Après Le métier de gestionnaire public à l'aube de la gestion par résultats, paru en 2008 chez les Presses de l'Université du Québec, Bachir Mazouz présente un nouvel ouvrage portant sur la même question, adoptant cette fois-ci une perspective plus large, celle des pratiques de gestion qui sous-tendent la performance des organisations de l’État. Si Le métier de gestionnaire… annonçait une nouvelle gouvernance nécessitant « l’émergence du gestionnaire public » et le passage de « l'acte administratif à la performance managériale », Gestion par résultats, fruit d'un effort collectif, décrit des pratiques de gestion, au Québec et en France, liées de près ou de loin à la GPR, dans une ère où cette dernière est devenue un incontournable de la gestion publique. Car nous n'en sommes désormais plus à l'aube, à en croire Mazouz et ses collaborateurs, mais bien au zénith du pilotage par résultats dans les organisations publiques. Mazouz, qui a fait des pratiques de gestion dans le secteur public sa mission professorale, co-signe l’introduction et cinq des 14 chapitres que comporte cet ouvrage.
Si l’on devine que l’ouvrage est destiné aux chercheurs et aux praticiens, actuels et futurs, il n'est pas toujours clair que ces derniers y trouveront leur compte, tant la pertinence et la qualité varient d'un chapitre à l'autre. Ceci peut, du moins en partie, s'expliquer par la brièveté de certains d'entre eux, particulièrement dans la première partie de l'ouvrage, où les propos demeurent souvent en surface. Dans certains cas, le sujet, bien qu'intéressant, est finalement peu lié à la pratique de la GPR (par exemple, le portrait d'un gestionnaire stratégique par Lilly Lemay, ou encore le témoignage à la troisième personne du recteur Alain Bouvier sur les organisations apprenantes). À l'opposé, d'autres chapitres, par le recours à un vocabulaire technique ou l'usage abusif d'acronymes spécifiques au secteur étudié, sembleront peu accessibles et de moindre intérêt pour la plupart des lecteurs (par exemple, le texte de Laurent Mériade sur le calcul de coût d'un centre de lutte contre le cancer dans un hôpital public français). Quelques chapitres se distinguent en abordant des enjeux de manière plus nuancée, qu'il s'agisse de la mise en œuvre de la GPR dans le milieu de l’éducation (chapitres 7 par Pierre Collerette et Bachir Mazouz et 12 par Youssef Errami), de ses enjeux éthiques (chapitre 8 par Steve Jacob, Alex Miller-Pelleter et Lisa Birch) ou de ses limites (chapitre 9 par Daniel Lozeau).
L'ouvrage aurait sans doute bénéficié d'un nombre inférieur de chapitres plus approfondis. Considérant la forte parenté des rouages administratifs des gouvernements au Canada, il aurait par ailleurs été intéressant d'inclure des études de cas provenant d'autres provinces canadiennes ou du palier fédéral; la perspective française n'est pas toujours la plus pertinente, particulièrement lorsqu'il est question des pratiques managériales dans le secteur public (voir à ce sujet : Bourguignon, Malleret et Nørreklit, Reference Bourguignon, Malleret and Nørreklit2004).
On s’étonne également de la teneur du discours sur la GPR, particulièrement en première partie de l'ouvrage, à l'occasion dogmatique, rarement nuancée ou critique, malgré une vaste littérature qui tendait, dès le début des années 2000, à remettre en question cette pratique de gestion dans le secteur public, en en montrant les limites et les effets pervers (voir notamment Speers, Reference Speers2005; Townley, Cooper et Oakes, Reference Townley, Cooper and Oakes.2003; Carroll et Dewar, Reference Carroll, Dewar., Dunn and Mills2002). La GPR y apparaît comme un fait accompli, une dimension inévitable de la gestion publique qui ne peut qu’être bénéfique. Or, les études de cas discutées dans l'ouvrage ne présentent que rarement les résultats des initiatives en question; les auteurs s'en tiennent plutôt à la démarche de mise en œuvre des outils de GPR, comme en fait foi l’étude par Benjamin Dreveton de l'implantation du tableau de bord dans une collectivité territoriale en France. L'absence de présentation des résultats concrets qui démontreraient l'efficacité des outils ou pratiques mobilisés vient ainsi affaiblir l'argumentaire de cet ouvrage, largement–aveuglément, diraient certains–favorable à la GPR. Il faudra attendre la conclusion de Christophe Alaux et Robert Fouchet pour voir poindre certains questionnements sur la pertinence, la faisabilité ou l'applicabilité de la GPR dans certains domaines du secteur public. Considérant que la GPR a émergé il y a pratiquement trente ans, et que dix ans plus tard, elle faisait déjà l'objet de critiques, de tels propos auraient dû figurer en introduction de l'ouvrage.
S'il est probablement approprié d'affirmer que la GPR fait désormais partie du paysage du secteur public au Québec et ailleurs, on ne saurait ignorer les multiples obstacles auxquels les praticiens font face lors de sa mise en œuvre, du fait de la logique propre au contexte bureaucratique, des contraintes de ressources et des exigences contradictoires à l'endroit des praticiens. Dans la mesure où les mécanismes de mesure du rendement, de GPR et de reddition de compte sont inscrits et formalisés dans des lois ou des politiques, il est illusoire de prétendre que l'organisation bureaucratique est chose du passé. Il incombe plutôt de comprendre comment, et dans quelle mesure, de tels mécanismes sont déployés et avec quels résultats, et quelles tensions émergent de la rencontre entre bureaucratie et logique managériale.