w|$
et
$\delta /2$
sont tous deux majorés par
$a+r$
(et
$\widetilde a^2+r^2$
par
$a^2+r^2$
). Dans le terme restant, pour évaluer
$|F|_{R_1}$
, fixons
$y\in \mathbb {C}^{g-1}$
tel que
$|y|=R_1$
et
$|F(y)|=|F|_{R_1}$
. L’inégalité de Cauchy (en une variable) conduit à
$$\begin{align*}|F|_{R_1}=\Big|f_y^{(\tau_1)}(x_1)\Big|\le \tau_1!\left(\frac2\delta\right)^{\tau_1}|f_{y}|_{\vert x_1\vert+\delta/2} \le\tau_1!\left(\frac2\delta\right)^{\tau_1}|f|_{R}\end{align*}$$
puisque
$(|x_1|+\delta /2)^2+|y|^2=R^2$
. Nous utilisons ensuite
$|z|+|w|\le |z|+r$
et
$(|z|+r)^2(\widetilde a^2+r^2)\le \kappa $
. Pour reconnaître
$\Delta _1$
, il reste simplement à vérifier
$\sqrt {(R-r/2)(R-3r/2)}+|w|\le R_1$
. Or le premier membre s’écrit
$$ \begin{align*}\begin{aligned} &\sqrt{(R-r/2)(R-3r/2)}+\sqrt{(|x|+|x_1|)(|x|-|x_1|)}\\ &\quad \le\sqrt{(R-r/2+|x|+|x_1|)(R-3r/2+|x|-|x_1|)} \end{aligned}\end{align*} $$
que l’on majore en effet par
$R_1$
en employant successivement
$|x|\le r$
et
$\delta \le r$
.
Nous écrirons la quantité
$\kappa $
de cet énoncé sous la forme
$\kappa =r^4\kappa '(a/r)$
où la fonction
$\kappa '$
est définie par
$\kappa '(x)=\sup _{0\le t\le x}(1+x^2-t^2)(1+t)^2$
pour
$x\ge 0$
. Le supremum est atteint pour
$t_{0}=x$
si
$x\le (\sqrt {5}-1)/2$
et pour
$t_{0}=((9+8x^2)^{1/2}-1)/4$
sinon. De cette observation découlent les formules explicites
$$\begin{align*}\kappa'(x)=\begin{cases} (1+x)^{2} & \text{si } x\le \frac{\sqrt{5}-1}{2},\\ \displaystyle\frac{1}{32}\left(27+36x^{2}+8x^{4}+(9+8x^{2})^{3/2}\right)&\text{sinon}. \end{cases} \end{align*}$$
Notons aussi
$\kappa '(x)\ge 1+x^2$
dans tous les cas en prenant
$t=0$
.
Nous combinons maintenant ce théorème avec notre résultat de projection (proposition 2.5) afin d’aboutir à la forme que nous utiliserons plus loin. Pour la formuler et pour inclure simultanément des majorations plus précises dans le cas unidimensionnel, nous introduisons les notations suivantes, auxquelles nous nous référerons constamment dans le reste du texte.
Définition 4.5. Lorsqu’un entier
$g\ge 1$
, un réseau euclidien
$\Lambda $
de rang
$2g$
de minima successifs
$\lambda _1\le \cdots \le \lambda _{2g}$
et des nombres réels
$E>3/2$
,
$r>0$
et
$x\ge 0$
sont donnés, nous disons qu’un quintuplet
$(\beta ,\gamma ,E',Q,S')\in \mathbb {R}^4\times \mathbb {N}$
est associé à
$(\Lambda ,E,r,x)$
si l’une des conditions suivantes est remplie :
-
(P0)
$g=1$
,
$E'=E$
et
$\beta =\gamma =Q=S'=1$
; -
(P1)
$g=1$
,
$\beta =1/2$
,
$\gamma =3/2$
,
$E'=\sqrt {(E^2-1)/2}$
,
$Q=e\sqrt 2$
et
$S'=1+2\lfloor r/\lambda _1\rfloor $
; -
(P2)
$g\ge 2$
,
$\beta =1+x$
,
$\gamma =1+\sqrt 2(1+x)$
,
$$ \begin{align*}E'={5\over6e}\sqrt{(E-1/2)(E-3/2)\over\kappa'(x)},\qquad Q={6e\over5}\sqrt{1+x^2}\end{align*} $$
$$ \begin{align*}\mathrm{et}\qquad S'=\prod_{i=1}^{2g-1}\left\lceil r\over\lambda_i\sqrt{6(2g-3)}\right\rceil. \end{align*} $$
Le paramètre
$\gamma $
n’apparaît pas encore dans l’énoncé ci-dessous.
Théorème 4.6. Soient
$(V,\vert \cdot \vert )$
un
$\mathbb {C}$
-espace vectoriel hermitien de dimension
$g\ge 1$
,
$\Lambda \subset V$
un réseau,
$\lambda _1\le \cdots \le \lambda _{2g}$
ses minima successifs et r, E, x des nombres réels positifs avec
$E^2>x^2+9/4$
et
$r>0$
. On impose
$x=1$
si
$g=1$
. Soit
$(\beta ,\gamma ,E',Q,S')$
un quintuplet associé à
$(\Lambda ,E,r,x)$
comme dans la définition précédente.
Alors il existe un ensemble
$\mathcal {S}\subset \{z\in \Lambda \mid |z|\le r\}$
, un nombre réel
$c_0>0$
et une base orthonormée
$\mathsf e$
de V tels que, en notant
$S=\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {S}$
, on ait
$S\ge S'$
,
$\mathcal {S}=\{0\}$
si
$S'=1$
et, pour toute fonction holomorphe
$f\colon \{z\in V\mid |z|\le Er\}\to \mathbb {C}$
et tout entier
$T\ge 2$
,
$$ \begin{align*}|f|_{xr}\le T^{c_0}\left({|f|_{Er}\over(E')^{ST}}+Q^{ST}\max_{z\in\mathcal{S},\,\tau} \zeta_{\widehat\tau}\Big\vert{D^\tau_{\mathsf e}f(z)\over\tau!}\Big\vert(\beta r)^{|\tau|}\right)\end{align*} $$
où
$\tau $
parcourt les éléments de
$\mathbb {N}^g$
tels que
$\tau _1<T$
et
$\tau _2 + \cdots +\tau _g<ST$
.
Démonstration. Nous supposons dans un premier temps
$S'\ge 2$
. Ceci exclut le cas (P0). Dans le cas (P1), nous considérons
$\omega \in \Lambda $
avec
$|\omega |=\lambda _1$
. Nous choisissons
$\mathcal {S}=\{z\in \mathbb {Z}\omega \mid |z|\le r\}$
de cardinal impair
$S=S'\ge 3$
et
$e_1=\omega /\lambda _1$
. Nous appliquons alors la deuxième partie du lemme 4.2 avec
$R=Er$
,
$a=r$
,
$\delta =\lambda _1$
à la fonction
$z\mapsto f(ze_1)$
. La définition de
$S'$
entraîne
$(S+1)\delta>2r$
d’où la formule voulue (avec
$\zeta _{\widehat \tau }=1$
et
$4ST^2\le T^{c_0}$
). Dans le cas (P2), nous commençons par appliquer la proposition 2.5 à un sous-réseau
$\Lambda '$
de
$\Lambda $
de rang
$n=2g-1\ge 3$
dont les minima successifs sont
$\lambda _1\le \cdots \le \lambda _{2g-1}$
. Ceci nous fournit un ensemble
$\mathcal {S}$
de cardinal
$S\ge S'$
. Nous étendons
$\ell \in (\Lambda '\otimes \mathbb {R})^\vee $
en un élément unitaire
$\ell '\in \operatorname {\mathrm {Hom}}_{\mathbb {R}}(V,\mathbb {R})$
puis nous choisissons une base orthonormée
$\mathsf {e}=(e_{1},\ldots ,e_{g})$
de V de sorte que
$\ell '(z_{1}e_1+ \cdots +z_ge_g)=\operatorname {\mathrm {Re}}(z_1)$
pour tout
$(z_{1},\ldots ,z_{g})\in \mathbb {C}^g$
. Puisque
$S'\ge 2$
entraîne
$S\ge 3$
, nous pouvons alors appliquer le théorème 4.4 avec
$R=Er$
,
$a=xr$
,
$c=E/\sqrt {x^2+9/4}$
à la fonction
$(z_{1},\ldots ,z_{g})\mapsto f(z_1e_1+\cdots +z_ge_g)$
. Les hypothèses sur
$\delta $
sont satisfaites par la proposition 2.5 et nous avons
$\delta S\ge 5r/3$
. Pour voir apparaître la majoration cherchée, il faut rassembler les deux termes multiples de
$|f|_{Er}$
grâce à
$$\begin{align*}2^T\left(1+x^2\over E^2-1\right)^{ST/2}\le\left(6e\over5 \right)^{ST}\left(\kappa'(x)\over(E-1/2)(E-3/2)\right)^{ST/2} =(E')^{-ST}\end{align*}$$
(par
$2\le 6e/5$
,
$(E-1/2)(E-3/2)\le E^2-1$
et
$1+x^2\le \kappa '(x)$
). On conclut en majorant
$c/(c-1)+4ST^2$
et
$8S^gT^{g+1}$
par
$T^{c_0}$
. Il reste seulement à traiter le cas
$S'=1$
. Nous choisissons
$\mathcal {S}=\{0\}$
(et donc
$S=1$
) et une base orthonormée
$\mathsf {e}$
quelconque. Nous utilisons ici le lemme 4.3 avec
$w=0$
. Il vient
$$\begin{align*}|f|_{xr}\le T^{c_0}\left({|f|_{Er}\over(E/x)^{ST}}+\max_{z\in\mathcal{S},\ \tau} \zeta_\tau\Big\vert{D^\tau_{\mathsf e}f(z)\over\tau!}\Big\vert(xr)^{|\tau|}\right)\end{align*}$$
où
$\tau $
parcourt les éléments de
$\mathbb {N}^g$
tels que
$|\tau |<T$
. Nous pouvons bien sûr ajouter les éléments
$\tau $
tels que
$|\tau |\ge T$
,
$\tau _1<T$
et
$\tau _2+\cdots +\tau _g<T=ST$
et nous retrouvons donc la formule de l’énoncé avec
$\beta \ge x$
,
$Q\ge 1$
,
$E/x\ge E'$
et
$\zeta _\tau \le \zeta _{\widehat \tau }$
dans les cas (P0) et (P2). Pour (P1), nous constatons
$1\le (Q/2)^{T}\le Q^{T}\beta ^{\vert \tau \vert }$
.
5 Modèles de Néron absolus
Notons
$\overline {\mathbb {Z}}$
l’anneau des entiers algébriques, clôture intégrale de
$\mathbb {Z}$
dans
$\overline {\mathbb {Q}}$
. Dans cette partie, nous passons en revue comment une variété abélienne polarisée
$(A,\mathcal {L})$
sur
$\overline {\mathbb {Q}}$
admet un modèle canonique
$(\mathcal {A},\mathcal {M})$
sur
$\operatorname {\mathrm {Spec}}\overline {\mathbb {Z}}$
en demandant que
$\mathcal {A}$
vérifie la propriété de Néron et que
$\mathcal {M}$
soit un faisceau inversible cubiste [Reference Moret-Bailly29, I.2.4.5]. Ce modèle permet de définir des métriques canoniques sur
$\mathcal {L}$
puis confère à
$H^{0}(A,\mathcal {L})$
et à l’espace tangent
$t_{A}$
des structures d’espaces adéliques sur
$\overline {\mathbb {Q}}$
.
Ces faits découlent des travaux de Moret-Bailly [Reference Moret-Bailly29] mais sont en général énoncés au niveau des corps de nombres, en particulier par Bost [Reference Bost6, §
$4.3$
] qui formalise pour cela la notion de MB-modèle et calcule la pente de
$H^{0}(A,\mathcal {L})$
. L’inconvénient est qu’il faut alors choisir un peu arbitrairement un corps de nombres et un ouvert du modèle de Néron (qui dépendent de
$\mathcal {L}$
). Notre présentation évite ces choix en nous plaçant directement sur
$\overline {\mathbb {Z}}$
et en considérant essentiellement l’union des extensions à
$\overline {\mathbb {Z}}$
de tous les MB-modèles (un peu à la façon de [Reference Moret-Bailly29, VI.2.6] dans le cas local complet).
Théorème 5.1. Soient A une variété abélienne sur
$\overline {\mathbb {Q}}$
et
$\mathcal {L}$
un faisceau inversible sur A muni d’une rigidification à l’origine.
-
(1) Il existe un schéma en groupes lisse
$\mathcal {A}\to \operatorname {\mathrm {Spec}}\overline {\mathbb {Z}}$
et un isomorphisme
$f\colon \mathcal {A}_{\overline {\mathbb {Q}}}\to A$
tels que, pour tout schéma lisse
$\mathcal {X}\to \operatorname {\mathrm {Spec}}\overline {\mathbb {Z}}$
, tout
$\overline {\mathbb {Q}}$
-morphisme
$\mathcal {X}_{\overline {\mathbb {Q}}}\to A$
s’étend de façon unique en un morphisme
$\mathcal {X}\to \mathcal {A}$
. Le couple
$(\mathcal {A},f)$
est unique à unique isomorphisme près et
$\mathcal {A}(\overline {\mathbb {Z}})$
s’identifie à
$A(\overline {\mathbb {Q}})$
. -
(2) Il existe un faisceau inversible cubiste
$\mathcal {M}$
sur
$\mathcal {A}$
et un isomorphisme
$\mathcal {M}_{\overline {\mathbb {Q}}}\simeq f^{*}\mathcal {L}$
de faisceaux rigidifiés. Ce couple est unique à unique isomorphisme près. -
(3) Si
$\mathcal {L}$
est ample et symétrique alors
$H^{0}(\mathcal {A},\mathcal {M})$
est un
$\overline {\mathbb {Z}}$
-module libre de rang
$h^{0}(A,\mathcal {L})$
.
Démonstration.
$(1)$
Fixons un corps de nombres K et une variété abélienne semi-stable B sur K de sorte qu’il existe un isomorphisme
$B_{\overline {\mathbb {Q}}}\simeq A$
. Pour toute extension finie L de K, nous notons
$\operatorname {\mathrm {N{\acute e}r}}(B_{L})\to \operatorname {\mathrm {Spec}}\mathcal {O}_{L}$
le modèle de Néron de
$B_{L}$
puis
$U(L)$
l’extension
$\operatorname {\mathrm {N{\acute e}r}}(B_{L})\times \operatorname {\mathrm {Spec}}\overline {\mathbb {Z}}$
, dont la fibre générique s’identifie à A. Si
$L\subset L'$
sont deux extensions finies de K, nous désignons par
$U(L,L')$
le schéma
$\operatorname {\mathrm {N{\acute e}r}}(B_{L})\times \operatorname {\mathrm {Spec}}\mathcal {O}_{L'}$
. Par semi-stabilité, il s’identifie canoniquement à un ouvert de
$\operatorname {\mathrm {N{\acute e}r}}(B_{L'})$
. Nous voyons donc
$U(L)$
comme un ouvert de
$U(L')$
et, si
$L\subset L'\subset L"$
, le diagramme

montre que les inclusions associées
$U(L)\subset U(L')\subset U(L")$
et
$U(L)\subset U(L")$
coïncident. Nous pouvons donc recoller la collection de tous les
$U(L)$
suivant ces inclusions pour obtenir un schéma
$\mathcal {A}\to \operatorname {\mathrm {Spec}}\overline {\mathbb {Z}}$
qui est lisse puisque les
$\operatorname {\mathrm {N{\acute e}r}}(B_{L})$
le sont.
Vérifions maintenant la propriété de Néron en commençant par le cas où
$\mathcal {X}$
est de présentation finie sur
$\operatorname {\mathrm {Spec}}\overline {\mathbb {Z}}$
. Ceci entraîne l’existence d’un corps de nombres
$L_{0}$
contenant K, d’un schéma lisse
$\mathcal {Y}\to \operatorname {\mathrm {Spec}}\mathcal {O}_{L_{0}}$
avec
$\mathcal {Y}\times \operatorname {\mathrm {Spec}}\overline {\mathbb {Z}}\simeq \mathcal {X}$
et d’un morphisme
$\psi \colon \mathcal {Y}_{L_{0}}\to B_{L_{0}}$
dont l’extension est le morphisme initial
$\mathcal {X}_{\overline {\mathbb {Q}}}\to A$
. La propriété de Néron sur
$L_{0}$
montre que
$\psi $
s’étend en
$\mathcal {Y}\to \operatorname {\mathrm {N{\acute e}r}}(B_{L_{0}})$
sur
$\mathcal {O}_{L_{0}}$
donc en
$\mathcal {X}\to U(L_{0})\subset \mathcal {A}$
dont la fibre générique est toujours
$\psi _{\overline {\mathbb {Q}}}$
. Si nous avions un autre morphisme
$\varsigma \colon \mathcal {X}\to \mathcal {A}$
avec la même propriété, l’image quasi-compacte
$\varsigma (\mathcal {X})$
serait contenue dans une union finie de
$U(L_{i})$
donc dans
$U(L)$
où L est le compositum des
$L_{i}$
. Quitte à augmenter L,
$\varsigma $
proviendrait alors d’un morphisme
$\mathcal {Y}\times \operatorname {\mathrm {Spec}}\mathcal {O}_{L}\to \operatorname {\mathrm {N{\acute e}r}}(B_{L})$
de fibre générique
$\psi _{L}$
. L’unicité de l’extension à
$\mathcal {O}_{L}$
(propriété de Néron sur L) permet de conclure que
$\varsigma $
coïncide avec le morphisme précédemment obtenu. Nous avons donc établi le résultat si
$\mathcal {X}$
est de présentation finie.
Dans le cas général,
$\mathcal {X}$
est lisse donc localement de présentation finie. Nous le recouvrons donc par une famille d’ouverts
$\mathcal {X}_{i}$
de présentation finie. Le cas précédent permet d’étendre notre morphisme en
$\mathcal {X}_{i}\to \mathcal {A}$
et l’unicité de l’extension
$\mathcal {X}_{i}\cap \mathcal {X}_{j}\to \mathcal {A}$
montre que tous ces morphismes se recollent en
$\mathcal {X}\to \mathcal {A}$
, également unique.
L’unicité du couple
$(\mathcal {A},f)$
découle très usuellement de la propriété universelle que nous venons d’établir : si un autre couple
$(\mathcal {A}',f')$
la vérifie, elle permet d’étendre f et
$f'$
en
$\mathcal {A}\to \mathcal {A}'$
et
$\mathcal {A}'\to \mathcal {A}$
et l’unicité montre que les composées de ces deux morphismes sont
$\mathrm {id}_{\mathcal {A}}$
et
$\mathrm {id}_{\mathcal {A}'}$
. De son côté, l’égalité
$\mathcal {A}(\overline {\mathbb {Z}})=A(\overline {\mathbb {Q}})$
correspond simplement au cas
$\mathcal {X}=\operatorname {\mathrm {Spec}}\overline {\mathbb {Z}}$
.
$(2)$
Nous pouvons supposer que le couple
$(K,B)$
ci-dessus est choisi de sorte qu’il existe un faisceau inversible rigidifié
$\mathcal {N}$
sur B tel que
$\mathcal {N}_{\overline {\mathbb {Q}}}\simeq \mathcal {L}$
. Rappelons qu’une structure cubiste sur un faisceau inversible le munit d’une rigidification [Reference Moret-Bailly29, I.2.5.3] et que dans le cas d’un schéma abélien comme
$B\to \operatorname {\mathrm {Spec}} K$
les deux données sont équivalentes [Reference Moret-Bailly29, I.2.6. (i)]. Nous voyons donc
$\mathcal {N}$
comme un faisceau inversible cubiste et cherchons à l’étendre à un modèle entier de B, quitte à faire un changement de base.
Nous sommes ainsi dans le cadre du chapitre II de [Reference Moret-Bailly29]. Considérons une extension finie L de K. Le faisceau cubiste
$\mathcal {N}_{L}$
s’étend au plus grand sous-groupe ouvert de
$\operatorname {\mathrm {N{\acute e}r}}(B_{L})$
à fibres connexes puisqu’il suffit ici de l’étendre comme faisceau rigidifié [Reference Moret-Bailly29, I.2.6.(ii)]. Il reste donc à le prolonger aux fibres non connexes correspondant aux places de mauvaises réduction. La situation est alors décrite par [Reference Moret-Bailly29, II.1.1] : le prolongement n’est pas possible en général mais est unique s’il existe. Heureusement l’obstruction disparaît après un changement de base suffisamment ramifié [Reference Moret-Bailly29, II.1.2.2]. Ceci entraîne que l’on peut trouver un corps de nombres
$L'$
contenant L et un (unique) prolongement cubiste de
$\mathcal {N}_{L'}$
à
$\operatorname {\mathrm {N{\acute e}r}}(B_{L})\times \operatorname {\mathrm {Spec}}\mathcal {O}_{L'}$
. Par suite, nous avons prolongé
$\mathcal {L}$
à
$U(L)$
. Si
$L\subset L_{1}\subset L_{1}^{\prime }$
sont des extensions finies telles que
$\mathcal {N}_{L_{1}^{\prime }}$
s’étend à
$\operatorname {\mathrm {N{\acute e}r}}(B_{L_{1}})\times \operatorname {\mathrm {Spec}}\mathcal {O}_{L_{1}^{\prime }}$
, les deux prolongements ainsi définis de
$\mathcal {L}$
à
$U(L)$
et
$U(L_{1})$
coïncident sur
$U(L)\subset U(L_{1})$
: en effet, nous pouvons librement supposer
$L'\subset L^{\prime }_{1}$
puis, dans le diagramme

où nous avons encadré les schémas sur lesquels existe un prolongement, invoquer l’unicité de celui-ci sur
$U(L,L_{1}^{\prime })$
. Le faisceau cubiste
$\mathcal {L}$
s’étend donc de manière compatible à tous les
$U(L)$
, ce qui définit bien un prolongement cubiste
$\mathcal {M}$
sur
$\mathcal {A}$
. Pour montrer son unicité, il suffit de travailler sur un
$U(L)$
fixé. Or, si nous avions deux prolongements sur ce schéma de présentation finie, ils descendraient à
$\operatorname {\mathrm {N{\acute e}r}}(B_{L})\times \operatorname {\mathrm {Spec}}\mathcal {O}_{L_{2}}$
(pour une extension finie
$L_{2}/L$
) où l’unicité est acquise.
$(3)$
Il n’y a pas de restriction à supposer que les données précédentes
$(K,B,\mathcal {N})$
sont choisies de sorte que tous les points fermés du groupe de Mumford
$\operatorname {\mathrm {K}}(\mathcal {N}^{\otimes 2})$
(noyau de la polarisation associée à
$\mathcal {N}^{\otimes 2}$
[Reference Moret-Bailly29, I.4.2]) sont rationnels sur K. Notons que
$\mathcal {N}$
est ample et symétrique puisque
$\mathcal {N}_{\overline {\mathbb {Q}}}\simeq \mathcal {L}$
l’est et donc
$\operatorname {\mathrm {K}}(\mathcal {N}^{\otimes 2})$
est fini. Fixons deux corps de nombres
$L\subset L'$
contenant K puis une extension finie
$L"$
de
$L'$
telle que
$\mathcal {N}_{L"}$
admet un prolongement cubiste, noté
$\mathcal {P}$
, au modèle
$U(L',L")=\operatorname {\mathrm {N{\acute e}r}}(B_{L'})\times \operatorname {\mathrm {Spec}}\mathcal {O}_{L"}$
. Puisque
$[-1]^{*}\mathcal {P}$
étend
$[-1]^{*}\mathcal {N}_{L"}\simeq \mathcal {N}_{L"}$
, l’unicité du prolongement fournit un isomorphisme cubiste
$\mathcal {P}\simeq [-1]^{*}\mathcal {P}$
qui rend
$\mathcal {P}$
symétrique [Reference Moret-Bailly29, II.1.2.4].
L’hypothèse de rationalité montre que l’adhérence schématique de
$\operatorname {\mathrm {K}}(\mathcal {N}^{\otimes 2}_{L"})$
dans
$U(L',L")$
est finie sur
$\mathcal {O}_{L"}$
(il suffit d’étendre chacun de ses points par la propriété de Néron sur
$L'$
). Cette adhérence coïncide avec le groupe
$\operatorname {\mathrm {K}}(\mathcal {P}^{\otimes 2})$
[Reference Moret-Bailly29, IV.2.4]. Parce que nous pouvons aussi utiliser la propriété de Néron sur L, la même chose vaut sur l’ouvert
$U(L,L")$
de
$U(L',L")$
. En d’autres termes
$\operatorname {\mathrm {K}}(\mathcal {P}^{\otimes 2})=\operatorname {\mathrm {K}}(\mathcal {P}_{\mid U(L,L")}^{\otimes 2})$
est contenu dans
$U(L,L")$
. Par suite, le théorème [Reference Moret-Bailly29, VI.3.4. (i)] s’applique sur
$U(L,L")$
et
$U(L',L")$
et entraîne que le morphisme de restriction
$H^{0}(U(L',L"),\mathcal {P})\to H^{0}(U(L,L"),\mathcal {P})$
est un isomorphisme. Nous savons de plus que
$H^{0}(U(L,L"),\mathcal {P})$
est un
$\mathcal {O}_{L"}$
-module localement libre [Reference Moret-Bailly29, VI.3.5].
Étendons maintenant ceci à
$\overline {\mathbb {Z}}$
. Nous obtenons que la restriction
est un isomorphisme (
$\overline {\mathbb {Z}}$
est plat sur
$\mathcal {O}_{L"}$
) et que ces deux modules sont libres sur
$\overline {\mathbb {Z}}$
(les idéaux de
$\mathcal {O}_{L"}$
capitulent dans
$\overline {\mathbb {Z}}$
). Comme ceci vaut pour tous
$K\subset L\subset L'$
, nous voyons que
$H^{0}(\mathcal {A},\mathcal {M})\to H^{0}(U(L),\mathcal {M})$
est un isomorphisme pour tout L. Le
$\overline {\mathbb {Z}}$
-module
$H^{0}(\mathcal {A},\mathcal {M})$
est donc bien libre et le calcul de son rang suit de
$H^{0}(A,\mathcal {L})=H^{0}(\mathcal {A},\mathcal {M})\otimes \overline {\mathbb {Q}}$
(
$\overline {\mathbb {Q}}$
est plat sur
$\overline {\mathbb {Z}}$
).
Le modèle de Néron
$\mathcal {A}$
sur
$\overline {\mathbb {Z}}$
obtenu est localement de présentation finie (car lisse) mais n’est pas en général de type fini ; en fait, on peut montrer qu’au-dessus d’un point fermé v de
$\operatorname {\mathrm {Spec}}\overline {\mathbb {Z}}$
le groupe des composantes
$\mathcal {A}_{v}/\mathcal {A}_{v}^{\circ }$
de la fibre
$\mathcal {A}_{v}$
est isomorphe à
$(\mathbb {Q}/\mathbb {Z})^{t_{v}}$
où
$t_{v}$
est la dimension de la partie torique de la variété semi-abélienne
$\mathcal {A}_{v}^{\circ }$
.
Dans l’assertion
$(2)$
ci-dessus le faisceau cubiste
$\mathcal {M}$
est même indépendant du choix de la rigidification sur
$\mathcal {L}$
: en effet un autre choix de celle-ci équivaut simplement à changer l’isomorphisme
$\mathcal {M}_{\overline {\mathbb {Q}}}\simeq f^{*}\mathcal {L}$
.
Décrivons maintenant les espaces adéliques rigides sur
$\overline {\mathbb {Q}}$
que nous utiliserons dans la suite de ce texte. Fixons pour cela comme dans le théorème un couple formé d’une variété abélienne A sur
$\overline {\mathbb {Q}}$
et d’un faisceau inversible
$\mathcal {L}$
sur A ample, symétrique et rigidifié à l’origine puis le modèle canonique
$(\mathcal {A},\mathcal {M})$
sur
$\overline {\mathbb {Z}}$
de ce couple. Rappelons [Reference Moret-Bailly29, II.2.1] que, pour tout plongement
$\sigma \colon \overline {\mathbb {Q}}\hookrightarrow \mathbb {C}$
, le faisceau
$\mathcal {L}_{\sigma }$
sur la variété complexe
$A_{\sigma }$
porte une métrique cubiste (uniquement déterminée par la rigidification)
$\Vert \cdot \Vert _{\mathrm {cub},\sigma }$
. Nous en déduisons d’abord une structure d’espace adélique sur
$H=H^{0}(A,\mathcal {L})$
en posant
$$\begin{align*}\Vert s\Vert_{H,\sigma}=\left(\int_{A_{\sigma}(\mathbb{C})}{\Vert s(x)\Vert_{\mathrm{cub},\sigma}^{2}\,\mathrm{d}x}\right)^{1/2}\end{align*}$$
pour un plongement
$\sigma $
et
$s\in H\otimes _{\sigma }\mathbb {C}$
tandis que pour une place ultramétrique v de
$\overline {\mathbb {Q}}$
(un point fermé de
$\operatorname {\mathrm {Spec}}\overline {\mathbb {Z}}$
)
$\Vert \cdot \Vert _{H,v}$
est l’unique norme sur
$H\otimes \overline {\mathbb {Q}}_{v}$
dont la boule unité est
$H^{0}(\mathcal {A},\mathcal {M})\otimes \overline {\mathbb {Z}}_{v}$
(où
$\overline {\mathbb {Q}}_{v}$
et
$\overline {\mathbb {Z}}_{v}$
sont les complétés en v). De façon analogue, pour
$P\in A(\overline {\mathbb {Q}})$
, nous munissons (l’espace vectoriel de dimension
$1$
sur
$\overline {\mathbb {Q}}$
)
$P^{*}\mathcal {L}$
d’une structure adélique par image réciproque des normes
$\Vert \cdot \Vert _{\mathrm {cub},\sigma }$
à l’infini et à l’aide du sous-
$\overline {\mathbb {Z}}$
-module
$P^{*}\mathcal {M}$
aux places finies (où P est vu dans
$\mathcal {A}(\overline {\mathbb {Z}})=A(\overline {\mathbb {Q}})$
). Enfin nous considérons aussi l’espace tangent à l’origine
$t_{A}$
de A. Nous l’équipons de métriques (qui dépendent de
$\mathcal {L}$
) grâce au sous-
$\overline {\mathbb {Z}}$
-module
$t_{\mathcal {A}}$
et aux normes
$\Vert \cdot \Vert _{\mathcal {L},\sigma }$
sur
$t_{A_{\sigma }}$
associées aux formes de Riemann des
$\mathcal {L}_{\sigma }$
[Reference Gaudron and Rémond16, §
$2.4$
].
Proposition 5.2. Les trois structures d’espaces adéliques décrites ci-dessus sont rigides. Pour les pentes associées, nous avons avec
$g=\dim A$
$$\begin{align*}\mu(H)=-\frac{1}{2}h_{F}(A)+\frac{1}{4}\log\frac{h^{0}(A,\mathcal{L})}{(2\pi^{2})^{g}},\qquad \mu(P^{*}\mathcal{L})=h_{\mathcal{L}}(P)\end{align*}$$
et
$$\begin{align*}\mu(t_{A})=-\frac{1}{g}\left(h_{F}(A)+\frac{1}{2}\log h^{0}(A,\mathcal{L})\right).\end{align*}$$
Démonstration. Fixons une base du
$\overline {\mathbb {Z}}$
-module libre
$H^{0}(\mathcal {A},\mathcal {M})$
. Dans celle-ci, toutes les normes ultramétriques de H sont définies par la matrice identité tandis qu’à l’infini les normes sont hermitiennes donc données par des matrices complexes. Ceci montre que la structure adélique sur H est définie par une matrice adélique sur
$\overline {\mathbb {Q}}$
au sens de [Reference Gaudron, Peyre and Rémond.15, §
$2.2$
] donc est rigide. Le même argument vaut dans les deux autres cas car la structure entière est également donnée par un
$\overline {\mathbb {Z}}$
-module libre :
$P^{*}\mathcal {M}$
et
$t_{\mathcal {A}}$
proviennent de modules localement libres sur l’anneau des entiers d’un corps de nombres (il suffit de choisir ce corps pour que A y ait un modèle semi-stable de sorte que
$\mathcal {M}$
et P proviennent de ce modèle). En d’autres termes, ces structures coïncident avec les extensions à
$\overline {\mathbb {Q}}$
de celles induites sur un corps de nombres par un MB-modèle et le calcul des pentes découle alors du théorème
$4.10$
de [Reference Bost6], assertions (ii) et (v), et du lemme 3.7 de [Reference Gaudron and Rémond16], à ceci près que nous utilisons la normalisation de Faltings de
$h_{F}(A)$
(voir [Reference Gaudron and Rémond16, §
$2.3$
]).
Comme l’illustre cette démonstration, bien que
$\mathcal {A}$
et
$\mathcal {M}$
ne proviennent pas d’un unique corps de nombres (sauf s’il y a bonne réduction partout), c’est le cas pour les structures que nous en déduisons et nous pourrons donc librement employer dans la suite les résultats obtenus en termes de MB-modèles comme dans [Reference Gaudron and Rémond16] ou [Reference Gaudron14]. Simplement, travailler sur
$\overline {\mathbb {Q}}$
permet de ne pas préciser de corps de définition qui, dans la preuve de la partie suivante, devrait dépendre des paramètres.
Dans le cadre ci-dessus, nous emploierons le minimum essentiel (logarithmique) de l’espace adélique
$t_{A}$
, c’est-à-dire le seuil de hauteur (logarithmique) à partir duquel les petits points de
$t_{A}$
deviennent denses dans
$t_{A}$
pour la topologie de Zariski. En d’autres termes, il s’agit du dernier minimum de Zhang de
$t_{A}$
au sens de [Reference Gaudron, Peyre and Rémond.15, §
$3.1$
]. Nous le noterons
$\operatorname {\mathrm {\mathsf {m}}}_{\mathrm {ess}}(t_{A})$
et écrivons en abrégé
$\operatorname {\mathrm {\mathsf {m}}}_{A}^{+}=\max {(0,\operatorname {\mathrm {\mathsf {m}}}_{\mathrm {ess}}(t_{A}))}$
(ce nombre dépend de
$\mathcal {L}$
).
Terminons par une remarque sur les polarisations. Lorsque nous considérons (comme dans l’introduction) une variété abélienne polarisée
$(A,\mathcal {L})$
sur un corps de nombres K, cela signifie formellement que A est munie d’une isogénie
$A\to A^{\vee }$
dont l’extension à
$\overline {K}$
s’écrit
$x\mapsto \tau _x^{*}\mathcal {L}\otimes \mathcal {L}^{\otimes -1}$
pour un élément
$\mathcal {L}\in \operatorname {\mathrm {Pic}}(A_{\overline {K}})$
ample et symétrique. Le faisceau
$\mathcal {L}$
ne provient pas en général d’un élément de
$\operatorname {\mathrm {Pic}}(A)$
(mais c’est le cas de
$\mathcal {L}^{\otimes 2}$
). Par abus de notation nous notons
$h^{0}(A,\mathcal {L})$
au lieu de
$h^{0}(A_{\overline {K}},\mathcal {L})$
(nous ne perdrions pas beaucoup en généralité en supposant que
$\mathcal {L}$
provient de
$\operatorname {\mathrm {Pic}}(A)$
). Nous fixons implicitement une rigidification de
$\mathcal {L}$
en l’origine de
$A_{\overline {K}}$
pour appliquer les constructions ci-dessus et travailler avec les espaces adéliques rigides sur
$\overline {K}$
associés. Ceux-ci dépendent de la rigidification mais un changement de celle-ci les remplace par des espaces isomorphes ; la seule chose qui importe est bien sûr de choisir la même rigidification pour définir toutes les structures de sorte à assurer leur compatibilité.
6 Inégalité fondamentale
Dans cette partie nous démontrons l’inégalité qui est à la base de tous les énoncés de l’introduction. Elle repose sur une démonstration de transcendance, analogue à celle du théorème des périodes de [Reference Gaudron and Rémond16].
Soit
$(A,\mathcal {L})$
une variété abélienne polarisée sur un corps de nombres K, de dimension g. Soit
$\Sigma $
un ensemble fini non vide de points de
$A(K)$
. Étant donné une sous-variété abélienne stricte B de
$A_{\overline {K}}$
, nous posons
$$\begin{align*}y(B)=\left(\operatorname{\mathrm{Card}}\Big(\frac{\Sigma+B}{B}\Big)\times \frac{h^{0}(B,\mathcal{L})}{h^{0}(A,\mathcal{L})}\right)^{1/t}\quad\text{avec } t=\dim A-\dim B\end{align*}$$
puis
$y=\min _{B}{y(B)}$
où le minimum porte sur les sous-variétés abéliennes strictes B de A. L’énoncé ci-dessous généralise la proposition 15.1 de [Reference Gaudron and Rémond19] (qui est le cas
$\Sigma =\{0\}$
).
Lemme 6.1. On a
$y=\min _{B}{y(B)}$
où le minimum porte sur les sous-variétés abéliennes strictes B de
$A_{\overline {K}}$
.
Démonstration. Notons
$y_{\overline K}\le y$
le minimum de l’énoncé. Choisissons une sous-variété abélienne stricte
$B_0$
de
$A_{\overline K}$
telle que
$y_{\overline K}=y(B_0)$
et de dimension minimale pour cette propriété. Si
$B_0$
s’écrit
$B_{\overline K}$
pour une sous-variété abélienne B de A, nous avons terminé. Sinon il existe
$\sigma \in \operatorname {\mathrm {Gal}}(\overline {K}/K)$
tel que
$\sigma (B_0)\ne B_0$
. Notons
$G=B_0\cap \sigma (B_0)$
,
$B_1=G^0$
sa composante neutre et
$B_2=B_0+\sigma (B_0)$
. D’après la proposition 3.1 de [Reference Rémond32], nous avons
tandis que
(parce que
$P\in B_{0}$
équivaut à
$P\in G$
pour
$P\in A(K)$
) et
(car
$B_{0}\subset B_{2}$
). En combinant, nous trouvons
où, pour couvrir le cas
$B_2=A$
, nous posons
$y(A)=y_{\overline K}$
. En utilisant
$y(B_0)=y_{\overline K}\le y(B_2)$
,
$\dim B_1+\dim B_2=2\dim B_0$
et
$g-\dim B_1>0$
, il vient
$y(B_1)\le y_{\overline K}$
donc
$y(B_1)=y_{\overline K}$
. Mais
$\dim B_1<\dim B_0$
contredit le choix de
$B_0$
: cette absurdité donne le lemme.
Soit
$\mathcal {V}$
un ensemble de plongements de K dans
$\mathbb {C}$
. Pour chaque
$\sigma \in \mathcal {V}$
, nous considérons des nombres réels positifs
$E_{\sigma }$
,
$r_{\sigma }$
,
$x_{\sigma }$
,
$z_{\sigma }$
,
$\varepsilon _{\sigma }$
,
$\eta _{\sigma }$
,
$\psi _{\sigma }$
soumis aux conditions
$E_{\sigma }^{2}>x_{\sigma }^{2}+9/4$
,
$r_{\sigma }>0$
,
$x_{\sigma }>z_{\sigma }$
,
$\varepsilon _{\sigma }>0$
et
$x_{\sigma }=1$
si
$g=1$
. Nous demandons que
$\mathcal {V}$
soit stable par conjugaison complexe ainsi que tous les paramètres attachés (
$E_{\overline {\sigma }}=E_{\sigma }$
etc.). Nous considérons encore pour chaque
$\sigma \in \mathcal {V}$
un quintuplet
$(\beta _{\sigma },\gamma _{\sigma },E_{\sigma }^{\prime },Q_{\sigma },S_{\sigma }^{\prime })$
associé à
$(\Omega _{A_{\sigma }},E_{\sigma },r_{\sigma },x_{\sigma })$
par l’une des règles (P0), (P1) et (P2) de la définition 4.5. Nous supposons que les paramètres sont choisis de telle sorte que
$E_{\sigma }^{\prime }> 1$
pour tout
$\sigma \in \mathcal {V}$
. Nous définissons encore
$$\begin{align*}C_{\sigma}=\frac{1} {\varepsilon_{\sigma}(g-1)!}\left(\frac{(1+\eta_{\sigma})\pi E_{\sigma}^{2}}{2\log E_{\sigma}^{\prime}}\right)^{g}\end{align*}$$
et
$$\begin{align*}\eta_{\sigma}^{\prime} = \eta_{\sigma}-\varepsilon_{\sigma}\left(\eta_{\sigma}+(1+\eta_{\sigma}) \frac{\log Q_{\sigma}}{\log E_{\sigma}^{\prime}}+\left(\frac{\gamma_{\sigma}} {E_{\sigma}}\right)^{2}\right)-\psi_{\sigma}.\end{align*}$$
Notons finalement
$\log ^{+}(\cdot )=\log \max {(1,\cdot )}$
. Avec ces notations le résultat principal de cette partie est le suivant (où
$D=[K:\mathbb {Q}]$
).
Théorème 6.2. Si, pour tout
$\sigma \in \mathcal {V}$
et tout
$P\in \Sigma $
, nous avons
-
$(\mathrm {C1})$
$C_{\sigma }r_{\sigma }^{2g}\le S_{\sigma }^{\prime } h^{0}(A,\mathcal {L})$
, -
$(\mathrm {C2})$
$\displaystyle h_{\mathcal {L}}(P)\le \frac {\pi }{2g^{2}D}\sum _{\sigma ^{\prime }\in \mathcal {V}} {\psi _{\sigma ^{\prime }}E_{\sigma ^{\prime }}^2r_{\sigma ^{\prime }}^{2}}$
, -
$(\mathrm {C3})$
il existe
$u_{\sigma }\in t_{A_{\sigma }}$
avec
$\exp _{A_{\sigma }}(u_{\sigma })=P$
et
$\Vert u_{\sigma }\Vert _{\mathcal {L},\sigma }\le z_{\sigma }r_{\sigma }/g$
,
alors
$$\begin{align*}\frac{\pi y}{2gD} \sum_{\sigma\in\mathcal{V}}{\eta_{\sigma}^{\prime}E_{\sigma}^2r_{\sigma}^{2}}\le g\operatorname{\mathrm{\mathsf{m}}}_{A}^{+}+\frac{g}{D}\sum_{\sigma\in\mathcal{V}}{\log^{+} \frac{x_{\sigma}/r_{\sigma}}{x_{\sigma}^{2}-z_{\sigma}^{2}}}+ \frac{g}{2D}\sum_{\sigma\not\in\mathcal{V}}{\left(1+\log^{+}\frac{\pi y}{g^{2}}\right)}.\end{align*}$$
Le reste de cette partie est consacré à établir cet énoncé. Nous allons travailler entièrement sur
$\overline {K}$
. Pour cela, notons
$\mathcal {V}_{\overline K}$
l’ensemble des plongements de
$\overline K$
dans
$\mathbb {C}$
dont la restriction à K se trouve dans
$\mathcal {V}$
. Nous étendons en conséquence les notations des paramètres : si
$\sigma \in \mathcal {V}_{\overline K}$
,
$E_\sigma $
désigne
$E_{\sigma _{|K}}$
et ainsi de suite. D’autre part, nous utilisons un entier naturel T destiné à tendre vers l’infini en fin de démonstration. La notation
$\mathrm {o}(\cdot )$
se réfère à cette limite avec l’importante convention d’uniformité suivante par rapport aux plongements : lorsque dans une formule figure
$\sigma \colon \overline {K}\hookrightarrow \mathbb {C}$
alors le symbole
$\mathrm {o}(\cdot )$
désigne une fonction indépendante de
$\sigma $
, négligeable devant son argument lorsque
$T\to +\infty $
. En dehors de cette convention, cette fonction peut dépendre de toutes les données fixées pour énoncer le théorème 6.2. Enfin nous posons
$$\begin{align*}n=\left\lfloor\frac{Ty}{g}\right\rfloor-1\end{align*}$$
et supposons T assez grand pour avoir
$n\ge 1$
.
Application linéaire auxiliaire
Pour
$\sigma \colon \overline K\hookrightarrow \mathbb {C}$
, rappelons que
$H^{0}(A_{\sigma },\mathcal {L}^{\otimes n}_{\sigma })$
s’identifie à l’ensemble des fonctions holomorphes
$\vartheta \colon t_{A_{\sigma }}\to \mathbb {C}$
vérifiant
$\vartheta (z+\omega )= a_{\mathcal {L}_{\sigma }}(\omega ,z)^{n}\vartheta (z)$
pour tout
$z\in t_{A_{\sigma }}$
et toute période
$\omega $
de
$A_{\sigma }$
, où
$a_{\mathcal {L}_{\sigma }}(\cdot ,\cdot )$
est le facteur d’automorphie canonique de
$\mathcal {L}_{\sigma }$
[Reference Gaudron and Rémond16, § 2.5]. Pour
$s\in H^{0}(A_{\sigma },\mathcal {L}^{\otimes n}_{\sigma })$
de fonction
$\vartheta $
associée et pour
$x\in A_{\sigma }(\mathbb {C})$
, la norme cubiste de
$s(x)$
relative à
$\mathcal {L}^{\otimes n}_{\sigma }$
est reliée à la forme de Riemann d’un logarithme z quelconque de x et au module de
$\vartheta (z)$
par la formule
(voir [Reference Gaudron14, § 2.2]). Nous notons
$\Vert s\Vert _{\infty ,\sigma }=\sup {\left \{\Vert s(x)\Vert _{\mathrm {cub},\sigma } \mid x\in A_{\sigma }(\mathbb {C})\right \}}$
et nous utiliserons la conséquence suivante de la formule : si
$R>0$
alors
Pour
$\sigma \in \mathcal {V}_{\overline K}$
, nous appliquons le théorème 4.6 au réseau des périodes
$\Omega _{A_{\sigma }}$
de
$A_{\sigma }$
et aux paramètres
$E_{\sigma }$
,
$r_{\sigma }$
,
$x_{\sigma }$
. Cela nous fournit un ensemble
$\mathcal {S}_{\sigma }$
de cardinal
$S_{\sigma }$
et une base orthonormée
$\mathsf {e}_{\sigma }$
de
$t_{A_{\sigma }}$
. Nous posons
$$\begin{align*}T_{\sigma}= \left\lfloor\frac{(1+\eta_{\sigma})\pi nE_{\sigma}^2r_{\sigma}^{2}} {2S_{\sigma}\log E_{\sigma}^{\prime}} \right\rfloor,\end{align*}$$
avec T assez grand pour que
$T_{\sigma }\ge 2$
. Excepté au moment de conclure, nous utiliserons surtout que
$T_{\sigma }/T$
est majoré par une quantité indépendante de
$\sigma $
et de T. Nous définissons également
$\varrho _{\sigma }=0$
dans le cas (P0) et
$\varrho _{\sigma }=r_{\sigma }$
dans les autres cas (ainsi, pour tout
$\omega \in \mathcal {S}_{\sigma }$
, on a
$\Vert \omega \Vert _{\mathcal {L},\sigma } \le \varrho _{\sigma }$
) puis
Considérons l’application linéaire
$\Phi _{\sigma }\colon H^{0}(A_{\sigma },\mathcal {L}_{\sigma }^{\otimes n})\to \bigoplus _{\omega , \tau }\mathbb {C}$
de coordonnées
où
$\omega \in \mathcal {S}_{\sigma }$
,
$\tau =(\tau _{1},\widehat {\tau })\in \mathbb {N}\times \mathbb {N}^{g-1}$
vérifie
$\tau _{1}<T_{\sigma }$
et
$\vert \widehat {\tau }\vert < S_{\sigma }T_{\sigma }$
et où
$\vartheta $
est la fonction thêta associée à s (les nombres
$\zeta _{\widehat {\tau }}$
ont été introduits au début de la partie 3 ; ils valent 1 si
$g=1$
).
Proposition 6.3. Le rang
$\rho _{\sigma }$
de
$\Phi _{\sigma }$
est plus petit que
$\displaystyle \frac {S_{\sigma }^{g-1}T_{\sigma }^{g} }{(g-1)!}+\mathrm {o}(T^{g})$
.
Démonstration. Nous appliquons la formule de Leibniz à l’égalité de quasi-périodicité
$\vartheta (z+\omega )= a_{\mathcal {L}_{\sigma }}(\omega ,z)^{n}\vartheta (z)$
des fonctions thêta vis-à-vis du réseau
$\Omega _{A_{\sigma }}$
pour constater que le noyau de
$\Phi _{\sigma }$
coïncide avec celui de l’application définie de manière similaire en ne considérant que
$\omega =0$
. Le rang de cette dernière est inférieur à la dimension de son but, soit
$\binom {S_\sigma T_{\sigma }+g-2}{g-1}T_{\sigma }$
, dont le développement asymptotique en l’infini est celui annoncé.
Nous allons maintenant évaluer la norme de cette application
$\Phi _{\sigma }$
. À cette fin, commençons par la variante suivante du lemme de Cauchy qui, comparée aux énoncés [Reference Gaudron and Rémond16, lemme 6.3] et [Reference Bosser and Gaudron5, lemme 3.8], a l’avantage de faire disparaître la dimension g du majorant.
Lemme 6.4. Soient
$\sigma \colon \overline K\hookrightarrow \mathbb {C}$
un plongement complexe et
$\mathsf {e}$
une base orthonormée de
$(t_{A_{\sigma }},\Vert \cdot \Vert _{\mathcal {L},\sigma })$
. Alors, pour toute fonction thêta
$\vartheta $
associée à un élément s de
$H^{0}(A_{\sigma },\mathcal {L}_{\sigma }^{\otimes n})$
, pour tout
$\tau \in \mathbb {N}^{g}$
, pour tout
$z\in t_{A_{\sigma }}$
et tout nombre réel
$r>0$
, on a
$$\begin{align*}\left\vert\frac{\zeta_{\tau}}{\tau!} D_{\mathsf{e}}^{\tau}\vartheta(z)\right\vert\exp{\left(-\frac{\pi}{2}n \Vert z\Vert_{\mathcal{L},\sigma}^{2}\right)}\le\Vert s\Vert_{\infty,\sigma} r^{-\vert\tau\vert}\exp{\left(\frac{\pi}{2}n(r^{2}+2r\Vert z \Vert_{\mathcal{L},\sigma})\right)}.\end{align*}$$
Démonstration. Nous identifions
$t_{A_\sigma }$
à
$\mathbb {C}^g$
au moyen de la base
$\mathsf {e}$
puis appliquons la proposition 3.1 avec
$w=z$
et
$R=\Vert z\Vert _{\mathcal {L},\sigma }+r$
. Il reste à majorer
$\vert \vartheta \vert _{R}$
par
$\Vert s\Vert _{\infty ,\sigma } \exp {\left (\frac {\pi }{2}nR^{2}\right )}$
.
Comme dans la partie 3, nous notons
$\vert \cdot \vert $
la norme hermitienne usuelle sur les puissances de
$\mathbb {C}$
.
Proposition 6.5. Pour tout
$\sigma \in \mathcal {V}_{\overline K}$
et tout
$s\in H^0(A_\sigma ,\mathcal {L}_\sigma ^{\otimes n})$
, on a
Démonstration. Le nombre de composantes de
$\Phi _{\sigma }(s)$
est au plus
$(S_{\sigma }T_{\sigma })^{g}$
donc
$\vert \Phi _{\sigma }(s)\vert \le \sup _{\omega ,\tau } {\vert \Phi _{\sigma }(s)_{\omega ,\tau }\vert }\exp {\mathrm {o}(T)}$
. Notons
$r_{\sigma }^{\prime }=\beta _{\sigma }r_{\sigma }$
si
$g=1$
et
$r_{\sigma }^{\prime } =\sqrt {2} \beta _{\sigma }r_{\sigma }$
si
$g\ge 2$
. Appliquons alors le lemme précédent avec
$z=\omega $
(de norme au plus
$\varrho _\sigma $
) et
$r=r^{\prime }_{\sigma }$
à la fonction
$\vartheta $
associée à s. Nous trouvons
$$\begin{align*}\vert\Phi_{\sigma}(s)_{\omega,\tau}\vert\le\frac{\zeta_{\widehat \tau}} {\zeta_\tau}\left(\frac{\beta_\sigma r_\sigma}{r^{\prime}_\sigma}\right)^{|\tau|} \exp{\left(\frac{\pi}{2}n((r_{\sigma}^{\prime})^{2}+2\varrho_{\sigma}r_{\sigma}^{\prime})\right)} \alpha_{\sigma}\|s\|_{\infty,\sigma}.\end{align*}$$
La quantité qui précède l’exponentielle vaut 1 si
$g=1$
et est majorée par 1 si
$g\ge 2$
puisque
$\zeta _{\widehat \tau }\le \zeta _\tau \sqrt 2^{|\tau |}$
. L’énoncé s’en déduit grâce au choix de
$\alpha _{\sigma }$
et à
$r^{\prime }_{\sigma }+\varrho _{\sigma }=\gamma _{\sigma }r_{\sigma }$
.
Section auxiliaire
Nous munissons
$H_{n}=H^{0}(A_{\overline K},\mathcal {L}^{\otimes n})$
de sa structure canonique d’espace adélique rigide sur
$\overline {K}$
(voir partie précédente). Pour
$\sigma \in \mathcal {V}_{\overline K}$
, nous définissons une nouvelle norme hermitienne sur
$H_n\otimes _\sigma \mathbb {C}$
en posant pour
$s\in H^{0}(A_{\sigma },\mathcal {L}_{\sigma }^{\otimes n})$
En utilisant ces normes aux places de
$\overline K$
correspondant à
$\mathcal {V}_{\overline K}$
et les normes de
$H_{n}$
aux autres places (archimédiennes ou ultramétriques), nous obtenons un nouvel espace adélique rigide
$H_{n,\Phi }$
sur
$\overline {K}$
.
Pour exprimer pentes et hauteurs, nous faisons usage de la mesure
$\mathrm {d}\varpi $
sur l’ensemble
$V(\overline K)$
des places de
$\overline K$
(voir [Reference Gaudron, Peyre and Rémond.15, partie 2]) et en particulier sur la partie
$V_\infty (\overline K)\subset V(\overline K)$
formée des places archimédiennes. Comme l’ensemble des plongements
$\overline K\hookrightarrow \mathbb {C}$
s’identifie à
$V_\infty (\overline K)\times \{\pm 1\}$
, nous le munissons de la mesure naturelle encore notée
$\mathrm {d}\varpi $
, produit de celle sur
$V_\infty (\overline K)$
et de la mesure sur
$\{\pm 1\}$
où
$\{1\}$
et
$\{-1\}$
sont de volume
$1/2$
. Ce choix assure que l’intégrale sur ce produit d’une fonction f vérifiant
$f(\overline \sigma )=f(\sigma )$
coïncide avec l’intégrale de la fonction induite sur
$V_\infty (\overline K)$
.
La première inégalité de [Reference Gaudron13, §4.2] s’écrit alors sur
$\overline K$
$$\begin{align*}-\mu(H_{n,\Phi})\le\int_{\mathcal{V}_{\overline K}} {\frac{\rho_{\sigma}}{n^{g}h^{0}(A,\mathcal{L})}\log(1+\Vert\Phi_{\sigma} \Vert_{\mathrm{op}}^{2})^{1/2}}\,\mathrm{d}\varpi(\sigma)\,-\mu(H_{n}) \end{align*}$$
où
$\Vert \cdot \Vert _{\mathrm {op}}$
est la norme d’opérateur (relative à
$\|\cdot \|_{H_n,\sigma }$
à la source et à la norme standard
$|\cdot |$
au but).
Proposition 6.6. Il existe
$s\in H_{n}\setminus \{0\}$
telle que
$$ \begin{align*}&h_{H_{n,\Phi}}(s)=\int_{V(\overline{K})}{\log\Vert s\Vert_{H_{n,\Phi},v}\,\mathrm{d}\varpi(v)}\\ & \le\int_{\mathcal{V}_{\overline K}}{\frac{\rho_{\sigma}}{n^{g}h^{0}(A,\mathcal{L})}\max{\left(0,S_{\sigma} T_{\sigma}\log(E_{\sigma}^{\prime}Q_{\sigma})+\frac{\pi}{2}n(\gamma_{\sigma}^{2} -E_{\sigma}^{2})r_{\sigma}^{2}\right)}\,\mathrm{d}\varpi(\sigma)}\,+ \mathrm{o}(T). \end{align*} $$
Démonstration. Puisque
$\Vert \cdot \Vert _{\infty ,\sigma }\le \|\cdot \|_{H_n,\sigma }e^{\mathrm {o}(T)}$
(voir [Reference Gaudron14, remarque 3.2.4] avec
$\ell =0$
), la proposition 6.5 fournit une majoration de
$\|\Phi _\sigma \|_{\mathrm {op}}$
. De son côté, la proposition 5.2 montre
$\mu (H_n)=\mathrm {o}(T)$
donc le lemme de Siegel [Reference Gaudron13, p. 21] pour
$H_{n,\Phi }$
donne la conclusion.
Dans la suite nous travaillons avec la section s fournie par cet énoncé.
Lemme de multiplicités et jet
Notons
$\Sigma [g]$
l’ensemble des sommes
$P_{1}+\cdots +P_{g}$
avec
$P_{i}\in \Sigma \cup \{0\}$
pour tout
$1\le i\le g$
. La présence de y dans la définition de n assure que s ne s’annule pas trop.
Proposition 6.7. Il existe
$P\in \Sigma [g]$
tel que s ne s’annule pas à l’ordre
$gT$
en P.
Démonstration. Dans le cas contraire, le lemme de multiplicités de Nakamaye [Reference Nakamaye30] assure l’existence d’une sous-variété abélienne stricte B de
$A_{\overline {K}}$
telle que
Par amplitude de
$\mathcal {L}$
, on a
$\deg _{\mathcal {L}}B=h^{0}(B,\mathcal {L})(\dim B)!$
(et de même pour A) ; l’inégalité se récrit alors sous la forme
$(Ty(B)/n)^{g-\dim B}\le g!/(\dim B)!$
. Or le choix des paramètres implique
$Ty>gn$
si bien qu’une contradiction advient lorsqu’on minore
$y(B)$
par y (lemme 6.1) et majore le quotient des factorielles par
$g^{g-\dim B}$
.
Nous fixons un tel point P et notons
$\ell \in \{0,\ldots ,gT\}$
l’ordre d’annulation de s en P c’est-à-dire que
$\mathrm {jet}^{\ell }s(P)$
, le jet de s d’ordre
$\ell $
en P, est non nul et
$\ell $
est minimal pour cette propriété. Ce jet est un vecteur de
$J=S^{\ell } (t_{A_{\overline {K}}}^{\vee })\otimes _{\overline {K}}P^{*}\mathcal {L}^{\otimes n}$
, où
$S^{\ell }(t_{A_{\overline {K}}}^{\vee })$
désigne la puissance symétrique d’ordre
$\ell $
du dual de
$t_{A_{\overline {K}}}$
. L’espace vectoriel J est muni d’une structure d’espace adélique rigide sur
$\overline {K}$
, héritée de celles de
$t_{A_{\overline K}}$
et de
$P^*\mathcal {L}$
(voir proposition 5.2). Dans la suite nous évaluons les normes de
$\mathrm {jet}^{\ell }s(P)$
relatives à cet espace rigide J en les différentes places de
$\overline {K}$
.
Estimations générales des normes du jet
En accord avec notre convention sur les plongements, la fonction
$\mathrm {o}(T)$
apparaissant dans l’énoncé suivant est indépendante de la place v.
Proposition 6.8. Pour toute place archimédienne v de
$\overline {K}$
on a
$$\begin{align*}\Vert\mathrm{jet}^{\ell}s(P)\Vert_{J,v}\le\Vert s\Vert_{H_{n},v}\exp{\left(\frac{gT}{2}\left(1+\log^{+}\frac{\pi n}{gT}\right)+\mathrm{o}(T)\right)}.\end{align*}$$
Démonstration. On applique la remarque 3.2.4 de [Reference Gaudron14] qui donne (lorsque
$T\to +\infty $
) :
La fonction
$\mathsf {x}\mapsto (e\pi n/\mathsf {x})^{\mathsf {x}}$
est croissante jusqu’à
$\pi n$
puis décroissante. Comme
$\ell \le gT$
, on en déduit la majoration
$(e\pi n/\ell )^{\ell }\le \max {(e,e\pi n/gT)}^{gT}$
qui permet de conclure.
Le pendant ultramétrique de cette proposition prend une forme plus simple encore.
Proposition 6.9. Pour toute place ultramétrique v de
$\overline {K}$
, on a
$\Vert \mathrm {jet}^{\ell }s(P)\Vert _{J,v}\le \Vert s\Vert _{H_{n},v}$
.
La démonstration est identique à celle du paragraphe 6.7.1 de [Reference Gaudron and Rémond16].
Extrapolation analytique
Pour tout
$\sigma \in \mathcal {V}_{\overline K}$
, considérons un logarithme
$u_{\sigma }\in t_{A_\sigma }$
de P de norme plus petite que
$z_{\sigma }r_{\sigma }$
(utiliser la condition (C3) du théorème 6.2 avec chacun des g points de
$\Sigma \cup \{0\}$
dont la somme égale
$P\in \Sigma [g]$
).
Proposition 6.10. Pour toute place archimédienne v de
$\overline {K}$
correspondant à
$\sigma \in \mathcal {V}_{\overline K}$
, nous avons
$$\begin{align*}\Vert\mathrm{jet}^{\ell}s(P)\Vert_{J,v}\le\left(\frac{x_{\sigma}r_\sigma} {x_{\sigma}^{2}r_\sigma^2-\Vert u_{\sigma}\Vert_{\mathcal{L},\sigma}^{2}} \right)^{\ell}\frac{\exp{\left(\frac{\pi}{2}n E_{\sigma}^2r_{\sigma}^{2}+\mathrm{o}(T)\right)}}{(E_{\sigma}^{\prime})^{S_{\sigma} T_{\sigma}}}\times\Vert s\Vert_{H_{n,\Phi},v}.\end{align*}$$
Démonstration. Notons
$\vartheta $
la fonction holomorphe associée à
$s\in H^{0}(A_{\sigma },\mathcal {L}_{\sigma }^{\otimes n})$
. D’après [Reference Gaudron14, § 2.2], nous avons
$$\begin{align*}\Vert\mathrm{jet}^{\ell}s(P)\Vert_{J,\sigma}^{2}=\sum_{\tau\in\mathbb{N}^{g}, \vert\tau\vert=\ell}\frac{\tau!}{\ell!}{\left\vert\frac{1}{\tau !} D_{{\mathsf e}_\sigma}^{\tau}\vartheta(u_\sigma)\exp{\left(-\frac{\pi}{2}n \Vert u_\sigma\Vert_{\mathcal{L},\sigma}^{2}\right)}\right\vert{}^{2}}.\end{align*}$$
Nous écrivons par la proposition 3.1
$$\begin{align*}\zeta_{\tau}\left\vert\frac{1}{\tau !}D_{{\mathsf e}_\sigma}^{\tau} \vartheta(u_{\sigma})\right\vert\le\left(\frac{x_{\sigma}r_\sigma} {x_{\sigma}^{2}r_\sigma^2-\Vert u_{\sigma}\Vert_{\mathcal{L},\sigma}^{2}} \right)^{\ell}\vert\vartheta\vert_{ x_{\sigma}r_\sigma}\end{align*}$$
puisque
$\Vert u_{\sigma }\Vert _{\mathcal {L},\sigma }\le z_\sigma r_\sigma <x_{\sigma }r_{\sigma }$
. Le supremum de
$\vartheta $
sur la boule de rayon
$x_\sigma r_{\sigma }$
est majoré au moyen du théorème d’interpolation 4.6 avec les paramètres introduits au début de cette partie. Dans cet énoncé se trouve
$\vert \vartheta \vert _{E_{\sigma }r_{\sigma }}$
qui est plus petit que
$\Vert s\Vert _{\infty ,\sigma }\exp {\left (\frac {\pi }{2}nE_{\sigma }^2 r_{\sigma }^{2}\right )}$
. Quant au maximum dans l’inégalité d’interpolation, par construction de la section auxiliaire, il est majoré par
$\alpha _{\sigma }^{-1}\exp {\left (\frac {\pi }{2}n \varrho _{\sigma }^{2}\right )}\Vert s\Vert _{H_{n,\Phi },\sigma }$
. Le choix de
$\alpha _{\sigma }$
et la majoration déjà utilisée
$\Vert s\Vert _{\infty ,\sigma }\le \Vert s\Vert _{H_{n,\Phi },\sigma } \exp {(\mathrm {o}(T))}$
conduisent à
$$\begin{align*}\vert\vartheta \vert_{x_{\sigma}r_{\sigma}}\le\frac{\exp{\left(\frac{\pi}{2}nE_{\sigma}^2 r_{\sigma}^{2}+\mathrm{o}(T)\right)}}{(E_{\sigma}^{\prime})^{S_{\sigma} T_{\sigma}}}\Vert s\Vert_{H_{n,\Phi},\sigma}.\end{align*}$$
En reportant cette estimation dans les formules ci-dessus et en notant, grâce à la formule de Stirling,
$$\begin{align*}\frac{\tau!}{\ell!}\zeta_{\tau}^{-2}= \frac{\ell^{\ell}}{\ell!}\frac{\tau!}{\tau^{\tau}}=\frac{(\ell/e)^\ell}{\ell!} \prod_{i=1}^{g}\frac{\tau_{i}!}{(\tau_i/e)^{\tau_i}}=e^{\mathrm{o}(T)}\end{align*}$$
nous en déduisons l’estimation cherchée.
Synthèse
Puisque
$\mathrm {jet}^{\ell }s(P)$
est non nul par construction, la proposition 22 de [Reference Gaudron, Peyre and Rémond.15] montre que sa hauteur est plus grande que l’opposé de la pente maximale de l’espace adélique rigide
$J=S^{\ell }(t_{A_{\overline {K}}}^{\vee })\otimes _{\overline {K}}P^{*}\mathcal {L}^{\otimes n}$
, elle-même somme des pentes maximales de
$S^{\ell }(t_{A_{\overline {K}}}^{\vee })$
et de
$P^{*}\mathcal {L}^{\otimes n}$
. Cette dernière vaut
$nh_{\mathcal {L}}(P)$
par la proposition 5.2. Quant à la pente maximale de
$S^{\ell }(t_{A_{\overline {K}}}^{\vee })$
, elle est équivalente à
$\ell \operatorname {\mathrm {\mathsf {m}}}_{\mathrm {ess}}(t_{A_{\overline K}})$
lorsque
$\ell \to +\infty $
par [Reference Ballaÿ2, théorème 1.6]. Elle est donc plus petite que
$gT\operatorname {\mathrm {\mathsf {m}}}_{A}^{+}+\mathrm {o}(T)$
. De ces observations découle l’inégalité
Par définition de la hauteur dans les espaces adéliques rigides J et
$H_{n,\Phi }$
, nous avons
$$\begin{align*}h_J(\mathrm{jet}^{\ell}s(P))=h_{H_{n,\Phi}}(s)+\int_{V(\overline{K})}{\log\frac{\Vert\mathrm{jet}^{\ell}s(P)\Vert_{J,v}}{\|s\|_{H_{n,\Phi},v}}\,\mathrm{d}\varpi(v)}.\end{align*}$$
Dans le membre de droite, nous majorons la hauteur de s par la proposition 6.6 et l’intégrale grâce aux propositions 6.8, 6.9 et 6.10 selon la nature de v. Puisqu’ils sont supposés indépendants de v, les termes
$\mathrm {o}(T)$
s’intègrent sans difficulté et il vient
$$ \begin{align*}\begin{aligned}\int_{\mathcal{V}_{\overline K}} &{S_{\sigma}T_{\sigma}\log E_{\sigma}^{\prime}}\,\mathrm{d}\varpi(\sigma) \\ &\le nh_{\mathcal{L}}(P)+gT\operatorname{\mathrm{\mathsf{m}}}_{A}^{+}+ gT\int_{\mathcal{V}_{\overline K}}\log^{+}\frac{x_{\sigma}r_\sigma}{x_{\sigma}^{2}r_\sigma^2-\Vert u_{\sigma}\Vert_{\mathcal{L},\sigma}^{2}}\,\mathrm{d}\varpi(\sigma)\\ &\quad+\int_{\mathcal{V}_{\overline K}}{\frac{\rho_{\sigma}}{n^{g} h^{0}(A,\mathcal{L})}\max{\left(0,S_{\sigma}T_{\sigma}\log(E_{\sigma}^{\prime}Q_{\sigma})+ \frac{\pi}{2}n(\gamma_{\sigma}^{2}-E_{\sigma}^{2})r_{\sigma}^{2}\right)}}\,\mathrm{d}\varpi(\sigma)\\ &\quad +\frac{\pi n}{2}\int_{\mathcal{V}_{\overline K}}{E_{\sigma}^2r_{\sigma}^{2}}\,\mathrm{d}\varpi(\sigma)+ \frac{gT}{2}\int_{\sigma\not\in\mathcal{V}_{\overline K}}{\left(1+\log^{+}\frac{\pi n}{gT}\right)}\,\mathrm{d}\varpi(\sigma) +\mathrm{o}(T).\end{aligned}\end{align*} $$
Le théorème 6.2 découle de cette majoration
-
a) en remplaçant les paramètres n et
$T_{\sigma }$
par leurs valeurs, -
b) en observant que, par la proposition 6.3,
grâce à la condition (C1) et
$$\begin{align*}\frac{\rho_{\sigma}}{n^{g}h^{0}(A,\mathcal{L})}\le\frac{C_{\sigma}r_{\sigma}^{2g}}{S_{\sigma} h^{0}(A,\mathcal{L})}\times\varepsilon_{\sigma}+\mathrm{o}(1)\le \varepsilon_{\sigma}+\mathrm{o}(1)\end{align*}$$
$S_{\sigma }\ge S_{\sigma }^{\prime }$
,
-
c) en majorant
parce que
$$\begin{align*}\frac{x_{\sigma}r_\sigma}{x_{\sigma}^{2}r_\sigma^2- \Vert u_{\sigma}\Vert_{\mathcal{L},\sigma}^{2}}\le\frac{x_{\sigma}}{x_{\sigma}^{2}- z_{\sigma}^{2}}\frac{1}{r_{\sigma}}\end{align*}$$
$\Vert u_\sigma \Vert _{\mathcal {L},\sigma }\le z_\sigma r_\sigma $
,
-
d) en revenant sur K puisque pour tout
$\sigma ^{\prime }\colon K\hookrightarrow \mathbb {C}$
$$\begin{align*}\int_{\sigma_{|K}=\sigma^{\prime}}\mathrm{d}\varpi(\sigma)=\frac{1}{D},\end{align*}$$
-
e) en majorant
car P est la somme de g points de hauteur au plus
$$\begin{align*}h_{\mathcal{L}}(P)\le\frac{\pi}{2D}\sum_{\sigma\in\mathcal{V}} {\psi_\sigma E_\sigma^2r_\sigma^{2}}\end{align*}$$
$\frac {\pi }{2g^{2}D}\sum _{\sigma \in \mathcal {V}} {\psi _\sigma E_\sigma ^2r_\sigma ^{2}}$
par la condition (C2)
puis en divisant toute l’inégalité par T, entier que l’on fait tendre alors vers l’infini.
Notre inégalité fondamentale est ainsi établie. Le reste du texte consistera à l’appliquer. Nous pouvons oublier tout ce qui a été fait jusqu’ici à l’exception de la proposition 2.1 et donc du théorème 6.2 avec toutes les notations qui servent à l’énoncer (notamment les formules (P0) à (P2) de la définition 4.5). Observons encore que l’inégalité obtenue n’a pas d’intérêt si son membre de gauche est négatif. Dans la suite, nous supposons toujours que les paramètres sont choisis de sorte que
$\eta ^{\prime }_\sigma>0$
pour tout
$\sigma \in \mathcal {V}$
. Remarquons que cela entraîne
$\varepsilon _\sigma <1$
et donc (avec
$2\log E^{\prime }_\sigma \le (E^{\prime }_\sigma )^2/e\le E_\sigma ^2/e$
)
$C_\sigma \ge (\pi e)^g/(g-1)!$
.
7 Premières conséquences
Dans cette partie, nous établissons celui de nos énoncés principaux qui découle le plus directement de l’inégalité fondamentale, le théorème 1.5. Parce que, dans le cas elliptique, celui-ci est quasiment identique au lemme matriciel et sera donc démontré très simplement à la fin de la partie suivante (voir théorème 8.9), nous supposons dans toute cette partie
$g\ge 2$
.
Nous commençons par deux résultats auxiliaires qui interviendront également pour obtenir les autres théorèmes de l’introduction. Le premier concerne le choix du paramètre
$r_{\sigma }$
. Lorsque
$E_{\sigma }$
,
$x_{\sigma }$
,
$\varepsilon _{\sigma }$
et
$\eta _{\sigma }$
sont fixés et donc
$C_{\sigma }$
aussi (voir page 28), nous utiliserons toujours le théorème 6.2 (dans le cas
$g\ge 2$
) en prenant pour
$r_{\sigma }$
le plus grand nombre réel tel que la condition (C1) soit remplie :
(rappelons que
$S_{\sigma }^{\prime }$
dépend de
$r_{\sigma }$
et des minima de
$\Omega _{A_{\sigma }}$
à travers les formules (P2)). L’existence et les propriétés de ce nombre sont données par l’énoncé suivant (où
$d_{n}$
désigne la densité centrale maximale en dimension n, introduite avant la proposition 2.1, avec la convention
$d_{0}=1$
).
Proposition 7.1. L’ensemble des valeurs de
$r_{\sigma }$
satisfaisant la condition (C1) est borné et non vide et son supremum vérifie :
-
(1)
$C_{\sigma }r_{\sigma }^{2g}=S_{\sigma }^{\prime }h^{0}(A,\mathcal {L})$
; -
(2)
$S_{\sigma }^{\prime }=\prod _{i=1}^{2g}{\left \lceil \frac {r_{\sigma }}{\lambda _{i}(\Omega _{A_{\sigma }})\sqrt {6(2g-3)}}\right \rceil }$
; -
(3)
$(h^{0}(A,\mathcal {L})/C_{\sigma })^{1/2g}\le r_{\sigma }<\lambda _{2g}(\Omega _{A_{\sigma }})\sqrt {6(2g-3)}$
; -
(4)
$r_{\sigma }\ge \left (2C_{\sigma }d_{2g}(48g-72)^{g-1/2}\right )^{-1}\lambda _{2g}(\Omega _{A_{\sigma }})$
; -
(5) pour toute sous-variété abélienne B de A de dimension b, nous avons
$$\begin{align*}\frac{h^{0}(A,\mathcal{L})}{r_{\sigma}^{2(g-b)}h^{0}(B,\mathcal{L})}\le C_{\sigma}d_{2b}(48g-72)^{b}. \end{align*}$$
Démonstration. Puisque nous avons toujours
$S_{\sigma }^{\prime }\ge 1$
, il est clair que la valeur
$r_{\sigma }=(h^{0}(A,\mathcal {L})/C_{\sigma })^{1/2g}$
satisfait l’inégalité (C1). Voyons que ce n’est pas le cas si
$r_{\sigma }\ge \lambda _{2g}(\Omega _{A_{\sigma }})\sqrt {6(2g-3)}$
. En effet, nous avons alors
$r_{\sigma }\ge \lambda _{i}(\Omega _{A_{\sigma }})\sqrt {6(2g-3)}$
pour tout
$1\le i\le 2g$
donc
$$\begin{align*}\left\lceil\frac{r_{\sigma}}{\lambda_{i}(\Omega_{A_{\sigma}})\sqrt{6(2g-3)}}\right\rceil\le\frac{2r_{\sigma}}{\lambda_{i}(\Omega_{A_{\sigma}})\sqrt{6(2g-3)}}. \end{align*}$$
En utilisant ceci pour
$1\le i\le 2g-1$
, il vient
$$ \begin{align*}\begin{aligned}S_{\sigma}^{\prime}h^{0}(A,\mathcal{L})&\le\left(\frac{2r_{\sigma}}{\sqrt{6(2g-3)}}\right)^{2g-1}\frac{h^{0}(A,\mathcal{L})}{\lambda_{1}(\Omega_{A_{\sigma}})\cdots\lambda_{2g-1}(\Omega_{A_{\sigma}})}\\ & \le \frac{2^{2g-1}}{6^{g}(2g-3)^{g}}\cdot r_{\sigma}^{2g}\le g^{-g}r_{\sigma}^{2g}\end{aligned}\end{align*} $$
où la seconde inégalité provient de celle d’Hadamard et la troisième d’une estimation facile (et très large). Il reste à remarquer
$g^{-g}<(g-1)!^{-1}\le C_{\sigma }$
. Nous avons bien montré que l’ensemble de l’énoncé est borné et non vide et que son supremum vérifie
$(3)$
. L’égalité
$(2)$
en découle immédiatement puisque le facteur correspondant à
$i=2g$
vaut
$1$
. En utilisant simplement que le membre de gauche de (C1) est une fonction continue de
$r_\sigma $
tandis que le membre de droite est une fonction croissante, nous voyons que notre supremum est un maximum et satisfait l’égalité
$(1)$
. Pour les deux dernières assertions, nous utiliserons le second théorème de Minkowski sous la forme suivante (voir la majoration qui précède la proposition 2.1) : si
$\Lambda $
est un réseau euclidien de minima successifs
$\lambda _{1}\le \cdots \le \lambda _{n}$
alors
$\lambda _{1}\cdots \lambda _{n}\le 2^{n}d_{n}\operatorname {\mathrm {vol}}(\Lambda )$
. En particulier, avec
$(1)$
nous avons
$$ \begin{align*}\begin{aligned}C_{\sigma}r_{\sigma}^{2g}&\ge\left(\frac{r_{\sigma}}{\sqrt{6(2g-3)}}\right)^{2g-1}\frac{h^{0}(A,\mathcal{L})}{\lambda_{1}(\Omega_{A_{\sigma}})\cdots \lambda_{2g-1}(\Omega_{A_{\sigma}})}\\ &\ge\left(\frac{r_{\sigma}}{\sqrt{6(2g-3)}}\right)^{2g-1}\frac{\lambda_{2g}(\Omega_{A_{\sigma}})}{4^{g}d_{2g}}\end{aligned}\end{align*} $$
d’où
$(4)$
. Dans le cadre de
$(5)$
, nous utilisons encore
$(1)$
pour écrire
$$ \begin{align*}\begin{aligned}\frac{h^{0}(A,\mathcal{L})}{r_{\sigma}^{2(g-b)}h^{0}(B,\mathcal{L})}& =\frac{C_{\sigma}r_{\sigma}^{2b}}{h^{0}(B,\mathcal{L})}\prod_{i=1}^{2g}{\left\lceil\frac{r_{\sigma}}{\lambda_{i}(\Omega_{A_{\sigma}})\sqrt{6(2g-3)}}\right\rceil^{-1}}\\ & \le\frac{C_{\sigma}r_{\sigma}^{2b}}{h^{0}(B,\mathcal{L})}\prod_{i=1}^{2b}{\frac{\lambda_{i}(\Omega_{A_{\sigma}})\sqrt{6(2g-3)}}{r_{\sigma}}}\end{aligned}\end{align*} $$
et nous concluons par
$\lambda _{i}(\Omega _{A_{\sigma }})\le \lambda _{i}(\Omega _{B_{\sigma }})$
et
$\lambda _{1}(\Omega _{B_{\sigma }})\cdots \lambda _{2b}(\Omega _{B_{\sigma }})\le 4^{b}d_{2b}h^{0}(B,\mathcal {L})$
.
Pour exploiter l’inégalité fondamentale, nous aurons également besoin de majorer le minimum essentiel
$\operatorname {\mathrm {\mathsf {m}}}_{A}^{+}$
.
Proposition 7.2. Nous avons les majorations
-
(1)
$\operatorname {\mathrm {\mathsf {m}}}_{A}^{+}\le g^{2}\max {(1,h_{F}(A),\log h^{0}(A,\mathcal {L}))}+1,34g^{3}$
; -
(2)
$\operatorname {\mathrm {\mathsf {m}}}_{A}^{+}\le \frac {2}{3}g^{2}\max {(1,h_{F}(A),\log h^{0}(A,\mathcal {L}))}+g^{3}$
si
$g\ge 3$
; -
(3)
$\operatorname {\mathrm {\mathsf {m}}}_{A}^{+}\le \frac {1}{2}\log h^{0}(A,\mathcal {L})+5g^{2}\max {(1,h_{F}(A))}+15g^{3}$
; -
(4)
$\operatorname {\mathrm {\mathsf {m}}}_{A}^{+}\le h^{0}(A,\mathcal {L})^{1/2g^{2}}\left (\frac {3}{4}g^{2}\max {(1,h_{F}(A))}+1,3g^{3}\right )$
.
Démonstration. D’après le corollaire
$9.3$
de [Reference Ballaÿ2] (avec
$\mu _{\mathrm {min}}(t_{A})=-\mu _{\mathrm {max}}(t_{A}^{\vee })$
), le nombre
$\operatorname {\mathrm {\mathsf {m}}}_{A}^{+}$
est majoré par le maximum entre
$0$
et
$\mu _{\mathrm {max}}(t_{A}^{\vee })+H_{g-1}$
(où
$H_{g-1}$
est le nombre harmonique
$1+1/2+\cdots +1/(g-1)$
). Comme les majorants souhaités sont positifs, il suffit de majorer cette dernière quantité. Nous utilisons pour cela les estimations de [Reference Gaudron14]. En premier lieu, la proposition
$4.7$
de cet article avec
$\log \xi \le \xi -1$
et
$H_{g-1}\le g/2$
montre que
$\mu _{\mathrm {max}}(t_{A}^{\vee })+H_{g-1}$
est au plus
et ceci entraîne l’assertion (3) par décroissance de
$g\mapsto (6\log 98g-2+1/2g)/g$
. Pour les autres majorations, nous employons la borne donnée un peu avant la proposition
$4.6$
de [Reference Gaudron14] :
$$ \begin{align*}\begin{aligned}\mu_{\mathrm{max}}(t_{A}^{\vee})\le&\left(\frac{g}{2}+1\right)\left(h_{F}(A)+\frac{1}{2}\log h^{0}(A,\mathcal{L})\right)\\ &\quad+\frac{g^{2}}{4}\log\max{\left(1,h_{F}(A)+\frac{1}{2}\log h^{0}(A,\mathcal{L})\right)}+c(g)\end{aligned}\end{align*} $$
où
$c(g)=(g^{2}/2)\log \pi +(3g/4)\log \left (5g^{g}(10,2)^{g-1}\right )$
. Afin d’obtenir les formules (1) et (2), nous observons
puis
$$\begin{align*}\log\max{\left(1,h_{F}(A)+\frac{1}{2}\log h^{0}(A,\mathcal{L})\right)}\le\log\frac{3}{2e}+\max{(1,h_{F}(A),\log h^{0}(A,\mathcal{L}))}. \end{align*}$$
Ainsi
$\mu _{\mathrm {max}}(t_{A}^{\vee })+H_{g-1}$
est majoré par
$$\begin{align*}\left(\frac{g^{2}}{4}+\frac{3g}{4}+\frac{3}{2}\right)\max{(1,h_{F}(A),\log h^{0}(A,\mathcal{L}))}+\frac{g}{2}+\frac{g^{2}}{4}\log\frac{3}{2e}+c(g). \end{align*}$$
Il suffit ensuite de constater que
$$\begin{align*}g\longmapsto \frac{1}{g^{3}}\left(\frac{g}{2}+\frac{g^{2}}{4}\log\frac{3}{2e}+c(g)\right) \end{align*}$$
est une suite décroissante et d’évaluer l’expression pour
$g=2$
et
$g=3$
. Il reste à montrer la borne
$(4)$
. Pour cela, posons
$\alpha =\max {(1,h_{F}(A))}$
et
$\beta =h^{0}(A,\mathcal {L})^{1/2g^{2}}$
. On a
Dans cette formule, nous majorons deux fois
$\log \beta $
par
$\beta -1$
puis écrivons
$$ \begin{align*} \begin{aligned}\log(\alpha+g^{2}(\beta-1))&\le \log\alpha+\log\frac{g}{2}+\log(1+2g(\beta-1))\\ & \le\alpha+\frac{g}{2}-2+2g(\beta-1).\end{aligned} \end{align*} $$
Par décroissance de
$(g/2+c(g)+g^{3}/8-g^{2}/2)/g^{3}$
, il vient
$$ \begin{align*} \operatorname{\mathrm{\mathsf{m}}}_{A}^{+}&\le(g^{3}+g^{2})(\beta-1)+\left(\frac{g^{2}}{4}+\frac{g}{2}+1\right)\alpha+1,3g^{3}\\ & \le(g^{2}+g^{3})(\beta -1)+\frac{3}{4}g^{2}\alpha+1,3g^{3}\\ &\le\left(\frac{3}{4}g^{2}\alpha+1,3g^{3}\right)\beta \end{align*} $$
puisque
$g^{2}+g^{3}\le (3/4)g^{2}\alpha +1,3g^{3}$
.
Munis de ces deux propositions, nous pouvons entamer la démonstration du théorème 1.5 (si
$g\ge 2$
). Nous employons le théorème 6.2 avec
$\Sigma =\{0\}$
et en prenant pour
$\mathcal {V}$
l’ensemble de tous les plongements
$\sigma \colon K\hookrightarrow \mathbb {C}$
. Nous choisissons
$r_{\sigma }$
comme nous l’avons indiqué avant la proposition 7.1. Nous imposons que les autres paramètres
$E_{\sigma }$
,
$x_{\sigma }$
,
$z_{\sigma }$
,
$\varepsilon _{\sigma }$
,
$\eta _{\sigma }$
,
$\psi _{\sigma }$
soient indépendants de
$\sigma $
et nous les notons donc sans l’indice
$\sigma $
. Nous adoptons la même simplification pour les quantités qui en dépendent, écrites ci-dessous simplement
$E'$
, C ou
$\eta '$
. Le choix de
$r_{\sigma }$
assure que (C1) est remplie tandis que le choix de
$\Sigma $
rend automatiques (C2) et (C3). Nous choisissons en conséquence
$z=\psi =0$
. Le théorème 6.2 donne donc
$$\begin{align*}\frac{y}{D}\sum_{\sigma\in\mathcal{V}}{r_{\sigma}^2}\le\frac{2g^{2}}{\eta'\pi E^{2}}\left(\operatorname{\mathrm{\mathsf{m}}}_{A}^{+}+\frac{1}{D}\sum_{\sigma\in\mathcal{V}}{\log^{+}\frac{1}{xr_{\sigma}}}\right). \end{align*}$$
Nous minorons
$r_{\sigma }$
grâce à la proposition 7.1, à gauche par l’assertion (4) et à droite simplement par
$r_{\sigma }\ge C^{-1/2g}$
(assertion (3)). Il vient
$$\begin{align*}\frac{y}{D}\sum_{\sigma\colon K\hookrightarrow\mathbb{C}}{\lambda_{2g}(\Omega_{A_{\sigma}})^2}\le\frac{8g^{2}C^{2}}{\eta'\pi E^{2}}d_{2g}^{2}(48g-72)^{2g-1}\left(\operatorname{\mathrm{\mathsf{m}}}_{A}^{+}+\log^{+}\frac{C^{1/2g}}{x}\right). \end{align*}$$
Puisque
$\Sigma =\{0\}$
, le membre de gauche coïncide avec celui du théorème 1.5 donc il nous suffit de majorer le membre de droite. Nous utilisons pour cela la proposition 7.2 qui nous permet d’écrire
$\operatorname {\mathrm {\mathsf {m}}}_{A}^{+}\le \alpha _{g}g^{3}\max {(1,h_{F}(A),\log h^{0}(A,\mathcal {L}))}$
où
$\alpha _{2}=2$
et
$\alpha _{g}=1,3$
si
$g\ge 3$
, ainsi que
$d_{2g}\le (3\varphi _{g}/4\pi )^{g}g!$
avec
$\varphi _{2}=1,1$
et
$\varphi _{g}=1$
si
$g\ge 3$
(voir page 6). En intégrant ceci dans l’inégalité précédente, nous constatons que le membre de gauche du théorème 1.5 est majoré par
$\max {(1,h_{F}(A),\log h^{0}(A,\mathcal {L}))}$
multiplié par
$$\begin{align*}\frac{8g^{5}C^{2}}{\eta'\pi E^{2}}\left(\frac{3\varphi_{g}}{4\pi}\right)^{2g}g!^{2}(48g-72)^{2g-1}\left(\alpha_{g}+\frac{1}{g^{3}}\log^{+}\frac{C^{1/2g}}{x}\right). \end{align*}$$
Avec la formule pour C, qui se trouve avant le théorème 6.2, ceci est inférieur à
$$ \begin{align*} &\left(\varphi_{g}\cdot\frac{18(1+\eta)E^{2}}{\log E'}\right)^{2g}\frac{g^{7}}{6\eta'\pi E^{2}\varepsilon^{2}}\left(g-\frac{3}{2}\right)^{2g-1}\\ &\quad\times\left(\alpha_{g}+\frac{1}{2g^{3}}\log^{+}\frac{(1+\eta)\pi E^{2}}{2x^{2}\log E'}+\frac{1}{2g^{4}}\log^{+}\frac{1}{\varepsilon (g-1)!}\right). \end{align*} $$
Nous choisissons maintenant les paramètres
$E=8,2$
,
$x=10^{-3}$
,
$\eta =0,38$
et
$\varepsilon =0,1$
. Le calcul montre que l’expression précédente est alors majorée par
$$\begin{align*}(2119\varphi_{g})^{2g}g^{7}\left(g-\frac{3}{2}\right)^{2g-1}\frac{1}{1,6}\left(\alpha_{g}+\frac{10}{g^3}+\frac{1}{2g^{4}}\log^{+}\frac{10}{(g-1)!}\right). \end{align*}$$
Il reste à vérifier que ceci est plus petit que
$(4^{6}g)^{2g}$
lorsque
$g\ge 2$
, autrement dit
$$\begin{align*}\left(\frac{2119\varphi_{g}}{4^6}\right)^{2g}g^{6}\left(1-\frac{3}{2g}\right)^{2g-1}\frac{1}{1,6}\left(\alpha_{g}+\frac{10}{g^3}+ \frac{1}{2g^{4}}\log^{+}\frac{10}{(g-1)!}\right)\le 1. \end{align*}$$
Nous faisons un calcul direct si
$2\le g\le 4$
. Pour
$g\ge 5$
nous majorons
$$\begin{align*}\frac{\alpha_{g}+10g^{-3}+(2g^{4})^{-1}\log^{+}10(g-1)!^{-1}}{1,6}=\frac{1,3+10g^{-3}}{1,6}\le 1\end{align*}$$
ainsi que
$$\begin{align*}f(g)=\left(\frac{2119}{4^6}\right)^{2g}g^{6}\left(1-\frac{3}{2g}\right)^{2g-1}\le 1\end{align*}$$
en vérifiant simplement
$f(6)\le f(5)\le 1$
d’après le lemme suivant.
Lemme 7.3. Soient u, v,
$\xi _{1}$
et
$\xi _{2}$
des nombres réels avec
$u>0$
,
$v>0$
et
$\xi _{2}>\xi _{1}>3/2$
. Si la fonction
$f\colon ]\frac {3}{2},+\infty [\longrightarrow ]0,+\infty [$
définie par
$$\begin{align*}f(\xi)=u^{\xi}\xi^{v}\left(1-\frac{3}{2\xi}\right)^{2\xi-1} \end{align*}$$
satisfait
$f(\xi _{2})\le f(\xi _{1})$
alors
$f(\xi )\le f(\xi _{2})$
pour tout
$\xi \ge \xi _{2}$
.
Démonstration. La dérivée seconde de
$\log f$
en
$\xi>3/2$
vaut
$$\begin{align*}-\frac{v}{\xi^2}-\frac{3(2\xi+3)}{\xi^2(2\xi-3)^2}<0 \end{align*}$$
donc
$\log f$
est une fonction concave, d’où le résultat.
8 Courbes elliptiques
Dans cette partie, A est une courbe elliptique munie de sa polarisation principale
$\mathcal {L}$
. Nous allons utiliser l’inégalité fondamentale (théorème 6.2) pour établir les théorèmes de l’introduction dans ce cas.
La principale complication technique réside dans le choix entre les règles (P0) et (P1). Nous le conditionnons à un seuil de hauteur. Concrètement nous fixons un paramètre réel
$C_{0}\ge 3/\pi $
et posons
Nous supposons que
$C_{0}$
est tel que
$H_{0}\ge 1$
. La dichotomie suivante fournit la règle à utiliser :
-
(P0) si
$\max {(1,h_{F}(A))}<H_{0}$
, -
(P1) si
$\max {(1,h_{F}(A))}\ge H_{0}$
.
Dans le cas (P1) nous posons
$H_{1}=H_{0}$
et choisissons un plongement quelconque
$\sigma \colon K\hookrightarrow \mathbb {C}$
. Dans le cas (P0) nous posons
$H_{1}=1$
et choisissons
$\sigma \colon K\hookrightarrow \mathbb {C}$
tel que
$\lambda _{1}(\Omega _{A_{\sigma }})$
soit maximal. Dans les deux cas, nous avons
$1\le H_{1}\le \max {(1,h_{F}(A))}$
. Par la suite, nous noterons simplement
$\lambda _{1}$
et
$\lambda _{2}$
les minima du réseau
$\Omega _{A_{\sigma }}$
. Les choix de
$H_{0}$
et
$\sigma $
servent à assurer le fait suivant.
Lemme 8.1. Dans le cas (P0), nous avons
$\lambda _{1}^{-2}<C_{0}$
.
Démonstration. C’est une conséquence du lemme matriciel d’Autissier comme dans la proposition
$3.2$
de [Reference Gaudron and Rémond16] :
$\lambda _{1}^{-2}$
minore la moyenne des
$\lambda _{1}(\Omega _{A_{\sigma '}})^{-2}$
donc
$T=\max {(\lambda _{1}^{-2},3/\pi )}$
vérifie
(on rappelle
$h_{F}(A)=h(A)-\log \sqrt {\pi }$
) puis
qui donne bien
$T<C_{0}$
.
Nous appliquerons ci-après le théorème 6.2 avec l’ensemble
$\mathcal {V}=\{\sigma ,\overline {\sigma }\}$
de cardinal
$1$
ou
$2$
selon que la place correspondante est réelle ou complexe. Remarquons dès à présent qu’il suffit de vérifier les conditions (C1) et (C3) du théorème pour
$\sigma $
en raison de l’invariance par conjugaison des paramètres et, pour (C3), de l’isométrie entre
$t_{A_{\sigma }}$
et
$t_{A_{\overline {\sigma }}}$
(voir la proposition
$2.2$
de [Reference Gaudron and Rémond16]). Pour alléger, nous supprimons l’indice
$\sigma $
dans tous les paramètres.
Cela signifie que nous considérons des nombres réels positifs
$E,r,z,\varepsilon ,\eta ,\psi $
(avec
$E^{2}>13/4$
,
$r>0$
,
$\varepsilon>0$
,
$0<z<1$
), que nous associons à
$(\Omega _{A_{\sigma }},E,r,1)$
un quintuplet
$(\beta ,\gamma ,E',Q,S')$
par la règle (P0) ou (P1) selon le cas et que nous définissons ensuite C et
$\eta '$
(par les formules qui précèdent le théorème 6.2). Nous supposons de plus que, dans le cas (P0), ces choix sont tels que
$C=C_{0}$
.
Dans la suite, tous les paramètres seront donnés par des constantes numériques excepté r et
$S'$
qui dépendent, dans le cas (P1), du minimum
$\lambda _{1}$
. Concrètement, nous faisons ce choix de sorte que
$$\begin{align*}Cr^{2}=S'=1+2\left\lfloor\frac{r}{\lambda_{1}}\right\rfloor.\end{align*}$$
Dans le cas (P0) cela revient simplement à prendre
$r=C^{-1/2}$
pour avoir la première égalité (avec
$S'=1$
) tandis que la seconde découle de
$r=C_{0}^{-1/2}<\lambda _{1}$
par le lemme 8.1 ci-dessus. Dans le cas (P1), où la seconde égalité est automatique, nous voyons que l’équation a toujours au moins une solution (en raisonnant comme dans la démonstration de la proposition 7.1). Cette valeur de r, dont l’avantage premier est de remplir la condition (C1) du théorème 6.2, permet aussi d’écrire les encadrements suivants.
Lemme 8.2. Nous avons
$C^{-1/2}\le r\le \lambda _{2}$
et
$r\ge \sqrt {3}\lambda _{2}/2C$
.
Démonstration. Il est clair que
$Cr^{2}\ge 1$
tandis que l’inégalité d’Hadamard donne
$\lambda _{2}^{2}\ge \lambda _{1}\lambda _{2}\ge 1$
donc (avec
$C\ge 3$
)
$$\begin{align*}3r^{2}\le 1+2\left\lfloor\frac{r}{\lambda_{1}}\right\rfloor\le 1+\frac{2r}{\lambda_{1}}\le\lambda_{2}^{2}+2r\lambda_{2}\le3\max{(r,\lambda_{2})}\lambda_{2}\end{align*}$$
ce qui entraîne
$r\le \lambda _{2}$
. Enfin
$1+2\lfloor r/\lambda _{1}\rfloor \ge r/\lambda _{1}$
montre
$r\ge (C\lambda _{1})^{-1}$
et le second théorème de Minkowski
$\lambda _{1}\lambda _{2}\le 2/\sqrt {3}$
fournit bien la dernière minoration.
Notons à présent
$\Sigma $
l’ensemble des points rationnels
$P\in A(K)$
de hauteur de Néron-Tate
$h_{\mathcal {L}}(P)$
au plus
$\psi \pi E^{2}r^{2}/2D$
et ayant un logarithme dans
$t_{A_{\sigma }}$
de norme au plus
$zr$
. Ces points vérifient les conditions (C2) et (C3) du théorème 6.2. Nous contrôlons grâce à
$\Sigma $
un ensemble défini uniquement par une inégalité de hauteur (l’introduction d’un point
$P_{0}$
ne sera utile que dans la partie suivante).
Lemme 8.3. Pour tout
$P_{0}\in A(K)\otimes \mathbb {R}$
, nous avons
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\left\{P\in A(K)\mid h_{\mathcal{L}}(P-P_{0})\le\psi\frac{\pi E^{2}r^{2}}{8D}\right\}\le\left\lfloor\frac{2C}{z^{2}\sqrt{3}}\right\rfloor\operatorname{\mathrm{Card}}\Sigma.\end{align*}$$
Démonstration. Notons X l’ensemble de l’énoncé. Nous le voyons dans le tore
$t_{A_{\sigma }}/\Omega _{A_{\sigma }}$
, ce qui permet d’appliquer la proposition 2.1 avec
$\rho =zr$
. Nous obtenons une partie
$X_{0}\subset X$
. D’une part, pour tout point
$P\in X$
, il existe
$P'\in X_{0}$
tel que
$P-P'$
a un logarithme de norme au plus
$zr$
donc, puisque
nous avons
$P-P'\in \Sigma $
. Ainsi
$\operatorname {\mathrm {Card}} X\le \operatorname {\mathrm {Card}} X_{0}\cdot \operatorname {\mathrm {Card}}\Sigma $
. D’autre part, nous avons
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}} X_{0}\le d_{2}\left(\frac{2}{zr}\right)^{2}\max{\left(1,\frac{zr}{\lambda_{1}}\right)}\max{\left(1,\frac{zr}{\lambda_{2}}\right)}\le\frac{2C}{z^{2}\sqrt{3}}\end{align*}$$
en utilisant
$d_{2}=1/2\sqrt {3}$
,
$z<1$
,
$r\le \lambda _{2}$
(lemme 8.2) donc
$\max {(1,zr/\lambda _{2})}=1$
puis
$\max {(1,zr/\lambda _{1})}\le 1+2\lfloor r/\lambda _{1}\rfloor =Cr^{2}$
.
Il reste à employer l’inégalité fondamentale pour majorer
$\operatorname {\mathrm {Card}}\Sigma $
. Posons
$$\begin{align*}\Gamma=2+\frac{1}{H_{1}}\log\max{\left(\frac{C}{(1-z^{2})^{2}},\frac{e^{H_{1}+1}C}{\eta'E^{2}}\right)}\end{align*}$$
et
$$\begin{align*}\Gamma'=2+\log\max{\left(\frac{C}{(1-z^{2})^{2}},\frac{4e^{3}C^{2}}{3\eta'E^{2}}\right)}.\end{align*}$$
Proposition 8.4. Nous avons
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\Sigma\le\frac{C\Gamma}{\eta'\pi E^{2}}\left(1+\frac{\log(\Gamma H_{1})}{\Gamma H_{1}-1}\right)D\max{\left(1,h_{F}(A),\log D\right)}\end{align*}$$
ainsi que
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\Sigma\le\frac{4C^{2}\Gamma'}{3\eta'\pi E^{2}}\left(1+\frac{\log\Gamma'}{\Gamma'-1}\right)\frac{D}{\lambda_{2}^{2}}\max{\left(1,h_{F}(A),\frac{1}{2}\log\frac{D}{\lambda_{2}^{2}}\right)}.\end{align*}$$
Démonstration. Avec notre choix de
$\mathcal {V}$
, le théorème 6.2 donne
$$\begin{align*}\eta'\frac{\pi yE^{2}r^{2}}{2}\le\frac{D\operatorname{\mathrm{\mathsf{m}}}_{A}^{+}}{\operatorname{\mathrm{Card}}\mathcal{V}}+\log^{+}\frac{1/r}{1-z^{2}}+\frac{1}{2}\left(\frac{D}{\operatorname{\mathrm{Card}}\mathcal{V}}-1\right)(1+\log^{+}\pi y).\end{align*}$$
Nous pouvons remplacer
$\operatorname {\mathrm {Card}}\mathcal {V}$
par
$1$
et majorer à droite
$1/r\le \sqrt {C}$
(lemme 8.2) tandis que, comme A est simple et principalement polarisée, nous avons
$y=\operatorname {\mathrm {Card}}\Sigma $
. Ainsi il vient
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\Sigma\le\frac{D}{\eta '\pi E^{2}r^{2}}\left(2\operatorname{\mathrm{\mathsf{m}}}_{A}^{+}+\log\max{\left(\frac{C}{(1-z^{2})^{2}},e\pi\operatorname{\mathrm{Card}}\Sigma\right)}\right).\end{align*}$$
En vertu du lemme
$3.18$
de [Reference Bosser and Gaudron5], nous en déduisons pour tout nombre réel
$c>1$
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\Sigma\le\frac{D}{\eta '\pi E^{2}r^{2}}\left(1+\frac{\log c}{c-1}\right)\max{\left(c,2\operatorname{\mathrm{\mathsf{m}}}_{A}^{+}+\log\max{\left(\frac{C}{(1-z^{2})^{2}},\frac{eD}{\eta' E^{2}r^{2}}\right)}\right)}.\end{align*}$$
Pour la première majoration de la proposition, nous choisissons
$c=\Gamma H_{1}$
et utilisons
$1/r^{2}\le C$
. Avec
$\operatorname {\mathrm {\mathsf {m}}}_{A}^{+}=\max {(0,h_{F}(A))}$
et
$H_{1}\le \max {(1,h_{F}(A))}$
, nous avons
$$\begin{align*}2\operatorname{\mathrm{\mathsf{m}}}_{A}^{+}+\log\max{\left(\frac{C}{(1-z^{2})^{2}},\frac{eDC}{\eta' E^{2}}\right)}\le\Gamma\max{(1,h_{F}(A),\log D)}\end{align*}$$
d’où la formule souhaitée puisque ce majorant vaut au moins c. La seconde majoration de la proposition est entièrement analogue avec
$c=\Gamma '$
et
$1/r^{2}\le 4C^{2}/3\lambda _{2}^{2}$
(lemme 8.2).
En vue du théorème 1.1, nous utilisons la première assertion de cette proposition combinée avec le lemme 8.3 dans lequel nous minorons
$r^{2}\ge 1/C$
pour écrire
$$ \begin{align*} &\operatorname{\mathrm{Card}}\left\{P\in A(K)\mid h_{\mathcal{L}}(P-P_{0})\le\frac{\psi\pi E^{2}}{8CD}\right\}\\ &\qquad\le\left\lfloor\frac{2C}{z^{2}\sqrt{3}}\right\rfloor\frac{C\Gamma}{\eta'\pi E^{2}}\left(1+\frac{\log(\Gamma H_{1})}{\Gamma H_{1}-1}\right)D\max{(1,h_{F}(A),\log D)}. \end{align*} $$
Il reste alors simplement à choisir des valeurs numériques pour établir les trois premiers théorèmes de l’introduction dans le cas elliptique.
Théorème 8.5. Nous avons
$\operatorname {\mathrm {Card}} A(K)_{\mathrm {tors}}\le 8575\,D\max {(1,h_{F}(A),\log D)}$
.
Démonstration. Pour contrôler la torsion (hauteur nulle), nous fixons
$P_{0}=0$
et
$\psi =0$
. Nous choisissons
$C_{0}=334$
d’où
$H_{0}\ge 169,9$
. Dans le cas (P0), nous prenons
$E=7,5$
,
$z=0,931$
et
$\eta =3,3$
. La valeur de
$\varepsilon $
pour avoir
$C=C_{0}$
vérifie
$\varepsilon \le 0,565$
. Nous avons alors
$\eta '\ge 1,425$
et
$\Gamma \le 11,85$
. Nous en déduisons la borne dans ce cas (avec
$H_{1}=1$
). Dans le cas (P1), nous prenons
$E=7,2$
,
$z=1-10^{-5}$
,
$\eta =2,2$
et
$\varepsilon =0,3$
de sorte que
$C\le 536,91$
,
$\eta '\ge 0,7279$
puis
$\Gamma \le 3,0216$
. La borne souhaitée en découle à nouveau (avec
$H_{1}=H_{0}$
).
Nous avons donc montré le théorème 1.2 si
$g=1$
.
Théorème 8.6. Si
$P\in A(K)\setminus A(K)_{\mathrm {tors}}$
alors
Démonstration. Le nombre d’éléments de
$\mathbb {Z}.P$
de hauteur au plus
$\psi \pi E^{2}(8CD)^{-1}$
s’écrit
$$\begin{align*}1+2\left\lfloor\left(\frac{\psi\pi E^{2}}{8CDh_{\mathcal{L}}(P)}\right)^{1/2}\right\rfloor\ge\left(\frac{\psi\pi E^{2}}{2CDh_{\mathcal{L}}(P)}\right)^{1/2}-1\end{align*}$$
donc
$h_{\mathcal {L}}(P)^{-1}$
est majoré par
$$\begin{align*}\frac{2C}{\psi\pi E^{2}}\left(\frac{1}{H_{1}}+\left\lfloor\frac{2C}{z^{2}\sqrt{3}}\right\rfloor\frac{C\Gamma}{\eta'\pi E^{2}}\left(1+\frac{\log(\Gamma H_{1})}{\Gamma H_{1}-1}\right)\right)^{2}D^{3}\max{\left(1,h_{F}(A),\log D\right)}^{2}.\end{align*}$$
Il nous suffit donc d’évaluer cette borne dans les deux cas (P0) et (P1). Pour les distinguer, nous choisissons
$C_{0}=741$
d’où
$H_{0}\ge 382$
. Dans le cas (P0) nous prenons
$E=11,5$
,
$z=0,935$
,
$\eta =3,9$
et
$\psi =0,57$
de sorte que
$\varepsilon \le 0,5625$
,
$\eta '\ge 1,1319$
et
$\Gamma \le 12,755$
. Dans le cas (P1), nous fixons
$E=9,63$
,
$z=1-10^{-5}$
,
$\eta =2,77$
,
$\varepsilon =0,32$
et
$\psi =0,34$
d’où
$C\le 897,17$
,
$\eta '\ge 0,68659$
et
$\Gamma \le 3,0096$
.
Le théorème 1.3 s’en déduit, y compris pour une polarisation non principale puisque
$h_{\mathcal {L}^{\otimes n}}(P)^{-1}=n^{-1}h_{\mathcal {L}}(P)^{-1}\le h_{\mathcal {L}}(P)^{-1}$
pour tout entier
$n\ge 1$
.
Théorème 8.7. Pour tout
$P_{0}\in A(K)\otimes \mathbb {R}$
, nous avons
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\left\{P\in A(K)\mid h_{\mathcal{L}}(P-P_{0})\le\frac{1}{256D}\right\}\le 9880\,D\max{(1,h_{F}(A),\log D)}.\end{align*}$$
Démonstration. Nous suivons toujours le même principe avec ici
$C_{0}=383$
d’où
$H_{0}\ge 195$
. Dans le cas (P0),
$E=8,5$
,
$z=0,934$
,
$\eta =3,1$
et
$\psi =0,0528$
donnent
$\varepsilon \le 0,5677$
,
$\eta '\ge 1,279$
et
$\Gamma \le 12,07$
. Dans le cas (P1),
$E=7,75$
,
$z=1-10^{-5}$
,
$\eta =2,3$
,
$\varepsilon =0,3$
et
$\psi =0,1016$
conduisent à
$C\le 613,1$
,
$\eta '\ge 0,7096$
et
$\Gamma \le 3,019$
. Notons que dans les deux cas ces choix assurent
$8C/\psi \pi E^{2}\le 256$
.
Ceci entraîne bien le théorème 1.1 dans le cas
$g=1$
avec
$P_{0}=0$
et la même remarque sur le cas d’une polarisation non principale.
Théorème 8.8. Pour tout
$P_{0}\in A(K)\otimes \mathbb {R}$
et pour tout plongement
$\sigma \colon K\hookrightarrow \mathbb {C}$
, nous avons
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\left\{P\in A(K)\mid h_{\mathcal{L}}(P-P_{0})\le\frac{\lambda_{2}^{2}}{4^{14}D}\right\}\le\frac{300^{3}D}{\lambda_{2}^{2}}\max{\left(1,h_{F}(A),\frac{1}{2}\log\frac{D}{\lambda_{2}^{2}}\right)}.\end{align*}$$
Démonstration. Nous utilisons cette fois-ci la deuxième majoration de la proposition 8.4 combinée avec le lemme 8.3 où nous minorons
$r^{2}\ge 3\lambda _{2}^{2}/4C^{2}$
(lemme 8.2). Nous voyons apparaître l’énoncé voulu dans lequel il reste à estimer numériquement les quantités
$$\begin{align*}\frac{3\psi\pi E^{2}}{32C^{2}}\qquad\text{et}\qquad\left\lfloor\frac{2C}{z^{2}\sqrt{3}}\right\rfloor\frac{4C^{2}\Gamma'}{3\eta'\pi E^{2}}\left(1+\frac{\log\Gamma'}{\Gamma'-1}\right).\end{align*}$$
Nous choisissons
$C_{0}$
tel que
$H_{0}=1$
. Ainsi le cas (P0) est exclu, ce qui permet de garder un plongement
$\sigma $
arbitraire. Nous faisons donc les calculs dans le cas (P1) avec les valeurs
$E=5,4$
,
$z=0,989$
,
$\eta =1,5$
,
$\varepsilon =0,27$
et
$\psi =5.10^{-5}$
qui fournissent
$C\le 320,722$
,
$\eta '\ge 0,386$
et
$\Gamma '\le 15,42$
.
Pour obtenir le théorème 1.4 dans le cas
$g=1$
(avec toujours
$P_{0}=0$
), nous commençons par écrire deux fois dans le membre de droite
$1/\lambda _{2}^{2}=h^{0}(A,\mathcal {L})/\lambda _{2}^{2}$
. L’expression obtenue est alors totalement invariante par
$\mathcal {L}\mapsto \mathcal {L}^{\otimes n}$
(le nombre
$\lambda _{2}^{2}$
se voit multiplié par n car
$\Vert \cdot \Vert _{\mathcal {L}^{\otimes n},\sigma }^{2}=n\Vert \cdot \Vert _{\mathcal {L},\sigma }^{2}$
sur
$t_{A_{\sigma }}$
). Il reste à majorer
$$\begin{align*}\frac{1}{2}\log\frac{Dh^{0}(A,\mathcal{L})}{\lambda_{2}^{2}}\le\max{\left(\log h^{0}(A,\mathcal{L}),\log\frac{D}{\lambda_{2}^{2}}\right)}\end{align*}$$
et à constater
$\widetilde {\lambda }_{1}=\widetilde {\lambda }_{2}=\lambda _{2}$
.
Enfin, indépendamment de l’inégalité fondamentale, nous établissons le cas elliptique du dernier théorème de l’introduction.
Théorème 8.9. Nous avons
$$\begin{align*}\frac{1}{D}\sum_{\sigma\colon K\hookrightarrow\mathbb{C}}{\frac{\lambda_{2}(\Omega_{A_{\sigma}})^{2}}{h^{0}(A,\mathcal{L})}}\le19\max{(1,h_{F}(A))}.\end{align*}$$
Démonstration. L’énoncé découle directement du second théorème de Minkowski
combiné avec le lemme matriciel sous la forme du théorème
$1.1$
de [Reference Gaudron and Rémond16] dans lequel
$\rho (A_{\sigma },\mathcal {L}_{\sigma })=\lambda _{1}(\Omega _{A_{\sigma }})$
et
$\deg _{\mathcal {L}}A=h^{0}(A,\mathcal {L})=1$
.
Ceci donne immédiatement le théorème 1.5 lorsque
$g=1$
puisque, comme ci-dessus, l’inégalité est invariante par changement de polarisation.
9 Dimension supérieure
Dans cette partie, nous terminons les démonstrations des résultats de l’introduction, c’est-à-dire que nous établissons les théorèmes 1.1 à 1.4 dans le cas où
$g\ge 2$
. Le début de l’argument est commun aux quatre énoncés. Nous nous plaçons dans le cadre de la partie 6 (avec
$g\ge 2$
) et nous allons préciser progressivement les paramètres que nous utilisons. Tout d’abord, comme dans la partie précédente, nous choisissons
$\mathcal {V}=\{\sigma ,\overline {\sigma }\}$
pour un plongement arbitraire
$\sigma \colon K\hookrightarrow \mathbb {C}$
, nous remarquons qu’il suffit de vérifier les conditions (C1) et (C3) du théorème 6.2 pour
$\sigma $
et nous omettons donc l’indice
$\sigma $
dans tous les paramètres. Nous fixons ensuite r comme indiqué en partie 7 et nous disposons donc des égalités et encadrements de la proposition 7.1. En particulier, la condition (C1) est remplie. Nous imposons aussi dès à présent la valeur de z par
$$\begin{align*}z=\min{\left(\sqrt{\frac{2}{3}},\frac{g}{\sqrt{6(2g-3)}}\right)}.\end{align*}$$
Nous remarquons
$\sqrt {1/2}\le z\le \sqrt {2/3}$
et posons encore
$N=Cd_{2g}(2g/z)^{2g}$
(ainsi
$N\le Cd_{2g}8^{g}g^{2g}$
). Avec ces premiers choix, nous tirons la conséquence suivante de l’inégalité fondamentale (théorème 6.2).
Proposition 9.1. Soit
$P_{0}\in A(K)\otimes \mathbb {R}$
. Si
$\Sigma _{0}$
est une partie de
$$\begin{align*}\left\{P\in A(K)\mid h_{\mathcal{L}}(P-P_{0})\le\frac{\psi\pi E^{2}r^{2}}{8g^{2}D}\right\}\end{align*}$$
alors il existe une sous-variété abélienne stricte B de A telle que, pour tout nombre réel
$c>1$
, on ait
$$ \begin{align*}\begin{aligned} &\left(\operatorname{\mathrm{Card}}\left(\frac{\Sigma_{0}+B}{B}\right)\frac{h^{0}(B,\mathcal{L})}{Nh^{0}(A,\mathcal{L})}\right)^{1/(g-\dim B)}\\ &\le\frac{g^{2}D}{\eta'\pi E^{2}r^{2}}\left(1+\frac{\log c}{c-1}\right)\max{\left(c,2\operatorname{\mathrm{\mathsf{m}}}_{A}^{+}+\log\max{\left(e,\frac{eD}{\eta' E^{2}r^{2}},\left(\frac{x/r}{x^{2}-z^{2}}\right)^{2}\right)}\right)}. \end{aligned}\end{align*} $$
Démonstration. Les ingrédients reprennent principalement ceux employés pour le lemme 8.3 et la proposition 8.4 dans le cas elliptique. Nous appliquons le théorème 6.2 à l’ensemble
$\Sigma $
des points
$P\in A(K)$
qui satisfont les conditions (C2) et (C3) de son énoncé. Avec le choix de
$\mathcal {V}$
, nous avons
$$ \begin{align*}\begin{aligned} \frac{\eta'\pi yE^{2}r^{2}}{2g}&\le\frac{gD\operatorname{\mathrm{\mathsf{m}}}_{A}^{+}}{\operatorname{\mathrm{Card}}\mathcal{V}}+g\log^{+}\left(\frac{x/r}{x^{2}-z^{2}}\right)+\frac{g}{2}\left(\frac{D}{\operatorname{\mathrm{Card}}\mathcal{V}}-1\right)\left(1+\log^{+}\frac{\pi y}{g^{2}}\right)\\ &\le\frac{gD}{2}\left(2\operatorname{\mathrm{\mathsf{m}}}_{A}^{+}+\log\max{\left(e,\frac{e\pi y}{g^{2}},\left(\frac{x/r}{x^{2}-z^{2}}\right)^{2}\right)}\right). \end{aligned}\end{align*} $$
Le lemme
$3.18$
de [Reference Bosser and Gaudron5] implique alors que y est majoré par le second membre de l’inégalité de l’énoncé. Vu la définition de y, il reste seulement à voir
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\left(\frac{\Sigma_{0}+B}{B}\right)\le N\operatorname{\mathrm{Card}}\left(\frac{\Sigma+B}{B}\right)\end{align*}$$
pour toute sous-variété abélienne B de A. Utilisons pour cela la proposition 2.1 avec
$\rho =zr/g$
et
$X=\Sigma _{0}$
vu dans le tore
$t_{A_{\sigma }}/\Omega _{A_{\sigma }}$
. Nous obtenons une partie
$X_{0}\subset \Sigma _{0}$
. D’une part, pour tout
$P\in \Sigma _{0}$
, il existe
$P'\in X_{0}$
tel que
$P-P'$
a un logarithme de norme au plus
$zr/g$
donc, puisque
$$\begin{align*}h_{\mathcal{L}}(P-P')\le 2h_{\mathcal{L}}(P-P_{0})+2h_{\mathcal{L}}(P'-P_{0})\le\frac{\psi\pi E^{2}r^{2}}{2g^{2}D},\end{align*}$$
nous avons
$P-P'\in \Sigma $
. Ceci entraîne
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\left(\frac{\Sigma_{0}+B}{B}\right)\le\operatorname{\mathrm{Card}} X_{0}\cdot\operatorname{\mathrm{Card}}\left(\frac{\Sigma+B}{B}\right).\end{align*}$$
D’autre part, nous avons
$$ \begin{align*}\begin{aligned} \operatorname{\mathrm{Card}} X_{0}&\le d_{2g}\left(\frac{2g}{zr}\right)^{2g}h^{0}(A,\mathcal{L})\prod_{i=1}^{2g}{\max{\left(1,\frac{zr}{g\lambda_{i}(\Omega_{A_{\sigma}})}\right)}}\\ & \le d_{2g}\left(\frac{2g}{zr}\right)^{2g}h^{0}(A,\mathcal{L})\prod_{i=1}^{2g}{\left\lceil\frac{r}{\sqrt{6(2g-3)}\lambda_{i}(\Omega_{A_{\sigma}})}\right\rceil} \end{aligned}\end{align*} $$
par définition de z et cette dernière quantité vaut N grâce aux assertions
$(1)$
et
$(2)$
de la proposition 7.1.
La différence majeure d’avec le cas elliptique réside bien sûr dans la présence de la sous-variété abélienne B dans cet énoncé. Si nous savions que B était nulle, nous en tirerions immédiatement une majoration de
$\operatorname {\mathrm {Card}}\Sigma _{0}$
. Pour les théorèmes 1.1 et 1.4, nous n’avons pas d’autre choix que de déduire de l’inégalité de la proposition 9.1 des bornes supérieures pour
$\operatorname {\mathrm {Card}}(\Sigma _{0}+B/B)$
et
$h^{0}(B,\mathcal {L})$
puis de procéder par récurrence. En revanche, pour les théorèmes 1.2 et 1.3, des simplifications apparaissent et l’estimation suivante suffira. Nous y notons
$M_{b}=Cd_{2b}(48g-72)^{b}$
pour
$0\le b\le g-1$
.
Corollaire 9.2. Si
$\Sigma _{0}$
est une partie de
$$\begin{align*}\left\{P\in A(K)\mid h_{\mathcal{L}}(P)\le\frac{\psi\pi E^{2}}{8g^{2}D}\left(\frac{h^{0}(A,\mathcal{L})}{C}\right)^{1/g}\right\}\end{align*}$$
alors il existe une variété abélienne stricte B de A telle que, pour tout nombre réel
$c>1$
, on ait
$$\begin{align*}\left(\left(NM_{\dim B}\right)^{-1}\operatorname{\mathrm{Card}}\left(\frac{\Sigma_{0}+B}{B}\right)\right)^{1/(g-\dim B)}\le\frac{g^{2}D}{\eta'\pi E^{2}}\left(1+\frac{\log c}{c-1}\right)\max{\left(c,\mathcal{Z}\right)}\end{align*}$$
où
$$\begin{align*}\mathcal{Z}=2\operatorname{\mathrm{\mathsf{m}}}_{A}^{+}+\log\max{\left(e,\max{\left(\frac{eD}{\eta'E^{2}},\left(\frac{x}{x^{2}-z^{2}}\right)^{2}\right)}\left(\frac{C}{h^{0}(A,\mathcal{L})}\right)^{1/g}\right)}.\end{align*}$$
Démonstration. Il suffit de combiner la proposition 9.1 avec les inégalités
$$\begin{align*}\frac{1}{r^{2}}\le\left(\frac{C}{h^{0}(A,\mathcal{L})}\right)^{1/g}\qquad\text{et}\qquad\frac{h^{0}(A,\mathcal{L})}{r^{2(g-\dim B)}h^{0}(B,\mathcal{L})}\le M_{\dim B}\end{align*}$$
provenant de la proposition 7.1.
Avant d’entrer dans le vif des démonstrations des théorèmes principaux, nous mentionnons trois lemmes auxiliaires. En premier lieu, dans tous nos raisonnements par récurrence, nous aurons besoin de contrôler la hauteur de Faltings. Afin d’exploiter le résultat de [Reference Rémond33], posons pour une variété abélienne non nulle B sur K
$$\begin{align*}\mathcal{H}(B)=\max{\left(1,\frac{1}{2\dim B}\max{(1,h_{F}(B),\log D)}+\frac{3}{4}\right)}.\end{align*}$$
Lemme 9.3. Nous avons
$\mathcal {H}(A)\le \max {(1,h_{F}(A),\log D)}$
tandis que, si B est une sous-variété abélienne non nulle de A ou le quotient de A par une sous-variété abélienne stricte, alors
$(\dim B)\mathcal {H}(B)\le g\mathcal {H}(A)$
.
Démonstration. La première inégalité résulte très simplement de
$g\ge 2$
. Pour la seconde, posons
$b=\dim B$
et écrivons
$$\begin{align*}(\dim B)\mathcal{H}(B)=\max{\left(b,\frac{1}{2}+\frac{3}{4}b,\frac{1}{2}\log D+\frac{3}{4}b,\frac{1}{2}h_{F}(B)+\frac{3}{4}b\right)}.\end{align*}$$
Ceci est majoré par l’expression analogue pour A en utilisant
$b\le g$
dans les trois premiers termes puis
$h_{F}(B)+\frac {3}{2}b\le h_{F}(A)+\frac {3}{2}g$
qui découle du corollaire
$1.2$
de [Reference Rémond33] avec
$\kappa =\log (\pi \sqrt {2})\le 3/2$
.
Nous majorons ensuite le degré d’une petite polarisation dans un cas particulier.
Lemme 9.4. Si A est simple, nous pouvons choisir la polarisation
$\mathcal {L}$
de sorte que
$\log h^{0}(A,\mathcal {L})\le 17g^{5}\mathcal {H}(A)$
.
Démonstration. Nous nous basons sur les théorèmes
$1.3$
,
$1.4$
et
$1.8$
de [Reference Gaudron and Rémond19]. L’hypothèse de simplicité montre que les entiers
$e(A)$
et n qui apparaissent dans ces énoncés sont des diviseurs de
$2g^{2}$
. Si
$\operatorname {\mathrm {End}}(A)=\mathbb {Z}$
alors A est MM au sens de [Reference Gaudron and Rémond19] et nous appliquons l’assertion
$(2)$
du théorème
$1.4$
. Si
$\operatorname {\mathrm {End}}(A)\ne \mathbb {Z}$
alors
$e(A)\ne 2g^{2}$
donc
$e(A)\le g^{2}$
et nous utilisons cette fois l’assertion
$(2)$
du théorème
$1.3$
. Dans les deux cas, nous pouvons donc choisir
$\mathcal {L}$
avec
$h^{0}(A,\mathcal {L})\le (8g)^{g/4}\Upsilon ^{2g^{2}}$
. Avec
$g\ge 2$
, nous écrivons
$\log h^{0}(A,\mathcal {L})\le g\log g+2g^{2}\log \Upsilon $
. Dans le théorème
$1.8$
(qui majore
$\Upsilon $
), nous choisissons
$C=A$
et majorons
$\max {(1,\log D,h_{F}(A)+3g/2)}\le 2g\mathcal {H}(A)$
d’où
Nous faisons ensuite usage de
$\log D\le 2g\mathcal {H}(A)-3g/2=2g(\mathcal {H}(A)-1)+g/2$
et
$\log \mathcal {H}(A)\le \mathcal {H}(A)-1$
pour aboutir à
Comme
$4g^{3}+2g^{2}\le 8g^{4}$
et
$\mathcal {H}(A)\ge 1$
, nous en déduisons
$$\begin{align*}\frac{\log h^{0}(A,\mathcal{L})}{g^{5}\mathcal{H}(A)}\le g^{-4}\log g+2g^{-3}\log 482+8g^{-1}+32g^{-1}\log g+g^{-2}.\end{align*}$$
Finalement, on constate sans difficulté que le second membre est décroissant en g et que sa valeur en
$g=2$
est au plus
$17$
.
Nous utiliserons encore les estimations numériques suivantes.
Lemme 9.5.
-
(1) Si
$\varepsilon \ge 0,17$
alors
$$\begin{align*}g^{-1}\left(\frac{C^{-1}N}{\varepsilon^{2}(g-1)!^{2}}\right)^{1/g}\le\begin{cases}25,6 &\text{si } g=2,\\ 21,4 & \text{si } g\ge 3.\end{cases} \end{align*}$$
-
(2) Si
$\varepsilon \le 0,33$
alors
$$\begin{align*}e\le\frac{g}{\left(\varepsilon(g-1)!\right)^{1/g}}\le\frac{2}{\sqrt{\varepsilon}}\cdot\end{align*}$$
-
(3) Pour tout entier b avec
$0\le b\le g-1$
, on a
$$\begin{align*}C^{-1}M_{b}\left(\frac{3}{5}\left(\frac{g}{2}\right)^{5}\right)^{g-b}\le\left(\frac{2}{5}\right)^{3g}g^{5g}.\end{align*}$$
-
(4) Pour tout entier b avec
$2\le b\le g-1$
, on a
$$\begin{align*}\left(C^{-1}M_{b}\right)(3g)^{g}\left(\frac{g^{5}}{72}\right)^{g-b}b^{2b(b-1)}\left(\frac{16g^{3}}{9}\right)^{b}\le 200^{g-2}g^{2g^{2}}.\end{align*}$$
Démonstration.
$(1)$
Si
$g=2$
, nous faisons une vérification directe avec
$d_{4}\le 0,1313$
. Si
$g\ge 3$
, nous employons
$N\le Cd_{2g}8^{g}g^{2g}$
et
$d_{2g}\le (3/4\pi )^{g}g!$
. Ainsi la quantité à majorer est au plus
$$\begin{align*}\frac{6}{\pi}\left(\frac{g^{2}}{\varepsilon^{2}g!}\right)^{1/g}g.\end{align*}$$
Nous faisons à nouveau une estimation directe pour
$g=3$
et
$g=4$
tandis que si
$g\ge 5$
avec
$g!\ge (g/e)^{g}$
nous avons
$$\begin{align*}\left(\frac{g^{2}}{\varepsilon^{2}g!}\right)^{1/g}g\le e\left(\frac{g}{\varepsilon}\right)^{2/g}\le e\left(\frac{5}{\varepsilon}\right)^{2/5}\le 11\end{align*}$$
d’où le résultat.
$(2)$
Si
$g=2$
, ceci découle de
$\varepsilon \le 4e^{-2}$
. Pour
$g\ge 3$
, nous utilisons la formule de Stirling pour écrire
$$\begin{align*}(g-1)!=\sqrt{\frac{2\pi}{g}}\left(\frac{g}{e}\right)^{g}e^{\theta/12}\qquad\text{o{\`u}}\quad 0\le\theta\le 1. \end{align*}$$
Avec
$1\le \sqrt {g}\le 3^{g/6}$
, cela conduit à l’encadrement
$$\begin{align*}\left(\frac{1}{\varepsilon\sqrt{2\pi}e^{1/12}}\right)^{1/g}e\le\frac{g}{\left(\varepsilon(g-1)!\right)^{1/g}}\le \left(\frac{1}{\varepsilon\sqrt{2\pi}}\right)^{1/g}3^{1/6}e. \end{align*}$$
Comme
$\varepsilon \sqrt {2\pi }\le \varepsilon \sqrt {2\pi }e^{1/12}\le 1$
nous en déduisons bien
$$\begin{align*}e\le\frac{g}{\left(\varepsilon(g-1)!\right)^{1/g}}\le\left(\frac{1}{\varepsilon\sqrt{2\pi}}\right)^{1/3}3^{1/6}e\le\frac{2}{\sqrt{\varepsilon}} \end{align*}$$
où la dernière inégalité résulte de
$\varepsilon \le 128\pi e^{-6}/3$
.
$(3)$
Par définition de
$M_{b}$
, l’inégalité à montrer est équivalente à
$$\begin{align*}d_{2b}\left(\frac{160(16g-24)}{g^{5}}\right)^{b}\le\left(\frac{256}{75}\right)^{g}.\end{align*}$$
Elle est donc claire si
$b=0$
. Si
$b\ge 1$
est fixé, le membre de gauche est une fonction décroissante de g tandis que celui de droite est croissant. Ceci montre que, pour vérifier l’inégalité pour tous
$1\le b\le g-1$
, nous pouvons supposer
$b=g-1$
. Nous faisons alors un calcul direct pour
$2\le g\le 5$
en employant
$d_{2}=1/\sqrt {12}$
,
$d_{4}\le 0,14$
et
$d_{2b}\le (3/4\pi )^{b}b!$
si
$b\ge 3$
. Lorsque
$g\ge 6$
, nous combinons cette dernière borne avec
$b!\le g^{b}$
et
$16g-24\le 16g$
pour écrire
$$\begin{align*}d_{2b}\left(\frac{160(16g-24)}{g^{5}}\right)^{b}\le\left(\frac{1920}{\pi g^{3}}\right)^{b}\le 3^{b}\le 3^{g}\le\left(\frac{256}{75}\right)^{g}.\end{align*}$$
$(4)$
Si
$g=3$
(et donc
$b=2$
), nous faisons un calcul direct avec
$d_{4}\le 0,14$
. Supposons donc
$g\ge 4$
. Avec
$d_{2b}\le (3/4\pi )^{b}(g-1)!$
, le membre de gauche est majoré par
$$\begin{align*}\left(\frac{g^{6}}{24}\right)^{g}(g-1)!b^{b(2b-3)}\left(\frac{96(g-1)(48g-72)}{\pi g^{2}}\right)^{b}.\end{align*}$$
Cette expression est une fonction croissante de b donc, pour montrer qu’elle est inférieure à
$200^{g-2}g^{2g^{2}}$
, nous pouvons supposer
$b=g-1$
. Nous vérifions ceci directement si
$g=4$
ou
$g=5$
. Lorsque
$g\ge 6$
, nous utilisons
$(g-1)!\le 3!g^{g-4}\le g^{g-3}$
ainsi que
$96(g-1)(48g-72)\le 4608g^{2}\le 1467\pi g^{2}$
de sorte que l’expression précédente est au plus
en employant
$g^{2}\le 6^{g/3}$
. Nous concluons alors par
$$\begin{align*}\frac{200^{2}}{1467}\le\left(\frac{200}{113}\right)^{6}\le\left(\frac{200}{113}\right)^{g}.\end{align*}$$
Nous démontrons maintenant nos théorèmes principaux un par un en commençant par la torsion.
Théorème 9.6. Nous avons
$\operatorname {\mathrm {Card}} A(K)_{\mathrm {tors}}^{1/g}\le (6g)^{8}D\mathcal {H}(A)$
.
Démonstration. Nous établissons ceci par récurrence sur la dimension. Nous supposons donc que, pour toute variété abélienne B sur K avec
$2\le \dim B\le g-1$
, nous avons
$\operatorname {\mathrm {Card}} B(K)_{\mathrm {tors}}^{1/\dim B}\le (6\dim B)^{8}D\mathcal {H}(B)$
. De plus cette majoration vaut aussi si
$\dim B=1$
en vertu du théorème 8.5 car dans ce cas
$\max {(1,h_{F}(B),\log D)}\le 2\mathcal {H}(B)$
. Nous distinguons deux cas. Si A n’est pas simple, nous choisissons une sous-variété abélienne
$0\ne B\ne A$
. Nous avons une suite exacte
donc
$$ \begin{align*}\begin{aligned} \operatorname{\mathrm{Card}} A(K)_{\mathrm{tors}}&\le\operatorname{\mathrm{Card}} B(K)_{\mathrm{tors}}\times\operatorname{\mathrm{Card}}(A/B)(K)_{\mathrm{tors}}\\ &\le\left((6\dim B)^{8}D\mathcal{H}(B)\right)^{\dim B}\times\left((6\dim A/B)^{8}D\mathcal{H}(A/B)\right)^{\dim A/B}. \end{aligned}\end{align*} $$
Puisque
$(\dim B)\mathcal {H}(B)$
et
$(\dim A/B)\mathcal {H}(A/B)$
sont majorés par
$g\mathcal {H}(A)$
(lemme 9.3), nous en déduisons la formule de l’énoncé dans ce cas. Nous supposons donc dorénavant que A est simple. Nous choisissons une polarisation
$\mathcal {L}$
comme dans le lemme 9.4 puis nous appliquons le corollaire 9.2 à
$\Sigma _{0}=A(K)_{\mathrm {tors}}$
, ce qui permet de choisir
$\psi =0$
. Par simplicité, la sous-variété B obtenue est nulle donc (avec
$M_{0}=C$
) nous avons pour tout
$c>1$
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}} A(K)_{\mathrm{tors}}^{1/g}\le\frac{g^{2}(NC)^{1/g}D}{\eta'\pi E^{2}}\left(1+\frac{\log c}{c-1}\right)\max{(c,\mathcal{Z})}.\end{align*}$$
Nous utilisons
$E=25$
,
$x=0,83$
,
$\eta =1,6$
et
$\varepsilon =0,17$
. Ceci entraîne
$\eta '\ge 0,8$
et (avec
$(\varepsilon (g-1)!)^{-1/g}\le \varepsilon ^{-1/g}\le \varepsilon ^{-1/2}$
)
$C^{1/g}\le 4510$
puis, avec l’assertion
$(3)$
de la proposition 7.2 et
$z^{2}\le 2/3$
,
$$ \begin{align*}\begin{aligned}\mathcal{Z}\le\, &10g^{2}\max{(1,h_{F}(A))}+30g^{3}+\log h^{0}(A,\mathcal{L})+1\\ &\quad+\max{\left(0,\log D+15-\frac{1}{g}\log h^{0}(A,\mathcal{L})\right)}.\end{aligned}\end{align*} $$
L’expression obtenue est croissante en
$\log h^{0}(A,\mathcal {L})$
que nous pouvons donc remplacer par
$17g^{5}\mathcal {H}(A)$
. Comme
$15+\log D\le 17g^{4}\mathcal {H}(A)$
, le maximum disparaît. En écrivant
$\max {(1,h_{F}(A))}\le 2g\mathcal {H}(A)-3g/2$
, il vient (avec
$\mathcal {H}(A)\ge 1$
et
$g\ge 2$
)
$\mathcal {Z}\le 26g^{5}\mathcal {H}(A)$
. Ceci nous amène à choisir
$c=26\times 32$
pour avoir
$\max {(c,\mathcal {Z})}\le 26g^{5}\mathcal {H}(A)$
. Enfin
$$\begin{align*}\frac{g^{2}(NC)^{1/g}}{\eta'\pi E^{2}}=\frac{\pi(1+\eta)^{2}E^{2}}{4\eta'\left(\log E'\right)^{2}}\times g^{2}\left(\frac{C^{-1}N}{\varepsilon^{2}(g-1)!^{2}}\right)^{1/g}\le (39g)^{3}\end{align*}$$
par l’assertion
$(1)$
du lemme 9.5 et cela donne le résultat puisque
$39^3\times 26(1+\log c/ (c-1))\le 6^{8}$
.
Pour la minoration de hauteur, nous commençons par un cas particulier.
Proposition 9.7. Si P n’est contenu dans aucun sous-groupe algébrique strict de A alors
$h_{\mathcal {L}}(P)^{-1}\le D\left ((13,7g)^{6}D\mathcal {H}(A)\right )^{2g}$
.
Démonstration. Nous appliquons le corollaire 9.2 à l’ensemble
$\Sigma _{0}$
des multiples de P de hauteur au plus
$(\psi \pi E^{2}/8g^{2}D)(h^{0}(A,\mathcal {L})/C)^{1/g}$
. Nous obtenons donc une sous-variété abélienne stricte B de A et l’hypothèse sur P assure
$\operatorname {\mathrm {Card}}(\Sigma _{0}+B/B)=\operatorname {\mathrm {Card}}\Sigma _{0}$
puisque si la projection
$A(K)\to (A/B)(K)$
n’était pas injective sur
$\mathbb {Z}.P$
alors P serait contenu dans un sous-groupe algébrique strict de A de la forme
$[m]^{-1}B$
pour un entier
$m\ge 1$
. Nous choisissons à présent
$E=19$
,
$x=0,83$
,
$\eta =1$
,
$\varepsilon =0,17$
et
$\psi =0,1$
d’où
$\eta '\ge 0,27$
puis commençons par majorer la quantité
$\mathcal {Z}$
du corollaire. Nous utilisons l’assertion
$(4)$
de la proposition 7.2 ainsi que
$h^{0}(A,\mathcal {L})\ge 1$
,
$z^{2}\le 2/3$
et, dans
$C^{1/g}$
,
$(\varepsilon (g-1)!)^{-1/g}\le \varepsilon ^{-1/2}$
pour écrire
$$\begin{align*}\mathcal{Z}\le h^{0}(A,\mathcal{L})^{1/2g^{2}}\left(\frac{3}{2}g^{2}\max{(1,h_{F}(A))}+2,6g^{3}+\max{\left(5+\log D,15+\frac{1}{10}\right)}\right).\end{align*}$$
Les termes
$\max {(1,h_{F}(A))}$
et
$\log D$
sont tous deux majorés par
$2g\mathcal {H}(A)-3g/2$
. Nous en déduisons
$$\begin{align*}\max{\left(5+\log D,15+\frac{1}{10}\right)}\le 1,9g^{3}\mathcal{H}(A)\quad\text{puis}\quad \mathcal{Z}\le 5,25g^{3}\mathcal{H}(A)h^{0}(A,\mathcal{L})^{1/2g^{2}}.\end{align*}$$
Nous fixons alors
$c=5,25\times 8$
et il vient (pour un entier
$0\le b\le g-1$
)
$$\begin{align*}\left(\frac{\operatorname{\mathrm{Card}}\Sigma_{0}}{NM_{b}}\right)^{1/(g-b)}\le\frac{3}{5}\left(\frac{g}{2}\right)^{5}D\mathcal{H}(A)h^{0}(A,\mathcal{L})^{1/2g^{2}}\end{align*}$$
puis
$$ \begin{align*}\begin{aligned}\operatorname{\mathrm{Card}}\Sigma_{0}&\le NM_{b}\left(\frac{3}{2}\left(\frac{g}{2}\right)^{5}\right)^{g-b}\left(D\mathcal{H}(A)\right)^{g}h^{0}(A,\mathcal{L})^{1/2g}\\ & \le NC\left(\frac{2}{5}\right)^{3g}g^{5g}\left(D\mathcal{H}(A)\right)^{g}h^{0}(A,\mathcal{L})^{1/2g}\end{aligned}\end{align*} $$
grâce à l’assertion
$(3)$
du lemme 9.5. En utilisant la première assertion de ce même lemme nous avons
$$\begin{align*}NC=\frac{C^{-1}N}{\varepsilon^{2}(g-1)!^{2}}\left(\frac{(1+\eta)\pi E^{2}}{2\log E'}\right)^{2g}\le(2,8.10^{7}g)^{g}\end{align*}$$
d’où
Maintenant, par définition, le cardinal de
$\Sigma _{0}$
est
$$\begin{align*}1+2\left\lfloor\left(\frac{\psi\pi E^{2}}{8g^{2}Dh_{\mathcal{L}}(P)}\right)^{1/2}\left(\frac{h^{0}(A,\mathcal{L})}{C}\right)^{1/2g}\right\rfloor\ge\left(\frac{\psi\pi E^{2}}{2g^{2}Dh_{\mathcal{L}}(P)}\right)^{1/2}\left(\frac{h^{0}(A,\mathcal{L})}{C}\right)^{1/2g}\!\!-1\end{align*}$$
donc
$$ \begin{align*} \begin{aligned}h_{\mathcal{L}}(P)^{-1}&\le\frac{2g^{2}DC^{1/g}}{\psi\pi E^{2}}\frac{(1+\operatorname{\mathrm{Card}}\Sigma_{0})^{2}}{h^{0}(A,\mathcal{L})^{1/g}}\\ &\le44,7g^{2}(1+1,8.10^{6})^{2g}g^{12g}D^{2g+1}\mathcal{H}(A)^{2g}. \end{aligned} \end{align*} $$
Nous obtenons bien la formule de l’énoncé en vérifiant
$44,7g^{2}\le (13,4)^{g}$
puis
$\sqrt {13,4}\times (1+1,8.10^{6})\le (13,7)^{6}$
.
Cette première borne se combine avec l’estimation pour la torsion afin de donner le cas général.
Théorème 9.8. Si
$P\in A(K)\setminus A(K)_{\mathrm {tors}}$
alors
$h_{\mathcal {L}}(P)^{-1}\le D\left ((6g)^{8}D\mathcal {H}(A)\right )^{2g}$
.
Démonstration. Considérons le plus petit sous-groupe algébrique de A contenant P. Sa composante neutre est une sous-variété abélienne non nulle B. L’image de P dans
$(A/B)(K)$
est un point de torsion donc, avec
$m=\operatorname {\mathrm {Card}}(A/B)(K)_{\mathrm {tors}}$
, nous avons
$mP\in B(K)$
et ce point n’est contenu dans aucun sous-groupe algébrique strict de B. Par la proposition 9.7 si
$\dim B\ge 2$
ou par le théorème 8.6 (étendu au cas d’une polarisation non principale) si
$\dim B=1$
, nous avons
Avec le lemme 9.3 et
$(13,7)^{6}\le 6^{8}g^{2}$
, nous en tirons
C’est le résultat souhaité si
$B=A$
puisqu’alors
$m=1$
. Dans le cas contraire nous majorons m par le théorème 9.6 si
$\dim B\le \dim A-2$
et par le théorème 8.5 si
$\dim B=\dim A-1$
. En employant à nouveau le lemme 9.3, nous pouvons écrire
et la conclusion découle alors de
$h_{\mathcal {L}}(P)^{-1}=m^{2}h_{\mathcal {L}}(mP)^{-1}$
.
En vue du théorème 1.1 où apparaît
$h^{0}(A,\mathcal {L})$
, nous introduisons la variante suivante de la notation
$\mathcal {H}(\cdot )$
: pour une sous-variété abélienne non nulle B de A, qui hérite de la polarisation induite par
$\mathcal {L}$
, nous posons
$$\begin{align*}\mathcal{H}'(B)=\max{\left(1,\frac{1}{2\dim B}\max{\left(1,h_{F}(B),\log D,\log h^{0}(B,\mathcal{L})\right)}+\frac{3}{4}\right)}.\end{align*}$$
Théorème 9.9. Pour tout
$P_{0}\in A(K)\otimes \mathbb {R}$
, nous avons
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\left\{P\in A(K)\mid h_{\mathcal{L}}(P-P_{0})\le\frac{1}{256gD}\right\}\le(200g)^{2g^{2}}\left(D\mathcal{H}'(A)\right)^{g}.\end{align*}$$
Démonstration. Nous procédons par récurrence sur
$g\ge 2$
. Nous notons
$\Sigma _{0}$
l’ensemble de l’énoncé et imposons
$\psi \ge \frac {gC^{1/g}}{32\pi E^{2}}$
de façon à ce qu’il vérifie l’hypothèse de la proposition 9.1 (avec
$r^{2}\ge C^{-1/g}$
). Celle-ci nous fournit une sous-variété abélienne B de A, dont nous notons b la dimension, ainsi qu’une inégalité dont nous tirons deux conséquences : la première est identique à la formule du corollaire 9.2 (avec le même
$\mathcal {Z}$
)
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\left(\frac{\Sigma_{0}+B}{B}\right)\le NM_{b}\left(\frac{g^{2}D}{\eta'\pi E^{2}}\left(1+\frac{\log c}{c-1}\right)\max{(c,\mathcal{Z})}\right)^{g-b}\end{align*}$$
tandis que pour la seconde nous gardons
$h^{0}(B,\mathcal {L})$
en écrivant
$\operatorname {\mathrm {Card}}\left (\frac {\Sigma _{0}+B}{B}\right )\ge 1$
et
$r^{2}\ge (h^{0}(A,\mathcal {L})/C)^{1/g}$
$$\begin{align*}h^{0}(B,\mathcal{L})\le NC\left(\frac{h^{0}(A,\mathcal{L})}{C}\right)^{b/g}\left(\frac{g^{2}D}{\eta'\pi E^{2}}\left(1+\frac{\log c}{c-1}\right)\max{(c,\mathcal{Z})}\right)^{g-b}.\end{align*}$$
Lorsque
$P\in \Sigma _{0}$
, la fibre de la projection
$\Sigma _{0}\to (\Sigma _{0}+B)/B$
contenant P s’écrit
$\Sigma _{0}\cap (P+B(K))$
, en bijection avec son translaté
$(\Sigma _{0}-P)\cap B(K)$
. Par définition de
$\Sigma _{0}$
, l’image de
$\Sigma _{0}-P$
dans l’espace euclidien
$(A(K)\otimes \mathbb {R},\sqrt {h_{\mathcal {L}}})$
est contenue dans la boule de centre
$P_{0}-P$
et de rayon
$(16\sqrt {gD})^{-1}$
. Si nous intersectons cette boule avec le sous-espace
$B(K)\otimes \mathbb {R}$
, nous obtenons une boule de rayon au plus
$(16\sqrt {gD})^{-1}$
centrée en un point
$P_{0}^{\prime }\in B(K)\otimes \mathbb {R}$
(qui dépend de P). Ainsi nous avons
$$\begin{align*}(\Sigma_{0}-P)\cap B(K)\subset\left\{P'\in B(K)\mid h_{\mathcal{L}}(P'-P_{0}^{\prime})\le\frac{1}{256gD}\right\}\end{align*}$$
puis, en faisant varier P,
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\Sigma_{0}\le\operatorname{\mathrm{Card}}\Big(\frac{\Sigma_{0}+B}{B}\Big)\times\!\sup_{P_{0}^{\prime}\in B(K)\otimes\mathbb{R}}{\!\!\!\!\!\operatorname{\mathrm{Card}}\Bigg\{P'\in B(K)\mid h_{\mathcal{L}}(P'-P_{0}^{\prime})\le\frac{1}{256gD}\Bigg\}}.\end{align*}$$
Si
$B=0$
, le supremum vaut bien sûr
$1$
. Sinon nous remplaçons
$256gD$
par
$256bD$
et majorons le supremum par l’hypothèse de récurrence si
$b\ge 2$
et par le théorème 8.7 (étendu au cas non principal) si
$b=1$
(dans ce cas
$\max {(1,h_{F}(B),\log D)}\le 2\mathcal {H}(B)\le 2g\mathcal {H}(A)\le 2g\mathcal {H}'(A)$
avec le lemme 9.3). Nous aboutissons à
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\Sigma_{0}\le\operatorname{\mathrm{Card}}\left(\frac{\Sigma_{0}+B}{B}\right)\times\begin{cases} 1 & \text{si } b=0, \\ 19760g\,D\mathcal{H}'(A) & \text{si } b=1, \\ (200b)^{2b^{2}}\left(D\mathcal{H}'(B)\right)^{b} & \text{si } b\ge 2. \end{cases} \end{align*}$$
La borne pour
$h^{0}(B,\mathcal {L})$
permettra de majorer
$\mathcal {H}'(B)$
en fonction de
$\mathcal {H}'(A)$
. Il reste donc à faire les calculs. Nous choisissons pour cela
$E=19$
,
$x=0,83$
,
$\eta =1$
et
$\varepsilon =0,17$
. Ces valeurs sont identiques à celles de la démonstration de la proposition 9.7 de sorte que certaines estimations seront les mêmes, comme
$NC\le (2,8.10^{7}g)^{g}$
. Par ailleurs l’assertion
$(2)$
du lemme 9.5 entraîne
$2837\le gC^{1/g}\le 5065$
. En particulier
$\frac {gC^{1/g}}{32\pi E^{2}}\le 0,14$
donc nous choisissons
$\psi =0,14$
de façon à remplir la condition imposée en début de démonstration. Il vient
$\eta '\ge 0,23$
. Nous majorons maintenant
$\mathcal {Z}$
. Grâce à l’assertion
$(1)$
de la proposition 7.2 et
$h^{0}(A,\mathcal {L})\ge 1$
, nous avons
$$ \begin{align*}\begin{aligned}\mathcal{Z} & \le 2g^{2}\max{(1,h_{F}(A),\log h^{0}(A,\mathcal{L}))}+2,68g^{3}+\max{\left(5+\log D,15+\frac{1}{10}\right)}\\ &\le 2g^{2}\left(2g\mathcal{H}'(A)-\frac{3g}{2}\right)+2,68g^{3}+\max{\left(5+2g\mathcal{H}'(A),15+\frac{1}{10}\right)}\\ & \le5,6g^{3}\mathcal{H}'(A).\end{aligned}\end{align*} $$
Remarquons aussi qu’en procédant de même avec l’assertion
$(2)$
de la proposition 7.2 nous obtenons
$\mathcal {Z}\le 3,3g^{3}\mathcal {H}'(A)$
si
$g\ge 3$
. Nous posons
$c=5,6\times 8$
d’où
$$\begin{align*}\frac{g^{2}D}{\eta'\pi E^{2}}\left(1+\frac{\log c}{c-1}\right)\max{(c,\mathcal{Z})}\le\frac{g^{5}}{42}D\mathcal{H}'(A)\end{align*}$$
et nous pouvons remplacer
$42$
par
$72$
si
$g\ge 3$
. Nous distinguons à présent les trois cas selon la valeur de b. Lorsque
$b=0$
, nous avons avec la majoration de
$NC$
rappelée plus haut
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\Sigma_{0}\le NC\left(\frac{g^{5}}{42}D\mathcal{H}'(A)\right)^{g}\le \left((10g)^{6}D\mathcal{H}'(A)\right)^{g}\end{align*}$$
et ceci est (largement) plus petit que la borne souhaitée puisque
$(10g)^{3}\le (200g)^{g}$
. Lorsque
$b=1$
, nos bornes entraînent (avec
$d_{2}=1/2\sqrt {3}$
)
$$ \begin{align*}\begin{aligned}\operatorname{\mathrm{Card}}\Sigma_{0}&\le NM_{1}\left(\frac{g^{5}}{42}\right)^{g-1}\times 19760g\left(D\mathcal{H}'(A)\right)^{g}\\ & \le\left(\frac{2,8.10^{7}}{42}g^{6}\right)^{g}\times\frac{42\times9880(48g-72)}{g^{4}\sqrt{3}}\left(D\mathcal{H}'(A)\right)^{g}.\end{aligned}\end{align*} $$
Nous aboutissons à nouveau au majorant de l’énoncé par un calcul direct si
$g=2$
et une inégalité facile de la forme
$(10g)^{6g}\times 5.10^{5}\le (200g)^{2g^{2}}$
si
$g\ge 3$
. Il nous reste à traiter le cas
$b\ge 2$
. Ici nous avons toujours
$g\ge 3$
. En particulier, en revenant au calcul de
$NC$
avec la seconde partie de l’assertion
$(1)$
du lemme 9.5, nous pouvons écrire
$NC\le (2,4.10^{7}g)^{g}$
. Commençons par employer ceci dans l’estimation pour
$h^{0}(B,\mathcal {L})$
en majorant également
$\log h^{0}(A,\mathcal {L})$
et
$\log D$
par
$2g\mathcal {H}'(A)-3g/2$
puis
$\log \mathcal {H}'(A)\le \mathcal {H}'(A)-1$
. Nous trouvons
$$ \begin{align*}\begin{aligned}\log h^{0}(B,\mathcal{L})&\le g\log(2,4.10^{7}g)+b\left(2\mathcal{H}'(A)-\frac{3}{2}+\log\frac{g}{2837}\right)\\ &\qquad+(g-b)\left(\log\frac{g^{5}}{72}+(2g+1)(\mathcal{H}'(A)-1)+\frac{g}{2}\right),\end{aligned}\end{align*} $$
c’est-à-dire
$$ \begin{align*}\begin{aligned}\log h^{0}(B,\mathcal{L}) &\le b\left(2\mathcal{H}'(A)+\log\left(\frac{2,4.10^{7}}{2837e^{3/2}}g^{2}\right)\right)\\\qquad &+(g-b)\left(\log\left(\frac{2,4.10^{7}}{72}g^{6}\right)+(2g+1)(\mathcal{H}'(A)-1)+\frac{g}{2}\right). \end{aligned}\end{align*} $$
Ce majorant est lui-même plus petit que
$45\mathcal {H}'(A)$
si
$g=3$
(et donc
$b=2$
). Lorsque
$g\ge 4$
nous pouvons écrire
$$\begin{align*}\log h^{0}(B,\mathcal{L})\le\left(\frac{10}{3}b+6(g-b)\right)g\mathcal{H}'(A)\le\frac{10g^{3}}{3b}\mathcal{H}'(A)\end{align*}$$
(avec
$6b\le \frac {10}{3}(g+b)$
) et ceci est donc vrai pour tout
$g\ge 3$
. Majorons à présent
$\mathcal {H}'(B)$
. Si
$\mathcal {H}'(B)=\mathcal {H}(B)$
, nous avons
$\mathcal {H}'(B)\le (g/b)\mathcal {H}'(A)$
par le lemme 9.3. Sinon
$$\begin{align*}\mathcal{H}'(B)=\frac{1}{2b}\log h^{0}(B,\mathcal{L})+\frac{3}{4}\le\frac{g^{3}}{b^{2}}\left(\frac{5}{3}+\frac{3(g-1)^{2}}{4g^{3}}\right)\mathcal{H}'(A)\le\frac{16g^{3}}{9b^{2}}\mathcal{H}'(A)\end{align*}$$
(par décroissance de
$g\mapsto (g-1)^{2}/g^{3}$
) et cette borne vaut donc dans les deux cas. Nous reprenons alors les majorations de
$\operatorname {\mathrm {Card}}(\frac {\Sigma _{0}+B}{B})$
et
$\operatorname {\mathrm {Card}}\Sigma _{0}$
pour obtenir
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\Sigma_{0}\le NM_{b}\left(\frac{g^{5}}{72}\right)^{g-b}(200b)^{2b^{2}}\left(\frac{16g^{3}}{9b^{2}}\right)^{b}\left(D\mathcal{H}'(A)\right)^{g}.\end{align*}$$
Grâce à l’assertion
$(4)$
du lemme 9.5, nous trouvons
$$ \begin{align*}\begin{aligned}\operatorname{\mathrm{Card}}\Sigma_{0}&\le NC(3g)^{-g}\times 200^{2b^{2}+g-2}g^{2g^{2}}\left(D\mathcal{H}'(A)\right)^{g}\\ & \le (8.10^{6})^{g}\times 200^{2(g-1)^{2}+g-2}g^{2g^{2}}\left(D\mathcal{H}'(A)\right)^{g}\end{aligned}\end{align*} $$
qui est exactement la borne recherchée.
Nous établissons finalement un énoncé avec minima successifs. Le cheminement sera très proche de celui de la démonstration précédente à l’exception de l’utilisation de l’assertion
$(4)$
de la proposition 7.1 pour minorer r.
Nous étendons la notation de l’introduction pour les minima modifiés en posant pour une sous-variété abélienne B de A et
$1\le i\le 2\dim B$
où
$B'$
parcourt donc les sous-variétés abéliennes de B de dimension au moins
$i/2$
(rappelons que le plongement
$\sigma $
est fixé depuis le début de cette partie). Par définition, nous avons
$\widetilde {\lambda }_{i}(A)\le \widetilde {\lambda }_{i}(B)$
. Si nous notons simplement
$\lambda _{i}=\lambda _{i}(\Omega _{A_{\sigma }})$
pour
$1\le i\le 2g$
, nous pouvons écrire
$\widetilde {\lambda }_{1}(A)\le \cdots \le \widetilde {\lambda }_{2g}(A)=\lambda _{2g}$
. Seules ces inégalités interviendront ci-dessous mais remarquons que les minorations mentionnées après le théorème 1.4 s’obtiennent aisément à partir de l’inégalité d’Hadamard : en effet,
$\widetilde {\lambda }_{1}(A)\ge 1$
découle de
$\lambda _{2\dim B'}(\Omega _{B_{\sigma }^{\prime }})\ge h^{0}(B',\mathcal {L})^{1/2\dim B'}\ge 1$
tandis que
$\lambda _{2\dim B'}(\Omega _{B_{\sigma }^{\prime }})\ge \lambda _{i}(\Omega _{B_{\sigma }^{\prime }})\ge \lambda _{i}$
(pour
$1\le i\le 2\dim B'$
) fournit
$\widetilde {\lambda }_{i}(A)\ge \lambda _{i}$
(pour
$1\le i\le 2g$
) et donc
$\widetilde {\lambda }_{1}(A)\cdots \widetilde {\lambda }_{2g}(A)\ge \lambda _{1}\cdots \lambda _{2g}\ge 1$
. Pour énoncer notre résultat, écrivons encore, pour une sous-variété abélienne non nulle B de A,
$$\begin{align*}\mathcal{H}"(B)=\max{\left(1,\frac{1}{2\dim B}\max{\left(1,h_{F}(B),\log\frac{D}{\widetilde{\lambda}_{1}(B)^2},\log h^{0}(B,\mathcal{L})\right)}+\frac{3}{4}\right)}.\end{align*}$$
Théorème 9.10. Pour tout
$P_{0}\in A(K)\otimes \mathbb {R}$
, nous avons
$$ \begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\left\{P\in A(K)\mid h_{\mathcal{L}}(P-P_{0})\le\frac{\widetilde{\lambda}_{1}(A)^{2}}{(4^{7}g)^{2g}D}\right\}\le(1366g)^{3g^{2}}\frac{h^{0}(A,\mathcal{L})\left(D\mathcal{H}"(A)\right)^{g}}{\widetilde{\lambda}_{1}(A)\cdots\widetilde{\lambda}_{2g}(A)}.\end{align*} $$
Démonstration. Nous notons ici
$M=2Cd_{2g}(48g-72)^{g-1/2}$
de sorte que l’assertion
$(4)$
de la proposition 7.1 se lit
$r\ge \lambda _{2g}/M$
. Nous démontrons l’inégalité de l’énoncé par récurrence sur
$g\ge 2$
. Nous désignons par
$\Sigma _{0}$
l’ensemble qui y apparaît et nous demandons
$$\begin{align*}\frac{\psi\pi E^2}{8g^{2}M^{2}}\ge\frac{1}{(4^7g)^{2g}}\end{align*}$$
de sorte que, avec
$\lambda _{2g}\ge \widetilde {\lambda }_{1}(A)$
,
$\Sigma _{0}$
satisfait l’hypothèse de la proposition 9.1. Nous obtenons ainsi une sous-variété abélienne stricte B de A et une inégalité où nous minorons r par
$\lambda _{2g}/M$
la première fois, par
$\widetilde {\lambda }_{1}(A)/M$
la deuxième et par
$C^{-1/2g}$
la troisième. Avec
$b=\dim B$
, nous trouvons
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\frac{\Sigma_{0}+B}{B}\le N\frac{h^{0}(A,\mathcal{L})}{h^{0}(B,\mathcal{L})}\left(\frac{M}{\lambda_{2g}}\right)^{2(g-b)}\left(\frac{g^{2}D}{\eta'\pi E^{2}}\left(1+\frac{\log c}{c-1}\right)\max{(c,\mathcal{Z}')}\right)^{g-b} \end{align*}$$
où
$$\begin{align*}\mathcal{Z}'=2\operatorname{\mathrm{\mathsf{m}}}_{A}^{+}+\log\max{\left(e,\frac{eM^{2}}{\eta'E^{2}}\cdot\frac{D}{\widetilde{\lambda}_{1}(A)^{2}},\frac{x^{2}C^{1/g}}{(x^{2}-z^{2})^{2}}\right)}.\end{align*}$$
Nous utiliserons ceci à la fois comme majoration de
$\operatorname {\mathrm {Card}}\frac {\Sigma _{0}+B}{B}$
(où intervient
$h^{0}(B,\mathcal {L})$
) et comme majoration de
$h^{0}(B,\mathcal {L})$
(en minorant
$\operatorname {\mathrm {Card}}\frac {\Sigma _{0}+B}{B}\ge 1$
). Exactement comme dans la démonstration précédente,
$\operatorname {\mathrm {Card}}\Sigma _{0}$
est au plus
$$\begin{align*}\operatorname{\mathrm{Card}}\left(\frac{\Sigma_{0}+B}{B}\right)\times\sup_{P_{0}^{\prime}\in B(K)\otimes\mathbb{R}}{\operatorname{\mathrm{Card}}\left\{P'\in B(K)\mid h_{\mathcal{L}}(P'-P_{0}^{\prime})\le\frac{\widetilde{\lambda}_{1}(A)^{2}}{(4^{7}g)^{2g}D}\right\}}.\end{align*}$$
Lorsque
$b\ne 0$
, nous pouvons majorer
$\widetilde {\lambda }_{1}(A)^{2}(4^{7}g)^{-2g}$
par
$\widetilde {\lambda }_{1}(B)^{2}(4^{7}b)^{-2b}$
. Ainsi, si
$b\ge 2$
, nous employons l’hypothèse de récurrence pour remplacer le supremum par
$$\begin{align*}(1366b)^{3b^{2}}\frac{h^{0}(B,\mathcal{L})}{\widetilde{\lambda}_{1}(B)\cdots\widetilde{\lambda}_{2b}(B)}\left(D\mathcal{H}"(B)\right)^{b}.\end{align*}$$
Cette borne vaut également lorsque
$b=1$
: en effet, cela résulte du théorème 8.8 une fois adapté au cas d’une polarisation quelconque (comme nous l’avons indiqué après son énoncé) et en employant
$$\begin{align*}\max{\left(1,h_{F}(B),\log\frac{D}{\widetilde{\lambda}_{1}(B)^{2}},\log h^{0}(B,\mathcal{L})\right)}\le 2\mathcal{H}"(B).\end{align*}$$
Nous revenons à la majoration de
$\operatorname {\mathrm {Card}}\frac {\Sigma _{0}+B}{B}$
puis utilisons
$\widetilde {\lambda }_{i}(A)\le \widetilde {\lambda }_{i}(B)$
si
$1\le i\le 2b$
et
$\widetilde {\lambda }_{i}(A)\le \lambda _{2g}$
si
$2b<i\le 2g$
pour trouver que
$\operatorname {\mathrm {Card}}\Sigma _{0}$
est majoré par
$$ \begin{align*} &N\left(\frac{g^{2}M^{2}}{\eta'\pi E^{2}}\left(1+\frac{\log c}{c-1}\right)\frac{\max{(c,\mathcal{Z}')}}{\mathcal{H}"(A)}\right)^{g-b}(1366b)^{3b^{2}}\left(\frac{\mathcal{H}"(B)}{\mathcal{H}"(A)}\right)^{b}\\ &\quad\times\frac{h^{0}(A,\mathcal{L})}{\widetilde{\lambda}_{1}(A)\cdots\widetilde{\lambda}_{2g}(A)}\left(D\mathcal{H}"(A)\right)^{g} \end{align*} $$
lorsque
$b\ge 1$
. Si
$b=0$
, nous obtenons la même borne en remplaçant
$(1366b)^{3b^{2}}$
et
$(\mathcal {H}"(B)/\mathcal {H}"(A))^{b}$
par
$1$
. Nous voyons apparaître une inégalité de la forme voulue à condition de majorer
$\mathcal {Z}'/\mathcal {H}"(A)$
et (si
$b\ne 0$
)
$\mathcal {H}"(B)/\mathcal {H}"(A)$
par une expression ne dépendant que de la dimension. Nous ferons cela avec les valeurs explicites
$E=16$
,
$x=0,817$
,
$\eta =0,75$
,
$\varepsilon =0,15$
et
$\psi =10^{-3}$
. Nous évaluons
$\eta '\ge 0,215$
et
$C\le 771^{g}\varepsilon ^{-1}(g-1)!^{-1}$
. Lorsque
$g=2$
, avec
$d_{4}\le 0,1313$
, cela donne
$N\le 3.10^{8}$
et
$M\le 1,224.10^{8}$
. Lorsque
$g\ge 3$
, avec
$d_{2g}\le (3/4\pi )^{g}g!$
, nous avons
grâce à
$g/\varepsilon \le (3/\varepsilon )^{g/3}$
puis
ici la seconde inégalité est équivalente à
$$\begin{align*}f(g)=\left(\frac{8880}{4^{7}}\right)^{g}g^{3/2}\left(1-\frac{3}{2g}\right)^{g-1/2}\le\varepsilon^{2}\sqrt{48}\end{align*}$$
et ceci découle de
$f(4)\le f(3)\le \varepsilon ^{2}\sqrt {48}$
en vertu du lemme 7.3 (appliqué à
$f^{2}$
). Remarquons que la majoration
$M\le 2\varepsilon 4^{7g}g^{g-1}$
vaut également si
$g=2$
et donc nous avons dans tous les cas
$$\begin{align*}\frac{\psi\pi E^{2}}{8g^{2}M^{2}}\ge\frac{8\psi\pi}{\varepsilon^{2}\left(4^{7}g\right)^{2g}}\ge\frac{1}{\left(4^{7}g\right)^{2g}}\end{align*}$$
comme requis en début de démonstration. Nous utilisons ensuite l’assertion
$(1)$
de la proposition 7.2 et majorons
$\max {(1,h_{F}(A),\log h^{0}(A,\mathcal {L}))}$
et
$\log (D/\widetilde {\lambda }_{1}(A)^{2})$
par
$2g\mathcal {H}"(A)-3g/2$
pour avoir
$$\begin{align*}\mathcal{Z}'\le 2g^{2}\left(2g\mathcal{H}"(A)-\frac{3}{2}g\right)+2,68g^{3}+\max{\left(2g\mathcal{H}"(A)-\frac{3}{2}g+\log\frac{eM^{2}}{\eta' E^{2}},22\right)}.\end{align*}$$
Le terme
$\log (eM^{2}/\eta ' E^{2})$
est au plus
$34,3$
si
$g=2$
et au plus
$2g\log (4^{7}g)\le 8g^{2}$
si
$g\ge 3$
. Nous en déduisons
$\mathcal {Z}'\le 8,1g^{3}\mathcal {H}"(A)$
dans tous les cas. Nous choisissons alors
$c=64,8$
et il vient
$$\begin{align*}\frac{g^{2}}{\eta'\pi E^{2}}\left(1+\frac{\log c}{c-1}\right)\max{(c,\mathcal{Z}')}\le\frac{g^{5}}{20}\mathcal{H}"(A).\end{align*}$$
En particulier nous avons
$$\begin{align*}h^{0}(B,\mathcal{L})\le Nh^{0}(A,\mathcal{L})\left(\frac{M^{2}g^{5}}{20}\cdot\frac{D}{\widetilde{\lambda}_{1}(A)^{2}}\cdot\mathcal{H}"(A)\right)^{g-b}.\end{align*}$$
Nous majorons (brutalement)
$\log h^{0}(A,\mathcal {L})$
,
$\log (D/\widetilde {\lambda }_{1}(A)^{2})$
et même
$\log \mathcal {H}"(A)$
par
$2g\mathcal {H}"(A)$
puis
$g-b$
par g pour écrire
par évaluation directe si
$g=2$
et
$2g\log 64g+14g^{2}\log 4+(2g+3)g\log g\le 9g^{3}$
si
$g\ge 3$
. Lorsque
$b\ne 0$
, avec le lemme 9.3,
$$\begin{align*}\frac{1}{2b}\log h^{0}(B,\mathcal{L})+\frac{3}{4}\le\frac{8g^{3}}{b}\mathcal{H}"(A)\quad\text{et}\quad \log\frac{D}{\widetilde{\lambda}_{1}(B)^{2}}\le\log\frac{D}{\widetilde{\lambda}_{1}(A)^{2}},\end{align*}$$
nous en déduisons
$b\mathcal {H}"(B)\le 8g^{3}\mathcal {H}"(A)$
d’où
$$\begin{align*}(1366b)^{3b^{2}}\left(\frac{\mathcal{H}"(B)}{\mathcal{H}"(A)}\right)^{b}\le(1366g)^{3b^{2}}(8g^{2})^{b}.\end{align*}$$
En injectant ceci dans la borne obtenue pour
$\operatorname {\mathrm {Card}}\Sigma _{0}$
si
$b\ne 0$
et en remarquant que
$(1366g)^{3b^{2}}(8g^{2})^{b}$
vaut
$1$
si
$b=0$
, nous constatons que l’énoncé sera établi si nous montrons, pour tout entier b avec
$0\le b\le g-1$
,
$$\begin{align*}N\left(\frac{M^{2}g^{5}}{20}\right)^{g-b}(1366g)^{3b^{2}}(8g^{2})^{b}\le(1366g)^{3g^{2}}.\end{align*}$$
Nous vérifions ceci par calcul direct si
$g=2$
. Lorsque
$g\ge 3$
, il suffit de voir
$$\begin{align*}(64g)^{2g}\left(\frac{4^{14g}g^{2g+3}}{222}\right)^{g-b}(1366g)^{3b^{2}}(8g^{2})^{b}\le(1366g)^{3g^{2}}.\end{align*}$$
Le membre de gauche est une fonction convexe de b donc nous pouvons supposer
$b\in \{0,g-1\}$
. Si
$b=0$
, il est majoré par
où nous avons utilisé
$19g^{5}\le (8g)^{g}$
. Dans le cas
$b=g-1$
, le quotient des deux membres de l’inégalité à établir est au plus
Concluons en remarquant que les résultats de cette partie donnent bien les quatre premiers énoncés de l’introduction dans le cas
$g\ge 2$
. En effet, les théorèmes 9.6 et 9.8 entraînent directement les théorèmes 1.2 et 1.3 grâce à la première assertion du lemme 9.3 majorant
$\mathcal {H}(A)$
. De la même façon, avec les majorations analogues évidentes de
$\mathcal {H}'(A)$
et
$\mathcal {H}"(A)$
, les théorèmes 1.1 et 1.4 découlent des théorèmes 9.9 et 9.10 où nous choisissons de plus
$P_{0}=0$
.