Le livre de David Vopřada s'inscrit dans la lignée des travaux qui n'ont cessé d’être menés ces dernières années sur l'Afrique vandale et le christianisme africain de la fin de l'Antiquité, tels ceux de Raúl González SalineroFootnote 1, Jonathan ConantFootnote 2, Yves ModéranFootnote 3, Konrad VössingFootnote 4 et Robin WhelanFootnote 5. Dès l'introduction générale (1–8), l'auteur rappelle l'arrière-plan théologique de son travail et prévient qu'il ne s'agit pas de se demander ce que c'est que rester un romano-africain pendant le siècle vandale, mais ce que c'est qu’être un homéousien durant la même période. En d'autres termes, David Vopřada entend étudier non l'histoire institutionnelle ou évènementielle de l’époque vandale, mais celle de la résistance de l’Église africaine face à l'arianisme à travers le corpus des sermons et des catéchèses pré-baptismales de Quodvultdeus de Carthage. Voilà posée la dialectique qui donne son titre à l'ouvrage et que l'auteur va décliner en trois grandes parties. La première est intitulée « Africa, the Vandals, and Quodvultdeus » (11–130), et elle est divisée en trois chapitres : « North Africa, Carthage, and its Religion », « Quodvultdeus and His Work » et « The African Tradition of Preparation for Baptism ». Dans le chapitre inaugural de cette première partie (13–56), qui pourrait ne pas être la plus brillante de l'ouvrage, l'auteur commence par un petit rappel historique du passé antique de l'Afrique avant de signaler l'importance de la civilisation urbaine ainsi que le rôle central de Carthage. Une trop grande confiance donnée aux sources littéraires amène l'auteur à reproduire des erreurs concernant la taille de la métropole africaine pendant l'Antiquité tardive. L'auteur essaie par la suite de dresser, sans grande réussite, le bilan des religions traditionnelles de l'Afrique romaine. Pour réaliser cette revue, l'auteur n'a fait que décrire sans donner l'impression d'avoir consulté les nouveaux dépouillements qui ont été consacrés à la question. Il restitue par la suite, avec plus de réussite, l'histoire du christianisme africain, tout en rappelant que pendant le Ve siècle, l’Église s’étend sur l'ensemble formé par l’Africa. Après cela, il reprend, d'une manière très rapide, le dossier du débarquement des Vandales en Afrique du Nord. L'auteur rappelle dans son développement que c'est le clergé africain qui opposa un refus absolu de se soumettre à Genséric, qu'il qualifie de persécuteur, sans se demander comment le plus marquant des six rois vandales d'Afrique avait réussi non seulement à conquérir la région, mais aussi à s'y installer durablement, pour finalement disposer d'un royaume consolidé et reconnu par l'empereur de ConstantinopleFootnote 6.
Dans le deuxième chapitre (57–91), l'auteur commence par une petite erreur concernant les caractéristiques onomastiques du nom de Quodvultdeus. Un aperçu rapide des spécificités les plus typiques de l'onomastique africaine de l’époque romaine tardive ont évité à l'auteur de reproduire un cliché maintenant dépassé par la recherche. Il propose par la suite, sans aucune argumentation solide, de voir en l’évêque de Carthage un originaire de l’Auaritana prouincia. Puis il rappelle qu'un certain Quodvultdeus est l'auteur de deux lettres à Augustin (Ep. 221, 223), écrites entre 428 et 429, dans lesquelles il demandait à l’évêque d'Hippone un exposé des hérésies à l'usage du clergé carthaginois. Pour David Vopřada, la tonalité des réponses de l’évêque d'Hippone montre avec certitude que ce Quodvultdeus était un diacre respecté et influent de l’Église carthaginoise. Étant donné son importance et la coutume de l'avancement du diaconat à l’épiscopat, l'auteur pense pouvoir l'identifier alors avec l’évêque homonyme installé quelques années après sur le trône épiscopal du siège carthaginois. Il évoque par la suite que pendant longtemps, les écrits de Quodvultdeus ont été attribués par erreur à d'autres auteurs, notamment à Augustin d'Hippone et à Prosper d'AquitaineFootnote 7. Puis il nous présente d'une manière méthodique l'ensemble de son œuvre.
Après la présentation du contexte et des œuvres de l’évêque carthaginois, vient le troisième chapitre de cette première partie (92–130) qui s'intéresse à la question de la tradition baptismale africaine. Vopřada mentionne dès le début que ce n'est pas une coïncidence si la plupart des sermons conservés attribués à Quodvultdeus étaient principalement axés sur le programme des catéchumènes subissant la dernière étape de la préparation pré-baptismale. Il montre ensuite que ces sermons prononcés pendant la liturgie ont servi d'outil à l’évêque de Carthage pour préparer psychologiquement et spirituellement les candidats au baptême dans un contexte marqué par les persécutions vandales. Il démontre que ces catéchèses pré-baptismales visaient à définir la foi homéousienne et à renforcer l'identité des chrétiens africains et en même temps, à établir les relations avec les autres chrétiens, en particulier les ariens et donatistes, et les autres groupes religieux, tel que les juifs et les païens.
Les pages qui suivent nous amène vers la deuxième partie de ce travail qui porte un titre significatif, à savoir « Quodvultdeus's Catechetical Programme » (133–219). Cette partie est aussi divisée en trois chapitres : « Catechumenate and Giving the Name for Baptism » (133–149), « Renunciation of the Devil and Adhesion to the Faith » (150–210) et « Quodvultdeus's Baptismal Theology » (211–219). Là encore, les conclusions sont parfois un peu rapides, de même qu'ainsi, sont analysées les nombreuses données nouvelles.
Dans les quatre-vingt-six pages que forme cette seconde partie, l'auteur a tenté de suivre le programme catéchétique de Quodvuldeus et de le comparer avec le catéchuménat d'Augustin. Cette façon de procéder pose un nombre important de problèmes méthodologiques. Jusqu’à une date récente, plusieurs chercheurs considéraient la foi de Quodvultdeus comme fortement liée à celle d'Augustin, ce qui est vrai en partie. Néanmoins, en 1991, Hervé Inglebert a prouvé que Quodvultdeus ne suivait pas constamment son maîtreFootnote 8. On regrette donc qu'une plus grande attention n'ait pas été portée à l'article fondamental d'Inglebert pourtant cité en bibliographie (323). Quodvultdeus a ainsi sa propre personnalité, sa manière de pensée et sa façon d'interpréter certains passages de l’Écriture différemment de son maître. L'auteur indique toutefois que la rareté des sources textuelles oblige parfois les chercheurs à interpoler les données disponibles pour esquisser au moins un tableau reconnaissable de la vie de l’Église africaine du début de l’époque vandale. Cependant, il semble imprudent de tirer des conclusions hâtives sans prendre en considération les données archéologiques et épigraphiques. L'auteur analyse par la suite les neuf catéchèses pré-baptismales de l’évêque de Carthage; chacun d'entre elles se concentre sur des sujets légèrement différents, bien qu'elles partagent les mêmes images et motifs. Cette partie du livre offre une reconstruction de la préparation pré-baptismale en Afrique vandale.
La dernière partie de l'ouvrage portant le titre de « Quodvultdeus's Catechetical Ministry in the Unpleasant Times » (223–302) est organisée autour de deux chapitres : « Building the Community » (224–256), « Defending the Church » (257–302). La thèse soutenue par l'auteur dans cette partie est que les sermons de Quodvultdeus peuvent révéler quelque chose de sa personnalité d’évêque-prédicateur. David Vopřada nous donne là un remarquable exemple d'analyse approfondie et sensible et d'exégèse pleinement réussie. L'auteur soutient l'idée que malgré les artifices rhétoriques employés pour amener son public vers l'objectif qu'il s'est fixé pour son troupeau, les sermons de Quodvultdeus ne peuvent être interprétés uniquement comme des traités théologiques indépendants. Il nous montre dans les dernières pages de cette troisième partie qu'il a bien compris la différence herméneutique entre ce que dit le prédicateur et ce qu'il pense réellement. Vient ensuite la conclusion générale (303–308), la bibliographie du travail (309–335) et les indices (336–367).
Ce livre présente de façon certaine l'avantage indéniable d'offrir une étude exhaustive de la pensée de Quodvultdeus de Carthage. Malgré les défauts de l'un ou l'autre des chapitres, il s'avère un outil de bonne facture, utile aux spécialistes de l'Afrique tardo-antique pour mieux appréhender la pensée des prélats africains de l’époque vandale. En revanche, il laisse au lecteur de procéder à la réalisation de la synthèse qu'esquisse trop rapidement sa conclusion générale. Mais la stimulation intellectuelle ne constitue-t-elle pas ce que tout lecteur serait en droit d'attendre d'un livre digne de ce nom ?