Introduction
L’insomnie se caractérise par une insatisfaction liée à la qualité ou à la quantité de sommeil en raison d’une difficulté d’initiation ou de maintien du sommeil causant un impact significatif sur le fonctionnement de la personne (Crocq et al., Reference Crocq, Guelfi and American Psychiatric2015). La prévalence de ces symptômes oscille entre 30 et 36 % dans la population générale (Morin et Jarrin, Reference Morin and Jarrin2022). Au Canada, elle affecte entre 16 et 28 % des personnes de 65 ans et plus (Chaput et al., Reference Chaput, Yau, Rao and Morin2018). Elle est associée à une augmentation du risque de problèmes de santé mentale tels que l’anxiété et la dépression ainsi que d’autres maladies, dont l’hypertension, le diabète et les troubles cognitifs (Morin et Jarrin, Reference Morin and Jarrin2022). Elle est aussi associée à une réduction de la qualité de vie (Zhao et al., Reference Zhao, Zhang, Wu, Yang, Xie, Jia, Li and Su2019).
Selon les lignes directrices, le traitement de première intention de l’insomnie chez les personnes âgées est la thérapie cognitivo-comportementale (TCC). La TCC réduit efficacement les symptômes de l’insomnie et permet l’atteinte d’une rémission complète chez près de 50 à 60 % des patients (Dang Vu et Morin, Reference Dang Vu and Morin2019). La pharmacothérapie est un traitement de seconde intention en raison de l’incidence d’effets indésirables plus élevée que la TCC (Dang Vu et Morin, Reference Dang Vu and Morin2019). Malgré qu’il s’agisse d’un traitement de seconde intention, la pharmacothérapie, médicaments et produits naturels, est fréquemment prescrite pour traiter l’insomnie. Au Canada, 10 % des adultes souffrant d’insomnie ont recours à des médicaments sous ordonnance, 9 % à des produits de santé naturels (PSN) et 5,7 % à des médicaments de vente libre (Morin, Belleville et al., Reference Morin, Belleville, Belanger and Ivers2011). Selon l’enquête du Canadian Alcohol and Drugs Survey en 2019, 13,2 % des personnes âgées de 65 ans et plus ont une ordonnance d’hypnotique. Cette proportion est en diminution par rapport aux données de l’enquête de 2017 (16,5 %) (Canadian Centre on Substance Use and Addiction, 2022).
Le sommeil est une expérience éminemment subjective avec une variabilité interindividuelle. La mesure de l’efficacité des médicaments et des PSN chez les personnes âgées pour traiter l’insomnie dans ce contexte demeure donc un défi. La polysomnographie (PSG) est un outil objectif servant à mesure les caractéristiques et l’architecture du sommeil. Souvent effectuée en laboratoire, elle est cependant loin de l’environnement naturel de sommeil de la personne et elle est difficilement praticable à grande échelle. Les essais cliniques utilisent donc souvent des questionnaires validés tels que l’Index de Sévérité de l’Insomnie (ISI) (Morin, Belleville et al., Reference Morin, Belleville, Belanger and Ivers2011) pour évaluer l’efficacité des médicaments et PSN (Kuriyama et Tabata, Reference Kuriyama and Tabata2017). L’ISI est un outil validé de mesure de l’insomnie (Patrick et al., Reference Patrick, Burke, Powers, Scott, Rock, Dawisha, O’Neill and Kennedy2007). Il a une validité interne élevée (α Cronbach entre 0,90 et 0,91) et une corrélation interindividuelle entre 0,5 et 0,85. Lorsque le seuil de l’échelle est fixé à 11 points, la sensibilité de l’ISI est de 97,2 % et la spécificité de 100 % (Morin, Belleville et al., Reference Morin, Belleville, Belanger and Ivers2011).
Les organismes régulateurs dont la Food and Drug Administration et l’Agence européenne des médicaments soulignent que des patient-reported outcome measures (PROM) sont nécessaires pour évaluer l’efficacité des traitements médicaux dans les essais cliniques (Patrick et al., Reference Patrick, Burke, Powers, Scott, Rock, Dawisha, O’Neill and Kennedy2007). En 2013, plus de 50 patients, défenseurs des patients, chercheurs, cliniciens, décideurs publics et représentants de la santé publique et les agences de régulation se sont rassemblés pour créer les accords de Montréal. Ces accords visent l’harmonisation et l’accélération de l’usage des patient-reported outcomes (PRO) afin d’améliorer les décisions sanitaires et la santé des populations (Bartlett et Ahmed, Reference Bartlett and Ahmed2017). Les PROM sont des mesures rapportées directement par les patients, sans l’interprétation des cliniciens ou toute autre personne (Weldring et Smith, Reference Weldring and Smith2013). À ce titre, le développement de PROM se fonde sur les perceptions des patients (US FDA, 2009). Les PROM doivent être conçus avec l’apport direct des patients. Cet apport direct des patients est recueilli par de la recherche qualitative menée auprès d’un groupe de patients représentant le trouble ou la maladie idéalement avec divers degrés de sévérité pour identifier les concepts pertinents d’intérêt pour cette population. L’approche qualitative est vitale pour établir la validité du contenu du PROM (Kosinski et al., Reference Kosinski, Nelson, Stanford, Flom and Schatz2024). Le développement d’un outil PROM à partir de cette recherche de méthode mixte qualitative et quantitative permettra d’apporter des éléments d’évaluation complémentaires aux échelles validées comme l’ISI.
Afin de développer un PROM pour l’insomnie chez les personnes âgées, il faut explorer directement les perceptions et attentes des personnes souffrant d’insomnie. Plusieurs études qualitatives ont exploré la perception du médicament et son utilisation (Barter et Cormack, Reference Barter and Cormack1996; Cheung et al., Reference Cheung, Bartlett, Armour, Laba and Saini2018 ; Moloney, Reference Moloney2017). En outre, aucune de ces études n’a regardé les attentes par rapport à l’efficacité ; les participants étaient généralement jeunes et les femmes étaient surreprésentées. Or, la population âgée sous-représentée (Cheung et al., Reference Cheung, Bartlett, Armour, Laba and Saini2018; Moloney, Reference Moloney2017) est particulièrement vulnérable en regard à l’insomnie. De plus, les perceptions sur les PSN sont rarement explorées, bien qu’ils soient utilisés presque aussi fréquemment que les médicaments. Les données qualitatives actuellement disponibles sont donc insuffisantes pour permettre le développement d’un PROM pour l’insomnie.
Par conséquent, la présente étude a comme objectif principal l’exploration des attentes et des perceptions des personnes âgées par rapport aux médicaments et aux PSN pour le traitement de l’insomnie. Les perceptions en fonction du sexe seront également explorées, car des études montrent que le sexe influence les perceptions par rapport à la santé (Downing et Nevill, Reference Downing and Nevill1983; Pudrovska, Reference Pudrovska2015). Finalement, les perceptions selon l’expérience antérieure avec les hypnotiques et la sévérité de l’insomnie seront aussi explorées.
Méthode
Devis
La présente étude a adopté une méthode mixte concurrente non séquentielle qualitative et quantitative. Puisque notre approche visait à explorer notre cadre théorique, les données qualitatives ont été priorisées; les données qualitatives et quantitatives proviennent des mêmes participants. Nous avons suivi les recommandations COREQ pour rapporter les trouvailles de notre étude. La liste complète des items couverts se retrouve dans le matériel supplémentaire. L’intégration des deux méthodes a permis d’élargir et approfondir le sujet d’étude. Les données quantitatives ont permis d’évaluer l’insomnie au moyen d’un questionnaire validé alors que la partie qualitative permet d’ouvrir sur les perceptions et attentes par rapport aux médicaments et PSN. Les perceptions faisaient référence aux points de vue des participants. Les attentes référaient à leurs désirs, espoirs et exigences. La combinaison est la stratégie retenue d’intégration des méthodologies qualitatives et quantitatives. « La combinaison indique l’utilisation d’une méthode de manière subsidiaire par rapport à une autre afin d’accroître la validité de cette dernière. Il existe une combinaison méthodologique visant à obtenir un seul type de résultat à partir de la dernière méthodologie utilisée. »
Cadre conceptuel de la problématique
Cette étude visait l’élargissement du champ de connaissances sur les perceptions et attentes par rapport au traitement pharmacologique de l’insomnie. Le traitement pharmacologique comprenait les médicaments et les PSN. Les études antérieures ont souligné les conflits et dilemmes affligeant autant les utilisateurs que les prescripteurs d’hypnotiques. Les utilisateurs étaient déchirés entre la prise d’hypnotiques afin d’améliorer leur sommeil, le désir d’un sommeil naturel sans médicament et les risques de dépendance et effets indésirables. Pour leur part, les prescripteurs hésitaient devant les demandes de traitements pour l’insomnie de leurs patients et les effets indésirables des hypnotiques (Barter et Cormack, Reference Barter and Cormack1996; Cheung et al., Reference Cheung, Bartlett, Armour, Laba and Saini2018; Moloney, Reference Moloney2017).
Afin d’élargir le champ de connaissances, nous nous sommes éloignés de ces conflits déjà explorés auparavant pour étudier les perceptions des personnes âgées souffrant d’insomnie sur les indications motivant l’usage d’un traitement pharmacologique. Une fois les indications connues, nous avons examiné leurs attentes en lien avec les bénéfices et risques de ces traitements. Enfin, nous avons approfondi les attentes afin de dégager les critères d’efficacité et d’inefficacité pouvant servir à évaluer les traitements pharmacologiques. Bien entendu, le traitement ne pouvait pas se dissocier du problème de santé. Nous avons donc étudié la perception du sommeil satisfaisant et de l’insomnie. Comme la population de l’étude est âgée, le vieillissement est un concept distinct qu’il importait de s’attarder. En effet, les changements dans le sommeil survenant avec le vieillissement sont aujourd’hui bien décrits (Feinsilver, Reference Feinsilver2021). La Figure 1 présente le cadre conceptuel ayant permis le développement de l’étude.
Cadre conceptuel de l’étude.

Participants
Dans les études qualitatives, la taille d’échantillon est atteinte lorsqu’il y a saturation des thématiques, c’est-à-dire lorsqu’aucune nouvelle thématique n’émerge des entrevues. Selon l’étude de Fofana et collaborateurs (Reference Fofana, Bazeley and Regnault2020), la saturation de la thématique principale peut être atteinte après 12 entrevues (Fofana et al., Reference Fofana, Bazeley and Regnault2020). Nous avons divisé les participants en deux groupes, ceux qui prennent des hypnotiques et ceux qui n’en prennent pas. Par conséquent, notre échantillon devait compter 24 personnes, soit 12 dans chaque groupe. En effet, nous avons estimé qu’environ 20 à 30 entrevues seraient suffisantes pour atteindre une saturation des thèmes en se basant sur des études antérieures (Lin et al., Reference Lin, Lin and Sun2022) [n=17] (Moloney, Reference Moloney2017) [n=27] (Barter et Cormack, Reference Barter and Cormack1996) [n=11] ainsi que sur des lignes directrices (Creswell et Creswell, Reference Creswell and Creswell2023).
Critères d’inclusion : Les participants devaient être des personnes âgées de 65 ans et plus ayant un diagnostic d’insomnie ou souffrant d’insomnie selon la définition de la 3e édition Classification Internationale des Troubles du Sommeil (ICSD-3) (Sateia, Reference Sateia2014).
Critères d’exclusion : Les personnes présentant un trouble neurocognitif modéré à sévère selon une évaluation par un clinicien étaient exclus, car la sévérité des déficits cognitifs à ces stades pouvait potentiellement affecter la capacité de la personne à comprendre les questions et à y répondre adéquatement. Les personnes hospitalisées étaient exclues, car l’expérience du sommeil en milieu hospitalier peut teinter le contenu des entrevues.
Le projet de recherche fut approuvé par le comité scientifique et d’éthique de la recherche du CHUM.
Équipe de recherche
L’équipe de recherche est composée de plusieurs chercheurs dans le domaine de la gériatrie, neurologie, psychologie et pharmacie avec des expertises et expériences variées et complémentaires en sommeil.
Procédure et outils de collecte des données quantitatives
Un recrutement de convenance s’est déroulé dans la clinique externe de gériatrie du Centre Hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), dans une pharmacie d’officine, au travers de centres communautaires et dans des résidences pour personnes âgées entre le 1er mai 2022 et le 31 janvier 2023. Les participants potentiels avec un diagnostic d’insomnie étaient identifiés par les médecins-gériatres, infirmières, pharmaciens et intervenant des ressources communautaires. Les intervenants de ces milieux effectuaient le premier contact avec les participants potentiels qui étaient ensuite dirigés vers le chercheur principal. Il les a appelés pour expliquer les objectifs de la recherche et convenir d’un moment pour une rencontre en face à face. Les participants ne connaissaient pas le chercheur au préalable. Les participants pouvaient utiliser ou non des hypnotiques pour l’insomnie. L’usage d’hypnotique pouvait influencer la perception et les attentes envers les médicaments et PSN. Pour cette raison, le recrutement a été stratifié en deux groupes en fonction de l’usage d’hypnotique. Nous avons aussi visé d’être en zone paritaire entre 40 et 60 % d’hommes et de femmes dans l’ensemble de la population de l’étude. Pour y arriver, nous avons procédé à un échantillonnage non probabiliste par quotas.
L’aptitude à consentir à la présente étude fut évaluée pour tous les participants au moment d’obtention de la signature de consentement à la participation. Après l’obtention du consentement, les participants ont répondu à trois questionnaires:
Questionnaire sociodémographique et de santé générale: Un premier questionnaire portait sur des données sociodémographiques (âge, sexe, genre, situation familiale, niveau d’éducation, habitudes de vie, milieu de vie, race). Le sexe se référait au sexe biologique à la naissance, alors que le genre renvoyait aux rôles, aux comportements, aux expressions et aux identités que la société construit pour les hommes, les femmes, les filles et les garçons. Des données sur la présence de troubles de l’humeur, du sommeil, cognitif, de maladie cardiovasculaire, pulmonaire ou d’hypertrophie bénigne de la prostate ont également été colligées lors du questionnaire standardisé verbal effectué avant l’entrevue semi-structurée. Ces antécédents ont été choisis, car ce sont de facteurs de risque ou ont été associés à l’insomnie (Morin et Jarrin, Reference Morin and Jarrin2022; Sweetman et al., Reference Sweetman, Osman, Lack, Crawford and Wallace2023). Les données sociodémographiques servaient à caractériser la population de l’étude. Les médicaments considérés comme des hypnotiques étaient les benzodiazépines, les substances apparentées aux benzodiazépines (ex.: zopiclone), la mirtazapine, la doxépine, la trazodone, les antihistaminiques de première génération (ex.: diphenhydramine), les antagonistes des récepteurs des orexines (ex.: lemborexant), et la quétiapine (De Crescenzo et al., Reference De Crescenzo, D’Alo, Ostinelli, Ciabattini, Di Franco, Watanabe, Kurtulmus, Tomlinson, Mitrova, Foti, Del Giovane, Quested, Cowen, Barbui, Amato, Efthimiou and Cipriani2022). Les substances considérées PSN pour le traitement de l’insomnie sont la mélatonine, la valériane et la passiflore. Pour être considéré comme un hypnotique, le participant doit affirmer explicitement prendre le médicament pour traiter l’insomnie. Afin d’obtenir des informations sur le sommeil, une estimation subjective moyenne des participants pour les 30 derniers jours pour le temps de latence avant l’endormissement et la durée totale du sommeil a été collectée.
ISI (version française) : un outil validé, développé par Bastien et collaborateurs (2001), permet d’évaluer la sévérité des composantes nocturnes et diurnes de l’insomnie (Bastien et al., Reference Bastien, Vallieres and Morin2001). L’ISI se compose de 7 questions évaluées par une échelle de Likert en 5 points. Un résultat de 8 à 14 indique une insomnie sous-clinique ou légère, 15 à 21 indique une insomnie modérée et de 22 à 28 indique une insomnie sévère. Dans l’étude, l’ISI a permis d’évaluer l’impact de la sévérité des symptômes d’insomnie sur les perceptions et attentes des personnes âgées. Nous avons aussi comparé les éléments du questionnaire aux thèmes soulevés dans les entrevues (Morin, Belleville, et al., Reference Morin, Belleville, Belanger and Ivers2011).
Montgomery-Asberg Depression Rating Scale (MADRS) (version française) : cet outil validé permet l’évaluation des symptômes dépressifs. Il comporte 10 questions sur une échelle de Likert en 7 points (de 0 à 6). Un score total de 0 à 6 indique aucune dépression, 7 à 19 une dépression légère, 20 à 34 une dépression modérée et 35 ou plus une dépression sévère (Montgomery et Åsberg, Reference Montgomery and Åsberg1979). L’insomnie et la dépression sont souvent présentes en concomitance chez les personnes âgées (Bao et al., Reference Bao, Han, Ma, Wang, Shi, Wang, He, Yue, Shi, Tang and Lu2017). Le MADRS a permis de décrire la présence de symptômes dépressifs dans la population de l’étude.
Procédure et outil de collecte des données qualitatives
Une entrevue individuelle semi-structurée a été réalisée avec chacun des participants. Toutes les entrevues étaient conduites en français. L’interviewer a rencontré les participants à leur domicile, a expliqué les objectifs de l’étude et a établi un lien de confiance. La première partie de l’entrevue comprenant les questionnaires sur les données démographiques, antécédents médicaux, habitudes de vie. Cette partie comprenait aussi les questionnaires d’évaluation du sommeil, de l’insomnie et du MADRS. Les données de cette partie furent colligées sous forme de notes manuscrites. La seconde partie comprenant l’entrevue semi-structurée a été enregistrée avec un dictaphone. Toutes les entrevues ont été réalisées par le premier auteur de l’étude de genre masculin. Il est pharmacien clinicien depuis 2003 avec une expertise clinique en gériatrie et actuellement doctorant à la faculté de médecine de l’Université de Montréal. Il a été formé pour la conduite des entrevues par Dr Philippe Desmarais ayant une expertise en recherche qualitative et de méthode mixte. Les concepts abordés touchaient :
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1. Les perceptions sur un sommeil satisfaisant;
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2. Les perceptions de l’effet du vieillissement sur le sommeil;
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3. Les perceptions sur l’insomnie;
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4. La perception de l’indication et les attentes sur les bénéfices et risques des médicaments;
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5. La perception de l’indication et les attentes sur les bénéfices et risques des PSN;
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6. Les attentes sur l’efficacité des médicaments.
Les questions de l’entrevue semi-structurée ont été systématiquement posées afin d’obtenir les perceptions et attitudes des participants et elles sont rapportées dans le matériel supplémentaire. Pour chaque question, plusieurs sous-questions ont été développées. Les questions et sous-questions ont été développées pour explorer les concepts clés du cadre conceptuel ainsi que pour identifier de nouvelles thématiques en lien avec la problématique d’intérêt. Des pistes étaient fournies aux participants pour stimuler la réflexion seulement lorsque les réponses étaient jugées insuffisantes. En premier lieu, les questions ont fait l’objet d’un test avec des participants volontaires. Des entrevues pilotes ont aussi été menées par le premier auteur sous la supervision de l’auteur sénior. (P. Desmarais)
Analyse des données qualitatives
L’analyse qualitative utilisée s’est fondée sur le Framework method (Gale et al., Reference Gale, Heath, Cameron, Rashid and Redwood2013) En conformité avec cette méthode, les étapes suivantes ont été réalisées :
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1. Transcription : LS et 2 assistants de recherche ont transcrit mot à mot les entrevues. L’interviewer a révisé les transcriptions pour leur exactitude.
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2. Familiarisation : PVQN et LS ont lu les 5 premières transcriptions et ont créé une liste de thèmes. Ces thèmes initiaux ainsi que des thèmes définis a priori à partir du cadre conceptuel ont été développés et organisés pour former le livre de code pour le codage.
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3. Codage : Le codage a été effectué dans un mode inductif et déductif. Les thèmes émergents dans le processus d’analyse ont été ajoutés au livre de code. Le livre de code se retrouve dans le matériel supplémentaire.
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4. Développement d’un cadre d’analyse : Après le codage de 5 transcriptions, PVQN et LS se sont rencontrés pour établir la relation entre les codes pour les regrouper en catégories, puis en thèmes, afin de permettre l’interprétation des perceptions et attitudes dans le discours des participants.
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5. Application du cadre d’analyse : Le cadre d’analyse a été appliqué sur l’ensemble des transcriptions. LS a parcouru l’ensemble des entrevues. Elle a surligné et codé par sujet les segments pertinents avec le logiciel QDA Miner. Pour assurer la rigueur et la validité des analyses, PVQN et LS ont codé 5 entrevues consécutives indépendamment. La corrélation de 7.3 par l’indice Kappa entre PVQN et LS a été mesurée. En effet, Landis et Koch (Reference Landis and Koch1977) considèrent qu’une valeur de kappa entre 0.61 et 0.8 correspond à un accord substantiel. LS a donc continué seule le codage. À chaque intervalle de 5 entrevues, PVQN et LS ont codé indépendamment une entrevue pour réévaluer la corrélation. Les incohérences en ce qui concerne le codage ont été résolues en créant de nouveaux codes ou en clarifiant les règles de codage.
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6. Cartographie des données dans une matrice : Des matrices ont été générées en utilisant le logiciel QDA Miner pour chacun des concepts préétablis.
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7. Interprétation des données : Les données des matrices ont été résumées par l’auteur principal pour chacun des concepts. Il les a réunis en thèmes et sous-thèmes. Il a effectué une analyse transversale des thèmes au travers des concepts. L’analyse transversale a comparé les thèmes des concepts 1, 4 et 5 avec la définition des critères d’efficacité. Cette comparaison a noté la présence ou l’absence de ces thèmes ainsi que l’ajout de nouveaux thèmes. L’étude des regroupements thématiques comprenait deux analyses de sous-groupe. Puisque le sexe influence la perception de la santé (Downing et Nevill, Reference Downing and Nevill1983). Nous avons tout d’abord exploré l’influence du sexe sur les perceptions et les attentes. Comme l’utilisation des hypnotiques pourrait teinter les perceptions et attentes des utilisateurs puisqu’ils en font l’expérience, nous avons aussi examiné comment cela affecte les perceptions et attentes.
Analyse des données quantitatives
Les caractéristiques de la population en fonction de l’usage des hypnotiques ont été rapportées sous forme de moyenne avec l’écart-type et les proportions. Les scores moyens pour les échelles ISI et MADRS ont été rapportés et comparés, à titre exploratoire, en fonction de l’usage d’hypnotiques et le sexe en utilisant le test-t de Student. Ces étapes permettent de générer des hypothèses par rapport aux interactions possibles entre le sexe, l’utilisation d’hypnotiques, les symptômes d’insomnie et les symptômes dépressifs.
Analyse méthode mixte
Dans l’analyse de combinaison, nous avons comparé les thèmes en fonction des résultats du questionnaire de l’ISI. Les résultats du questionnaire de l’ISI ont été séparés en deux groupes, soit les participants avec une insomnie légère (score de 14 et moins) et ceux avec une insomnie modérée à sévère (15 à 28). L’objectif était d’explorer la variation des thématiques en fonction de la sévérité de l’insomnie. Pour faciliter l’analyse des données, nous avons effectué de l’affichage combiné et des comparaisons côte à côte.
Résultats
Données quantitatives
Des entrevues auprès de 24 participants d’un âge moyen de 76 ± 7 ans (étendue entre 65 et 87 ans) dont 14 étaient des femmes (58%) ont été réalisées. L’interviewer était uniquement en présence du participant sauf à deux occasions où il y a avait une personne non participante (conjointe / accompagnateur). Après 24 entrevues, la saturation fut atteinte; aucun nouveau thème émergeant ne fut identifié. L’identité du genre concordait avec le sexe biologique pour l’ensemble des participants. Le nombre moyen de médicaments était de 7 ± 4 par personne. Les principales indications pour la prescription de médicaments étaient cardiovasculaires (n = 18), l’ostéoporose (n = 12), gastro-intestinales (n = 11), l’hypothyroïdie (n = 8), l’analgésie (n = 5) et le diabète (n = 5). Parmi les participants sous hypnotiques, six prenaient le zopiclone, quatre de la mélatonine, trois des benzodiazépines, deux de la trazodone, un la quétiapine et un le lemborexant. Il est à noter que quatre participants prenaient plus d’un hypnotique. Aucun participant n’a reçu un traitement cognitivo-comportemental pour l’insomnie. Les autres caractéristiques sont rapportées au Tableau 1.
Caractéristiques de la population

L’insomnie affectait les participants en moyenne depuis 15 ± 13 ans à raison de 5 ± 2 nuits par semaine. Le temps moyen de latence à l’endormissement était de 1 ± 1 heure et la durée moyenne de sommeil était de 5 ± 2 heures. Le score total moyen obtenu à l’ISI était de 14 ± 5, alors que 54% des participants avaient une insomnie légère, 38%, une insomnie modérée et 8% une insomnie sévère. Pour l’échelle MADRS, le score total moyen était de 8 ± 6, avec aucun symptôme de dépression pour 58% des participants, des symptômes légers de dépression pour 38% et des symptômes modérés de dépression pour 4%.
Les résultats ne montrent pas de différence significative entre les sexes pour les scores à l’ISI (t = -2.05, p = 0.053; moyenne (μ) = 12.3, écart-type (SD) = 3.9 et μ = 16.0, SD = 4.8 pour les femmes et les hommes respectivement) et au MADRS (t = -1.4, p = 0.17; μ = 5.9, SD = 4.6 et μ = 9.5, SD = 7.4 pour les femmes et les hommes respectivement).
Données qualitatives
Les entrevues semi-structurées d’une durée moyenne de 12 minutes et 52 secondes avec un écart-type de 3 minutes (minimum 9 minutes et 59 secondes, maximum 19 minutes et 56 secondes) ont été transcrites et codées. Un total de 308 minutes et 53 secondes d’entrevue ont été collectés.
Concept 1 : Perceptions sur un sommeil satisfaisant
Les thèmes ayant émergé sont l’endormissement, la continuité du sommeil, la quantité de sommeil, les sensations subjectives nocturnes et les impressions au réveil. L’endormissement est défini comme un temps de latence entre 5 et 30 minutes ou la sensation d’endormissement rapide. « Peut-être pas m’endormir immédiatement mais que ça ne tarde pas trop » (Participant 3). Pour la continuité, plusieurs participants définissent le sommeil satisfaisant par l’absence d’éveils nocturnes alors que d’autres en permettent la survenue tant que l’endormissement subséquent soit rapide. Pour la quantité de sommeil, une durée totale d’au moins 5 à 9 heures est considérée satisfaisante. Un bon pointage sur une montre intelligente mesurant les paramètres du sommeil est aussi mentionné. « Quand je vais vérifier sur mon application Fitbit ça me dit 83 de score de sommeil » (Participant 13). Dans les sensations subjectives nocturnes, une impression de sommeil profond, l’absence de pensées, cauchemars ou mouvements nocturnes ou la présence de rêves agréables caractérisent le sommeil satisfaisant. « J’ai passé une bonne nuit, j’ai même pas déplacé mes couvertes » (Participant 19). Pour les impressions subjectives à l’éveil, une sensation de plaisir, de bien-être, de repos, de détente ou d’énergie sont soulignées. « Avoir le plaisir de me réveiller par la suite fraiche et dispos » (Participant 3). Certains le définissent ces impressions par l’absence de sensations particulières comme la fatigue ou la douleur. D’autres souhaitent être capables de se lever plus tôt ou de faire plus d’activités et tâches dans leur journée.
Concept 2 : Perceptions de l’effet du vieillissement sur le sommeil
Les thèmes sont la nature, la vitesse et l’appréciation des changements du sommeil avec le vieillissement. Dans la nature des changements, les participants considèrent que le temps de latence à l’endormissement s’allonge en vieillissant. Le sommeil devient plus léger avec une hausse du nombre d’éveils nocturnes, dont l’endormissement subséquent est plus difficile. « J’ai un sommeil en général léger et en vieillissant, il est de plus en plus léger » (Participant 14). La durée totale du sommeil diminue et l’éveil matinal est plus hâtif. « Je dors moins en vieillissant. (…) C’est toujours la même chose pis je dors moins. Moins. Moins » (Participant 20). Certains attribuent ces changements à l’apparition d’éléments perturbateurs tels que les inquiétudes ou les deuils. Pour la vitesse d’installation, les perceptions divergent. Certains la considèrent graduelle, d’autres brusque et généralement associée à un événement tel que la ménopause, un choc ou la retraite. « Je dormais jusqu’à l’année passée quand on a annoncé à mon mari qu’il avait un cancer » (Participant 4). L’appréciation des changements de la majorité des participants est qualifiée de défavorable.
Concept 3 : Perceptions sur l’insomnie
Les thèmes sont la latence à l’endormissement, la continuité du sommeil, la quantité insuffisante de sommeil, les causes de l’insomnie, les sensations au réveil et les impacts de l’insomnie. La latence à l’endormissement se caractérise par un temps variant de 15 minutes à 3 heures ou seulement défini comme long. Les participants évoquent la présence d’éveils nocturnes souvent longs ou fréquents, parfois liés au besoin d’uriner pour la continuité du sommeil. L’incapacité à se rendormir suite à l’éveil nocturne est aussi soulignée. Une durée totale du sommeil de 2 à 6 heures est considérée insuffisante. Bien qu’ils représentent un symptôme classique de l’insomnie, aucun participant n’a mentionné les réveils matinaux précoces en entrevue.
L’impact physique de l’insomnie se traduit par de l’inconfort au réveil comme de la douleur, des courbatures, sensations de brûlure oculaire et difficultés à la marche. De mauvaises nuits engendrent parfois l’absence de sensation de repos, une baisse d’énergie, de la somnolence diurne, de la fatigue ou une perte d’appétit. « J’ai le goût de me lever, mais j’en aurais pris encore un bout. Mais je suis plus capable de rester couchée à ce moment-là parce que ça me convient plus de rester couché. Mais je sens que j’en aurais eu besoin » (Participant 16). Au niveau mental, l’insomnie cause de l’inquiétude, de l’insatisfaction ou altère l’humeur en provoquant de l’irritabilité, de l’impatience, l’intolérance, de la colère, de l’anxiété ou de l’agitation. « Ça m’arrive de me lever avec une grosse frustration (…) puis t’es pas très satisfait de ta nuit » (Participant 22). Sujets à de mauvaises nuits de sommeil, les participants s’adaptent en mangeant, buvant ou en prenant un médicament. Certains tournent dans leur lit pour tenter de trouver le sommeil. D’autres tentent de se détendre, de lire, de faire des mots cachés, de regarder des vidéos ou par la fenêtre. Le lendemain, ils s’adaptent en buvant du café, en faisant des siestes ou en mettant de l’eau sur le visage.
Concept 4 : Perceptions sur les hypnotiques
Thème : Indication des hypnotiques
Les participants justifient l’initiation d’un hypnotique en raison d’altérations des caractéristiques de leur sommeil ainsi qu’à ses conséquences physiques et mentales. Un hypnotique est indiqué quand le temps de latence de l’endormissement est supérieur à un intervalle de 30 à 180 minutes ou lorsqu’il y a une incapacité à s’endormir au début de la nuit. La survenue d’éveils nocturnes ou l’incapacité de se rendormir après ceux-ci le justifient aussi. Une durée totale du sommeil entre 0 et 4 heures ou une durée tout simplement considérée insuffisante sont d’autres motifs. Un participant en justifie l’usage par la mauvaise qualité de son sommeil et un autre parle d’un sommeil léger. « Le déclencheur c’est parce que je dormais pas des nuits (…) De dormir 2 heures, 3 heures, 4 heures maximum. (…) Des fois je passais des nuits blanches complètement où je croyais pas que je dormais, je dormais éveiller » (Participant 11). Une durée des symptômes entre une semaine et un an justifie l’usage d’hypnotique.
Le médicament s’emploie en raison d’un besoin impérieux de dormir pour des activités le lendemain ou de l’exaspération face à l’insomnie. « Quand la personne ne dort pas et qu’elle sent qu’il faut qu’elle dorme et puis elle n’y arrive pas » (Participant 3). L’échec des traitements non médicamenteux comme la réduction du stress, le cannabis ou les PSN mènent à l’utilisation des médicaments. Le conseil par un professionnel de la santé comme un médecin ou pharmacien en justifie l’emploi. La présence de maux de tête, étourdissements, douleurs, d’un sentiment mal être nuisant au sommeil motivent l’emploi d’hypnotiques. Ils s’utilisent quand l’insomnie cause de la fatigue ou une incapacité fonctionnelle. « Je ne répondais plus de manière cohérente quelquefois » (Participant 3). Ils s’emploient quand une dépression, des idées suicidaires, un discours incohérent ou des deuils sont présents.
De nombreux participants expriment leurs craintes par rapport à la dépendance et l’innocuité des médicaments. « Moi j’ai peur de, de… m’endormir puis de pas me réveiller » (Participant 19). Certains soulignent leur réticence envers les médicaments et d’autres les refusent catégoriquement. « Ma perception, pour moi, c’est que j’essaye d’éviter ça. (…) Pas pour moi » (Participant 14).
Thème : Bénéfices attendus des hypnotiques
Les participants s’attendent à la facilitation de l’endormissement ou une réduction de la latence. Certains ne définissent pas cette réduction alors que d’autres la souhaitent entre 10 et 20 minutes. Ils espèrent un sommeil ininterrompu ou un endormissement rapide après l’éveil nocturne. Des participants souhaitent la hausse de la durée du sommeil sans en préciser l’ampleur et d’autres veulent une durée d’au moins 3 à 7 heures. Certains définissent cette hausse par un éveil matinal après 5h30 et 7 heures. Ils voudraient se sentir reposés, détendus, moins fatigués, d’avoir récupéré et d’être en forme pour faire leurs activités après une nuit de sommeil. Le souhait d’avoir un sentiment de détente, de sérénité ou d’anesthésie durant la nuit est exprimé. Un participant espère une amélioration de la mémoire durant la journée suite à la prise de médicaments. Finalement, certains espèrent simplement bien dormir. Notons qu’un participant affirme ne voir aucun bienfait aux hypnotiques.
Thème : Risques attribués aux hypnotiques
Plusieurs mentionnent le risque de dépendance. Ils craignent d’être incapables de l’arrêter ou de ne plus pouvoir dormir sans lui. « Il ne faut pas devenir esclave de ça » (Participant 3). L’accoutumance est maintes fois mentionnée. « Le risque c’est que peut-être à la longue à force d’en prendre, ça fait moins effet » (Participant 22). Les craintes d’effets indésirables neurologiques comme les troubles de concentration, la perte de mémoire, les chutes, la somnolence, migraine sont exprimées. « Le lendemain, t’es tout croche » (Participant 17). Certains mentionnent le risque de troubles cardiovasculaires et un parle de constipation. Un participant craint que les hypnotiques réduisent sa qualité de vie et deux autres craignent qu’ils engendrent la mort. Le risque d’interaction médicamenteuse est mentionné. Certains affirment que les effets indésirables sont surtout présents en surdose ou qu’ils varient en fonction des individus. Un participant affirme que les risques des médicaments dépassent les bénéfices. Plusieurs participants mentionnent qu’ils ne voient aucun risque à la prise d’hypnotique alors que d’autres affirment être incapables de les évaluer.
Thème : Modalités d’administration des médicaments
Plusieurs répondants ne voient aucun inconvénient à un usage continu et indéfini des hypnotiques alors que d’autres le limiteraient à une durée entre 1 et 12 mois ou une durée considérée courte. Certains favorisent un usage au besoin et discontinu. Trois participants affirment ne pas avoir d’opinion sur la fréquence d’administration des somnifères.
Concept 5 : Perceptions sur des produits de santé naturels
Thème : Indication des PSN
Selon les participants, les PSN dont la mélatonine devrait être utilisée avant les médicaments pour traiter l’insomnie. « C’est parce que moi, si ça serait rien que de moi, je prendrais pas de médicaments. Je n’en prendrais pas. Puis j’irais bien plus vers les choses naturelles » (Participant 22). Pour la plupart, les PSN s’utilisent dès que les symptômes d’insomnie sont présents pendant quelques nuits. Ils sont utilisés pour traiter les difficultés d’initiation du sommeil et les éveils nocturnes. Ils s’emploient en raison de symptômes diurnes comme les difficultés fonctionnelles. L’utilisation des PSN découle de conseils provenant de professionnels tels que les médecins, pharmaciens ou naturopathes ainsi que de membres de l’entourage ou d’une lecture. Toutefois, certains participants ne voient aucun rôle pour les PSN en raison de leur méconnaissance de ceux-ci ou parce qu’ils sont perçus comme étant inefficaces, présentant des risques ou en raison de mauvaises publicités et préjugés. Un participant ne se prononce pas par méconnaissances.
Thème : Bénéfices attendus des PSN
Les participants souhaitent que les PSN réduisent le temps de latence, permettent un sommeil ininterrompu et un allongement de sa durée totale. Certains voudraient un temps de latence entre 15 et 30 minutes alors que d’autres voudraient qu’il soit court sans en préciser la durée. De même, plusieurs s’attendent à une durée du sommeil de plus de 5 à 8 heures et d’autres voudraient qu’elle s’allonge. « Les bienfaits majeurs, de pouvoir s’endormir rapidement et dormir pour une durée… Une durée… Normale mais je sais que la normalité ça…Normal (…) pouvoir dormir par exemple cinq heures d’affilées sans avoir de réveils » (Participant 21). Au réveil, l’usage des PSN donnerait une sensation de repos, de confort, de calme et de sérénité. Ils permettraient d’être détendu, en forme et bien dans sa peau. « Reposée, avoir une bonne nuit de sommeil (…) le matin de se réveiller en forme, de prendre ma douche pour aller travailler » (Participant 15). Les participants souhaitent qu’ils réduisent le stress diurne et donnent une meilleure qualité de vie. Plusieurs participants considèrent les PSN inefficaces et un n’a pas d’opinion.
Thème : Risques attribuables aux PSN
Quelques participants considèrent que les PSN, étant naturels, sont mieux tolérés que les médicaments. Certains mentionnent les risques de dépendance et accoutumance. Les effets indésirables attendus sont neurologiques, de l’hypertension et du système respiratoire. La crainte de décès est évoquée ainsi que le risque d’interaction médicamenteuse. Un doute sur la qualité des PSN en fonction des fabricants est mentionné. Huit participants considèrent que l’usage des PSN comporte des risques sans les préciser. « Je ne connais pas ça les produits naturels et donc je me méfie un peu quand même » (Participant 10). Finalement, de nombreux participants considèrent les PSN comme étant sans danger.
Concept 6 : Perceptions sur les critères d’efficacité et d’inefficacité pour un traitement de l’insomnie
Concept 6A : Critères d’efficacité
Les thèmes émergents sont l’endormissement rapide, un sommeil ininterrompu, la durée totale de sommeil, les effets indésirables et les sensations subjectives nocturnes et au réveil. La majorité considère un temps de latence rapide comme inférieur à 3 et 60 minutes. Certains voudraient percevoir la rapidité de l’endormissement sans en préciser la durée. Certains considèrent que des éveils nocturnes sont possibles tant que l’endormissement subséquent est rapide alors que d’autres n’en tolèrent aucun. Plusieurs exigent une durée totale de sommeil se situant entre 5 et 8 heures. Certains exigent une augmentation relative du nombre d’heures de sommeil par rapport à la durée sans traitement. « Si ça arrive à me donner même une heure de sommeil de plus je vais être… Je vais dire wow » (Participant 13). D’autres veulent un éveil après une certaine heure le matin. La déconnexion, un sommeil profond, l’absence de cauchemars, de pulsions ou de pensées et une sensation de détente sont des sensations subjectives évoquées. « Alors si je prenais un médicament que je serais comme dans ma bulle là, bien au chaud là, ben là je dirais : Oh ben écoute ça m’aide » (Participant 16). Le traitement pour l’insomnie devrait permettre qu’au réveil la personne se sente calme, reposée, détendue, alerte, satisfaite, bien dans sa peau, mieux que la veille, fraiche et dispos, en forme et capable de fonctionner dans la journée. « Je verrais si mon corps a pu relaxer et si je me sentirais mieux dans ma peau de me dire j’ai bien dormi, je me sens bien » (Participant 3). Plusieurs exigent que le traitement n’ait aucun effet indésirable, risque de dépendance ou interaction médicamenteuse. Certains sont prêts à en tolérer certains tant qu’ils soient légers, de courte durée soit et que la personne soit fonctionnelle.
Concept 6B : Critères d’inefficacité
Les thèmes des critères d’inefficacité sont une latence à l’endormissement importante, les éveils nocturnes, une courte durée totale du sommeil, les perturbateurs du sommeil, un sommeil léger et les symptômes diurnes. La plupart définissent une latence importante comme une durée entre 30 minutes et 3 heures. Certains décrivent plutôt une sensation d’incapacité à s’endormir sans en préciser la durée. La présence d’éveils nocturnes fréquents et/ou prolongés couplée avec une incapacité à se rendormir est un critère d’inefficacité. Une durée de sommeil trop courte se définit comme une période de sommeil inférieure à 5 et 7 heures, ou une période plus courte ou égale à celle avant la prise du médicament. Les perturbateurs du sommeil surviennent sous forme de pensées ou de la douleur et nuisent au sommeil. Les symptômes diurnes se traduisent par des céphalées, de la fatigue, le manque d’énergie et la perturbation des activités. Certains considèrent la présence d’effets indésirables tels que la somnolence diurne comme un échec au traitement.
Analyses transversales des thématiques
L’analyse transversale évalue la réitération, l’omission ou l’ajout dans les critères d’efficacité des thèmes énoncés dans les concepts du sommeil satisfaisant, médicament et PSN. Les critères réitérés pourraient être considérés comme plus importants. Le critère d’efficacité de l’endormissement rapide pour un nouveau traitement du concept 6 est abordé indirectement dans les concepts 1, 4 et 5 (voir matériel supplémentaire Tableau A1). Parmi, les douze participants qui le mentionnent, deux l’adressent dans les trois autres concepts, quatre dans deux autres concepts, trois dans un autre concept et trois ne le mentionnent dans aucun autre concept. Douze participants soutiennent le critère d’efficacité du sommeil ininterrompu. Parmi eux, un en parle dans 3 autres concepts, deux dans 2 autres concepts, sept dans un autre concept et deux en parlent seulement dans le concept 6 (voir matériel supplémentaire Tableau A2). Le critère de la durée totale du sommeil est cité par 14 personnes. Trois le mentionnent dans trois autres concepts, neuf dans deux concepts, un dans un concept et un dans aucun autre concept (voir matériel supplémentaire Tableau A3). Le critère lié aux sensations subjectives durant le sommeil est relevé dans 9 entrevues. Un le mentionne dans trois autres concepts, trois dans deux concepts, trois dans un concept et deux dans aucun autre concept (voir matériel supplémentaire Tableau A4). Le critère d’efficacité en lien avec la sensation au réveil est répertorié chez neuf participants. Deux l’affirment dans trois autres concepts, trois dans deux concepts et trois dans aucun autre concept (voir matériel supplémentaire Tableau A5).
Analyse de sous-groupes
Thématiques en fonction du sexe
Dans cette sous-analyse, nous avons exploré l’influence du sexe sur les perceptions et attentes des traitements pharmacologiques de l’insomnie. Dans le concept du sommeil de qualité, les hommes définissent quantitativement un temps de latence satisfaisant par une durée précise en minutes alors que les femmes le définissent davantage qualitativement par une sensation d’endormissement rapide. Le thème de la continuité du sommeil est davantage évoqué par les femmes que par les hommes, et ce, autant dans le concept du sommeil de qualité que celui de l’insomnie. Il n’y a pas d’autre différence dans ce concept ou dans celui du vieillissement.
Les femmes (71%) sont plus nombreuses à exprimer leur réticence ou leur refus d’utiliser les hypnotiques que les hommes (40%). Pour les bienfaits des médicaments, les hommes abordent principalement les thèmes en lien avec l’amélioration des caractéristiques du sommeil. Les femmes mentionnent aussi les caractéristiques du sommeil, mais elles évoquent également le bien-être physique, mental et la qualité du sommeil comme bienfaits attendus. Pour le thème de l’innocuité, les femmes soulignent davantage l’aspect de la dépendance alors que les hommes parlent plus d’effets indésirables neurologiques. Pour le concept des PSN, les femmes (43%) étaient les seules à faire valoir l’absence de motif pour utiliser un PSN et plus nombreuses (43%) à espérer un bénéfice des PSN au niveau mental par rapport aux hommes (30%). Il n’y a pas d’autre différence notable dans les autres thèmes des PSN.
Au point de vue des critères d’efficacité, les thèmes évoqués sont semblables entre les hommes et les femmes, sauf pour le thème d’absence d’effets indésirables, plus présent chez les femmes (57%) que les hommes (10%). Les thèmes des critères d’inefficacité étaient semblables dans les 2 groupes.
Thématiques en fonction de l’usage des hypnotiques
Dans les perceptions sur les hypnotiques, les usagers (50%) sont plus nombreux que les non-utilisateurs (8%) à affirmer que des altérations des caractéristiques du sommeil motivent l’usage de médicaments. Paradoxalement, les usagers sont également plus nombreux (67% vs 17%) à souligner des inquiétudes en lien aux risques de dépendance et accoutumance liés aux somnifères. Les non-utilisateurs affirment davantage leur réticence ou leur refus de les utiliser (42% vs 17%). Il n’y a pas d’autre différence notable entre les groupes pour ce concept.
Pour le concept des perceptions sur les PSN, les utilisateurs d’hypnotiques sont plus nombreux à souligner l’indication des PSN (58% vs 8%) pour le traitement des symptômes d’insomnie alors que les non-utilisateurs parlent davantage des motifs pour ne pas les utiliser (42% vs 17%). Les utilisateurs sont plus nombreux à aborder les thèmes des bénéfices des PSN sur l’architecture du sommeil, mais le sont aussi pour parler de l’absence de bénéfices. Ils considèrent davantage que l’usage des PSN ne comporte pas de risque contrairement aux non-utilisateurs qui soutiennent la présence de risques avec les PSN. Il n’y a pas de différence notable pour le thème des critères d’efficacité et d’inefficacité ni pour aucun autre concept.
Analyse méthode mixte des thématiques
Le Tableau 2 présente les 3 thèmes les plus fréquemment mentionnés pour le concept des perceptions sur un sommeil satisfaisant et sur l’insomnie en fonction de la sévérité de l’insomnie. Il présente pour la perception de l’effet du vieillissement le thème le plus fréquemment rencontré dans la nature, la vitesse et l’appréciation des changements. Pour les perceptions sur les médicaments et les PSN, il montre le thème le plus rapporté pour l’indication, les bénéfices et les risques. Finalement, il présente les 3 thèmes les plus fréquemment mentionnés pour les critères d’efficacité et d’inefficacité. Les sensations subjectives à l’éveil sont mentionnées plus souvent chez les personnes avec une insomnie modérée à sévère. Dans le concept des perceptions sur un sommeil satisfaisant, les participants ayant une insomnie modérée à sévère le mentionne dans une proportion de 45 % par rapport à 31% pour ceux ayant une insomnie légère. Dans le concept des critères d’efficacité, la sensation de bien-être au réveil est évoquée par 45% des personnes avec insomnie modérée à sévère comparativement à 15% chez ceux avec insomnie légère.
Analyse méthode mixte des thématiques en fonctions la sévérité de l’insomnie

Discussion
Cette étude novatrice explore au-delà des raisons motivant l’usage des hypnotiques en se penchant sur les attentes des personnes âgées souffrant d’insomnie en lien avec les bénéfices, les risques, les critères d’efficacité et d’inefficacité. Elle étudie les perceptions des personnes âgées sur les PSN, lesquelles ont été jusqu’à présent inexplorées. Elle se penche sur les perceptions des personnes n’utilisant pas d’hypnotiques et les différences relatives au sexe qui ont peu fait l’objet d’études.
Dans leur revue systématique, Sirdifield et collaborateurs (Reference Sirdifield, Chipchase, Owen and Siriwardena2017) rapportent que les raisons principales motivant l’usage d’hypnotiques sont l’insomnie, l’anxiété ou la douleur, la perception d’efficacité et la prescription médicale (Pudrovska, Reference Pudrovska2015). Cheung et collaborateurs (Reference Cheung, Bartlett, Armour, Ellis and Saini2016) montrent que la réinitialisation et la régulation du cycle du sommeil sont au cœur de la prise d’hypnotiques. Pour leur part, Barter et Cormack (Reference Barter and Cormack1996) rapportent que l’usage des hypnotiques est motivé par les symptômes d’insomnie ou autres symptômes somatiques comme la douleur ou l’irritabilité, l’habitude et la prescription médicale. En plus des raisons mentionnées, notre étude permet l’émergence d’autres thématiques comme le besoin impérieux de dormir en raison d’activités sociales le lendemain, l’échec des traitements non pharmacologiques et l’incapacité fonctionnelle.
L’ISI est une échelle souvent utilisée pour évaluer l’efficacité des médicaments. En plus de la perception des caractéristiques du sommeil, l’ISI évalue la satisfaction et l’inquiétude par rapport au sommeil, la perturbation du fonctionnement quotidien ainsi que l’apparence de la détérioration de la qualité de vie (Morin, Belleville et al., Reference Morin, Belleville, Belanger and Ivers2011). Les thèmes émergeant autour du concept de critère d’efficacité du médicament englobent les aspects évalués dans l’ISI. Toutefois, certains thèmes d’efficacité n’apparaissent pas dans l’ISI. Notons le thème des perceptions subjectives du sommeil telles que la sensation de profondeur ou de détente ou l’absence de pensées. Le thème des sensations aux réveils comme le repos ou la détente et l’absence ou la tolérance des effets indésirables. Bien que plusieurs hypnotiques aient démontré une efficacité pour traiter l’insomnie selon des échelles validées dont principalement l’ISI, de nombreux patients rapportent de l’insatisfaction par rapport au traitement (Barter et Cormack, Reference Barter and Cormack1996). Les causes de l’insatisfaction pourraient être multiples. La présence de symptômes d’insomnie malgré une réduction de la sévérité de l’insomnie pourrait être à l’origine de l’insatisfaction (Krakow et al., Reference Krakow, Ulibarri and Romero2010). La présence de symptômes résiduels des médicaments comme les difficultés de concentration, les céphalées, les nausées, ou la bouche sèche est aussi liée à l’insatisfaction (Fitzgerald et Vietri, Reference Fitzgerald and Vietri2015). Ces causes d’insatisfaction concordent avec les thématiques ayant surgi dans les critères d’inefficacité. L’utilisation de ces critères dans un outil fondé sur les PROM permettrait une évaluation complémentaire aux échelles validées comme L’ISI pour évaluer l’efficacité des médicaments.
Les participants de l’étude, des personnes âgées avec des morbidités variées et vivant dans la communauté, montrent une large préférence pour les produits naturels comparativement aux médicaments. L’intensité des symptômes d’insomnie permettant l’usage des PSN est plus faible que pour les médicaments. Les attentes envers les bénéfices des PSN sont plus modestes que ceux envers les hypnotiques. La grande majorité des participants considèrent que les risques attribuables aux PSN sont faibles ou inexistants, ce qui n’est pas le cas des hypnotiques. Ces observations permettent l’hypothèse de la préférence des PSN pour traiter l’insomnie en raison de leur plus grande innocuité perçue. Cette hypothèse pourrait être transférable à d’autres populations puisque la perception d’une plus grande innocuité des PSN est largement répandue (Blendon et al., Reference Blendon, DesRoches, Benson, Brodie and Altman2001).
Lorsque les méthodes non pharmacologiques furent abordées par les participants, la thérapie cognitivo-comportementale n’a jamais été mentionnée même s’il s’agit du traitement de première intention des lignes directrices (Edinger et al., Reference Edinger, Arnedt, Bertisch, Carney, Harrington, Lichstein, Sateia, Troxel, Zhou, Kazmi, Heald and Martin2021; Riemann et al., Reference Riemann, Espie, Altena, Arnardottir, Baglioni, Bassetti, Bastien, Berzina, Bjorvatn, Dikeos, Dolenc Groselj, Ellis, Garcia-Borreguero, Geoffroy, Gjerstad, Gonçalves, Hertenstein, Hoedlmoser, Hion and Spiegelhalder2023). L’absence de la mention de ce traitement pourrait être symptomatique du manque de diffusion auprès du public ou de son l’accès difficile.
Dans l’analyse de combinaison, une plus grande proportion de personnes avec insomnie modérée à sévère semble attribuer plus d’importance à des thèmes liés aux sensations subjectives que ceux avec une insomnie légère. Ainsi, les thèmes comme l’impression au réveil, les impacts sur la santé mentale de l’insomnie, la sensation de détente ou de bien-être au réveil. Il est possible que les sensations subjectives liées à l’insomnie soient plus importantes en fonction de la sévérité de l’insomnie. L’amélioration de ceux-ci constitue donc davantage un critère d’efficacité pour cette population.
L’analyse transversale révèle que l’endormissement rapide, le sommeil ininterrompu, la durée totale du sommeil, les sensations subjectives durant le sommeil et la sensation au réveil sont des thématiques récurrentes dans les entrevues. Certains éléments tels que l’endormissement rapide, le sommeil ininterrompu et la durée totale du sommeil sont déjà présents dans l’ISI. Toutefois, les sensations durant le sommeil tel que la sensation d’anesthésie ou de sérénité ainsi que les sensations au réveil telles que la sensation de repos et de détente n’y sont pas. Ces thèmes pourraient être de critères d’efficacité d’une grande importance pouvant servir de base pour le développement d’un outil d’évaluation de l’insomnie fondé sur les PROM.
L’absence de mention des éveils matinaux précoces, symptôme cardinal de l’insomnie, pourrait être attribuable à une différence dans la catégorisation. Alors que les cliniciens distinguent les éveils nocturnes de l’éveil matinal précoce, il est possible pour les participants, un éveil matinal précoce correspond à un éveil nocturne avec une incapacité à se rendormir jusqu’au matin. Ainsi, l’éveil matinal précoce aurait été regroupé dans les éveils nocturnes. Une piste indiquant que les éveils matinaux précoces sont une préoccupation pour les participants réside dans le désir de se lever entre 5h30 et 7h00 le matin exprimé dans les bénéfices souhaités des hypnotiques.
Une force de cette étude se situe dans l’inclusion de personnes avec et sans expérience d’hypnotiques. Cette population a permis l’émergence davantage de thématiques telles que la réticence à utiliser des médicaments puisque leur usage peut teinter le regard des personnes. La présence en zone paritaire d’hommes et de femmes a aussi permis une plus grande diversité des perceptions puisque la vision de la santé diffère en fonction des sexes et des genres (Pudrovska, Reference Pudrovska2015). Certaines différences ont été observées dans les thématiques entre les hommes et les femmes. D’autres études qualitatives devraient être conçues pour explorer en profondeur ces différences et évaluer leur pertinence dans l’évaluation de l’efficacité des médicaments. La méthode mixte a permis l’obtention d’une vision plus large de l’expérience de santé des personnes par l’obtention de données sur l’insomnie au moyen de questionnaires validés tels que l’ISI ainsi que les perceptions et attentes dans des entrevues semi-structurées.
Une limite de l’étude est que notre étude s’étant déroulée auprès d’une population ambulatoire âgée de plus de 65 ans, les résultats pourraient ne pas être directement généralisables auprès de la population institutionnalisée ou ayant des troubles neurocognitifs modérés à sévères. Puisqu’il s’agit d’entrevues basées sur l’expérience personnelle des participants, les biais de mémoire ne peuvent également être exclus. Aussi, la durée d’utilisation des hypnotiques des participants n’a pas été collectée et pourrait être un facteur affectant les attitudes et perspectives de ceux-ci.
Nos résultats sont crédibles. Les entrevues comportaient un enchainement de plusieurs sous-questions permettant d’explorer les questions de différents angles et valider les réponses. Les participants étaient encouragés à illustrer leur propos et ils étaient stimulés à fournir plus de précisions dans leurs réponses. Bien que les enregistrements aient seulement une durée près de 13 minutes, la durée totale des entrevues se situait entre 45 et 75 minutes. Cette période sans enregistrement permettait des discussions afin de mettre le participant à l’aise, de bâtir la relation de confiance et la collecte écrite de données. De plus, les entrevues à domicile permettaient aux participants d’être dans leur milieu évitant le stress généré par des milieux cliniques qu’ils ne connaissent pas. L’interviewer a une longue expérience clinique auprès des personnes âgées facilitant le lien de confiance. Par ailleurs, le codage a été fait par deux auteurs sous la supervision d’un auteur sénior dans un mode itératif. L’absence de rétroaction de la part des participants après le déroulement de l’entrevue constitue une limite de notre étude en termes de crédibilité.
Au travers de la présentation de la méthode et des résultats, nous avons décrit en détail la démarche de recrutement et les participants. Nous avons fourni les données brutes des entrevues ainsi qu’une description de chaque participant dans le matériel supplémentaire. Ces données permettent au lecteur de juger de la transférabilité des résultats présentés.
Nos résultats possèdent une bonne fiabilité puisque nous avons suivi rigoureusement le framework method, une méthode reconnue, pour l’analyse des données. Nous nous sommes assurés d’une bonne confirmabilité en fondant nos théories et interprétations sur les données brutes des entrevues. Nous avons pris soin d’étoffer la présentation des résultats par des citations littérales de participants. L’absence d’un auditeur externe constitue une limite concernant la fiabilité et la confirmabilité de notre étude.
Conclusion
Cette étude décrit les attentes et perceptions des médicaments et PSN des personnes âgées souffrant d’insomnie chronique. Ces attentes et perceptions ont été exprimées librement et forment un corpus de connaissances pouvant servir à l’élaboration de PROM permettant d’identifier des dimensions importantes pour les patients lors de l’évaluation de leurs symptômes d’insomnie en complémentarité aux outils disponibles comme l’ISI.
Supplementary material
The supplementary material for this article can be found at http://doi.org/10.1017/S071498082510010X.
Contributions des auteurs
PVQ. Nguyen a conceptualisé l’étude et sa méthodologie, il a effectué les entrevues, le codage, l’analyse des données et la rédaction du manuscrit. L. Saidi a effectué la transcription des entrevues, le codage et a révisé le manuscrit. P. Desmarais a participé à la conceptualisation de l’étude, la révision du protocole, la supervision des analyses de données et a révisé le manuscrit. T. Dang-Vu a participé à la conceptualisation de l’étude, la révision du protocole et du manuscrit. G. Forest a participé à la révision du protocole et du manuscript.
Déclaration de conflits d’intérêt
TDV a reçu des honoraires de consultant d’Eisai et Idorsia, et des subventions de recherche de Paladin Labs et Jazz Pharmaceuticals. Les autres auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêt
