L'ouvrage offre une traduction, la première en langue française, de l’œuvre de l'archidiacre carthaginois Libératus, le Breuiarium causae Nestorianorum et Eutychianorum, plus couramment dénommé Breuiarium. Le texte est jalonné de titre et sous-titres, ajoutés par les traducteurs, pour permettre de mieux suivre les articulations d'une démonstration parfois sinueuse, et assorti de notes abondantes qui, ponctuellement, en élucident les difficultés ou en éclairent les allusions.
Les clés indispensables à la lecture ont été au préalable fournies par une riche introduction replaçant l’œuvre de Libératus dans son contexte historique (p. 7–90), suivie d'une dense bibliographie (p. 93–122). Cette première partie du livre comporte une notice très complète sur la vie, la formation et l’œuvre de l'auteur, avec déjà d'importants commentaires sur les personnages ou realia rencontrés. Elle offre en suite une analyse détaillée des origines de la controverse des Trois Chapitres. Des indices des textes et auteurs anciens (p.361-393), de noms propres (p. 394–423) et de lieux (p. 424–433), accompagnés de cartes, complètent cette réhabilitation bien conduite de l’œuvre de Libératus et, plus généralement, du genre littéraire qui est le sien.
Ce récit, qui s'apparente à une Historia ecclesiastica par la définition même du sujet, l'insertion documentaire (pièces qui ont été réunies à Rome et à Alexandrie surtout) ainsi que par le souci apologétique et polémique qui gouverne son organisation, démontre une certaine familiarité avec les sources grecques, y compris, semble-t-il, avec celles qui relèvent d'une appartenance contradictoire. C'est à l'engagement de son auteur qu'il doit donc de constituer à la fois une source et un témoignage majeurs de l’époque durant laquelle la querelle christologique ne cesse de faire rage. Transmis principalement par la collectio Sangermanensis (le manuscrit le plus ancien la contenant provient de l'abbaye de Corbie [IXe siècle]), collection sans doute formée à l'origine par la colligation - sur l'initiative de Cassiodore- des Codex encyclius, Breuiarium et Liber aduersus collatorem de Prosper d'Aquitaine, l'ouvrage de Libératus traite en 24 chapitres des origines des thèses prêtées à Nestorius jusqu'aux débuts de la controverse des Trois Chapitres, en couvrant spécialement la période s’étendant de 428 à 544. Écrit avec le souci de rendre justice à la christologie diphysite antiochienne, le Breuiarium a pu être mis en chantier dès avant que ne soit rendu public le premier édit de Justinien contre les œuvres principales de ce courant doctrinal. La date de conclusion de l'opus quant à elle, est discutée et dépend de l'interprétation donnée aux quelques éléments de biographie glanés au cours du récit.
L’œuvre de Libératus, imprimée, depuis la RenaissanceFootnote 1, présente donc une réaction africaine contre les Nestoriens et les Eutychiens, à qui Libératus joint les Acéphales et qu'il définit dans ses deux premiers chapitres (p. 130–138) comme les successeurs, les uns de Paul de Samosate, les autres d'Apollinaire : les premiers soutiennent un diphysisme nestorien, tandis que le second groupe affirme l'unité du Verbe et de la chair et compromet la consubstantialité du Christ à la nature humaine. Le Breuiarium s'offre donc aux catholiques sincères comme une défense de la vérité contre les falsifications des sectateurs des deux partis : en fait, c'est, sous forme de récit historique, une protestation contre la condamnation faite par le Ve Concile des Trois Chapitres (de certains livres de Théodoret, de la lettre d'Ibas à Maris le Perse et, surtout, de la personne et de la doctrine de Théodore de Mopsueste). Cette condamnation, prétend Libératus, est le fruit de la vengeance et des manœuvres hérétiques; elle revient, de plus, à une négation implicite des décisions contraires prises au concile de Chalcédoine. Comme l'ouvrage de Facundus d'Hermiane, avec qui il a, du reste, plus d'un rapport, l’Abrégé de Libératus sera, en même temps qu'un recueil de documents en faveur du diphysisme orthodoxe, une apologie indirecte des Trois Chapitres et de Chalcédoine. Ce plaidoyer est composé peu avant 566, peut-être aux Euchaïtes sur le Pont où le diacre était en 553 allé rejoindre son évêque Réparatus, qui y avait été lui-même exilé pour son opposition au Ve concile et y mourut peut-être après 563 au retour d'exil de Libératus. Quoi qu'il en soit de ces dates, le témoignage appartient à une période où les écrits du pseudo-Denys sont fort répandus et leur autorité déjà forte. Les faits rapportés nous ramènent, par contre, à plus d'un siècle en arrière.
Philippe Blaudeau, professeur d'histoire romaine à l'université d'Angers, s'est bien entendu, interrogé sur la date et le lieu de rédaction de cet ouvrage, en particulier dans ses dernières contributions consacrées au diacre carthaginoisFootnote 2. Néanmoins, la seule indication un peu solide est en effet celle que fournit le Breuiarium lui-même. D'après ce que signale le texte, l'ouvrage est achevé après la mort du Vigile de Rome (décidé en 555) et au vivant du l'archevêque miaphysite Théodose d'Alexandrie (décidé en 566), ce qui n'empêche pas qu'il ait pu composé en plusieurs étapes différentes.
Que cette imprécision de datation incite les historiens et philologues à se pencher à nouveau sur cette question qui a divisé les plus compétents, surtout qu'ils disposent maintenant d'un texte sûr qui a demandé un travail considérable.
On mesure bien l'importance de ce texte en partie double, ainsi heureusement mis à la disposition d'un plus large public de chercheurs et d'enseignants. Comptant parmi les derniers grands moments de l’Église africaineFootnote 3, il représente, à bien des points de vue, l'aboutissement de la réflexion d'un Africain d'Antiquité tardive dans le domaine dogmatique et liturgique aussi bien que dans celui de l'histoire ecclésiastique et de la théologie politique.