L’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement (ÉLCV) est une grande initiative stratégique des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) qui figure au programme national de recherche depuis 2001. Cette étude d’envergure lancée en 2010 est menée auprès de 50 000 résidents canadiens; elle constitue une ressource remarquable fortement susceptible de faire progresser notre compréhension du développement à l’âge adulte et du vieillissement. L’ÉLCV a été conçue dans le but d’étudier le vieillissement comme une étape dynamique de la trajectoire de vie, d’examiner les interrelations entre des facteurs intrinsèques et extrinsèques, du mitan de la vie jusqu’ à un âge avancé, ainsi que de brosser un tableau des transitions, des trajectoires et des profils associés aux processus de vieillissement. Elle a été conçue en tant que plateforme dans l’objectif de procurer l’infrastructure et de renforcer les capacités nécessaires à la réalisation de recherches interdisciplinaires de pointe à l’échelle de la population ainsi qu’à la prise de décisions fondées sur des données probantes indispensables à notre nation, qui s’apprête à vivre plusieurs décennies de vieillissement rapide de sa population.
Au moins pour les 20 prochaines années, l’ÉLCV constituera une véritable mine d’information qui contribuera à l’avancement de la science et à l’élaboration de programmes et de politiques. Certains des résultats de recherche seront obtenus à long terme; cependant, de nombreux autres résultats seront aussi disponibles à court terme. Nous prévoyons en effet que l’étude générera de façon constante des connaissances fondamentales et appliquées au cours des prochaines décennies : il y aura donc possibilité de productivité continue ainsi que de contribution significative à l’étude du vieillissement tant sur la scène locale et nationale qu’internationale.
Utilisant le le premier ensemble de données de référence de la cohorte de surveillance de l’ÉLCV (c’est-à-dire les participants contactés par téléphone), le présent document décrit certaines caractéristiques deces répondants au début de l’étude et fait ressortir les applications possibles de ces données en tant queune plateforme pour des programmes de recherche multidimensionnels.
Conception de l’étude
Le dispositif de l’étude a déjà été expliquée en détail1. Pour résumer, dans le cadre de l’ÉLCV, un suivi sera fait tous les trois ans auprès de 50 000 femmes et hommes du Canada sur une période d’au moins 20 ans. Il y avait deux catégories de participants. Ceux de la cohorte de surveillance, c’est -à-dire 21 241 participants contactés seulement par téléphone, ont été sélectionnés au hasard dans chaque strate d’âge et de sexe dans chaque province, et les autres (ceux de la cohorte “globale,” suivis aux sites provinciaux de collecte des données avec des entrevues en profondeur) ont été sélectionnés au hasard dans chaque strate d'age et de sexe dans un rayon de 25 km (ou 50 km dans les régions à faible densité démographique) de 11 villes du Canada : Victoria, Vancouver, Surrey, Calgary, Winnipeg, Ottawa, Hamilton, Montréal, Sherbrooke, Halifax et St. John’s. L’échantillon de la cohorte de surveillance, celle à laquelle nous nous intéressons ici, a été réparti entre les provinces pour rendre possibles des estimations raisonnablement précises de différents paramètres ou associations dans chacune des provinces. Ainsi, le plus petit échantillon visé était de 1 100 (Î.-P.-É.), et le plus grand, de 4 388 (Ontario). Dans chaque province, huit strates ont été formées en fonction de l’âge (45-54 ans, 55-64 ans, 65-74 ans, 75-85 et du sexe. Le tableau 1 présente le nombre exact de participants recrutés dans chaque strate.
Caractéristiques socio-démographique des participants à la cohorte de suivi de l’ÉLCV,, selon l’âge et le sexe, à la période de référence de 2010 à 2013 (n = 21 241)
Remarque : Tous les pourcentages sont calculés seulement à partir des participants qui ont répondu à la question donnée, et ne tiennent pas compte de ceux qui ne connaissaient pas la réponse ou ont refusé de répondre, ou de ceux qui n’étaient pas concernés par la question.
aL’échantillon de l’ÉLCV fait abstraction de 70 participants qui avaient moins de 45 ans ou plus de 85 ans lors de l’entrevue (ils respectaient l’âge d’admissibilité lors du recrutement).
Trois stratégies ont été utilisées pour le recrutement des participants à la cohorte de surveillance : 3 923 sujets ont été recrutés par l’intermédiaire de l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes (ESCC) – Vieillissement en santé (cycle 4.2 de l’ESCC); 3 810 ont été recrutés au moyen d’envois postaux faits par les ministères de la Santé provinciaux, et 13 508 ont été recrutés au moyen d’un système d’appel téléphonique aléatoire. Les participants ont consenti par écrit à participer à l’étude comportant une entrevue téléphonique assistée par ordinateur; on leur a donné le choix de fournir ou non leur numéro de carte d’assurance maladie pour qu’un lien puisse être fait avec les bases de données administratives sur la santé.
Les détails sur les informations recueillies ont été publiés1 et peuvent être consultées sur le site Web de l’ÉLCV (www.clsa-elcv.ca/fr). En résumé, le questionnaire utilisé dans la cohorte de surveillance comporte des modules sur les caractéristiques sociodémographiques; les habitudes de vie et les comportements en matière de santé; l’état de santé et les problèmes de santé chroniques; les capacités fonctionnelles et les activités de la vie quotidienne; les réseaux sociaux, le soutien social et la participation sociale; la prestation et la réception de soins ainsi que la participation à la population active et la retraite.
Les données de référence sur les 21 241 participants de la cohorte de surveillance ont été mises à la disposition des chercheurs au milieu de 2014. Le nombre final de répondants de la cohorte de surveillance a excédé nos estimations initiales afin de représenter la population canadienne avec la plus grande précision possible. Les participants à l’ÉLCV avaient un statut socioéconomique plus élevé que la moyenne canadienne, comme c’est souvent le cas dans les études démographiques. Par conséquent, à l’approche de la fin de la période de recrutement, nous avons décidé de cibler des participants potentiels dont le code postal correspondait à des secteurs où le niveau d’instruction est faible, selon Statistique Canada2.
Caractéristiques de référence des participants à la cohorte de surveillance de l’ÉLCV
Les caractéristiques de référence des participants à la cohorte de surveillance de l’ÉLCV sont présentées au tableau 1. La majorité des participants sont nés au Canada (87,2 %) et parlent principalement anglais à la maison (80,2 %). Bien que le fait d’être en mesure de passer l’entrevue en français ou en anglais soit une condition d’admissibilité à l’ÉLCV, une faible proportion de participants ne parlaient ni français ni anglais à la maison (1,3 %). La majorité des participants vivaient dans une maison unifamiliale ou jumelée (83,7 %) ou un appartement (14,1 %), et plus de 70 % des répondants de chaque groupe d’âge ou de chaque sexe étaient mariés ou vivaient avec un conjoint de fait, à l’exception des femmes âgées (46,0 %). En ce qui concerne le statut socioéconomique, 2,5 % des participants avaient une 8e année ou moins, 13,6 % étaient titulaires d’un diplôme d’études secondaires ou de l’équivalent, 38,6 % avaient effectué des études postsecondaires (diplôme technique, collège, université), et 38,5 % avaient un diplôme universitaire. Les participants se trouvaient le plus souvent dans la catégorie de revenus de 50 000 à 100 000 $ (36,4 %). En outre, 6,8 % des participants se trouvaient dans la catégorie de revenus inférieure, soit moins de 20 000 $, et 11,3 % dans la catégorie supérieure, soit plus de 150 000 $. Soulignons que les femmes âgées étaient sur-représentées dans dans les catégories de revenus inférieures comparativement aux hommes âgés et aux jeunes des deux sexes. Toutefois, aucune différence correspondante n’a été constatée sur le plan de l’éducation.
Dans la discussion suivante, nous traiterons plus longuement des caractéristiques des participants au début de l’étude et nous fournirons un aperçu des données disponibles sur la cohorte de suivi. Finalement, nous illustrerons comment les données de l’ÉLCV pourront être utilisées pour faire progresser le programme de recherche sur la santé et le vieillissement au Canada.
Santé, maladies chroniques et capacités fonctionnelles
Il est bien connu que la prévalence des maladies chroniques augmente avec l’âge (Broemeling, Watson, Prebtani & Comité directeur sur les résultats de santé du Conseil canadien de la santé, 2008; Elmslie, Reference Elmslie2012; Ramage-Morin, Shields et Martel, Reference Ramage-Morin, Shields and et Martel2010) et que de nombreuses personnes âgées souffrent de plus d’une maladie chronique (Marengoni et al., Reference Marengoni, Angleman, Melis, Mangialasche, Karp and Garmen2011). De plus, les capacités fonctionnelles, qui impliquent par exemple la vision, l’ouïe, ou la mobilité, et qui affectent l’aptitude à accomplir les activités quotidiennes, diminuent avec l’âge. La prévention des maladies chroniques ou le report de leur apparition, l’atténuation des répercussions de la maladie et de l’invalidité ainsi que le ralentissement du déclin fonctionnel visant à assurer le maintien de l’autonomie le plus longtemps possible, constituent donc des domaines d’intérêt importants et des pistes pour des recherches ultérieures. Le vieillissement de la population force les responsables des politiques à se pencher sur ces questions. Bien qu’il ait été clairement démontré que c’est l’utilisation accrue des services, et non la population âgée en tant que telle (Denton et Spencer, Reference Denton and et Spencer2010), qui occasionne des dépenses en matière de soins de santé, la nécessité d’offrir des services de façon efficace et efficiente et de disposer d’un système de soins adapté aux besoins des personnes âgées demeurent des questions pressantes sur le plan des politiques (Hollander, Chappell, Prince et Shapiro, Reference Hollander, Chappell, Prince and et Shapiro2007).
La capacité d'étudier des transitions relatives à la santé et aux capacités fonctionnelles est un aspect central de l’ÉLCV. De nombreuses mesures cliniques et physiologiques sont incorporées dans l’ÉLCV pour permettre l’évaluation de divers aspects liés à la santé, à l’invalidité, et aux capacités fonctionnelles. Par exemple, des informations déclarées sur la santé générale, la santé mentale et le vieillissement réussi sont incluses dans le questionnaire administré par un intervieweur, de même que les conditions chroniques. On utilise fréquemment dans la recherche une mesure déclarée de la santé générale, où les participants sont invités à évaluer leur santé sur une échelle allant de « mauvais » à « excellent », dont l’efficacité pour prédire une vaste gamme de résultats, comme la mortalité, a été démontrée (Idler et Benyamini, Reference Idler and et Benyamini1997). Parmi les 21 241 participants de la cohorte de surveillance, plus de la moitié ont qualifié leur état de santé de très bon ou d’excellent (57,1 %), 29,5 % de bon, et seulement 13,5 % ont déclaré que leur état de santé était passable ou mauvais (tableau 2). Ces proportions étaient remarquablement constantes d’un groupe d’âge et d’un sexe à l’autre.
Caractéristiques liées à l’état de santé autodéclaré des participants à la cohorte de suivi de l’ÉLCV, selon l’âge et le sexe, à la période de référence de 2010 à 2013 (n = 21 241)
Remarque : Tous les pourcentages sont calculés seulement à partir des participants qui ont répondu à la question donnée, et ne tiennent pas compte de ceux qui ne connaissaient pas la réponse ou ont refusé de répondre, ou de ceux qui n’étaient pas concernés par la question.
aL’échantillon de l’ÉLCV fait abstraction de 70 participants qui avaient moins de 45 ans ou plus de 85 ans lors de l’entrevue (ils respectaient l’âge d’admissibilité lors du recrutement).
Des patrons semblables ont été observés en ce qui a trait à l’opinion des gens sur leur santé mentale, leur satisfaction à l’égard de la vie et leur vieillissement en santé. Cependant, une évaluation positive de sa santé n’est pas nécessairement synonyme d’une absence de problème. Lorsqu’on a demandé aux participants à l’ÉLCV s’ils avaient reçu un diagnostic de maladie chronique de la part d’un professionnel de la santé, les problèmes les plus fréquemment déclarés étaient l’hypertension (38,2 %), les allergies (37,1 %), les cataractes (24,8 %), les problèmes de dos (24,5 %), le diabète (16,7 %), l’arthrose du genou (16,1 %) et les troubles de l’humeur (14,7 %) [tableau 3]. La prévalence de nombreux problèmes de santé était considérablement plus élevée dans certaines catégories d’âge ou de sexe par exemple, les maladies cardiaques chez les hommes âgés, les migraines chez les femmes et les cataractes chez les personnes âgées. En ce qui concerne le processus de vieillissement, il est important de comprendre la relation entre les mesures subjectives et objectives de santé, leur évolution au fil du temps et avec l’âge, ainsi que les facteurs qui précipitent cette évolution.
Caractéristiques liées aux maladies chroniques et aux capacités fonctionnelles des participants à la cohorte de suivi de l’ÉLCV, selon l’âge et le sexe, à la période de référence de 2010 à 2013 (n = 21 241)
Remarque : Tous les pourcentages sont calculés seulement à partir des participants qui ont répondu à la question donnée, et ne tiennent pas compte de ceux qui ne connaissaient pas la réponse ou ont refusé de répondre, ou de ceux qui n’étaient pas concernés par la question.
aL’échantillon de l’ÉLCV fait abstraction de 70 participants qui avaient moins de 45 ans ou plus de 85 ans lors de l’entrevue (ils respectaient l’âge d’admissibilité lors du recrutement).
Les capacités fonctionnelles peuvent être étudiées de différents points de vue, par exemple ceux de la mobilité et de la fonction sensorielle. Parmi les participants à la cohorte de surveillance de l’ÉLCV, 10,9 % ont indiqué avoir du mal à monter et à descendre des escaliers seuls, et 8,9 %, avoir de la difficulté à marcher sur une distance de deux ou trois pâtés de maisons (tableau 3). En ce qui concerne la fonction auditive, plus du tiers des participants (37,6 %) ont indiqué qu’ils trouvaient difficile de suivre une conversation lorsqu’il y a un bruit de fond (télévision, radio, enfants qui jouent) malgré le port d’un appareil auditif. Finalement, bien que la grande majorité des participants aient jugé leur vision comme bonne, très bonne ou excellente, 8,9 % l’ont évaluée comme passable, mauvaise ou nulle.
Lorsqu’on examine ces données en relation avec des caractéristiques sociodémographiques, des facteurs liés au mode de vie, l’engagement social et les services sociaux, ainsi que d’autres facteurs, l’ÉLCV constitue une source abondante de données qui permet d’aborder une grande variété de questions intéressantes sur le plan de la pratique clinique et des politiques : Quels facteurs (p. ex. dans l’environnement social ou physique) sont indicateurs d’un déclin fonctionnel? Quelles répercussions les grands événements de la vie (p. ex. l’apparition d’une maladie ou la perte d’un conjoint) ont-ils sur la santé et les trajectoires fonctionnelles? Quels facteurs (p. ex. d’ordre médical ou social) protègent du déclin fonctionnel ou de l’apparition de certaines maladies chroniques, et comment cet effet varie-t-il chez différentes sous-populations (p. ex. niveaux de revenu, genres, groupes ethniques)? Quelles sont les répercussions des trajectoires liées à la santé et aux capacités fonctionnelles sur l’engagement et la participation, par exemple la participation sociale et au marché du travail?
Travail, vieillissement, retraite et santé
Chez les Canadiens de 55 ans et plus, le taux d’emploi a augmenté de façon significative au cours des dernières années. En effet, de 1997 à 2010, il a augmenté de 9 % chez les hommes et de 13 % chez les femmes. En fait, en 2012, on estimait qu’une personne de 65 à 70 ans sur quatre était toujours sur le marché du travail, comparativement à environ 11 % dix ans plus tôt12. La participation accrue des groupes âgés ainsi que la diminution relative de la participation des jeunes travailleurs contribuent au vieillissement de la main-d’œuvre : en 2010, plus d’un travailleur sur six avait 55 ans ou plus.
La nature de la main-d’œuvre âgée connaît aussi des changements. En effet, de nombreux travailleurs âgés qui laissent un emploi qu’ils occupaient depuis longtemps ne prennent pas leur retraite pour autant. Plus de la moitié des travailleurs de 55 à 64 ans qui ont quitté un emploi de longue durée entre 1994 et 2000 ont été réembauchés au cours des dix années suivantes (Bonikowska et Schellenberg, Reference Bonikowska and et Schellenberg2014). La plupart de ces nouveaux emplois étaient à temps partiel, de sorte que la proportion de travailleurs à temps partiel qui ont 55 ans et plus a presque doublé pour atteindre 20 % depuis le milieu des années 1990.
Grâce aux données de l’ÉLCV, nous pouvons étudier l’impact de ces changements liés au travail et à la retraite, en combinaison avec d’autres facteurs comme le soutien social et les attentes en matière de soins sur le vieillissement en santé. Sur les 21 241 participants qui ont répondu au questionnaire téléphonique de l’ÉLCV, 9 839 (46,7 %) ont indiqué être complètement retraités, la majorité d’entre eux se trouvant dans le groupe 55 et plus âgés. Pour leur part, 2 250 autres personnes (10,7 %) ont dit être semi-retraitées (tableau 4). La majorité des participants retraités ont indiqué que leur départ à la retraite était volontaire, mais près du quart ont précisé que des questions de santé, d’incapacité ou de stress avaient motivé leur décision (plus de 30 % des participants de 45 à 64 ans, et près de 20 % de ceux de 65 à 85 ans). Chez les 65 à 85 ans, 26,7 % des hommes et 16,6 % des femmes qui avaient pris leur retraite ont dit être retournés sur le marché du travail. Parmi les participants non retraités, environ 90 % des hommes et des femmes de 45 à 64 ans ont indiqué qu’ils travaillaient actuellement, et environ une personne sur six a declaré avoir plus d'un emploi rémunéré. Chez les participants de 65 à 85 ans, 94,7 % des hommes et 75,5 % des femmes qui n’étaient pas à la retraite ont dit qu'ils travaillaient actuellement, et 21,5 % des hommes et 12,8 % des femmes ont déclaré détenir plus d’un emploi rémunéré.
Caractéristiques liées à la situation de travail et de retraite des participants à la cohorte de suivi de l’ÉLCV, selon l’âge et le sexe, à la période de référence de 2010 à 2013 (n = 21 241)
Remarque : Tous les pourcentages sont calculés seulement à partir des participants qui ont répondu à la question donnée, et ne tiennent pas compte de ceux qui ne connaissaient pas la réponse ou ont refusé de répondre, ou de ceux qui n’étaient pas concernés par la question.
aL’échantillon de l’ÉLCV fait abstraction de 70 participants qui avaient moins de 45 ans ou plus de 85 ans lors de l’entrevue (ils respectaient l’âge d’admissibilité lors du recrutement).
L’ÉLCV comporte un module exhaustif sur la retraite comprenant l’âge à la retraite, la situation du conjoint relativement à la retraite, les raisons du départ à la retraite, la préparation à la retraite, le retour au travail, les raisons du retour au travail et le type de travail. Pour tous les participants, le module sur la population active recueille des données touchant les caractéristiques de l’emploi actuel ou le plus récent (pour les retraités) ainsi que l'emploi occupé le plus longtemps. Pour les participants non retraités, des renseignements sont aussi recueillis sur la situation professionnelle actuelle et, le cas échéant, la raison pour laquelle le sujet n’occupe pas d’emploi,que ce soit parce qu’il n’occupe pas actuellement un emploi ou parce qu’il n’a jamais travaillé. L’ÉLCV comporte aussi un module sur la planification de la retraite s’adressant aux répondants non retraités.
Grâce l’abondance des données de l’ÉLCV sur les caractéristiques sociodémographiques et psychologiques, l’environnement social, la santé physique, la capacité physique et les blessures, les chercheurs pourront étudier des thèmes comme l’incapacité chez les retraités ainsi que les antécédents professionnels, les facteurs associés à la perte d’emploi en raison de problèmes de santé, la fonction cognitive à la retraite en lien avec les antécédents professionnels, l’état de santé et le retour sur le marché du travail après la retraite, la prestation de soins et le travail, et beaucoup d'autres questions.
Isolement social et vieillissement
L’isolement social est un phénomène répandu qui touche de plus en plus de personnes âgées au Canada (Hall, Reference Hall2004; MacCourt, Reference MacCourt2007). Il s’agit d’un concept multidimensionnel souvent caractérisé par la rareté et la mauvaise qualité des contacts humains qui prend en considération le nombre de contacts sociaux et leur type, le sentiment d’appartenance, l’engagement envers les autres et d’autres attributs connexes (Conseil national des aînés, 2014a; Nicholson, Reference Nicholson2008). L’isolement social recoupe certains autres concepts comme la solitude et l’engagement social. On a estimé qu’environ 24 % des Canadiens de 65 ans et plus souhaiteraient avoir plus de contacts informels, et qu’au moins 10 % souffriraient de solitude (Centre de toxicomanie et de santé mentale, 2010; Conseil national des aînés, 2014b).
Les recherches commencent à peine à discerner les facteurs de risque et de protection associés à l’isolement social et à des concepts connexes comme la solitude, ainsi que les trajectoires et processus sous-jacents. Voici quelques-uns des facteurs de risque et caractéristiques en cause (dont certains sont immuables et d’autres pas) : l’âge avancé; le veuvage; le fait de vivre seul; un faible revenu; le fait de ne pas avoir d’enfants; les problèmes de santé sporadiques ou chroniques (santé mentale ou physique), ou l’apparition tardive ou liée à l’âge d’affections comme l’incontinence, et particulièrement la multimorbidité; l’accès limité à un mode de transport et aux services et programmes communautaires; la peur, les préjugés ou l’âgisme; la pénurie de logements abordables et d’options de soins; la perte du sentiment d’appartenance à la collectivité; et enfin, les défis relatifs à la technologie (coûts, culture technologique, aisance), incluant notamment les systèmes téléphoniques, les ordinateurs et les médias sociaux (Hall, Reference Hall2004; MacCourt, Reference MacCourt2007; Nicholson, Reference Nicholson2008).
En outre, les recherches ont permis de cibler plusieurs groupes importants qui sont particulièrement vulnérables à l’isolement social et à la solitude, notamment les personnes âgées aux prises avec des problèmes de santé physique et mentale (p. ex. la maladie d’Alzheimer ou un autre type de démence, ou des maladies chroniques concomitantes); celles appartenant à une minorité ethnique comme les Autochtones ou les immigrants (problèmes de maîtrise de la langue, séparation de la famille, dépendance financière, discrimination); les personnes âgées lesbiennes, gaies, bisexuelles ou transgenres; les personnes âgées à faible revenu; et enfin, les proches-aidants. Cependant, il existe encore de nombreuses lacunes dans les connaissances que les données de l’ÉLCV aideront à combler afin que les chercheurs puissent mieux comprendre comment l’isolement social façonne les processus sociaux et de santé liés au vieillissement, et de quelles manières nous pouvons atténuer ces problèmes lorsqu’ils surviennent.
Le tableau 5 présente des données descriptives sélectionnées portant sur plusieurs dimensions importantes du soutien et des réseaux sociaux tirées des données de référence sur les participants à la cohorte de surveillance de l’ÉLCV. Ces données comprennent des indicateurs utiles de l’isolement social et des contacts sociaux, par exemple, la composition du ménage; le nombre de confidents; la participation communautaire; la perception du bonheur, de la dépression, de la solitude, de l’amour et de l’affection; le fait d’avoir de la compagnie pour faire des activités agréables; et le souhait de pratiquer plus d’activités. Dans l’ensemble, les participants à la cohorte de surveillance de l’ÉLCV ont dit profiter de réseaux de soutien relativement solides et gratifiants, être relativement engagés socialement, être peu isolés et ressentir peu de solitude. Il existait toutefois une certaine variation entre les groupes d’âge et entre les sexes. Par exemple, le nombre moyen de personnes supplémentaires dans le ménage diminuait avec l’âge et était plus bas pour les femmes âgées que pour leurs homologues masculins : il était respectivement de 1,5 et 1,7 chez les femmes et les hommes de 45 à 64 ans, comparativement à 0,7 et 1,0 chez les femmes et les hommes de 65 à 85 ans. En outre, bien que la plupart des participants se soient dits heureux et satisfaits de leurs relations interpersonnelles et aient signalé de faibles taux de solitude et de dépression, il semble exister des besoins non comblés en matière de participation sociale, particulièrement dans les années qui précèdent le troisième âge. Comme l’illustre le tableau 5, 46,6 % des femmes de 45 à 64 ans et 43,8 % des hommes de la même tranche d’âge ont dit souhaiter prendre part à plus d’activités; tandis que 32,3 % des femmes de 65 à 85 ans et 28 % des hommes de 65 à 85 ans ont fait part de besoins non comblés sur le plan de la participation sociale. Cependant, cette tendance liée à l’âge semble inversée lorsque l’on examine le fait d’avoir de la compagnie pour pratiquer des activités agréables. En effet, 16,1 % des femmes et des hommes de 45 à 64 ans ont dit avoir de la compagnie de temps en temps, parfois ou jamais pour faire des activités agréables, comparativement à 18,3 % des femmes de 65 à 85 ans et à 17,2 % des hommes de 65 à 85 ans. Bien que ces données ne fassent qu’effleurer les problèmes de l’isolement social et de la solitude et les liens qui les unissent aux trajectoires de santé, elles laissent présager un énorme potentiel de recherche.
Caractéristiques liées au soutien social et aux réseaux sociaux des participants à la cohorte de suivi de l’ÉLCV, selon l’âge et le sexe, à la période de référence de 2010 à 2013 (n = 21 241)
Remarque : Tous les pourcentages sont calculés seulement à partir des participants qui ont répondu à la question donnée, et ne tiennent pas compte de ceux qui ne connaissaient pas la réponse ou ont refusé de répondre, ou de ceux qui n’étaient pas concernés par la question.
aL’échantillon de l’ÉLCV fait abstraction de 70 participants qui avaient moins de 45 ans ou plus de 85 ans lors de l’entrevue (ils respectaient l’âge d’admissibilité lors du recrutement).
Pour concevoir les causes et les conséquences de l’isolement social (entre autres de la solitude), il peut être utile de les inscrire dans un cadre de résilience. On peut définir la résilience comme un processus d’adaptation dynamique par lequel une personne recourt à ses traits individuels, aux caractéristiques de son environnement et à ses ressources internes et externes dans l’adversité (Ungar, Reference Ungar2011). En ce sens, l’isolement social chez les personnes âgées doit être considéré comme un processus multidimensionnel résultant du parcours de vie de chacun tout en étant ancré dans la communauté, le quartier et le ménage.
Plusieurs questions de recherche susceptibles d’améliorer notre compréhension de l’isolement social pourront être étudiées grâce aux données de référence des participants à la cohorte de suivi de l’ÉLCV, notamment, : Quels sont les facteurs de risque et les corrèlats de l’isolement social chez les personnes âgées (p. ex. santé mentale et physique, prestation de soins et isolement)? Quels sont les principaux facteurs de risque et de protection pour les personnes âgées les plus isolées (c.-à-d. les groupes les plus vulnérables)? Quels sont les facteurs de risque et de protection de l’isolement social les plus susceptibles d’être modifiés? Quelles sont les dynamiques structurelles d’un modèle d’isolement social et de solitude?
À long terme, les données longitudinales de l’ÉLCV pourront servir à répondre à plusieurs autres questions : Quelles sont les trajectoires qui mènent vers l’isolement social et quelles sont les voies pour en sortir? Quels sont les liens réciproques (cycliques) entre, d’une part, la santé mentale et physique ainsi que les rôles assumés ou les transitions vécues (p. ex. prestation de soins, décès du conjoint) et, d’autre part, l’isolement social et la solitude? Comment la résilience protège-t-elle de l’isolement social? Quels sont les facteurs modifiables les plus importants pouvant réduire le risque d’isolement social et de solitude et préserver l’engagement social?
Conclusions
Tandis que l’âge moyen de la population continue d’augmenter dans la majorité des pays, notre attention se tourne vers la compréhension du processus de vieillissement et les façons d’assurer un vieillissement réussi aux personnes et aux populations. La population du Canada vieillit rapidement en raison de la génération du baby-boom, qui se trouve maintenant dans les tranches d’âge supérieures de la population, ainsi que de l’espérance de vie qui augmente. Simultanément, la population âgée devient de plus en plus diversifiée en ce qui a trait au statut d’immigration, à la composition ethnoculturelle, aux antécédents familiaux, à la sécurité économique, aux réseaux de soutien, à l’orientation sexuelle et à l’identité de genre, ainsi qu’en regard d’autres déterminants importants de la santé. Afin d'améliorer notre compréhension des relations causales menant aux événements indésirables ou aux résultats favorables et de répondre aux besoins de la population âgée d'aujourd'hui et de demain, il ya un besoin urgent d'information longitudinale de haute qualité, basée sur la population. L’Étude longitudinale canadienne sur le vieillissement est une ressource riche qui nous permet d’étudier concrètement les déterminants dynamiques du changement chez une personne ainsi que les différences d’une personne à l’autre au fil du temps, au lieu de simplement décrire les changements dans le temps. L’étude deviendra de plus en plus utile, tant pour les scientifiques que les décideurs, à mesure que les données de référence sur les participants à la cohorte globale (notamment les données sur les évaluations physiques et les échantillons biologiques) seront mises à la disposition du milieu de la recherche dans un avenir rapproché et, également, à mesure que les données longitudinales répétées sur les participants de la cohorte de surveillance et de la cohorte globale seront rendues disponibles au cours des prochaines décennies.