1 Introduction
Dans ce texte, nous initions l’étude des systèmes dynamiques dans le cadre des espaces analytiques sur
$\mathbf {Z}$
, au sens de Vladimir G. Berkovich (cf. [Reference Berkovich4]), ou sur d’autres anneaux de Banach aux propriétés similaires. Ces espaces mêlent naturellement fibres archimédiennes (espaces analytiques complexes usuels, éventuellement à conjugaison près) et fibres ultramétriques (espaces de Berkovich classiques sur les différents
$\mathbf {Q}_{p}$
et d’autres corps valués). Aussi les systèmes dynamiques que nous considérons se présentent-ils comme des familles de systèmes dynamiques sur des espaces analytiques de différente nature. L’objectif de ce texte est de démontrer que, sous des hypothèses très générales, les mesures d’équilibre associées forment des familles continues de mesures.
1.1 Énoncé des résultats
Commençons par quelques rappels sur la notion de mesure d’équilibre, tout d’abord dans le cas de la droite projective complexe
. Soit
$\varphi $
une fraction rationnelle complexe de degré d. Pour
, notons
$\delta _{a}$
la mesure de Dirac supportée au point a. Pour
$n\in \mathbf {N}$
, notons
$a_{1},\dotsc ,a_{d^n}$
les solutions de l’équation
$\varphi ^n = a$
, comptées avec multiplicité, et posons
$$\begin{align*}[ \varphi^{-n}(a) ] :=\sum_{i=1}^{d^n} \delta_{a_{i}}.\end{align*}$$
Rappelons que l’on définit l’ensemble exceptionnel de
$\varphi $
par
et qu’il contient au plus 2 éléments. Les travaux de H. Brolin [Reference Brolin10], dans le cas polynomial, puis de M. Lyubich [Reference Lyubich21] et A. Freire-A. Lopez-R. Mañé [Reference Freire, Lopes and Mañe19], dans le cas général, montrent qu’il existe une mesure de probabilité
$\mu _{\varphi }$
sur
telle que l’on ait
pour tout
hors de l’ensemble exceptionnel
$\operatorname {\mathrm {Exc}}(\varphi )$
. La mesure
$\mu _{\varphi }$
ainsi définie, dite mesure d’équilibre associée à
$\varphi $
, satisfait deux propriétés fondamentales, qui, prises ensemble, la caractérisent (cf. [Reference Mañé22, début de II]):
-
i)
$\varphi ^*\mu _{\varphi } = d \, \mu _{\varphi }$
; -
ii) le support de
$\mu _{\varphi }$
est disjoint de
$\operatorname {\mathrm {Exc}}(\varphi )$
.
On vérifie, en outre, que le support de
$\mu _{\varphi }$
n’est autre que l’ensemble de Julia
$J(\varphi )$
associée à
$\varphi $
.
Plaçons-nous maintenant sur un corps valué ultramétrique complet k, et remplaçons la droite projective complexe
par la droite projective
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{k}$
au sens de Berkovich. Nonobstant le caractère totalement discontinu de k, l’espace
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{k}$
jouit de bonnes propriétés topologiques, telles la compacité et la connexité par arcs locales, et propose un cadre pertinent où adapter les théories complexes classiques. Ch. Favre et J. Rivera–Letelier l’ont utilisé pour associer à toute fraction rationnelle
$\varphi $
à coefficients dans k une mesure d’équilibre
$\mu _{\varphi }$
, possédant les mêmes propriétés que son analogue classique, cf. [Reference Favre and Rivera-Letelier16].
L’objet de ce texte est d’étudier la variation de ces mesures d’équilibre. Plaçons-nous tout d’abord dans le cadre complexe et considérons une suite de fractions rationnelles complexes
$(f_{n})_{n\in \mathbf {N}}$
qui converge vers une fraction rationnelle complexe f, au sens de la convergence uniforme pour les endomorphismes de
. D’après [Reference Mañé22, theorem B], la suite de mesures
$(\mu _{f_{n}})_{n\in \mathbf {N}}$
sur
converge alors vers la mesure
$\mu _{f}$
pour la topologie faible. L’analogue ultramétrique de ce résultat est également valable.
Nous souhaitons démontrer un résultat analogue, mais avec des corps de base variables. Pour le formuler, nous considérons une famille de fractions rationnelles paramètrée par un espace de Berkovich Y sur un anneau de Banach
$\mathcal {A}$
. Remettant à plus tard les définitions précises (cf. section 2.1), nous nous contentons de rappeler qu’à tout point y de Y est associé un corps résiduel complété
$\mathcal {H}(y)$
, qui peut être aussi bien ultramétrique:
$\mathbf {Q}_{p}$
,
$\mathbf {C}(\!(t)\!)$
,
$\mathbf {F}_{p}(\!(t)\!)$
, etc. qu’archimédien:
$\mathbf {R}$
ou
$\mathbf {C}$
. Signalons que la théorie de Berkovich garde un sens dans ce dernier cadre et que la droite projective
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {H}(y)}$
s’identifie alors à un espace familier: la droite projective complexe usuelle
, dans le cas de
$\mathbf {C}$
, et son quotient par la conjugaison complexe, dans le cas de
$\mathbf {R}$
. La théorie des mesures d’équilibre s’étend sans peine à ces espaces.
Le résultat principal de ce texte s’énonce ainsi. Il est valable sous certaines conditions techniques sur l’anneau de Banach
$\mathcal {A}$
considéré, cf. section 2.2.4. Elles sont satisfaites pour les anneaux classiques de la théorie tels que
$\mathbf {Z}$
et les anneaux d’entiers de corps de nombres, les corps hybrides, ou encore les anneaux de valuation discrète complets (et bien sûr les corps valués complets).
Théorème A (infra théorème 6.26).
Soit Y un espace de Berkovich sur un bon anneau de Banach
$\mathcal {A}$
. Notons
$X := Y \times _{\mathcal {A}} \mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
la droite projective relative au-dessus de Y. Soit
$\varphi $
un endomorphisme de X au-dessus de Y, fini et plat de degré
$d\ge 2$
, et polariséFootnote
1
.
Pour tout point y de Y, l’endomorphisme
$\varphi $
induit un endomorphisme
$\varphi _{y}$
de la fibre
$X_{y} \simeq \mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {H}(y)}$
. Notons
$\mu _{\varphi _{y}}$
la mesure d’équilibre associée, identifiée à son image sur X.
Alors la famille de mesures
$(\mu _{\varphi _{y}})_{y\in Y}$
sur X est continue.
La continuité de la famille de mesures est à prendre au sens de la topologie faible et signifie précisément que, pour toute fonction
$f\colon X\to \mathbf {R}$
continue à support compact, la fonction
est continue.
Le cas le plus simple du théorème A, celui où l’endomorphisme
$\varphi $
est l’application d’élévation au carré
$z\mapsto z^2$
est déjà intéressant. Dans ce cas, la mesure d’équilibre est complètement explicite. Sur
, il s’agit de la mesure de Haar
$\mu _{\mathrm H}$
de masse totale 1 sur le cercle unité. Sur
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {R}}$
(quotient de
par la conjugaison complexe), c’est l’image de la précédente, et nous la noterons identiquement. Sur un corps valué ultramétrique complet k, en revanche, on obtient la mesure de Dirac
$\delta _{\mathrm G}$
supportée au point de Gauß, un point particulier de
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{k}$
qui joue le rôle de point générique du cercle unité. L’analogie entre ces mesures se situe au cœur du travail [Reference Chambert-Loir11] d’Antoine Chambert–Loir, qui l’a remarquée et largement diffusée. Revenant au problème qui nous intéresse, nous montrons que ces différentes mesures forment une famille continue.
Théorème B (infra théorème 6.8).
Soit Y un espace de Berkovich sur un bon anneau de Banach
$\mathcal {A}$
. Pour tout point y de Y, considérons la mesure
$\chi _{y}$
sur
$X_{y}\simeq \mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {H}(y)}$
définie par

identifiée à son image sur X.
Alors la famille de mesures
$(\chi _{y})_{y\in Y}$
sur X est continue.
Ajoutons que nous démontrons, en même temps que le théorème A, un résultat de continuité des potentiels des mesures
$\mu _{\varphi _{y}}$
. Rappelons que, sur tout corps valué ultramétrique complet, on peut, comme sur
$\mathbf {C}$
, définir une théorie du potentiel sur la droite projective au sens de Berkovich, et, en particulier, pour une certaine classe de fonctions, un opérateur laplacien
$\Delta $
qui prend ses valeurs dans l’ensemble des mesures de Radon.
Proposition C (infra lemme 6.23 et proposition 6.25).
Avec les hypothèses et notations des théorèmes A et B, il existe une fonction continue
$\lambda _{\varphi } \colon X \to \mathbf {R}$
telle que, pour tout
$y\in Y$
, le laplacien de
$\lambda _{\varphi ,\vert X_{y}}$
est bien défini et satisfait l’égalité
La précision sur les potentiels est particulièrement intéressante lorsqu’on cherche à étudier des accouplements de mesures au sens de C. Favre et J. Rivera–Letelier. Dans l’article [Reference Favre and Rivera-Letelier17], ces auteurs définissent, pour des mesures de probabilités
$\mu _{1}$
et
$\mu _{2}$
suffisamment régulières, un accouplement
$\langle \mu _{1}, \mu _{2} \rangle $
qui se comporte comme une distance entre ces deux mesures (ou plutôt son carré). Il peut être obtenu en intégrant un potentiel de
$\mu _{1}-\mu _{2}$
par rapport à cette même mesure.
Corollaire D. Soit Y un espace de Berkovich sur un bon anneau de Banach
$\mathcal {A}$
. Notons
$X := Y \times _{\mathcal {A}} \mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
la droite projective relative au-dessus de Y. Soient
$\varphi $
et
des endomorphismes polarisés de X au-dessus de Y de degré supérieur à 2.
Pour tout point y de Y, notons
$\mu _{\varphi _{y}}$
(resp.
) la mesure d’équilibre associée à l’endomorphisme
$\varphi _{y}$
(resp.
) induit par
$\varphi $
(resp.
) sur la fibre
$X_{y} \simeq \mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {H}(y)}$
.
Alors, la fonction
est continue.
Démonstration. Considérons des fonctions continues
$\lambda _{\varphi }$
et
comme dans la proposition C. Pour tout
$y\in Y$
, on a
d’où
L’énoncé découle alors des résultats de continuité précédents (théorème A et proposition C).
Le théorème A s’inspire directement du résultat principal de l’article [Reference Favre14]. Charles Favre y démontre un résultat de continuité de mesures d’équilibre pour un espace projectif de dimension quelconque au-dessus d’une base Y fixée: le disque hybride (un avatar du disque unité complexe de dimension 1 muni d’un point ultramétrique en son centre, réalisé comme un espace de Berkovich sur un anneau de Banach dit hybride). Notre théorème autorise une plus grande variété dans la direction horizontale.
Dans la direction verticale, en revanche, nous nous cantonnons à la dimension 1, faute de disposer des outils nécessaires en théorie du potentiel. Les démonstrations de [Reference Favre14] font en effet intervenir de façon cruciale des résultats analytiques subtils: théorie de Bedford-Taylor, inégalités de Chern-Levine-Nirenberg, etc., dont les analogues ultramétriques sont largement conjecturaux à l’heure actuelle. Le travail fondateur [Reference Chambert-Loir and Ducros12] d’A. Chambert–Loir et A. Ducros propose une définition de formes différentielles réelles et de courants dans ce cadre, mais les propriétés plus fines requises ici ne sont pas encore disponibles.
Indiquons que d’autres résultats de convergence de mesures depuis l’archimédien vers l’ultramétrique existent dans la littérature: [Reference Boucksom and Jonsson7] (par des techniques tropicales), [Reference Ducros, Hrushovski and Loeser13] (par la théorie des modèles), etc. Ils ont tous pour objet des familles à un paramètre et le théorème A apparaît donc, à notre connaissance, comme le premier de ce genre à valoir sur une base de dimension supérieure.
Dans le texte compagnon [Reference Poineau27], nous appliquons les résultats de continuité obtenus ici à un espace de modules (de dimension 5) de paires de courbes elliptiques. Nous en tirons une démonstration de l’énoncé suivant, initialement conjecturé par F. Bogomolov, H. Fu et Yu. Tschinkel (cf. [5, conjectures 2 et 12]).
Théorème E. Il existe
$M \in \mathbf {R}_{>0}$
telle que, pour toutes courbes elliptiques
$E_{a}$
et
$E_{b}$
sur
$\mathbf {C}$
et tous revêtements doubles
et
tels que
, on ait
1.2 Stratégie de la preuve du théorème A
Soit
$\mathcal {A}$
un bon anneau de Banach. Soit Y un espace de Berkovich sur
$\mathcal {A}$
et notons
$X := Y \times _{\mathcal {A}} \mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
la droite projective relative au-dessus de Y.
Notre première étape consiste à démontrer le théorème B, incarnation de l’analogie proposée par A. Chambert–Loir, qui assure la continuité de la famille constituée de mesures de Haar sur le cercle, pour la partie archimédienne, et de mesures de Dirac au point de Gauß, pour la partie ultramétrique.
Pour la preuve, on considére une suite (ou une suite généralisée) convergente
$(y_{n})_{n\in \mathbf {N}}$
de points de Y de limite y. Il faut montrer que la suite de mesures
$(\chi _{y_{n}})_{n\in \mathbf {N}}$
converge vers la mesure
$\chi _{y}$
. Le cas crucial est celui où les points
$y_{n}$
sont archimédiens et le point y ultramétrique. Rappelons que les espaces de Berkovich sont localement compacts et que l’espace des mesures de probabilité sur un compact est lui-même compact. Par conséquent, il suffit de montrer que toute valeur d’adhérence de la suite
$(\chi _{y_{n}})_{n\in \mathbf {N}}$
coïncide avec
$\chi _{y} = \delta _{G}$
, autrement dit qu’elle est supportée au point de Gauß, ce qu’on peut prouver directement.
Ajoutons que nous démontrons une version raffinée du résultat, où le centre et le rayon des cercles sont autorisés à varier continûment sur Y.
Passons maintenant au théorème A. Soit
$\varphi $
un endomorphisme de la droite relative X au-dessus de Y polarisé de degré
$d \ge 2$
. Rappelons, tout d’abord, que, pour tout
$y\in Y$
, la mesure d’équilibre associée à
$\varphi _{y}$
sur
$X_{y} \simeq \mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {H}(y)}$
peut être obtenue en tirant en arrière la mesure
$\chi _{y}$
:
Cette remarque suggère une stratégie de preuve. À partir du théorème B, en tirant en arrière par
$\varphi $
de façon répétée, on montre que, pour tout
$n\in \mathbf {N}$
, la famille de mesures
$(\mu _{n,y} := \frac 1{d^n}(\varphi _{y}^*)^n\chi _{y})_{y\in Y}$
est encore continue. Il reste à passer à la limite.
Pour ce dernier point, nous avons recours à des arguments de théorie de potentiel. En utilisant un raisonnement classique dû à S. W. Zhang (cf. [Reference Zhang30]), on construit une suite de fonctions
$(u_{n})_{n\in \mathbf {N}}$
sur X convergeant uniformément vers une fonction
$u_{\varphi }$
et dont les laplaciens sur la fibre
$X_{y}$
sont respectivement la suite
$(\mu _{n,y})_{n\in \mathbf {N}}$
et
$\mu _{\varphi _{y}}$
. (Ces fonctions sont obtenues à partir de la norme d’une section du fibré
$\mathcal {O}(1)$
convenablement métrisé.)
Soit
$f \colon X \to \mathbf {R}$
continue à support compact. Sous des hypothèses convenables, pour tout
$y\in Y$
et tout
$n\in \mathbf {N}$
, on peut écrire
$$ \begin{align*} {\Big\lvert}{ \int f_{\vert X_{y}} \!\mathrm{d}\mu_{\varphi_{y}} - \int f_{\vert X_{y}} \!\mathrm{d} \mu_{n,y}} {\Big\rvert} & = {\Big\lvert}{\int f_{\vert X_{y}} \!\mathrm{d}\Delta (u_{\varphi,_{\vert X_{y}}} - u_{n,_{\vert X_{y}}})} {\Big\rvert} \\& = {\Big\lvert}{\int (u_{\varphi,_{\vert X_{y}}} - u_{n,_{\vert X_{y}}})\, \mathrm{d} \Delta f_{\vert X_{y}}} {\Big\rvert} \\& \le \left\lVert {u_{\varphi} - u_{n}} \right\rVert _{X_{y}} \int \!\mathrm{d} \left\lvert {\Delta f_{\vert X_{y}}} \right\rvert. \end{align*} $$
Si la fonction
$y\mapsto \int \mathop {}\!\mathrm {d} \left \lvert {\Delta f_{\vert X_{y}}} \right \rvert $
est bornée sur tout compact, alors la suite de fonctions
$(y\mapsto \int f_{\vert X_{y}} \mathop {}\!\mathrm {d} \mu _{n,y})_{n\in \mathbf {N}}$
converge uniformément vers
$y \mapsto \int f_{\vert X_{y}} \mathop {}\!\mathrm {d}\mu _{\varphi _{y}}$
sur tout compact. La continuité de cette dernière en découle.
La stratégie exposée ci-dessus ne s’applique que sous certaines hypothèses sur f et une partie importante de notre travail consiste à identifier un sous-ensemble dense de fonctions continues à support compact possédant les propriétés requises. Nous introduisons à cet effet la notion de fonction macologue, inspirée de la notion de fonction modèle définie par Ch. Favre dans [Reference Favre14]. Il s’agit de fonctions pouvant s’écrire localement comme différences de fonctions de la forme
où
$p_{1},\dotsc ,p_{n}$
sont des nombres rationnels,
$q_{1},\dotsc ,q_{n}$
des nombres rationnels positifs et
$g_{1},\dotsc ,g_{n}$
des fonctions analytiques (cf. définitions 6.9 et 6.11 pour les détails).
1.3 Organisation du texte
Le texte est découpé en 5 sections. Les trois premières sont essentiellement composées de rappels. Dans la section 2, nous abordons la théorie, encore exotique, des espaces de Berkovich sur un anneau de Banach, en rappelant définitions et propriétés de base. Nous insistons sur la notion de flot, action du monoïde
$ \left ] {0,1} \right ] $
correspondant à l’élevation d’une valeur absolue à une puissance. C’est par son intermédiaire que l’on peut faire dégénérer des familles d’espaces sur des espaces au-dessus de corps trivialement valués, ce qui jouera un rôle crucial pour des applications ultérieures.
Dans la section 3, nous considérons des mesures de Radon sur des espaces de Berkovich et étudions notamment les opérations d’image directe et réciproque dans ce cadre. Nous nous appuyons de façon essentielle sur les bonnes propriétés topologiques des espaces de Berkovich sur certains anneaux de Banach démontrées dans [Reference Lemanissier and Poineau20].
Dans la section 4, nous adaptons la notion de fibré métrisé issue de la théorie d’Arakelov au cadre des espaces analytiques sur un anneau de Banach au sens de Berkovich. Nous montrons que l’espace des fibrés métrisés peut être muni d’une structure uniforme pour laquelle il est complet et rappelons, suivant [Reference Zhang30], comment construire une métrique invariante par un système dynamique polarisé donné.
La section 5 contient des rappels de théorie du potentiel sur la droite projective au-dessus d’un corps valué complet, archimédien ou non. L’un des ingrédients essentiels, d’intérêt indépendant, est l’existence, pour une fonction sous-harmonique u définie sur un disque D, d’une majoration de la forme
où
$D'$
est un disque strictement plus grand que D et
$C_{D,D'}$
un nombre réel qui ne dépend que des rayons des disques et pas du corps de base. C’est cette dernière propriété qui permet de borner la masse totale du laplacien d’une fonction macologue, ingrédient sur lequel repose la convergence uniforme de la famille de mesures
$(\mu _{n,y})_{n\in \mathbf {N}}$
, comme expliqué plus haut.
Dans la section finale 6, nous démontrons les résultats annoncés, en commençant par le théorème B. Nous introduisons ensuite les fonctions macologues et concluons par la démonstration du théorème A.
1.4 Remerciements
Je remercie Charles Favre et Marco Maculan pour de fructueux échanges autour de la théorie du potentiel, ainsi que Dorian Berger pour ses commentaires. Merci également aux rapporteurs et rapporteuses des différentes versions. Ce texte est imprégné de l’influence d’Antoine Chambert–Loir. Je saisis l’occasion ainsi offerte de lui exprimer ma gratitude sincère pour son soutien et la générosité avec laquelle il partage ses idées.
Une partie de ce texte a été rédigée pendant un séjour de l’auteur à Francfort. Il remercie l’université Goethe et ses membres pour les excellentes conditions d’accueil dont il a bénéficié, ainsi que la Deutsche Forschungsgemeinschaft (TRR 326 Geometry and Arithmetic of Uniformized Structures, project number 444845124) pour son soutien financier.
Conventions
Soient
$X,Y$
des ensembles. On note
$\mathcal {F}(X,Y)$
l’ensemble des applications de X dans Y. Pour
$f \in \mathcal {F}(X,\mathbf {R})$
, on pose
Soient
$X,Y$
des espaces topologiques. On note
$\mathcal {C}(X,Y)$
(resp.
$\mathcal {C}_{c}(X,Y)$
) l’ensemble des applications continues (resp. à support compact) de X dans Y.
Soit T une partie de X. On note
$\overline T$
son adhérence,
$\mathring T$
son intérieur et
son bord.
2 Espaces de Berkovich sur un anneau de Banach
Cette section est consacrée aux fondements de la théorie de Berkovich sur les anneaux de Banach. Nous commençons par rappeler les définitions (section 2.1 puis donnons des exemples d’anneaux de Banach sur lesquels appliquer la théorie (section 2.2). Nous terminons en considérant le flot, une opération naturelle sur les espaces de Berkovich utile dans l’étude des dégénérescences (section 2.3).
2.1 Définitions
Dans cette section, nous rappelons la définition d’espace analytique sur un anneau de Banach au sens de Berkovich (cf. [Reference Berkovich4, Section 1.5]).
Soit
$(\mathcal {A}, \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert )$
un anneau de Banach. Intéressons-nous tout d’abord à l’espace affine analytique de dimension n sur
$\mathcal {A}$
, noté
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
. C’est un espace localement annelé que nous définirons en trois temps : ensemble sous-jacent, topologie, faisceau structural.
$\bullet $
Ensemble : L’ensemble sous-jacent à
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
est l’ensemble des semi-normes multiplicatives sur
$\mathcal {A}[T_{1},\dotsc ,T_{n}]$
qui sont bornées sur
$\mathcal {A}$
, c’est-à-dire l’ensemble des applications
qui satisfont les propriétés suivantes:
-
i)
$|0|=0$
et
$|1|=1$
; -
ii)
$\forall P,Q \in \mathcal {A}[T_{1},\dotsc ,T_{n}]$
,
$|P+Q| \le |P| + |Q|$
; -
iii)
$\forall P,Q \in \mathcal {A}[T_{1},\dotsc ,T_{n}]$
,
$|PQ| = |P|\, |Q|$
; -
iv)
$\forall a \in \mathcal {A}$
,
$|a| \le \|a\|$
.
On pose
$\mathcal {M}(\mathcal {A}) := \mathbf {A}^{0,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
et on l’appelle spectre de
$\mathcal {A}$
. Lorsque
$\mathcal {A}$
n’est pas nul,
$\mathcal {M}(\mathcal {A})$
et
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
ne sont pas vides.
Pour tout
, le morphisme d’inclusion
$\mathcal {A}[T_{1},\dotsc ,T_{m}] \to \mathcal {A}[T_{1},\dotsc ,T_{n}]$
induit une application
$\mathrm {pr}_{n,m} \colon \mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}} \to \mathbf {A}^{m,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
, dite de projection sur les m premières coordonnées.
Soit
$x\in \mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
. Notons
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{x}$
la semi-norme multiplicative associée à x. L’anneau
$\mathcal {A}[T_{1},\dotsc ,T_{n}]/\ker ( \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{x})$
est intègre. La semi-norme
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{x}$
induit une valeur absolue sur
$\operatorname {\mathrm {Frac}}(\mathcal {A}[T_{1},\dotsc ,T_{n}]/\ker ( \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{x}))$
et on peut considérer le complété de ce corps, noté
$\mathcal {H}(x)$
. Nous noterons simplement
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert $
la valeur absolue sur
$\mathcal {H}(x)$
induite par
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{x}$
.
On a un morphisme naturel
$\chi _{x}\colon \mathcal {A}[T_{1},\dotsc ,T_{n}] \to \mathcal {H}(x)$
, dit d’évaluation. Pour tout polynôme
$P \in \mathcal {A}[T_{1},\dotsc ,T_{n}]$
, on pose
$P(x) := \chi _{x}(P)$
. On a alors
$|P(x)| = |P|_{x}$
, par définition.
$\bullet $
Topologie : On munit l’ensemble
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
de la topologie la plus grossière telle que, pour tout
$P \in \mathcal {A}[T_{1},\dotsc ,T_{n}]$
, l’application
soit continue. L’espace topologique ainsi obtenu est séparé et localement compact. Le spectre
$\mathcal {M}(\mathcal {A})$
est compact.
L’application de projection
$\mathrm {pr}_{\mathcal {A}}$
est continue et surjective et, pour tout
$b\in \mathcal {M}(\mathcal {A})$
, on a un homéomorphisme canonique
$\bullet $
Faisceau structural : Pour tout ouvert V de
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
, on note
$S_{V}$
l’ensemble des éléments de
$\mathcal {A}[T_{1},\dotsc ,T_{n}]$
qui ne s’annulent pas sur V et on pose
$\mathcal {K}(V) := S_{V}^{-1} \mathcal {A}[T_{1},\dotsc ,T_{n}]$
.
Soit U un ouvert de
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
. On définit
$\mathcal {O}(U)$
comme l’ensemble des applications
telles que
-
i) pour tout
$x\in U$
,
$f(x)\in \mathcal {H}(x)$
; -
ii) tout
$x\in U$
possède un voisinage ouvert V sur lequel f est limite uniforme d’éléments de
$\mathcal {K}(V)$
.
Nous pouvons maintenant énoncer la définition générale d’espace analytique sur
$\mathcal {A}$
. Un modèle local d’espace
$\mathcal {A}$
-analytique et un espace localement annelé de la forme
$(V(\mathcal {I}),\mathcal {O}_{U}/\mathcal {I})$
, où U est un ouvert d’un espace affine analytique
$\mathbf {A}^{N,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
et
$\mathcal {I}$
est un faisceau d’idéaux cohérent de
$\mathcal {O}_{U}$
. Un espace
$\mathcal {A}$
-analytique est un espace localement annelé qui est localement isomorphe à un modèle local d’espace
$\mathcal {A}$
-analytique. Un tel espace X possède un morphisme naturel
$\mathrm {pr}_{\mathcal {A}} \colon X \to \mathcal {M}(\mathcal {A})$
et, pour tout
$b\in \mathcal {M}(\mathcal {A})$
, la fibre
$\mathrm {pr}_{\mathcal {A}}^{-1}(b)$
peut naturellement être munie d’une structure d’espace analytique sur
$\mathcal {H}(b)$
.
On dispose de peu de résultats dans cette généralité. Signalons tout de même que tout espace
$\mathcal {A}$
-analytique est localement compact.
On peut répéter de nombreuses constructions classiques dans ce contexte. On construit, par exemple, un espace projectif analytique de dimension n sur
$\mathcal {A}$
, noté
$\mathbf {P}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
, en recollant
$n+1$
copies de
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
selon le procédé habituel.
Considérons un modèle local d’espace
$\mathcal {A}$
-analytique
$Z = (V(\mathcal {I}),\mathcal {O}_{U}/\mathcal {I})$
, avec les mêmes notations que précédemment. Considérons l’application
$\mathrm {pr}_{N+n,N} \colon \mathbf {A}^{N+n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}} \to \mathbf {A}^{N,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
de projection sur les n dernières coordonnées. Posons
$U' := \mathrm {pr}_{N+n,N}^{-1}(U)$
et
$\mathcal {I}' := \mathrm {pr}_{N+n,N}^*\mathcal {I}$
, qui est un faisceau d’idéaux cohérent de
$\mathcal {O}_{U'}$
. L’espace
$(V(\mathcal {I}'),\mathcal {O}_{U'}/\mathcal {I}')$
est appelé espace affine relatif de dimension n sur Z et noté
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{Z}$
.
La construction précédente se recolle et permet de définir, pour tout espace
$\mathcal {A}$
-analytique X, un espace affine relatif de dimension n sur X noté
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{X}$
. On définit de même un espace projectif relatif de dimension n sur X noté
$\mathbf {P}^{n,\mathrm {an}}_{X}$
.
Le lemme technique suivant sera utile dans la suite du texte.
Lemme 2.1. Soit X un espace
$\mathcal {A}$
-analytique. Soient
$x\in X$
et
$f_{1},\dotsc ,f_{d} \in \mathcal {O}(X)$
. Alors, il existe un voisinage compact V de x dans X, une
$\mathcal {A}$
-algèbre de Banach
$\mathcal {B}$
, une application
$\varphi \colon \mathcal {M}(\mathcal {B}) \to V$
au-dessus de
$\mathcal {M}(\mathcal {A})$
et des éléments
$F_{1},\dotsc ,F_{d}$
de
$\mathcal {B}$
tels que
-
i)
$\varphi $
soit un homéomorphisme ; -
ii) pour tout
$y \in V$
, le morphisme
induit par
$\varphi $
soit un isomorphisme isométrique ; -
iii) pour tout
et tout
$y \in V$
, on ait
.
Pour tout
$n\in \mathbf {N}$
, notons
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{V}$
(resp.
$\mathbf {P}^{n,\mathrm {an}}_{V}$
) l’image réciproque de V par la projection
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{X} \to X$
(resp.
$\mathbf {P}^{n,\mathrm {an}}_{X} \to X$
). La propriété ii) entraîne que, pour tout
$n\in \mathbf {N}$
, l’application
$\varphi $
induit des applications
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {B}} \to \mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{V}$
et
$\mathbf {P}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {B}} \to \mathbf {P}^{n,\mathrm {an}}_{V}$
.
On peut construire
$\varphi $
de façon à avoir également
-
iv) pour tout
$n\in \mathbf {N}$
, les applications
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {B}} \to \mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{V}$
et
$\mathbf {P}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {B}} \to \mathbf {P}^{n,\mathrm {an}}_{V}$
induites par
$\varphi $
sont des homéomorphismes.
Démonstration. Par définition, il existe un voisinage ouvert
$U_{x}$
de x isomorphe à un fermé de Zariski Z d’un ouvert U d’un espace affine
$\mathbf {A}^{N,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
. Quitte à restreindre, on peut supposer qu’il existe
dont les images dans
$\mathcal {O}(U_{x})$
sont
$f_{1},\dotsc ,f_{d}$
. On peut également supposer qu’il existe
$g_{1},\dotsc ,g_{m} \in \mathcal {O}(U)$
tels que le faisceau d’idéaux de
$\mathcal {O}_{U}$
définissant Z soit engendré par
$g_{1},\dotsc ,g_{m}$
.
Notons
$x'$
l’image de x dans U. Soit W un voisinage compact rationnel de
$x'$
dans
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
contenu dans U (cf. [Reference Poineau24, définition 1.2.8]). Notons
$\mathcal {B}(W)$
le complété de
$\mathcal {K}(W)$
pour la norme uniforme sur W (cf. [Reference Poineau24, définition 1.2.1]). Quitte à restreindre W, on peut supposer que les
et les
$g_{j}$
appartiennent à
$\mathcal {B}(W)$
. D’après [Reference Poineau24, théorème 1.2.11], le morphisme
$\mathcal {A}[T_{1},\dotsc ,T_{N}] \to \mathcal {B}(W)$
induit un homéomorphisme
$\varphi _{0} \colon \mathcal {M}(\mathcal {B}(W)) \xrightarrow []{\sim } W$
. Notons I l’idéal de
$\mathcal {B}(W)$
engendré par
$g_{1},\dotsc ,g_{m}$
. Le morphisme
$\varphi _{0}$
induit alors un homéomorphisme entre les fermés de Zariski de
$\mathcal {M}(\mathcal {B}(W))$
et W définis par l’idéal I. En outre, en notant
$\mathcal {B}$
le séparé complété de
$\mathcal {B}(W)/I$
muni de sa semi-norme résiduelle, le morphisme canonique
$\mathcal {B}(W) \to \mathcal {B}$
induit un homéomorphisme entre
$\mathcal {M}(\mathcal {B})$
et le fermé de Zariski de
$\mathcal {M}(\mathcal {B}(W))$
défini par l’idéal I. Les propriétés i), ii) et iii) de l’énoncé sont alors vérifiées en définissant V comme l’image de W dans
$U_{x}$
et, pour tout
,
$F_{i}$
comme l’image de
$f_{i}$
dans
$\mathcal {B}$
.
La propriété iv) pour
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{}$
découle de [Reference Poineau24, proposition 1.2.15]. L’homéomorphisme est encore valable pour les ouverts de
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{}$
complémentaires des hyperplans de coordonnées. Le cas de
$\mathbf {P}^{n,\mathrm {an}}_{}$
s’en déduit par recollement.
2.2 Exemples
Nous regroupons ici quelques exemples d’anneaux de Banach. Nous renvoyons à [Reference Lemanissier and Poineau20, Section 1.1] pour un traitement plus détaillé, ainsi que d’autres exemples.
2.2.1 Corps archimédiens
Le corps
$\mathbf {C}$
muni de la valeur absolue usuelle
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{\infty }$
est un anneau de Banach.
Soit
$n\in \mathbf {N}$
. À tout
$z\in \mathbf {C}^n$
, on associe la semi-norme multiplicative
L’application
ainsi définie est une bijection. C’est même un isomorphisme d’espaces localement annelés, lorsqu’on munit
$\mathbf {C}^n$
de la topologie transcendante et du faisceau des fonctions analytiques.
Soit
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
. Notons
$\mathbf {C}_{\varepsilon }$
le corps
$\mathbf {C}$
muni de la valeur absolue
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{\infty }^\varepsilon $
. C’est encore un anneau de Banach et, pour tout
$n\in \mathbf {N}$
, les espaces localement annelés
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathbf {C}_{\varepsilon }}$
et
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathbf {C}}$
sont isomorphes (cf. lemme 2.9).
Considérons maintenant le corps
$\mathbf {R}$
muni de la valeur absolue usuelle
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{\infty }$
. C’est un anneau de Banach et la construction précédente induit un homéomorphisme
où
$\mathbf {C}^n$
est muni de la topologie transcendante et
$\mathbf {C}^n/\operatorname {\mathrm {Gal}}(\mathbf {C}/\mathbf {R})$
de la topologie quotient.
Soit
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
. Notons
$\mathbf {R}_{\varepsilon }$
le corps
$\mathbf {R}$
muni de la valeur absolue
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{\infty }^\varepsilon $
. C’est encore un anneau de Banach et, comme dans le cas complexe, les espaces localement annelés
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathbf {R}_{\varepsilon }}$
et
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathbf {R}}$
sont isomorphes (cf. lemme 2.9).
Remarquons que l’injection isométrique
$\mathbf {R}_{\varepsilon } \hookrightarrow \mathbf {C}_{\varepsilon }$
induit un morphisme
$\mathrm {pr}_{\mathbf {C},\mathbf {R}} \colon \mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathbf {C}_{\varepsilon }} \to \mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathbf {R}_{\varepsilon }}$
.
Remarque 2.2. Tout corps valué archimédien complet
$(k, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
est isométriquement isomorphe à
$\mathbf {C}_{\varepsilon }$
ou
$\mathbf {R}_{\varepsilon }$
pour un certain
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
. Le nombre réel
$\varepsilon $
peut être obtenu par la formule
$$\begin{align*}\varepsilon = \frac{\log( \left\lvert {2} \right\rvert )}{\log(2)}.\end{align*}$$
2.2.2 Corps ultramétriques
Tout corps valué ultramétrique complet fournit un exemple d’anneau de Banach.
Soit
$(k, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
un corps valué ultramétrique complet. Soit
$n\in \mathbf {N}$
. À tout
$z\in k^n$
, on associe la semi-norme multiplicative
L’application
ainsi définie est injective, mais elle est loin d’être surjective, dès que
$n\ge 1$
.
Donnons un exemple. Pour
$z\in k$
et
$s\in \mathbf {R}_{> 0}$
, l’application

définit une valeur absolue sur
$k[T]$
. Le point de
$\mathbf {A}^{1,\mathrm {an}}_{k}$
correspondant, que nous noterons
$\eta _{z,s}$
, n’appartient pas à l’image de k dans
$\mathbf {A}^{1,\mathrm {an}}_{k}$
.
2.2.3 Autres anneaux de Banach
Nous présentons ici trois classes d’anneaux de Banach pour lesquels les résultats du texte s’appliquent.
$\bullet $
Corps hybrides
Soit
$(k, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
un corps muni d’une valeur absolue non triviale, archimédienne ou non. Notons
$\hat k$
le complété de k. Considérons la norme sur k définie par
où
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{0}$
désigne la valeur absolue triviale (définie par
$ \left \lvert {0} \right \rvert _{0}=0$
et
$ \left \lvert {\alpha } \right \rvert _{0}=1$
pour
$\alpha \in k^\ast $
). Notons
$k_{\mathrm {hyb}}$
le corps k muni de la norme
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{\mathrm {hyb}}$
. C’est un anneau de Banach dont on peut décrire explicitement le spectre:
Il est homéomorphe au segment
$ \left [ {0,1} \right ] $
.
Soient X un espace analytique sur
$k_{\mathrm {hyb}}$
et
$\mathrm {pr} \colon X \to \mathcal {M}(k_{\mathrm {hyb}})$
son morphisme structural. Alors, pour tout
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
,
$\mathrm {pr}^{-1}( \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert ^\varepsilon )$
est un espace analytique sur
$(\hat k, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert ^\varepsilon )$
, donc, à peu de choses près, un espace analytique sur
$(\hat k, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
, et
$\mathrm {pr}^{-1}( \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{0})$
est un espace analytique sur
$(k, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{0})$
, de nature fondamentalement différente, auquel on peut penser comme à la limite des précedents. Lorsque
$(k, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
est le corps
$\mathbf {C}$
muni de la valeur absolue usuelle, on obtient ainsi une famille d’espaces analytique complexes dégénérant vers un espace ultramétrique. C’est l’exemple considéré dans [Reference Favre14].
$\bullet $
Anneaux de valuation discrète
Soit R un anneau de valuation discrète complet et v la valuation associée. Notons
$\mathfrak {m}$
l’idéal maximal de R. Soit
$r \in \left ] {0,1} \right [ $
et posons
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert := r^{v({\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu})}$
. Alors
$(R, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
est un anneau de Banach.
Notons
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert ^{+\infty }$
la semi-norme sur R définie comme la composition de l’application quotient
$R \to R/\mathfrak {m}$
et de la valeur absolue triviale sur
$R/\mathfrak {m}$
. On peut alors décrire explicitement le spectre de
$(R, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
:
Il est homéomorphe au segment
$ \left [ {1,+\infty } \right ] $
.
Cette situation est assez semblable à celle des corps hybrides. Soit X un espace analytique sur R et considérons le morphisme structural
$\mathrm {pr} \colon X \to \mathcal {M}(R)$
. Alors, pour tout
$\varepsilon \in \left [ {1,+\infty } \right [ $
,
$\mathrm {pr}^{-1}( \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert ^\varepsilon )$
est, à normalisation près, un espace analytique sur
$(K, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
, où K est le corps des fractions de R, et
$\mathrm {pr}^{-1}( \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert ^{+\infty })$
est un espace analytique sur
$(R/\mathfrak {m}, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{0})$
, sorte de version dégénérée des précédents.
$\bullet $
Anneaux d’entiers de corps de nombres
L’anneau des entiers relatifs
$\mathbf {Z}$
muni de la valeur absolue usuelle
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{\infty }$
est un anneau de Banach. La description de son spectre analytique découle du théorème d’Ostrowski. Il contient:
-
– la valeur absolue triviale
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{0}$
sur
$\mathbf {Z}$
; -
– les valeurs absolues archimédiennes
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{\infty }^\varepsilon $
avec
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
; -
– pour tout nombre premier p, les valeurs absolues p-adiques
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{\infty }^\varepsilon $
avec
$\varepsilon \in \left ] {0,+\infty } \right [ $
; -
– pour tout nombre premier p, la semi-norme
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{p}^{+\infty }$
définie comme la composition de l’application quotient
$\mathbf {Z} \to \mathbf {Z}/p\mathbf {Z}$
et de la valeur absolue triviale sur
$\mathbf {Z}/p\mathbf {Z}$
.
Cette théorie se généralise aux anneaux d’entiers de corps de nombres. Nous renvoyons à [Reference Poineau24, section 3.1] pour plus de détails.
2.2.4 Bons anneaux de Banach
Nous introduisons ici une notion de bon anneau de Banach, pour lesquels les résultats de ce texte sont valables. Elle est abstraite, utilise de façon essentielle la terminologie de [Reference Lemanissier and Poineau20], et probablement spécifique à ce papier. Nous suggérons au lecteur de ne pas trop y accorder trop d’attention, mais plutôt de garder en tête les exemples de la section précédente.
Définition 2.3. Un anneau de Banach
$(\mathcal {A}, \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert )$
est dit bon si
-
i)
$(\mathcal {A}, \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert )$
est un anneau de base géométrique (cf. [Reference Lemanissier and Poineau20, définition 3.3.8]) ; -
ii)
$\mathcal {M}(\mathcal {A}, \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert )$
est peu mixte (cf. [Reference Lemanissier and Poineau20, définition 7.2.5]) ; -
iii)
$\mathcal {M}(\mathcal {A}, \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert )$
et sa partie ultramétrique sont localement connexes par arcs.
Les exemples précédents (corps valués, corps hybrides, anneaux de valuation discrète, anneaux d’entiers de corps de nombres) sont tous de bons anneaux de Banach (cf. [Reference Lemanissier and Poineau20, exemples 3.3.9 et 7.2.7]).
Les espaces analytiques sur de tels anneaux de Banach ont reçu un traitement détaillé dans la littérature, cf. [Reference Poineau24, Reference Poineau25, Reference Lemanissier and Poineau20]. On sait qu’ils jouissent de bonnes propriétés, dans la même veine que les espaces analytiques classiques: hensélianité, noethérianité et excellence des anneaux locaux (cf. [Reference Poineau24, corollaire 2.2.7] et [Reference Poineau25, corollaire 9.19 et 10.3]), cohérence du faisceau structural (cf. [Reference Poineau25, corollaire 11.10]), connexité par arcs locale (cf. [Reference Lemanissier and Poineau20, théorème 7.2.17]), etc. On peut également définir la catégorie des espaces analytiques sur un tel anneau (cf. [Reference Lemanissier and Poineau20, section 2.1]) et l’on dispose d’un foncteur d’analytification depuis la catégorie des schémas localement de présentation finie, d’un foncteur de changement de base et de produits fibrés (cf. [Reference Lemanissier and Poineau20, chapitre 4]). Nous utiliserons librement ces propriétés dans la suite du texte.
2.3 Flot
Nous nous intéressons ici à la façon dont sont modifiés les espaces de Berkovich lorsqu’on remplace les semi-normes multiplicatives qui le constituent par des puissances.
2.3.1 Cas d’un corps valué
Soient A un anneau et
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert $
une valeur absolue sur A.
Rappelons que le fait que
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert $
soit archimédienne ou ultramétrique ne dépend que de sa restriction à l’image de
$\mathbf {Z}$
dans A. Plus précisément,
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert $
est ultramétrique si, et seulement si, on a
$ \left \lvert {2} \right \rvert \le 1$
.
Notation 2.4. Si
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert $
est ultramétrique, on pose
$I( \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert ) := \mathbf {R}_{>0}$
.
Si
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert $
est archimédienne, on pose
$I( \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert ) := \mathopen {\big ]} 0,\frac {\log (2)}{\log ( \left \lvert {2} \right \rvert )} \mathclose {\big ]}$
(cf. remarque 2.2).
L’intérêt de la notation apparaît dans le résultat classique suivant.
Lemme 2.5. Pour tout
$\varepsilon \in I( \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
,
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert ^\varepsilon $
définit une valeur absolue sur A.
Le résultat vaut encore pour les semi-normes multiplicatives. (On se ramène au cas d’une valeur absolue en quotientant par le noyau de la semi-norme.)
Soit
$(k, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
un corps valué complet.
Notation 2.6. Pour tout
$\varepsilon \in I( \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
, on note
$k_{\varepsilon }$
le corps k muni de la valeur absolue
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert ^\varepsilon $
. C’est encore un corps valué complet.
Soit
$x\in \mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{k}$
. Par définition, il est associé à une semi-norme multiplicative
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{x} \colon k[T_{1},\dotsc ,T_{n}] \to \mathbf {R}_{\ge 0}$
qui induit
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert $
sur k. Pour tout
$\varepsilon \in I( \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
, il découle du lemme 2.5 que l’application
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{x}^\varepsilon \colon k[T_{1},\dotsc ,T_{n}] \to \mathbf {R}_{\ge 0}$
définit une semi-norme multiplicative qui induit
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert ^\varepsilon $
sur k.
Notation 2.7. Pour tout
$x\in \mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
et tout
$\varepsilon \in I(k)$
, on note
$x^\varepsilon $
le point de
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{k_\varepsilon }$
associé à
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{x}^\varepsilon $
.
Remarquons que les corps abstraits
$\mathcal {H}(x)$
et
$\mathcal {H}(x^\varepsilon )$
sont isomorphes, puisqu’ils sont obtenus en complétant le même corps pour deux valeurs absolues équivalentes.
Remarque 2.8. L’application
$x\mapsto x^\varepsilon $
agit trivialement sur les points k-rationnels: pour tout
$a \in k^n$
, le point de
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{k}$
associé à a est envoyé sur le point de
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{k_{\varepsilon }}$
associé à a. On le vérifie immédiatement sur les définitions.
Lemme 2.9. L’application
réalise un isomorphisme d’espaces localement annelés.
Pour tout ouvert U de
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{k}$
, toute
$f\in \mathcal {O}(U)$
et tout
$x\in U$
, on a
Démonstration. L’application
satisfait
, donc
est une bijection.
Il découle directement de la définition de la topologie que les applications
et
sont continues, donc
est un homéomorphisme.
Rappelons que le faisceau structural est construit à partir des corps
$\mathcal {H}(x)$
. L’isomorphisme d’espaces localement annelés suit donc des identifications
$\mathcal {H}(x^\varepsilon ) = \mathcal {H}(x)$
.
La propriété finale découle des définitions.
Rappelons que les espaces k-analytiques que nous considérons ici sont construits en recollant des modèles locaux, qui sont des fermés analytiques d’ouverts d’espaces affines. Il découle du lemme 2.9 que la restriction de
à un tel espace ne dépend pas de sa présentation comme modèle local. Par conséquent, on peut recoller les images des modèles locaux et les applications
.
Notation 2.10. Soit X un espace k-analytique. On note
$X_{\varepsilon }$
l’espace
$k_{\varepsilon }$
-analytique et
l’isomorphisme d’espaces localement annelés obtenus par la construction ci-dessus.
2.3.2 Cas d’un anneau de Banach
Soit
$(\mathcal {A}, \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert )$
un anneau de Banach. Sous certaines conditions, l’application
$x\mapsto x^\varepsilon $
peut être définie comme application d’un espace
$\mathcal {A}$
-analytique dans lui-même.
Définition 2.11. On dit que
$(\mathcal {A}, \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert )$
est flottant si, pour tout
$a\in \mathcal {A}$
, on a
$ \left \lVert {a} \right \rVert \ge 1$
.
Pour toute semi-norme multiplicative
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert $
sur
$\mathcal {A}[T_{1},\dotsc ,T_{n}]$
et tout
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
,
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert ^\varepsilon $
est encore une semi-norme multiplicative sur
$\mathcal {A}[T_{1},\dotsc ,T_{n}]$
. Lorsque
$(\mathcal {A}, \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert )$
est flottant, le caractère borné par rapport à
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert $
est préservé.
Notation 2.12. Supposons que
$(\mathcal {A}, \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert )$
est flottant. Pour tout
$x\in \mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
et tout
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
, on note
$x^\varepsilon $
le point de
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
associé à la semi-norme multiplicative
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{x}^\varepsilon $
.
On pose
On étend les définitions de
$x^\varepsilon $
et
à
$\mathbf {P}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
en utilisant des cartes.
Remarque 2.13. Supposons que
$(\mathcal {A}, \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert )$
est flottant. Notons
$\mathrm {pr} \colon \mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}} \to \mathcal {M}(\mathcal {A})$
la projection. Soit
$b\in \mathcal {M}(\mathcal {A})$
. Alors, l’application
de la notation 2.12 induit une application
qui n’est autre que celle de la section 2.3.1.
Lemme 2.14. Supposons que
$(\mathcal {A}, \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert )$
est flottant. Alors, pour tout
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
, l’application
réalise un homéomorphisme sur son image.
Démonstration. Soit
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
. On se ramène immédiatement au cas de
. Il découle des définitions que cette application est continue (cf. [Reference Poineau24, proposition 1.3.4]).
Notons
$\mathcal {A}_{\varepsilon }$
l’anneau
$\mathcal {A}$
muni de la norme
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert ^\varepsilon $
. C’est encore un anneau de Banach. On a une inclusion naturelle
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}_{\varepsilon }} \subset \mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
par laquelle
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}_{\varepsilon }}$
s’identifie à l’image de
.
Sur l’espace
$\mathbf {A}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}_{\varepsilon }}$
, on peut définir une application
, qui est continue comme précédemment. Ceci conclut la preuve.
Définition 2.15. Supposons que
$(\mathcal {A}, \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert )$
est flottant. Un espace
$\mathcal {A}$
-analytique X est dit flottant s’il existe une immersion de X dans
$\mathbf {P}^{n,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
telle que, pour tout
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
, on ait
.
Si X est flottant, pour tout ouvert U de X, toute
$f\in \mathcal {O}(U)$
, tout
$x\in U$
et tout
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
, on a
$ \left \lvert {f(x^\varepsilon )} \right \rvert = \left \lvert {f(x)} \right \rvert ^\varepsilon $
. On en déduit que la propriété d’être fottant et l’application
ne dépendent pas du choix de l’immersion.
Définition 2.16. Supposons que
$(\mathcal {A}, \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert )$
est flottant. Soit X un espace
$\mathcal {A}$
-analytique flottant.
Une fonction
$f \colon X \to \mathbf {R}_{\ge 0} \cup \{+\infty \}$
(resp.
) est dite flottante (resp.
$\log $
-flottante) si, pour tout
$x\in X$
et tout
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
, on a
$f(x^\varepsilon ) = f(x)^\varepsilon $
(resp.
$f(x^\varepsilon ) = \varepsilon f(x)$
).Footnote
2
Soit Y un espace
$\mathcal {A}$
-analytique flottant. Un morphisme
$\varphi \colon X\to Y$
est dit flottant si, pour tout
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
, on a
.
3 Mesures de Radon
Cette section est consacrée aux mesures de Radon. Nous y considérons les opérations d’image directe (section 3.1) et image réciproque (section 3.2). Dans la section 3.3, nous introduisons la notion de famille continue de mesures, objet d’étude de ce texte.
3.1 Images de mesures de Radon
Commençons par rappeler quelques notions topologiques.
Définition 3.1. Soit
$\varphi \colon X \to X'$
une application continue entre espaces topologiques.
On dit que
$\varphi $
est propre si, pour tout espace topologique
$X"$
, l’application de changement de base
$\varphi \times \mathrm {id}_{X"} \colon X\times X" \to X'\times X"$
est fermée.
On dit que
$\varphi $
est finie si elle est séparée, fermée et à fibres finies.
Le résultat suivant est une conséquence directe des définitions.
Lemme 3.2. Soit
$\varphi \colon X \to X'$
une application finie entre espaces topologiques. Soit
${x'\in X'}$
. Pour tout voisinage U de
$\varphi ^{-1}(x')$
dans X, il existe un voisinage
$U'$
de
$x'$
dans
$X'$
tel que
$\varphi ^{-1}(U') \subset U$
.
Ajoutons d’autres résultats classiques.
Proposition 3.3 [Reference Bourbaki8, I, §10, n
${}^{\circ }$
2, prop. 6].
Soit
$\varphi \colon X \to X'$
une application propre entre espaces topologiques. Alors, pour toute partie quasi-compacte
$K'$
de
$X'$
,
$\varphi ^{-1}(K')$
est quasi-compacte.
Théorème 3.4 [Reference Bourbaki8, I, §10, n
${}^{\circ }$
2, th. 1].
Soit
$\varphi \colon X \to X'$
une application finie entre espaces topologiques. Alors
$\varphi $
est propre.
Nous pouvons maintenant décrire la procédure pour pousser en avant des mesures de Radon.
Définition 3.5. Soit
$\varphi \colon X \to X'$
une application propre entre espaces topologiques localement compacts. Supposons que X est topologiquement séparé. Soit
$\mu $
une mesure de Radon sur X. L’application
est une mesure de Radon sur
$X'$
appelée image de
$\mu $
par
$\varphi $
.
Définition 3.6. Soit
$\mathcal {A}$
un anneau de Banach flottant. Soit X un espace
$\mathcal {A}$
-analytique flottant et topologiquement séparé. Une mesure de Radon
$\mu $
sur X est dite flottante si, pour tout
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
, on a
.
3.2 Images réciproques de mesures de Radon
Pour tirer en arrière des mesures, nous avons besoin d’hypothèses supplémentaires sur l’application. Pour les énoncer, nous nous placerons dans le cadre des espaces analytiques. Soit
$\mathcal {A}$
un bon anneau de Banach.
Définition 3.7. Un morphisme entre espaces
$\mathcal {A}$
-analytiques est dit propre (resp. fini) si l’application induite entre les espaces topologiques sous-jacents est propre (resp. finie) au sens de la définition 3.1.
Rappelons tout d’abord le résultat fondamental suivant.
Théorème 3.8 [Reference Lemanissier and Poineau20, théorème 5.2.1].
Soit
$\varphi \colon X \to X'$
un morphisme fini d’espaces
$\mathcal {A}$
-analytiques. Alors, pour tout faisceau cohérent
$\mathcal {F}$
sur X, le poussé en avant
$\varphi _{*}\mathcal {F}$
est un faisceau cohérent sur
$X'$
.
En particulier, pour tout
$x\in X$
,
$\mathcal {O}_{x}$
est un module de type fini sur
$\mathcal {O}_{\varphi (x)}$
.
Sous une hypothèse supplémentaire de platitude, nous pouvons maintenant définir des degrés locaux, en utilisant le fait qu’un module plat et de type fini sur un anneau local est libre.
Définition 3.9. Soit
$\varphi \colon X \to X'$
un morphisme fini et plat d’espaces
$\mathcal {A}$
-analytiques. Alors, pour tout
$x\in X'$
,
$\mathcal {O}_{x}$
est un module libre de type fini sur
$\mathcal {O}_{\varphi (x)}$
. Son rang est appelé degré de
$\varphi $
en x et noté
$\deg _x(\varphi )$
.
Plaçons-nous dans le cadre de la définition 3.9. Pour tout
$x'\in X'$
, on a
$$\begin{align*}\sum_{x\in \varphi^{-1}(x')} \deg_{x}(\varphi) = \sum_{x\in \varphi^{-1}(x')} \operatorname{\mathrm{rang}}_{\mathcal{O}_{x'}}(\mathcal{O}_{x}) = \operatorname{\mathrm{rang}}_{\mathcal{O}_{x'}}((\varphi_{*}\mathcal{O})_{x'}).\end{align*}$$
Les hypothèses assurent que
$\varphi _{*}\mathcal {O}$
est un
$\mathcal {O}$
-module localement libre. En particulier, si
$X'$
est connexe, il est de rang constant, et la quantité précédente ne dépend pas de
$x'$
.
Définition 3.10. Soit
$\varphi \colon X \to X'$
un morphisme fini et plat d’espaces
$\mathcal {A}$
-analytiques. Supposons que
$X'$
est connexe. On appelle degré de
$\varphi $
la quantité
$$\begin{align*}\deg(\varphi) := \sum_{x\in \varphi^{-1}(x')} \deg_{x}(\varphi),\end{align*}$$
pour
$x'\in X'$
.
Afin de tirer en arrière les mesures, nous aurons besoin de pousser en avant les fonctions.
Définition 3.11. Soit
$\varphi \colon X \to X'$
un morphisme fini et plat d’espaces
$\mathcal {A}$
-analytiques. Pour toute
$f\in \mathcal {C}(X,\mathbf {R})$
et tout
$x'\in X'$
, on pose
$$\begin{align*}(\varphi_{*} f)(x') := \sum_{x\in \varphi^{-1}(x')} \deg_{x}(\varphi)\, f(x).\end{align*}$$
Proposition 3.12. Soit
$\varphi \colon X \to X'$
un morphisme fini et plat d’espaces
$\mathcal {A}$
-analytiques. Alors, pour toute
$f\in \mathcal {C}(X,\mathbf {R})$
(resp.
$f\in \mathcal {C}_{c}(X,\mathbf {R})$
), on a
$\varphi _{*} f \in \mathcal {C}(X',\mathbf {R})$
(resp.
$\varphi _{*} f \in \mathcal {C}_{c}(X',\mathbf {R})$
).
En outre, si
$X'$
est connexe, pour toute partie
$E'$
de
$X'$
, on a
Démonstration. Nous suivons fidèlement la preuve de [Reference Favre and Rivera-Letelier18, proposition 2.4]. Soit
$f\in \mathcal {C}(X,\mathbf {R})$
. Soient
$x'\in X'$
et
$\varepsilon \in \mathbf {R}_{>0}$
. Pour tout
$x\in \varphi ^{-1}(x')$
, il existe un voisinage
$U_{x}$
de x dans X tel que, pour tout
$y\in U_{x}$
, on ait
$ \left \lvert {f(y)-f(x)} \right \rvert \le \varepsilon $
. On peut supposer que les
$U_{x}$
, pour
$x\in \varphi ^{-1}(x')$
, sont disjoints.
D’après le lemme 3.2, il existe un voisinage
$U'$
de
$x'$
dans
$X'$
tel que
$\varphi ^{-1}(U')\subset \bigcup _{x\in \varphi ^{-1}(x')}U_{x}$
. Quitte à restreindre
$U'$
, on peut supposer qu’il est connexe. Pour
$x\in \varphi ^{-1}(x')$
, posons
. Le morphisme
induit par
$\varphi $
est fini et de degré
$\deg _{x}(\varphi )$
. Pour tout
$y'\in U'$
, on a donc
$$ \begin{align*} {\Big\lvert}{\Big(\sum_{y\in V_{x}\cap \varphi^{-1}(y')} \deg_{y}(\varphi) f(y)\Big) - \deg_{x}(\varphi) f(x)} {\Big\rvert} &= {\Big\lvert} {\sum_{y\in V_{x}\cap \varphi^{-1}(y')} \deg_{y}(\varphi) (f(y) - f(x))} {\Big\rvert}\\ & \le \deg_{x}(\varphi)\, \varepsilon. \end{align*} $$
On en déduit que, pour tout
$y'\in U'$
, on a
$ \left \lvert {(\varphi _{*}f)(y') - (\varphi _{*}f)(x')} \right \rvert \le \deg (\varphi )\, \varepsilon $
. Par conséquent, la fonction
$\varphi _{*}f$
est continue. Les autres résultats découlent directement des définitions.
Nous disposons maintenant de tous les ingrédients permettant de tirer en arrière les mesures.
Définition 3.13. Soit
$\varphi \colon X \to X'$
un morphisme fini et plat d’espaces
$\mathcal {A}$
-analytiques. Soit
$\mu '$
une mesure de Radon sur
$X'$
. L’application
est une mesure de Radon sur X appelée image réciproque de
$\mu '$
par
$\varphi $
.
Remarque 3.14. Plaçons-nous dans le cadre de la définition 3.13 et supposons, en outre, que
$X'$
est compact et connexe. On vérifie alors que, si
$\mu '$
est une mesure de probabilité sur
$X'$
, alors
$\frac 1{\deg (\varphi )}\, \varphi ^*\mu '$
est une mesure de probabilité sur X.
Remarque 3.15. Nous avons choisi de travailler au-dessus d’un bon anneau de Banach. Cette hypothèse utilisée à deux endroits : pour disposer d’une part du théorème 3.8, qui permet de définir le degré local d’un morphisme fini (cf. définition 3.9), et d’autre part de la connexité locale, qui est utilisée dans la preuve de la proposition 3.12.
3.3 Familles continues de mesures
Soit
$\mathcal {A}$
un bon anneau de Banach. Soient X et Y des espaces
$\mathcal {A}$
-analytiques et
un morphisme.
Définition 3.16. Une
-famille de mesures est une famille
$\mu = (\mu _{y})_{y\in Y}$
où, pour tout
$y\in Y$
,
$\mu _{y}$
est une mesure de Radon sur
. On identifiera
$\mu _{y}$
à sa mesure image sur X.
La famille de mesures
$\mu $
est dite continue si, pour toute
$f\in \mathcal {C}_{c}(X,\mathbf {R})$
, l’application
est continue.
Définition 3.17. Supposons que
$\mathcal {A}$
est flottant et que X, Y et
sont flottants. Une
-famille de mesures
$\mu = (\mu _{y})_{y\in Y}$
est dite flottante si, pour tout
$y\in Y$
et tout
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
, on a
.
Soient
$X'$
un espace
$\mathcal {A}$
-analytique et
un morphisme. Soit
$\varphi \colon X \to X'$
un morphisme au-dessus de Y. Nous expliquons maintenant comme tirer et pousser des familles de mesures par
$\varphi $
.
Définition 3.18. Supposons que
$\varphi $
est propre et que X est topologiquement séparé. Pour toute
-famille de mesures
$\mu $
, on définit une
-famille de mesures
$\varphi _{*}\mu $
en posant, pour tout
$y\in Y$
,
Supposons que
$\varphi $
est fini et plat. Alors, pour toute
-famille de mesures
$\mu '$
, on définit une
-famille de mesures
$\varphi ^{*}\mu '$
en posant, pour tout
$y\in Y$
,
Lemme 3.19. Supposons que
$\varphi $
est propre et que X est topologiquement séparé. Alors, pour toute
-famille de mesures continue
$\mu $
, la famille
$\varphi _*\mu $
est continue.
Supposons que
$\varphi $
est fini et plat. Alors, pour toute
-famille de mesures continue
$\mu '$
, la famille
$\varphi ^{*}\mu '$
est continue.
Démonstration. Supposons que
$\varphi $
est propre. Soit
$\mu $
une
-famille de mesures continue. Soit
$f \in \mathcal {C}_{c}(X',\mathbf {R})$
. La fonction
$f \circ \varphi $
est alors continue sur X, car
$\varphi $
est continue, et à support compact, car
$\varphi $
est propre. Puisque la famille
$\mu $
est continue, la fonction
est continue. Le résultat s’ensuit.
Supposons que
$\varphi $
est fini et plat. Le résultat se démontre de la même manière, en faisant appel à la proposition 3.12.
4 Métriques sur les fibrés en droites
Dans cette section, nous étudions les fibrés métrisés sur un espace de Berkovich au-dessus d’un anneau de Banach. La notion de fibré métrisé, qui apparaît de façon essentielle en théorie d’Arakelov, cf. [Reference Arakelov1] pour la version complexe ou [Reference Zhang30] pour une version sur tout corps, s’adapte sans difficultés à notre cadre.
Dans la section 4.1, nous énonçons la définition, ainsi que quelques propriétés simples. Dans la section 4.2, nous munissons l’ensemble des métriques sur un fibré donné d’une topologie. Dans la section 4.3 nous montrons l’existence d’une métrique naturelle associée à un système dynamique polarisé.
Soit
$\mathcal {A}$
un anneau de Banach et soit X un espace
$\mathcal {A}$
-analytique.
4.1 Généralités
Définition 4.1. Soit L un fibré en droites sur X. Une métrique
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert $
sur L est une famille
$( \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{x})_{x\in X}$
où, pour tout
$x\in X$
,
est une norme sur
$L(x)$
vérifiant la propriété suivante :
La métrique
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert $
est dite continue si, pour tout ouvert U de X et toute section globale
$s\in L(U)$
, la fonction
est continue.
On note
${M\acute {e}t}(L)$
l’ensemble des métriques continues sur L.
Remarque 4.2. Soit
$x\in X$
. La condition d’homogénéité entraîne que la connaissance de
$ \left \lVert {s} \right \rVert _{x}$
pour un seul
$s \in L(x) \setminus \{0\}$
suffit à déterminer la norme
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{x}$
.
Dans le cas du fibré trivial
$L = \mathcal {O}_{X}$
, on peut choisir la section
$s=1$
. On obtient ainsi une bijection entre
${M\acute {e}t}(\mathcal {O}_{X})$
et
$\mathcal {C}(X,\mathbf {R}_{> 0})$
. Nous identifierons désormais ces deux ensembles.
Exemple 4.3. Soit
$(k, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
un corps valué complet. Plaçons-nous sur la droite projective
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{k}$
munie des coordonnées homogènes
$T_{0},T_{1}$
. Le fibré
$\mathcal {O}(1)$
peut être muni de la métrique standard
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{\mathrm {st}}$
caractérisée par la propriété suivante: pour toute
$s\in \Gamma (\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{k},\mathcal {O}(1))$
, représentée par
$P_{s}(T_{0},T_{1}) \in k[T_{0},T_{1}]$
homogène de degré 1, on a
$$\begin{align*}\forall x\in \mathbf{P}^{1,\mathrm{an}}_{k},\ \left\lVert {s} \right\rVert _{\mathrm{st},x} := \frac{ \left\lvert {P_{s}(T_{0},T_{1})(x)} \right\rvert }{\max( \left\lvert {T_{0}(x)} \right\rvert , \left\lvert {T_{1}(x)} \right\rvert )}.\end{align*}$$
On dispose d’opérations classiques sur les fibrés métrisés, que nous rappelons ici. Soit L un fibré en droites sur X muni d’une métrique
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert $
.
Pour tout
$d\in \mathbf {Z}$
, il existe une unique métrique
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert ^{\otimes d}$
sur
$L^{\otimes d}$
telle que
Supposons qu’il existe
$e\in \mathbf {Z}^\ast $
et un fibré en droites M sur X tel que
$L\simeq M^{\otimes e}$
. Il existe alors une unique métrique
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert ^{\otimes 1/e}$
sur M telle que
Soit
$\varphi \colon X\to X$
un endomorphisme de X. Il existe alors une unique métrique
$\varphi ^\ast \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert $
sur
$\varphi ^* L$
telle que
Soit
$L'$
un fibré en droites sur X muni d’une métrique
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert '$
. Il existe alors une unique métrique
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert \otimes \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert '$
sur
$L\otimes L'$
telle que
Toutes ces opérations préservent la continuité des métriques.
4.2 Topologie
L’objet de cette section est de munir l’ensemble des métriques sur un fibré en droites d’une structure topologique. Nous y parvenons en construisant une famille d’écartsFootnote 3 .
Notation 4.4. Soient L un fibré en droites sur X et
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{1}$
et
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{2}$
des métriques continues sur L. Alors
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{1} \otimes \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{2}^{\otimes -1}$
est une métrique continue sur
$\mathcal {O}_{X}$
et, pour toute partie compacte K de X, on pose
Lemme 4.5. Soient L un fibré en droites sur X. Pour toute partie compacte K de X,
$d_{K}$
est un écart sur
${M\acute {e}t}(L)$
.
Lemme 4.6. Soient L un fibré en droites sur X et
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{0} \in {M\acute {e}t}(L)$
. L’application
induit une bijection entre
${M\acute {e}t}(L)$
et
$\mathcal {C}(X,\mathbf {R})$
. Pour tout partie compacte K de X, elle envoie l’écart
$d_{K}$
sur l’écart induit par la semi-norme uniforme sur K.
Nous munirons désormais
${M\acute {e}t}(L)$
de la famille d’écarts
$(d_{K})_{K}$
, où K décrit l’ensemble des parties compactes de X, et de la structure uniforme correspondante (cf. [Reference Bourbaki9, IX, §1, n
${}^{\circ }$
2, Définition 2]).
Proposition 4.7. L’espace uniforme
${M\acute {e}t}(L)$
est complet.
Démonstration. Si
${M\acute {e}t}(L)$
est vide, l’énoncé est satisfait. Sinon, d’après le lemme 4.6, il suffit de démontrer que l’espace
$\mathcal {C}(X,\mathbf {R})$
, muni de la structure uniforme de la convergence compacte est complet. Puisque X est localement compact, le résultat découle de [Reference Bourbaki9, IX, §1, n
${}^{\circ }$
6, cor. 3 du th. 2].
On peut décrire simplement la façon dont les écarts sont modifiés par certaines opérations usuelles sur les métriques.
Lemme 4.8. Soient L un fibré en droites sur X et
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{1}$
et
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{2}$
des métriques continues sur L. Soit K une partie compacte de X.
Pour tout
$d\in \mathbf {Z}^*$
, on a
Pour tout endomorphisme surjectif
$\varphi $
de X, on a
4.3 Cas d’un système dynamique polarisé
Nous nous plaçons désormais dans la situation où nous disposons
-
– d’un fibré en droites L sur X ;
-
– d’un endomorphisme surjectif
$\varphi $
de X
soumis à la condition suivante: il existe
$d,e \in \mathbf {Z}^*$
avec
$ \left \lvert {e} \right \rvert < \left \lvert {d} \right \rvert $
et un isomorphisme
L’objet de cette section est de montrer qu’il existe une métrique continue sur L naturellement associée à ces données. Dans le cadre des schémas sur un corps valué, ce résultat est dû à S.-W. Zhang (cf. [Reference Zhang30, theorem 2.2]). Nous suivons ici la preuve de [Reference Bombieri and Gubler6, theorem 9.5.4].
Considérons l’application

D’après le lemme 4.8, pour toutes métriques continues
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{1}$
et
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{2}$
sur L et toute partie compacte K de X, on a

Remarque 4.9. Soit
$s_{1} \in L(\varphi (x))$
. Alors,
$(\varphi ^*s_{1})^{\otimes e}$
induit un élément de
$(\varphi ^* L)^{\otimes e}(x)$
, que nous noterons identiquement. En outre, si
$s_{1} \ne 0$
, alors
$(\varphi ^*s_{1})^{\otimes e} \ne 0$
et, pour tout
$s \in (\varphi ^* L)^{\otimes e}(x)$
,
$s/(\varphi ^*s_{1})^{\otimes e}$
fait sens et s’identifie à un élément de
$\mathcal {H}(x)$
. On peut donc écrire
$ \left \lvert {s/(\varphi ^*s_{1})^{\otimes e}} \right \rvert $
sans ambiguïté.
Soit
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert \in {M\acute {e}t}(L)$
et posons
. Avec les notations précédentes, pour tout
$s_{2} \in L(x)$
, on a

Théorème 4.10. Supposons que
${M\acute {e}t}(L)$
ne soit pas vide. Alors, il existe une unique métrique continue
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert $
sur L telle que
Nous la noterons
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{\varphi }$
.
En outre, pour tout
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{0} \in {M\acute {e}t}(L)$
, la suite
converge vers
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{\varphi }$
.
Démonstration. Posons
$c := \left \lvert {e} \right \rvert / \left \lvert {d} \right \rvert \in \left ] {0,1} \right [ $
. Soit
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{0} \in {M\acute {e}t}(L)$
. D’après le lemme 4.8, pour tout compact K de X et tout
$n\in \mathbf {N}$
, on a
On en déduit que la suite
est de Cauchy, et donc convergente, d’après la proposition 4.7. Notons
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{\varphi }$
sa limite.
Par construction, on a
, et
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{\varphi }$
satisfait donc l’égalité de l’énoncé. Nous avons déjà démontré la seconde partie. La propriété d’unicité de la mesure en découle.
5 Laplacien sur la droite projective sur un corps valué complet
Cette section est consacrée à l’opérateur laplacien sur la droite projective sur un corps valué complet. Elle est essentiellement constituée de rappels. Nous traitons d’abord le cas complexe classique, celui de
(section 5.1), puis d’un corps archimédien quelconque (section 5.2), et enfin le cas ultramétrique (section 5.3). Nous optons ici pour une présentation rapide, mais invitons le lecteur intéressé par le détail des preuves et constructions à lire la version antérieure de ce texte [Reference Poineau26].
Notation 5.1. Soit
$(k, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
un corps valué complet. Pour
$c\in k$
et
$r\in \mathbf {R}_{> 0}$
, on note
$D_{k}(c,r)$
(resp.
$\overline {D}_{k}(c,r)$
) le disque ouvert (resp. fermé) de centre c et de rayon r dans
$\mathbf {A}^{1,\mathrm {an}}_{k}$
.
On s’autorise à supprimer le corps k de la notation lorsque le contexte permet de l’identifier sans ambiguïté.
5.1 Le cas complexe usuel
Pour les détails de la théorie dans ce cadre classique, on renvoie à [Reference Ransford28].
Considérons le corps
$\mathbf {C}$
muni de sa valeur absolue usuelle
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{\infty }$
. Fixons une coordonnée z sur
$\mathbf {C}$
.
Soit U un ouvert de
$\mathbf {C}$
. Étant donnée une fonction
$f \in \mathcal {C}^2(U,\mathbf {R})$
, on définit classiquement son laplacien par
Dans la suite, nous l’identifierons à la mesure associée
$\Delta f \mathop {}\!\mathrm {d} z \mathop {}\!\mathrm {d} \bar z$
. Considérant désormais le laplacien comme un opérateur à valeurs dans l’ensemble des mesures de Radon sur U, on peut à l’ensemble des fonctions sous-harmoniques, noté
$\operatorname {\mathrm {SH}}(U)$
, puis à celui des fonctions qui sont localement différences de fonctions sous-harmoniques, noté
$\operatorname {\mathrm {DSH}}(U)$
. Le laplacien, dans sa version mesure, étant indépendant de la coordonnée choisie, on peut étendre sa définition aux fonctions sur les ouverts de
(ou toute surface de Riemann).
Les propriétés suivantes sont classiques et nous les utiliserons sans plus de précautions dans le reste du texte:
-
– Pour tout U ouvert de
et toutes
$u,v \in \mathcal {C}_{c}(U,\mathbf {R}) \cap \operatorname {\mathrm {DSH}}(U)$
, on a
$$\begin{align*}\int u \mathop{}\!\mathrm{d} \Delta v = \int v \mathop{}\!\mathrm{d} \Delta u.\end{align*}$$
-
– Pour tout morphisme analytique fini
$\varphi \colon U' \to U$
entre ouverts de
et toute
$u \in \operatorname {\mathrm {DSH}}(U)$
, on a
$u \circ \varphi \in \operatorname {\mathrm {DSH}}(U')$
et
$$\begin{align*}\Delta (u \circ \varphi) = \varphi^\ast \Delta u.\end{align*}$$
Rappelons également la formule de Poincaré-Lelong.
Théorème 5.2. Soient U un ouvert de
et f une fonction analytique sur U, identiquement nulle sur aucune composante connexe. Alors, la fonction
$\log ( \left \lvert {f} \right \rvert )$
est sous-harmonique sur U et on a
Nous concluons cette section en énonçant un résultat permettant de majorer l’intégrale de
$\Delta u$
sur un disque en termes de la norme uniforme de u sur un disque plus grand. Ce résultat (et une généralisation en dimension supérieure) se trouve dans [Reference Bedford and Taylor3, proposition 2.6]. Nous reproduisons ici la preuve à la fois pour la commodité du lecteur et pour rendre explicite la constante apparaissant au membre de droite.
Proposition 5.3. Soient U un ouvert de
$\mathbf {C}$
et
$u \in \mathcal {C}(U,\mathbf {R}) \cap \operatorname {\mathrm {SH}}(U)$
. Soient
$t\in U$
et
$r,R \in \mathbf {R}_{>0}$
avec
$r<R$
tels que
$\overline {D}(t,R) \subset U$
. Alors, pour toute
$f\in \mathcal {C}_{c}(D(t,r),\mathbf {R})$
, on a
$$ \begin{align*} \int f \mathop{}\!\mathrm{d} \Delta u &\le \frac{1}{\log(R/r)}\, \left\lVert {f} \right\rVert _{\overline{D}(t,r)}\, \big( \left\lVert {u} \right\rVert _{\overline{D}(t,R)}-u(t)\big)\\ &\le \frac{2}{\log(R/r)}\, \left\lVert {f} \right\rVert _{\overline{D}(t,r)} \left\lVert {u} \right\rVert _{\overline{D}(t,R)}. \end{align*} $$
Démonstration. Par un argument classique d’approximation, il suffit de prouver le résultat lorsque
$u \in \mathcal {C}^\infty (U,\mathbf {R})$
. Dans ce cas, il suffit de montrer que

Pour
$s \in \left ] {0,R} \right [ $
, posons

D’après la formule de Jensen, on a

Pour
$s \in \left ] {0,R} \right [ $
, on a
$$\begin{align*}\int_{0}^R \frac{n(s)}{s} \mathop{}\!\mathrm{d} s \ge \int_{r}^R \frac{n(s)}{s} \mathop{}\!\mathrm{d} s \ge n(r) \int_{r}^R \frac{1}{s} \mathop{}\!\mathrm{d} s\ge n(r) \log\Big(\frac R r\Big).\end{align*}$$
Le résultat s’ensuit.
5.2 Le cas d’un corps archimédien quelconque
Dans cette section, nous montrons que les résultats de la section 5.1 restent valables pour tout corps valué complet archimédien, c’est-à-dire pour les corps
$\mathbf {C}_{\varepsilon }$
et
$\mathbf {R}_{\varepsilon }$
, avec
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
.
La tâche principale consiste à définir le laplacien dans ce nouveau contexte, ce dont nous nous acquittons en nous ramenant au cas de
$\mathbf {C}$
. L’adaptation des résultats se résume alors à un jeu de définitions.
5.2.1 Le cas de
$\mathbf {C}_{\varepsilon }$
Soit
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
et considérons le corps
$\mathbf {C}_{\varepsilon }$
, c’est-à-dire le corps
$\mathbf {C}$
muni de la valeur absolue
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{\infty }^\varepsilon $
. Nous utiliserons les notations et résultats de la section 2.3.1. Rappelons que l’on dispose d’un isomorphisme d’espaces localement annelés
Notation 5.4. Soit U un ouvert de
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {C}_{\varepsilon }}$
. Pour toute fonction
, on définit une fonction
$u_{\varepsilon ^{-1}}$
sur
par
On étend les définitions des propriétés des fonctions de
à
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {C}_{\varepsilon }}$
en disant qu’une fonction u sur un ouvert de
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {C}_{\varepsilon }}$
est continue, sous-harmonique, etc. lorsque la fonction
$u_{\varepsilon ^{-1}}$
l’est.
Définition 5.5. Soit U un ouvert de
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {C}_{\varepsilon }}$
et soit
$u\in \operatorname {\mathrm {DSH}}(U)$
. On définit le laplacien de u comme la mesure de Radon

Les résultats de la section 5.1 (symétrie, comportement par rétrotirette, formule de Poincaré-Lelong) s’adaptent immédiatement sur les ouverts
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {C}_{\varepsilon }}$
.
Détaillons le résultat final de majoration (cf. proposition 5.3).
Proposition 5.6. Soient U un ouvert de
$\mathbf {A}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {C}_{\varepsilon }}$
et
$u \in \mathcal {C}(U,\mathbf {R}) \cap \operatorname {\mathrm {SH}}(U)$
. Soient
$t\in U$
et
$r,R \in \mathbf {R}_{>0}$
avec
$r<R$
tels que
$\overline {D}_{\mathbf {C}_{\varepsilon }}(t,R) \subset U$
. Alors, pour toute
$f\in \mathcal {C}_{c}(D(t,r),\mathbf {R})$
, on a
$$ \begin{align*} \int f \mathop{}\!\mathrm{d} \Delta u &\le \frac{1}{\log(R/r)}\, \left\lVert {f} \right\rVert _{\overline{D}(t,r)}\, \big( \left\lVert {u} \right\rVert _{\overline{D}(t,R)}-u(t)\big)\\ &\le \frac{2}{\log(R/r)}\, \left\lVert {f} \right\rVert _{\overline{D}(t,r)} \left\lVert {u} \right\rVert _{\overline{D}(t,R)}. \end{align*} $$
Démonstration. Par définition, pour tout
$s\in \mathbf {R}_{>0}$
, on a
et, pour toute fonction g définie au voisinage de
$\overline {D}_{\mathbf {C}_{\varepsilon }}(t,s)$
, on a
D’après la définition 5.5 et la proposition 5.3, on a
$$ \begin{align*} \int f \mathop{}\!\mathrm{d} \Delta u & = \frac1\varepsilon \, \int f_{\varepsilon^{-1}} \mathop{}\!\mathrm{d} \Delta u_{\varepsilon^{-1}}\\ & \le \frac1\varepsilon \, \frac{1}{\log(R^{1/\varepsilon}/r^{1/\varepsilon})}\, \left\lVert {f_{\varepsilon^{-1}}} \right\rVert _{\overline{D}_{\mathbf{C}}(t,r^{1/\varepsilon})} \,\big( \left\lVert {u_{\varepsilon^{-1}}} \right\rVert _{\overline{D}_{\mathbf{C}}(t,R^{1/\varepsilon})} - u_{\varepsilon^{-1}}(t)\big)\\ &\le \frac{1}{\log(R/r)}\, \left\lVert {f} \right\rVert _{\overline{D}(t,r)}\, \big( \left\lVert {u} \right\rVert _{\overline{D}(t,R)}-u(t)\big). \end{align*} $$
5.2.2 Le cas de
$\mathbf {R}_{\varepsilon }$
Soit
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
et considérons le corps
$\mathbf {R}_{\varepsilon }$
, c’est-à-dire le corps
$\mathbf {R}$
muni de la valeur absolue
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{\infty }^\varepsilon $
.
Soit U un ouvert de
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {R}_{\varepsilon }}$
. En effectuant le changement de base par le morphisme borné
$\mathbf {R}_{\varepsilon } \to \mathbf {C}_{\varepsilon }$
, on obtient un ouvert
$U\mathbin {\hat {\otimes }_{\mathbf {R}_{\varepsilon }}} \mathbf {C}_{\varepsilon }$
de
$\mathbf {A}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {C}_{\varepsilon }}$
, auquel on peut appliquer les résultats de la section 5.2.1. Notons
$\mathrm {pr}_{\mathbf {C}_{\varepsilon },\mathbf {R}_{\varepsilon }} \colon U\mathbin {\hat {\otimes }_{\mathbf {R}_{\varepsilon }}} \mathbf {C}_{\varepsilon } \to U$
le morphisme de changement de base.
Notation 5.7. Soit U un ouvert de
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {R}_{\varepsilon }}$
. Pour toute fonction
, on définit une fonction
$u_{\mathbf {C}_{\varepsilon }}$
sur
$U \mathbin {\hat {\otimes }_{\mathbf {R}_{\varepsilon }}} \mathbf {C}_{\varepsilon }$
par
On étend les définitions des propriétés des fonctions de
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {C}_{\varepsilon }}$
à
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {R}_{\varepsilon }}$
en disant qu’une fonction u sur un ouvert de
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {R}_{\varepsilon }}$
est continue, sous-harmonique, etc. lorsque la fonction
$u_{\mathbf {C}_\varepsilon }$
l’est.
Définition 5.8. Soit U un ouvert de
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {R}_{\varepsilon }}$
et soit
$u\in \operatorname {\mathrm {DSH}}(U)$
. On définit le laplacien de u comme la mesure de Radon
Tous les résultats de la section 5.1 (symétrie, comportement par rétrotirette, formule de Poincaré-Lelong, majoration sur les disques) se transfèrent aisément sur les ouverts
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {R}_{\varepsilon }}$
.
5.3 Le cas d’un corps ultramétrique
Soit
$(k, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
un corps valué ultramétrique complet. Il existe, dans le cadre de la droite projective de Berkovich
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{k}$
, une théorie du potentiel analogue à la théorie complexe. Dans ce texte, nous n’aurons pas besoin d’en connaître les détails, mais seulement de pouvoir utiliser quelques propriétés formelles, énoncées ci-dessous. Nous renvoyons le lecteur intéressé aux références classiques [Reference Favre and Jonsson15, Reference Baker and Rumely2, Reference Thuillier29], cette dernière référence traitant aussi du cas des courbes. La version antérieure de ce texte [Reference Poineau26] propose également une présentation plus détaille.
Étant donné un ouvert U de
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{k}$
, on peut définir l’ensemble
$\operatorname {\mathrm {SH}}(U)$
des fonctions sous-harmoniques sur U, puis l’ensemble
$\operatorname {\mathrm {DSH}}(U)$
des fonctions localement différences de fonctions sous-harmoniques. Pour toute telle fonction u, on peut définir un laplacien
$\Delta u$
qui est une mesure de Radon. Les propriétés suivantes sont satisfaites:
-
• Pour tout U ouvert de
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{k}$
et toutes
$u,v \in \mathcal {C}_{c}(U,\mathbf {R}) \cap \operatorname {\mathrm {DSH}}(U)$
, on a
$$\begin{align*}\int u \mathop{}\!\mathrm{d} \Delta v = \int v \mathop{}\!\mathrm{d} \Delta u.\end{align*}$$
-
• Pour tout morphisme analytique fini
$\varphi \colon U' \to U$
entre ouverts de
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{k}$
et toute
$u \in \operatorname {\mathrm {DSH}}(U)$
, on a
$u \circ \varphi \in \operatorname {\mathrm {DSH}}(U')$
et
$$\begin{align*}\Delta (u \circ \varphi) = \varphi^\ast \Delta u.\end{align*}$$
La formule de Poincaré-Lelong reste également valable.
Théorème 5.9. Soient U un ouvert de
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{k}$
et f une fonction analytique sur U, identiquement nulle sur aucune composante connexe. Alors, la fonction
$\log ( \left \lvert {f} \right \rvert )$
est sous-harmonique sur U et on a
Ajoutons un résultat de majoration analogue à celui de la proposition 5.3. Nous renvoyons à la section 2.2.2 pour la définition des points
$\eta _{z,s}$
.
Proposition 5.10. Soient U un ouvert de
$\mathbf {A}^{1,\mathrm {an}}_{k}$
et
$u \in \mathcal {C}(U,\mathbf {R})\cap \operatorname {\mathrm {SH}}(U)$
. Soient
$t\in U(k)$
et
$r,R \in \mathbf {R}_{>0}$
avec
$r<R$
tels que
$\overline {D}(t,R) \subset U$
. Alors, pour toute
$f\in \mathcal {C}_{c}(D(t,r),\mathbf {R})$
on a
$$ \begin{align*} \int f \mathop{}\!\mathrm{d} \Delta u &\le \frac{1}{\log(R/r)}\, \left\lVert {f} \right\rVert _{D(t,r)}\, (u(\eta_{t,R}) - u(\eta_{t,r}))\\ &\le \frac{2}{\log(R/r)}\, \left\lVert {f} \right\rVert _{D(t,r)}\, \left\lVert {u} \right\rVert _{D(t,R)}. \end{align*} $$
Démonstration. Par un argument d’approximation, il suffit de prouver le résultat pour une fonction u lisse sur U. Dans ce cas, il suffit de montrer que
La fonction u étant lisse, il existe un sous-arbre fini non vide
$\Gamma $
de
$\overline {D}(t,R)$
et une fonction continue linéaire par morceaux
$u_{\Gamma } \colon \Gamma \to \mathbf {R}$
telle que
$u_{\vert \overline {D}(t,R)} = u_{\Gamma } \circ r_{\Gamma }$
, où
$r_{\Gamma } \colon \overline {D}(t,R) \to \Gamma $
désigne la rétraction sur
$\Gamma $
. Quitte à agrandir
$\Gamma $
, on peut supposer qu’il contient le segment
$ \left [ {\eta _{t,r},\eta _{t,R}} \right ] $
reliant le bord de
$\overline {D}(t,r)$
à celui de
$\overline {D}(t,R)$
.
Pour tout point x de
$\Gamma $
, notons
$\Gamma _{x}$
l’ensemble des germes d’arêtes de
$\Gamma $
d’origine x (autrement dit, l’ensemble des directions sortantes en x). Pour tout
$a \in A_{x}$
, la pente de la fonction u le long de a en x est bien définie. Notons-la
. Par définition, pour tout ouvert V de U contenu dans
$\overline {D}(t,R)$
, on a (cf. [Reference Thuillier29, sections 1.2.1 et 3.2.4])

où
$\delta _{x}$
désigne la masse de Dirac en x. La fonction u étant linéaire par morceaux, la quantié
est nulle pour presque tout x, et
$\Delta u_{\vert V}$
est bien définie.
Puisque u est sous-harmonique,
$\Delta u$
est une mesure positive et on a
Puisque
$\overline {D}(t,r)$
est compact,
$\Gamma \cap \overline {D}(t,r)$
est un arbre fini et on a

d’où

Parmi les germes d’arêtes d’origine
$\eta _{t,r}$
, un seul n’est pas contenu dans
$\overline {D}(t,r)$
, celui représenté par
$ \left [ {\eta _{t,r},\eta _{t,R}} \right ] $
. Notons-le
$a_{r,R}$
. Puisque u est sous-harmonique, on a

La sous-harmonicité de u entraîne également que la restriction de u à
$ \left [ {\eta _{t,r},\eta _{t,R}} \right ] $
est convexe, donc sa pente au point
$\eta _{t,r}$
est inférieure à la pente totale:

En combinant les différentes inégalités, on obtient le résultat voulu.
Examinons maintenant l’effet d’un changement de la valeur absolue sur les notions introduites.
Soit
$\varepsilon \in \mathbf {R}_{>0}$
. Nous reprenons les notations de la section 2.3.1. Soit U un ouvert de
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{k}$
. On dispose d’un ouvert
$U_{\varepsilon }$
de
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{k_{\varepsilon }}$
et d’un isomorphisme
On vérifie que l’application
divise les distances par
$\varepsilon $
, ce qui est la clef pour comparer les notions de laplacien sur U et
$U_{\varepsilon }$
.
Notation 5.11. Pour toute fonction
, on définit une fonction
$u_{\varepsilon }$
sur
$U_{\varepsilon }$
par
Proposition 5.12. Soit
. Alors u est lisse, sous-harmonique, etc. si, et seulement si,
$u_{\varepsilon }$
l’est.
En outre, pour tout
$u \in \operatorname {\mathrm {DSH}}(U)$
, on a
$u_{\varepsilon } \in \operatorname {\mathrm {DSH}}(U_{\varepsilon })$
et, pour tout
$f\in \mathcal {C}_{c}(U,\mathbf {R})$
,
6 Systèmes dynamiques sur une droite projective relative
Dans cette section, nous démontrons les théorèmes A et B de l’introduction. La section 6.1 contient la preuve du théorème B : continuité de familles de mesures constituées de mesures de Haar sur le cercle unité (dans le cadre archimédien) et de mesures de Dirac au point de Gauß (dans le cadre ultramétrique). Dans la section 6.2, nous introduisons les fonctions macologues, des fonctions continues de nature assez simple, mais denses dans l’ensemble des fonctions continues. Nous les utilisons de façon essentielle dans la section finale 6.3 pour démontrer le théorème A sur la continuité de familles de mesures d’équilibre associées à une famille de systèmes dynamiques.
Fixons le cadre. Soit
$\mathcal {A}$
un bon anneau de Banach. Nous fixons des coordonnées homogènes
$T_{0},T_{1}$
sur
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
et posons
$T:= T_{0}/T_{1}$
. Posons
$\infty := [1 : 0]$
et identifions
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}} \setminus \{\infty \}$
à la droite affine
$\mathbf {A}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
(munie de la coordonnée T).
Soit Y un espace
$\mathcal {A}$
-analytique. Soit
$X := \mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}} \times _{\mathcal {A}} Y$
et notons
la seconde projection. Pour toute partie V de Y, posons
. Pour tout point y de Y, posons
.
Soit
$X' := \mathbf {A}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}} \times _{\mathcal {A}} Y \subset X$
. Pour toute partie V de Y, posons
. Pour tout point y de Y, posons
.
Soit
$X" := (\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}} \setminus \{0\}) \times _{\mathcal {A}} Y \subset X$
. Pour toute partie V de Y, posons
. Pour tout point y de Y, posons
.
Introduisons finalement des notations pour les disques relatifs. Pour toute partie V de l’espace Y et tout
$r\in \mathbf {R}_{>0}$
, posons

Pour tout
$y \in Y$
et tout
$r\in \mathbf {R}_{>0}$
, on définit de même
$D_{y}(r)$
,
$\overline {D}_{y}(r)$
,
$D^\infty _{y}(r)$
et
$\overline {D}^\infty _{y}(r)$
.
6.1 Gauß, Haar, Chambert–Loir
Dans [Reference Chambert-Loir11], Antoine Chambert–Loir esquisse une analogie entre la mesure de Haar sur un cercle du plan complexe et la mesure de Dirac en un point de Gauss d’une droite de Berkovich, et en tire profit pour démontrer des résultats d’équidistribution. Nous proposons ici une incarnation de cette idée sous la forme d’un résultat de continuité pour des familles mêlant mesures de Gauß et mesures de Haar.
Notation 6.1. Soit
$(k, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
un corps valué complet. Pour
$z \in k$
et
$r\in \mathbf {R}_{> 0}$
, on pose
Pour
$r \in \mathbf {R}_{>0}$
, on pose
Notation 6.2.
$\bullet $
Soit
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
et considérons le corps valué
$\mathbf {C}_{\varepsilon } := (\mathbf {C}, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{\infty }^\varepsilon )$
. Pour
et
$r\in \mathbf {R}_{>0}$
, on note
$\chi _{\mathbf {C}_{\varepsilon },z,r}$
la mesure de Haar de masse totale 1 sur le cercle
$C_{\mathbf {C}_{\varepsilon }}(z,r)$
.
On note
$\chi _{\mathbf {C}_{\varepsilon },z,0}$
la mesure de Dirac
$\delta _{z}$
sur
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {C}_{\varepsilon }}$
.
$\bullet $
Soit
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
et considérons le corps valué
$\mathbf {R}_{\varepsilon } := (\mathbf {R}, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{\infty }^\varepsilon )$
. Soient
et
$r\in \mathbf {R}_{>0}$
. Soit
$z'$
l’unique antécédent de z par le morphisme canonique
$\mathrm {pr}_{\mathbf {C},\mathbf {R}} \colon \mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {C}_{\varepsilon }} \to \mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {R}_{\varepsilon }}$
. On pose
$\mu _{\mathbf {R}_{\varepsilon },z,r} := (\mathrm {pr}_{\mathbf {C},\mathbf {R}})_{*} \mu _{\mathbf {C}_{\varepsilon },z',r}$
. C’est une mesure positive de masse totale 1 sur
$C_{\mathbf {R}_{\varepsilon }}(z,r)$
.
On note
$\chi _{\mathbf {R}_{\varepsilon },z,0}$
la mesure de Dirac
$\delta _{z}$
sur
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {R}_{\varepsilon }}$
.
$\bullet $
Soit
$(k, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
un corps valué ultramétrique complet. Soient
$z\in k$
et
$r\in \mathbf {R}_{> 0}$
. Rappelons que nous avons défini à la section 2.2.2 un point
$\eta _{z,r}$
de
$\mathbf {A}^{1,\mathrm {an}}_{k}$
(qui n’est autre que l’unique point du bord de Shilov de la couronne
$C_{k}(z,r)$
).
On pose
$\chi _{k,z,r} := \delta _{k,\eta _{z,r}}$
.
On pose également
$\chi _{k,\infty ,r} := \chi _{k,0,r^{-1}}$
.
On note
$\chi _{k,z,0}$
(resp.
$\chi _{k,\infty ,0}$
) la mesure de Dirac
$\delta _{z}$
(resp.
$\delta _{\infty }$
) sur
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{k}$
.
On sous-entendra parfois le corps k si cela ne peut prêter à confusion.
Les deux résultats suivants découlent directement des définitions.
Lemme 6.3. Soit
$(k, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
un corps valué complet. Soit
$(K, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
une extension valuée complète de
$(k, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
et notons
$\mathrm {pr}_{K,k} \colon \mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{K} \to \mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{k}$
le morphisme canonique. Pour tout
$z \in \mathbf {A}^{1,\mathrm {an}}_{K}$
et tout
$r\in \mathbf {R}_{\ge 0}$
, on a
Lemme 6.4. Soit
$(k, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
un corps valué complet. Soit
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
. Notons
$k_{\varepsilon }$
le corps k muni de la valeur absolue
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert ^\varepsilon $
. Pour tous
et
$r\in \mathbf {R}_{\ge 0}$
, on a
avec les notations de la section 2.3.1.
Remarquons qu’à l’aide du laplacien, on peut définir les mesures
$\chi _{k,z,r}$
de façon uniforme.
Lemme 6.5. Soit
$(k, \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert )$
un corps valué complet. Pour tout
$z\in k$
et
$r\in \mathbf {R}_{>0}$
, on a
Nous allons démontrer la continuité de familles de mesures de la forme
$\chi _{k,z,r}$
.
Notation 6.6. Soient
$c\in \mathcal {O}(Y)$
et
$\varrho \colon Y \to \mathbf {R}_{\ge 0}$
une fonction continue. On note
$\chi _{c,\varrho }$
la
-famille de mesures définie par
Lemme 6.7. Soit
$\varepsilon \in \left ] {0,1} \right ] $
. Soient
et
$r_{1},r_{2}\in \mathbf {R}_{\ge 0}$
. Alors, pour toute
$f\in \mathcal {C}_{c}(\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathbf {C}_{\varepsilon }},\mathbf {R})$
à support contenu dans
$\overline {D}(z_{1},r_{1})$
, on a
Démonstration. Le lemme 6.4 permet de se ramener au cas où
$\varepsilon = 1$
. L’intersection du disque
$\overline {D}(z_{1},r_{1})$
et du cercle
$C(z_{2},r_{2})$
est un arc de longueur inférieure à
. On en déduit que
Théorème 6.8. Soient
$c\in \mathcal {O}(Y)$
et
$\varrho \colon Y \to \mathbf {R}_{\ge 0}$
une fonction continue. Alors la famille de mesures
$\chi _{c,\varrho }$
est continue.
Démonstration. Il suffit de montrer que la famille est continue au voisinage de tout point de Y. Soit
$y\in Y$
. D’après le lemme 2.1, on peut supposer que
$Y = \mathcal {M}(\mathcal {A})$
et que
$c\in \mathcal {A}$
. Quitte à effectuer le changement de variable
$T \mapsto T -c$
, on peut supposer que, pour tout
$y\in Y$
, on a
$c(y)=0$
.
$\bullet $
Supposons que y est ultramétrique.
Soit
$\mathfrak {F}$
un filtre sur Y convergeant vers y. Il suffit de montrer que son image
$\mathfrak {F}_{\chi }$
par
$z \mapsto \chi _{0,\varrho (z)}$
converge vers
$\chi _{0,\varrho (y)}$
. Par compacité de l’espace des mesures de probabilité, il suffit de montrer que toute valeur d’adhérence de
$\mathfrak {F}_{\chi }$
coïncide avec
$ \chi _{0,\varrho (y)}$
. Soit
$\mu $
une telle valeur d’adhérence.
Pour montrer que
$\mu = \chi _{0,\varrho (y)}$
, il suffit de montrer que son support est réduit à
$\{\eta _{0,\varrho (y)}\}$
. Puisque, pour tout
$z \in Y$
, le support de
$\chi _{0,\varrho (z)}$
est contenu dans
$X_{z}$
, on a
$\operatorname {\mathrm {Supp}}(\mu ) \subset X_{y}$
. Soit
$x \in X_{y} \setminus \{\eta _{0,\varrho (y)}\}$
. Nous allons distinguer deux cas.
$\bullet \bullet $
Supposons que
$ \left \lvert {T(x)} \right \rvert> \varrho (y)$
.
Soit
$s \in \left ] {\varrho (y), \left \lvert {T(x)} \right \rvert } \right [ $
. Par continuité de
$\varrho $
, quitte à remplacer Y par un voisinage de y, on peut supposer que, pour tout
$z\in Y$
, on
$\varrho (z) < s$
. Dans ce cas,
$D^\infty _{Y}(s^{-1})$
est un voisinage de x et, pour tout
$z\in Y$
, on a
On en déduit que, pour tout
$f \in \mathcal {C}(X,\mathbf {R})$
à support dans
$D^\infty _{Y}(s^{-1})$
, on a
et donc que
$x \notin \operatorname {\mathrm {Supp}}(\mu )$
.
$\bullet \bullet $
Supposons que
$ \left \lvert {T(x)} \right \rvert \le \varrho (y)$
.
Soit
$\alpha $
un point rigide de
$X_{y} \simeq \mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {H}(y)}$
appartenant à la composante connexe de
$X_{y} \setminus \{\eta _{0,\varrho (y)}\}$
contenant x.Footnote
4
Remarquons que
$\alpha \in \overline {D}_{y}(0,\varrho (y))$
. Notons
$P \in \mathcal {H}(y)[T]$
le polynôme minimal de
$\alpha $
et
$d\in \mathbf {N}_{\ge 1}$
son degré. On a alors
Grâce aux propriétés ultramétriques du corps
$\mathcal {H}(y)$
, la relation précédente reste satisfaite après une petite perturbation des coefficients de P. On peut donc supposer que P appartient à
$\kappa (y)[T]$
, et même à
$\mathcal {O}(Y)[T]$
, quitte à remplacer Y par un voisinage de y.
Soient
$s, t\in \left ] { \left \lvert {P(x)} \right \rvert ,\varrho (y)^d} \right [ $
avec
$s<t$
. Quitte à restreindre Y, on peut supposer que, pour tout
$z\in Y$
, on a
$t \le \varrho (z)^d$
. Posons
C’est un voisinage ouvert de x. Soit
$f\in \mathcal {C}_{c}(X,\mathbf {R})$
à support dans U. Soit
$z\in Y$
.
Supposons que z est ultramétrique. Puisque P est unitaire de degré d, on a
donc
$\eta _{0,\varrho (z)} \notin U$
et
Supposons que z est archimédien. Il existe
$\varepsilon (z) \in \left ] {0,1} \right ] $
tel que le corps résiduel
$\mathcal {H}(z)$
soit isomorphe à
$\mathbf {R}$
ou
$\mathbf {C}$
muni de la valeur absolue
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{\infty }^{\varepsilon (z)}$
. Notons
$K_{z}$
le corps valué
$\mathbf {C}$
muni de la valeur absolue
$ \left \lvert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rvert _{\infty }^{\varepsilon (z)}$
. C’est une extension de
$\mathcal {H}(z)$
. Notons
$\mathrm {pr}_{z} \colon \mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{K_{z}} \to \mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {H}(z)}$
le morphisme naturel. Notons
$P_{z}(T)$
l’image de
$P(T)$
dans
$K_{z}[T]$
et
$\alpha _{1},\dotsc ,\alpha _{d} \in K_{z}$
ses racines.
Soit
$u \in \mathrm {pr}_{z}^{-1}(U \cap X_{z})$
. Soit
tel que
$ \left \lvert {u-\alpha _{j_{u}}} \right \rvert = \min _{1\le i\le d} ( \left \lvert {u-\alpha _{i}} \right \rvert )$
. On a alors
$ \left \lvert {u-\alpha _{j_{u}}} \right \rvert ^d \le \left \lvert {P(u)} \right \rvert < s$
. On en déduit que
D’après les lemmes 6.3 et 6.7, on a donc
$$\begin{align*}\int f \mathop{}\!\mathrm{d} \chi_{0,\varrho(z),z} \le d \Big(\frac{s^{1/d}}{\varrho(z)}\Big)^{\frac1{\varepsilon(z)}}\, \|f\|_{\infty} \le d \Big(\frac{s}{t}\Big)^{\frac1{d\varepsilon(z)}}\, \|f\|_{\infty}.\end{align*}$$
D’après la remarque 2.2, on a
$\varepsilon (z) = \frac {\log ( \left \lvert {2(z)} \right \rvert )}{\log (2)} \in \left ] {0,1} \right ] $
. Puisque y est ultramétrique, cette quantité tend vers 0 lorsque z tend vers y selon
$\mathfrak {F}$
. On en déduit que
et donc que
$x \notin \operatorname {\mathrm {Supp}}(\mu )$
.
$\bullet $
Supposons que y est archimédien.
Quitte à remplacer Y par un voisinage de y, on peut supposer que tout point de Y est archimédien. L’injection canonique
$j_{\mathbf {Z}} \colon \mathbf {Z} \hookrightarrow \mathcal {O}(Y)$
s’étend alors en une injection
$j_{\mathbf {Q}} \colon \mathbf {Q} \hookrightarrow \mathcal {O}(Y)$
puis
$j_{\mathbf {R}} \colon \mathbf {R} \hookrightarrow \mathcal {O}(Y)$
.
D’après [Reference Poineau24, lemme 5.2.2], on peut munir l’anneau
$\mathcal {A}' := \mathcal {A}[t]/(t^2+1)$
d’une norme de
$\mathcal {A}$
-algèbre de Banach. Considérons le morphisme canonique
$\mathrm {pr}_{\mathcal {A}',\mathcal {A}} \colon \mathcal {M}(\mathcal {A}') \to \mathcal {M}(\mathcal {A})$
et posons
$\varrho ' := \varrho \circ \mathrm {pr}_{\mathcal {A}',\mathcal {A}}$
. D’après le lemme 6.3, il suffit de montrer que la famille de mesures
$\chi _{0,\varrho '}$
sur
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}'}$
est continue en un point de
$\mathrm {pr}_{\mathcal {A}',\mathcal {A}}^{-1}(y)$
. On peut donc remplacer
$\mathcal {A}$
par
$\mathcal {A}'$
. Désormais, pour
$y\in Y$
, on a
$\mathcal {H}(y) \simeq \mathbf {C}$
et l’injection
$j_{\mathbf {R}}$
se prolonge donc en une injection
$j_{\mathbf {C}} \colon \mathbf {C} \hookrightarrow \mathcal {O}(Y)$
envoyant i sur t.
Soit
$\mathfrak {F}$
un filtre sur Y convergeant vers y. Par le même argument que dans le cas ultramétrique, il suffit de montrer que toute valeur d’adhérence de l’image
$\mathfrak {F}$
par
$z \mapsto \chi _{0,\varrho (z)}$
coïncide avec
$ \chi _{0,\varrho (y)}$
. Soit
$\mu $
une telle valeur d’adhérence.
Pour tout
$z \in Y$
, le support de
$\chi _{0,\varrho (z)}$
est contenu dans
$C_{\mathcal {H}(z)}(0,\varrho (z)) \subset X_{z}$
. On en déduit que
$\operatorname {\mathrm {Supp}}(\mu ) \subset C_{\mathcal {H}(y)}(0,\varrho (y)) \subset X_{y}$
. En outre,
$\mu $
est positive et de masse totale 1.
Pour tout
$\alpha \in \mathbf {C}$
, on note
$m_{Y,\alpha } \colon \mathcal {O}(Y) \to \mathcal {O}(Y)$
l’application induite par la multiplication par
$\alpha $
via
$j_{\mathbf {C}}$
et
$m_{X,\alpha } \colon \mathcal {O}(X) \to \mathcal {O}(X)$
l’application induite par
$m_{X,\alpha }$
en tirant en arrière par
.
Pour tout
$z \in Y$
, la mesure
$\chi _{0,\varrho (z)}$
est invariante par rotation, au sens où, pour tout
$\alpha \in \mathbf {C}$
avec
$ \left \lvert {\alpha } \right \rvert =1$
et tout
$f\in \mathcal {C}_{c}(X,\mathbf {R})$
, on a
On en déduit que
$\mu $
est également invariante par rotation. On conclut que
$\mu = \chi _{0,\varrho (y)}$
en utilisant la caractérisation de la mesure de Haar sur le cercle
$C_{\mathcal {H}(y)}(0,\varrho (y))$
.
6.2 Fonctions macologues
Afin de démontrer la continuité de famille de mesures, il est commode de disposer de familles de fonctions continues maniables qui soient denses dans l’ensemble des fonctions continues. Dans ce but, nous définissons ici les fonctions macologues, inspirées des fonctions modèles introduites par Charles Favre dans [Reference Favre14, section 2]. Elles appartiennent à la classe des fonctions dites dans la littérature.
Signalons que Léonard Pille–Schneider propose une version plus aboutie de notre notion dans [Reference Pille-Schneider23, section 2.3]Footnote 5 sous le nom de fonctions de Fubini-Study tropicales.
Définition 6.9. Soit U un ouvert de X. Une fonction
$f \colon U \to \mathbf {R}$
est dite positivement macologue basique s’il existe
$n \in \mathbf {N}_{\ge 1}$
,
$p_{1},q_{1},\dotsc ,p_{n},q_{n} \in \mathbf {Q}$
, avec
$q_{1},\dotsc ,q_{n}\ge 0$
, et
$g_{1},\dotsc ,g_{n} \in \mathcal {O}(U)$
tels que
Une fonction
$f \colon U \to \mathbf {R}$
est dite macologue basique si elle est différence de deux fonctions positivement macologues basiques.
On note
$\operatorname {\mathrm {MCL}}_{pb}(U,\mathbf {R})$
(resp.
$\operatorname {\mathrm {MCL}}_{b}(U,\mathbf {R})$
) l’ensemble des fonctions positivement macologues basiques (resp. macologues basiques) sur U.
Lemme 6.10. Soient U un ouvert de X.
-
i) Pour tout
$f \in \operatorname {\mathrm {MCL}}_{pb}(U,\mathbf {R})$
et tout
$y\in Y$
,
$f_{\vert U \cap X_{y}}$
est sous-harmonique. -
ii) Pour tout
$f \in \operatorname {\mathrm {MCL}}_{b}(U,\mathbf {R})$
et tout
$y\in Y$
,
$f_{\vert U \cap X_{y}}$
est différence locale de fonctions sous-harmoniques continues. -
iii) L’ensemble
$\operatorname {\mathrm {MCL}}_{pb}(U,\mathbf {R})$
est stable par les opérations binaires
$+$
et
$\max $
. -
iv) L’ensemble
$\operatorname {\mathrm {MCL}}_{b}(U,\mathbf {R})$
est un sous-
$\mathbf {Q}$
-espace vectoriel de
$\mathcal {C}(U,\mathbf {R})$
stable par les opérations binaires
$\min $
et
$\max $
.
Démonstration. Les points i) et ii) découlent directement des définitions.
iii) Soient
$p,q,p',q' \in \mathbf {Q}$
, avec
$q,q'\ge 0$
, et
$g,g' \in \mathcal {O}(U)$
. Écrivons
$q=\frac a b$
et
$q' = \frac {a'}{b'}$
, avec
$a,a'\in \mathbf {N}$
et
$b,b' \in \mathbf {N}_{\ge 1}$
. On a
$$ \begin{align*} p+q\log( \left\lvert {g} \right\rvert ) + p'+q'\log( \left\lvert {g'} \right\rvert ) &= p+p' + \frac1b \log( \left\lvert {g^a} \right\rvert ) + \frac1{b'} \log( \left\lvert {{g'}^{a'}} \right\rvert )\\ & = p+p' + \frac1{bb'} \log( \left\lvert {g^{ab'}{g'}^{a'b}} \right\rvert ). \end{align*} $$
La stabilité de
$\operatorname {\mathrm {MCL}}_{pb}(U,\mathbf {R})$
par
$+$
s’en déduit. La stabilité par
$\max $
est évidente.
iv) L’ensemble
$\operatorname {\mathrm {MCL}}_{b}(U,\mathbf {R})$
est stable par multiplication par un élément de
$\mathbf {Q}$
. D’après ii), il est stable par somme et on en déduit qu’il forme un sous-
$\mathbf {Q}$
-espace vectoriel de
$\mathcal {C}(U,\mathbf {R})$
.
Montrons la stabilité par
$\max $
. Soient
$u,v \in \operatorname {\mathrm {MCL}}_{b}(U,\mathbf {R})$
. Il existe
$u^+,u^-, v^+,v^-\in \operatorname {\mathrm {MCL}}_{pb}(U,\mathbf {R})$
telles que
$u = u^+-u^-$
et
$v=v^+-v^-$
. On a
$$ \begin{align*} \max(u,v) &= \max(u^+ - u^-, v^+ - v^-)\\ & = \max(u^+ + v^-, v^+ + u^-) - (u^- + v^-), \end{align*} $$
et le résultat découle maintenant de iii).
La stabilité par
$\min $
se déduit de la stabilité par
$\max $
en passant à l’opposé.
Définition 6.11. Soit V un ouvert de Y. Une fonction
$f \colon X_{V} \to \mathbf {R}$
est dite macologue si ses restrictions à
et
sont macologues basiques. On note
$\operatorname {\mathrm {MCL}}(X_{V},\mathbf {R})$
l’ensemble des fonctions macologues sur
$X_{V}$
.
Lemme 6.12. Soit V un ouvert de Y. L’ensemble
$\operatorname {\mathrm {MCL}}(X_{V},\mathbf {R})$
est un sous-
$\mathbf {Q}$
-espace vectoriel de
$\mathcal {C}(X_{V},\mathbf {R})$
stable par les opérations binaires
$\min $
et
$\max $
.
Démonstration. Cela découle directement du point iv) du lemme 6.10.
Proposition 6.13. Soient V un ouvert de Y et
$f \colon X_{V}\to \mathbf {R}$
une fonction macologue. Alors, la fonction
est bornée sur tout compact.
Démonstration. Par définition, il existe
et
tels que
et
.
Soit K une partie compacte de V et soit
$y\in K$
. Soient
$h_{0},h_{\infty } \in \mathcal {C}(X_{y}, \left [ {0,1} \right ] )$
telles que
$\operatorname {\mathrm {Supp}}(h_{0}) \subset D_{y}(2)$
,
$\operatorname {\mathrm {Supp}}(h_{\infty }) \subset D^\infty _{y}(2)$
et
D’après la proposition 5.3, avec les adaptations des sections 5.2.1 et 5.2.2, si y est archimédien, ou la proposition 5.10, si y est ultramétrique, on a
$$ \begin{align*} \int h_{0} \mathop{}\!\mathrm{d} \left\lvert {\Delta f_{\vert y}} \right\rvert & = \int h_{0} \mathop{}\!\mathrm{d} \left\lvert {\Delta (f^+_{0,\vert y}-f^-_{0,\vert y})} \right\rvert \\ & \le \int h_{0} \mathop{}\!\mathrm{d}\Delta f^+_{0,\vert y} + \int h_{0} \mathop{}\!\mathrm{d} \Delta f^-_{0,\vert y}\\ & \le \frac{2}{\log(2)}\, \big( \left\lVert {f^+_{0}} \right\rVert _{\overline{D}_{y}(4)} + \left\lVert {f^-_{0}} \right\rVert _{\overline{D}_{y}(4)}\big)\\ & \le \frac{2}{\log(2)}\, \big( \left\lVert {f^+_{0}} \right\rVert _{\overline{D}_{K}(4)} + \left\lVert {f^-_{0}} \right\rVert _{\overline{D}_{K}(4)}\big). \end{align*} $$
et, par un raisonnement similaire,
Le résultat s’ensuit.
Démontrons maintenant un résultat de densité, en suivant la stratégie de la preuve de [Reference Favre14, theorem 2.12] (cf. également [Reference Pille-Schneider23, theorem 2.16]).
Théorème 6.14. Soit V un ouvert de Y et supposons que
-
i) il existe une immersion de V dans un espace affine analytique sur
$\mathcal {A}$
; -
ii) pour tout
$y\in Y$
, il existe
$\alpha _{y} \in \mathcal {O}(V)$
tel que
$ \left \lvert {\alpha _{y}(y)} \right \rvert>1$
.
Alors,
$\operatorname {\mathrm {MCL}}(X_{V},\mathbf {R})$
est dense dans
$\mathcal {C}(X_{V},\mathbf {R})$
pour la topologie de la convergence uniforme sur les compacts.
Démonstration. Il suffit de démontrer que, pour toute partie compacte K de
$X_{V}$
,
$\operatorname {\mathrm {MCL}}(X_{V},\mathbf {R})$
est dense dans
$\mathcal {C}(K,\mathbf {R})$
. Supposons avoir démontré que
$\operatorname {\mathrm {MCL}}(X_{V},\mathbf {R})$
sépare les points de
$X_{V}$
. Soit
$\varphi \in \mathcal {C}(K,\mathbf {R})$
et soient
$x_{1} \ne x_{2} \in K$
. Par hypothèse, il existe
$f \in \operatorname {\mathrm {MCL}}(X_{V},\mathbf {R})$
telle que
$f(x_{1})\ne f(x_{2})$
. Pour tout
$\varepsilon \in \mathbf {R}_{>0}$
, on peut trouver
$a,b \in \mathbf {Q}$
tels que
D’après le lemme 6.12,
$af+b \in \operatorname {\mathrm {MCL}}(X_{V},\mathbf {R})$
. La version treillis du théorème de Stone-Weierstraß permet alors de conclure que
$\operatorname {\mathrm {MCL}}(X_{V},\mathbf {R})$
est dense dans
$\mathcal {C}(K,\mathbf {R})$
.
Il suffit donc de démontrer que
$\operatorname {\mathrm {MCL}}(X_{V},\mathbf {R})$
sépare les points de
$X_{V}$
. Soient
$x_{1} \ne x_{2} \in X_{V}$
. Distinguons deux cas.
$\bullet $
Supposons que
.
Puisque V peut se plonger dans un espace affine analytique sur
$\mathcal {A}$
, il existe
$g \in \mathcal {O}(V)$
tel que
. On peut supposer que
. Soit
. Alors la fonction
est une fonction macologue sur
$X_{V}$
qui sépare
$x_{1}$
et
$x_{2}$
.
$\bullet $
Supposons que
. Notons y ce point.
$\bullet \bullet $
Supposons que
$x_{1}$
et
$x_{2}$
appartiennent à
$\overline {D}_{V}(1)$
.
Puisque V peut se plonger dans un espace affine analytique sur
$\mathcal {A}$
, il existe
$g \in \mathcal {O}(V)[T]$
tel que
$ \left \lvert {g(x_{1})} \right \rvert \ne \left \lvert {g(x_{2})} \right \rvert $
. Notons d le degré de g. Quitte à échanger
$x_{1}$
et
$x_{2}$
, on peut supposer que
$ \left \lvert {g(x_{1})} \right \rvert> \left \lvert {g(x_{2})} \right \rvert $
et, quitte à multiplier g par une puissance suffisamment grande de
$\alpha _{y}$
, on peut supposer que
$ \left \lvert {g(x_{1})} \right \rvert> 1$
.
Posons
$G := T_1^d g(T_{0}/T_{1}) \in \mathcal {O}(V)[T_{0},T_{1}]$
. C’est un polynôme homogène de degré d. Posons
C’est une fonction bien définie sur
$X_{V}$
, macologue par construction, et qui coïncide avec
$\max (0,\log ( \left \lvert {g} \right \rvert ))$
sur
$\overline {D}_{V}(1)$
. Elle sépare donc les points
$x_{1}$
et
$x_{2}$
.
$\bullet \bullet $
Supposons que
$x_{1}$
et
$x_{2}$
appartiennent à
$\overline {D}^\infty _{V}(1)$
.
On se ramène au cas précédent en échangeant les coordonnées projectives
$T_{0}$
et
$T_{1}$
.
$\bullet \bullet $
. Supposons que les points
$x_{1}$
et
$x_{2}$
appartiennent l’un à
$D_{V}(1)$
et l’autre à
$D^\infty _{V}(1)$
.
La fonction
est alors une fonction macologue sur
$X_{V}$
qui sépare
$x_{1}$
et
$x_{2}$
.
6.3 Mesures d’équilibre
L’objet de cette section est d’étudier un système dynamique polarisé (cf. section 4.3) dans le cadre de la droite projective relative que nous utilisons désormais, et de démontrer la continuité de la famille de mesures d’équilibre associées.
Notation 6.15. Soit
$d\in \mathbf {Z}$
. Le fibré en droites
$\mathcal {O}(d)$
sur
induit un fibré en droite sur
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
par analytification, puis un fibré en droites sur X en tirant en arrière par la projection
$X \to \mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
. Notons
$\mathcal {O}_{X}(d)$
ce fibré.
Introduisons maintenant un système dynamique polarisé que nous utiliserons dans toute cette section. Nous supposerons que nous disposons d’un morphime d’espaces analytiques surjectif, fini et plat
$\varphi \colon X \to X$
au-dessus de Y, de degré
$d\ge 2$
, et d’un isomorphisme
En plus des hypothèses formulées au début de la section 6, nous supposerons que l’espace Y est séparé (ce qui entraîne que l’espace X l’est également).
Définition 6.16. On appelle métrique standard sur le fibré
$\mathcal {O}_{X}(1)$
la métrique dont la restriction à toute fibre
$X_{y} \simeq \mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {H}(y)}$
, pour
$y\in Y$
, est la métrique standard sur
$\mathbf {P}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {H}(y)}$
, comme définie dans l’exemple 4.3. On la note encore
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{\mathrm {st}}$
. C’est une métrique continue.
Remarquons que, pour tout
$x\in X$
, on a
Par conséquent, pour tout
$y\in Y$
, la fonction
$x\mapsto - \log ( \left \lVert {T_{0}} \right \rVert _{\mathrm {st},x})$
est sous-harmonique continue sur
$X_{y} \setminus \{0\}$
et on a
Plus généralement, on a le résultat suivant.
Lemme 6.17. Soient
$y\in Y$
et
$s \in \Gamma (X_{y},\mathcal {O}_{X_{y}}(1))$
. La fonction
$x\mapsto - \log ( \left \lVert {s} \right \rVert _{\mathrm {st},x})$
est sous-harmonique continue sur
$X_{y} \setminus \mathrm{div} (s)$
et on a
Étudions maintenant le comportement de la norme standard vis-à-vis du flot. Nous utilisons ici la terminologie et les notations de la section 2.3.2. Notons que, si V est un ouvert flottant de Y, alors
$X_{V}$
est un ouvert flottant de X.
Lemme 6.18. Supposons que
$\mathcal {A}$
est flottant. Soit V un ouvert flottant de Y. Alors
$X_{V}$
est un ouvert flottant de X et, pour toute
$s\in \Gamma (X_{V},\mathcal {O}_{X}(1))$
, la fonction
est flottante.
Démonstration. Le résultat découle directement de l’expression explicite de la métrique standard présentée dans l’exemple 4.3.
Par les arguments de la section 4.3, on peut définir une application
et une métrique
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{\varphi }$
sur
$\mathcal {O}_{X}(1)$
telle que
Pour tout
$n\in \mathbf {N}$
, posons
.
Lemme 6.19. Supposons que
$\mathcal {A}$
est flottant. Soit V un ouvert flottant de Y et supposons que l’endomorphisme
$\varphi _{\vert X_{V}}$
de
$X_{V}$
est flottant. Alors, pour toute
$s\in \Gamma (X_{V},\mathcal {O}_{X}(1))$
, les fonctions
et la fonction
sont flottantes.
Démonstration. Le résultat pour
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{n}$
découle du lemme 6.18 et des définitions. Le résultat pour
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{\varphi }$
s’en déduit par passage à la limite.
Notons
$\mu _{0}$
la
-famille de mesures définie comme suit: pour tout
$y \in Y$
,
Elle est continue, d’après le théorème 6.8.
Pour tout
$n\in \mathbf {N}_{\ge 1}$
, posons
$\mu _{n} := \frac 1{d^n}\, (\varphi ^n)^* \mu _{0}$
. D’après la remarque 3.14, pour tout
$y\in Y$
,
$\mu _{n,y}$
est une mesure de probabilité sur
$X_{y}$
. D’après le lemme 3.19,
$\mu _{n}$
est encore une
-famille de mesures continue.
Lemme 6.20. Supposons que
$\mathcal {A}$
est flottant. Soit V un ouvert flottant de Y et supposons que l’endomorphisme
$\varphi _{\vert X_{V}}$
de
$X_{V}$
est flottant. Alors la famille de mesures
$\mu _{n}$
est flottante.
Démonstration. Le résultat découle du lemme 6.4 et des définitions.
La relation entre
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{\mathrm {st}}$
et
$\chi _{0,1}$
énoncée au lemme 6.17 se transfère à
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{n}$
et
$\mu _{n}$
.
Proposition 6.21. Soient
$y\in Y$
et
$n \in \mathbf {N}$
. Pour toute
$s \in \Gamma (X_{y},\mathcal {O}_{X_{y}}(1))$
, la fonction
$x\mapsto -\log ( \left \lVert {s} \right \rVert _{n,x})$
est sous-harmonique continue sur
$X_{y} \setminus \mathrm{div} (s)$
et on a
Démonstration. Démontrons le résultat par récurrence sur
$n\in \mathbf {N}$
. Le cas
$n=0$
n’est autre que le résultat du lemme 6.17.
Soit
$n\in \mathbf {N}$
et supposons que le résultat est vérifié pour
$ \left \lVert {{\mkern 2mu\cdot \mkern 2mu}} \right \rVert _{n}$
. Soit
$s \in \Gamma (X_{y},\mathcal {O}_{X_{y}}(1))$
. D’après la remarque 4.9, pour toute
$s' \in \Gamma (X_{y},\mathcal {O}_{X_{y}}(1))$
et tout
$x\in X_{y} \setminus \varphi ^{-1}(\mathrm{div} (s'))$
, on a
$$\begin{align*}\left\lVert {s} \right\rVert _{n+1,x}^d = \Big\lvert \frac{\theta^{-1}(s^{\otimes d})(x)}{(\varphi^*s')(x)} \Big\rvert \, \left\lVert {s'} \right\rVert _{n,\varphi(x)}.\end{align*}$$
Soit
$x\in X_{y}$
. Soit
$s'\in \Gamma (X_{y},\mathcal {O}_{X_{y}}(1))$
telle que
$s'(\varphi (x)) \ne 0$
. Soit U un voisinage ouvert de
$\varphi (x)$
dans
$X_{y}$
sur lequel
$s'$
ne s’annule pas et
$\mathcal {O}_{X_{y}}(1)$
est trivial. Soit V un voisinage ouvert de x dans
$\varphi ^{-1}(U)$
sur lequel
$\mathcal {O}_{X_{y}}(1)$
est trivial. Dans ces conditions, on peut identifier
$\theta ^{-1}(s^{\otimes d})$
et
$\varphi ^*s'$
à des fonctions analytiques sur V,
$\varphi ^*s'$
étant inversible. On déduit alors de l’hypothèse de récurrence que la fonction
$z\mapsto -\log ( \left \lVert {s} \right \rVert _{n+1,z})$
est sous-harmonique continue sur
$V \setminus \mathrm{div} (s)$
et, en utilisant la formule de Poincaré-Lelong et la propriété de rétrotirette, que
$$ \begin{align*} \Delta (-\log( \left\lVert {s} \right\rVert ^d_{n+1,\vert V})) &= \Delta (-\log( \left\lvert {\theta^{-1}(s^{\otimes d})} \right\rvert )_{\vert V}) + \Delta (-\log( \left\lVert {s'} \right\rVert _{n}\circ \varphi)_{\vert V})\\ &=- d \,\delta_{\mathrm{div}(s)\cap V} + \varphi^*\mu_{n,\vert V}\\ &= d\,(\mu_{n+1,\vert V} - \delta_{\mathrm{div}(s)\cap V}). \end{align*} $$
Le résultat s’en déduit.
Corollaire 6.22. Soit
$y\in Y$
. Pour toute
$s \in \Gamma (X_{y},\mathcal {O}_{X_{y}}(1))$
, la fonction
$x\mapsto -\log ( \left \lVert {s} \right \rVert _{\varphi ,x})$
est sous-harmonique continue sur
$X_{y} \setminus \mathrm{div} (s)$
.
Démonstration. D’après le théorème 4.10, pour toute
$s \in \Gamma (X_{y},\mathcal {O}_{X_{y}}(1))$
, la suite de fonctions
$(x\mapsto -\log ( \left \lVert {s} \right \rVert _{n,x}))_{n\in \mathbf {N}}$
converge vers la fonction
$x\mapsto -\log ( \left \lVert {s} \right \rVert _{\varphi ,x})$
uniformément sur tout compact de
$X_{y}\setminus \mathrm{div} (s)$
. Le résultat découle alors de la proposition 6.21.
Soit
$n\in \mathbf {N}$
. Pour tout
$x\in X$
, la quantité
$\log (\|s\|_{n,x}) - \log (\|s\|_{\mathrm {st},x})$
est indépendante du choix de
$s\in \mathcal {O}_{Y}(1)(x) \setminus \{0\}$
. On peut donc définir une fonction
$\lambda _{n}\colon X\to \mathbf {R}$
en posant, pour tout
$x\in X$
,
pour
$s\in \mathcal {O}_{Y}(1)(x) \setminus \{0\}$
.
De même, on peut définir une fonction
$\lambda _{\varphi }\colon X\to \mathbf {R}$
en posant, pour tout
$x\in X$
,
pour
$s\in \mathcal {O}_{Y}(1)(x) \setminus \{0\}$
.
On déduit du théorème 4.10 que la suite de fonctions
$(\lambda _{n})_{n\in \mathbf {N}}$
converge vers
$\lambda _{\varphi }$
uniformément sur tout compact de X.
Lemme 6.23.
-
i) Les fonctions
$\lambda _{n}$
, pour
$n\in \mathbf {N}$
, et
$\lambda _{\varphi }$
sont continues sur X. -
ii) Pour tout
$y\in Y$
, les fonctions
$\lambda _{n,\vert X_{y}}$
, pour
$n\in \mathbf {N}$
, et
$\lambda _{\varphi ,\vert X_{y}}$
sont différences locales de fonctions sous-harmoniques continues. -
iii) Supposons que
$\mathcal {A}$
est flottant. Soit V un ouvert flottant de Y et supposons que l’endomorphisme
$\varphi _{\vert X_{V}}$
de
$X_{V}$
est flottant. Alors, les fonctions
$\lambda _{n}$
, pour
$n\in \mathbf {N}$
, et
$\lambda _{\varphi }$
sont
$\log $
-flottantes.
Démonstration. i) Soit
$n\in \mathbf {N}$
. Soit
$x\in X$
. Il existe un voisinage ouvert U de x dans X et une section
$s\in \Gamma (U,\mathcal {O}_{X}(1))$
ne s’annulant pas sur U. On a alors,
La continuité de
$\lambda _{n}$
en x se déduit alors de celles de
$z\mapsto \|s\|_{n,z}$
et
$z\mapsto \|s\|_{\mathrm {st},z}$
.
Le résultat pour
$\lambda _{\varphi }$
se démontre de même.
ii) Soit
$y\in Y$
. On peut recouvrir
$X_{y}$
par des ouverts de la forme
$X_{y}\setminus \mathrm{div} (s)$
, avec
$s\in \Gamma (X_{y},\mathcal {O}_{X_{y}}(1))$
. Le résultat découle alors du lemme 6.17, de la proposition 6.21 et du corollaire 6.22.
iii) C’est une conséquence directe du lemme 6.19.
Pour tout
$y\in Y$
, posons
Considérons la famille de mesures
$\mu _{\varphi } := (\mu _{\varphi ,y})_{y\in Y}$
.
Lemme 6.24. Supposons que
$\mathcal {A}$
est flottant. Soit V un ouvert flottant de Y et supposons que l’endomorphisme
$\varphi _{\vert X_{V}}$
de
$X_{V}$
est flottant. Alors la famille de mesures
$\mu _{\varphi }$
est flottante.
Démonstration. La propriété est vérifiée pour
$\chi _{0,1}$
d’après le lemme 6.4. Le fait qu’elle soit vérifiée pour
$\Delta (\lambda _{\varphi ,\vert X_{y}})$
découle du fait que
$\lambda _{\varphi }$
est
$\log $
-flottante (cf. lemme 6.23) et des propriétés du laplacien.
Proposition 6.25. Pour tout
$y\in Y$
, la suite
$(\mu _{n,y})_{n\in \mathbf {N}}$
converge vaguement vers
$\mu _{\varphi ,y}$
.
En particulier, pour tout
$y\in Y$
, la mesure
$\mu _{\varphi ,y}$
est positive et de masse totale 1 et on a
Démonstration. Soit
$y\in Y$
. Soit L une extension valuée complète de
$\mathcal {H}(y)$
. L’endomorphisme
$\varphi $
de
$X_{y} \simeq \mathbf {A}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {H}(y)}$
induit, par extension des scalaires, un endomorphisme
$\varphi _{L}$
de
$\mathbf {A}^{1,\mathrm {an}}_{L}$
. En outre, le résultat sur
$\mathbf {A}^{1,\mathrm {an}}_{L}$
implique celui sur
$X_{y}$
. Quitte à remplacer
$\mathcal {H}(y)$
par une extension L convenable, on peut donc supposer que
$\mathcal {H}(y)$
n’est pas trivialement valué.
Pour tout
$n\in \mathbf {N}$
, posons
$\rho _{n} := \lambda _{\varphi ,\vert X_{y}}-\lambda _{n,\vert X_{y}} \in \mathcal {C}(X_{y},\mathbf {R})$
. La fonction
$\rho _{n}$
est localement différence de fonctions sous-harmoniques continues et on a
En outre, la suite de fonctions
$(\rho _{n})_{n\in \mathbf {N}}$
converge uniformément vers 0 sur
$X_{y}$
.
Soit
$f\in \mathbf {C}(X_{y},\mathbf {R})$
. Soit
$\varepsilon \in \mathbf {R}_{>0}$
. D’après le théorème 6.14, il existe
$f_{\varepsilon } \in \operatorname {\mathrm {MCL}}(X_{y},\mathbf {R})$
telle que
$ \left \lVert {f-f_{\varepsilon }} \right \rVert _{X_{y}}\le \varepsilon $
.
Soit
$n\in \mathbf {N}$
. Par symétrie du laplacien, on a
d’où
$$ \begin{align*} {\Big\lvert}{ \int f \mathop{}\!\mathrm{d}\mu_{\varphi,y} - \int f \mathop{}\!\mathrm{d}\mu_{n,y}} {\Big\rvert} &\le {\Big\lvert}{ \int (f-f_{\varepsilon}) \mathop{}\!\mathrm{d} \mu_{\varphi,y}} {\Big\rvert} + {\Big\lvert}{ \int f_{\varepsilon} \mathop{}\!\mathrm{d}\mu_{\varphi,y} - \int f_{\varepsilon} \mathop{}\!\mathrm{d} \mu_{n,y}} {\Big\rvert} \\ & \quad + {\Big\lvert} { \int (f_{\varepsilon}-f) \mathop{}\!\mathrm{d} \mu_{n,y}} {\Big\rvert}\\ &\le \varepsilon \int \mathop{}\!\mathrm{d} \left\lvert {\mu_{\varphi,y}} \right\rvert + \left\lVert {\rho_{n}} \right\rVert _{X_{y}} \int \mathop{}\!\mathrm{d} \left\lvert {\Delta f_{\varepsilon}} \right\rvert +\varepsilon. \end{align*} $$
On en déduit que la suite
$(\mu _{n,y})_{n\in \mathbf {N}}$
converge vaguement vers
$\mu _{\varphi ,y}$
. Le reste de l’énoncé s’en déduit en passant à la limite.
Théorème 6.26. La famille de mesures
$\mu _{\varphi }$
est continue.
Démonstration. Soient
$r,s \in \left ] {1,+\infty } \right [ $
avec
$r<s$
. Considérons la droite analytique
$\mathbf {A}^{1,\mathrm {an}}_{\mathcal {A}}$
munie de la coordonnée
$T_{0}$
, posons
et
$Y' := Y\times _{\mathcal {A}} C_{\mathcal {A}}(r,s)$
. Pour tout
$y'\in Y'$
, on a
$ \left \lvert {T_{0}(y')} \right \rvert>1$
.
La première projection fournit un morphisme
$\mathrm {pr}_{1} \colon Y' \to Y$
et toutes les données de la section: X,
$\varphi $
, etc. s’étendent par changement de base à
$Y'$
. En outre, puisque
$\mathrm {pr}_{1}$
est continue et surjective, il suffit de démontrer le résultat après changement de base à
$Y'$
. Quitte à remplacer Y par
$Y'$
, on peut donc supposer que, pour tout
$y\in Y$
, il existe un voisinage ouvert V de y et
$\alpha \in \mathcal {O}(V)$
tel que
$ \left \lvert {\alpha (y)} \right \rvert>1$
.
Soit
$y\in Y$
. Démontrons que la famille
$\mu _{\varphi }$
est continue en y. Par hypothèse, il existe un voisinage ouvert V de y et
$\alpha \in \mathcal {O}(V)$
tel que
$ \left \lvert {\alpha (y)} \right \rvert>1$
. Quitte à restreindre V, on peut supposer qu’il se plonge dans un espace affine analytique sur
$\mathcal {A}$
et que, pour tout
$z\in V$
, on a
$ \left \lvert {\alpha (z)} \right \rvert>1$
.
Soit
$f\in \mathcal {C}_{c}(X_{V},\mathbf {R})$
. Nous souhaitons montrer que la fonction

est continue en y. Or, pour tout
$n\in \mathbf {N}$
, la fonction

est continue et, d’après la proposition 6.25, la suite de fonctions
$(I_{f,n})_{n\in \mathbf {N}}$
converge simplement vers
$I_{f,\varphi }$
. Pour conclure, il suffit de montrer que la convergence est uniforme sur un voisinage de y.
Soit K un voisinage compact de y dans V. Pour tout
$n\in \mathbf {N}$
, posons
$\rho _{n} := \lambda _{\varphi ,\vert X_{V}}-\lambda _{n,\vert X_{V}} \in \mathcal {C}(X_{V},\mathbf {R})$
. La suite de fonctions
$(\rho _{n})_{n\in \mathbf {N}}$
converge uniformément vers 0 sur
$X_{K}$
.
Soit
$\varepsilon \in \mathbf {R}_{>0}$
. D’après le théorème 6.14, il existe
$f_{\varepsilon } \in \operatorname {\mathrm {MCL}}(X_{V},\mathbf {R})$
telle que
$ \left \lVert {f-f_{\varepsilon }} \right \rVert _{X_{K}}\le \varepsilon $
. D’après la proposition 6.13, il existe
$M_{\varepsilon } \in \mathbf {R}$
tel que,
Soient
$n\in \mathbf {N}$
et
$z\in K$
. En utilisant le même raisonnement que dans la preuve de la proposition 6.25 ainsi que la positivité de
$\mu _{\varphi ,z}$
, on montre que
Le résultat s’ensuit.
Remarque 6.27. On peut également proposer une preuve plus directe du théorème 6.26, suivant celle de R. Mañé dans le cas complexe (cf. [Reference Mañé22, theorem B]). Elle est basée sur la caractérisation des mesures d’équilibre rappelée au début du texte, comme mesures invariantes ne chargeant pas l’ensemble exceptionnel. Considérons une suite (ou une suite généralisée)
$(y_{n})_{n\in {\mathbf {N}}}$
de points de Y convergeant vers un point y. Comme dans la preuve du théorème 6.8, il suffit de montrer que toute valeur d’adhérence de
$\mu _{\varphi _{y_{n}}}$
coïncide avec
$\mu _{\varphi _{y}}$
. Soit
$\mu $
une telle valeur d’adhérence. Chaque
$\mu _{\varphi _{y_{n}}}$
étant invariante par
$\varphi _{y_{n}}$
,
$\mu $
est invariante par
$\varphi _{y}$
. Supposons, par l’absurde, que
$\mu $
charge l’ensemble exceptionnel de
$\varphi _{y}$
, et donc un point fixe super-attractif x. Il existe alors un voisinage U de x dans X tel que tout point z de U appartienne à l’ensemble de Fatou de
. Par conséquent, x n’appartient pas à l’adhérence du support des
$\mu _{\varphi _{y_{n}}}$
, d’où la contradiction désirée.
Cet argument ne permet pas en revanche de démontrer la continuité des potentiels (cf. proposition C), ni celle des énergies mutuelles (cf. corollaire D).
Competing interests
The author declares none.
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