Cet ouvrage est un recueil de treize communications présentées durant les dernières Journées de la francophonie tenues à l’Université de Copenhague. Des problématiques historiques, linguistiques et culturelles y sont explorées, et de nombreux modes d’expression tels que la littérature, le cinéma et la bande dessinée y sont exposés.
Klinkenberg ouvre le volume sur la dynamique des langues en présentant les conditions requises pour que le français reste une langue d’avenir au XXIème. Face à l’anglais, le français va devoir essayer de faire contrepoids à ‘la massification mondiale et l’unification du monde’ (p. 22). Le français semble réunir toutes les conditions nécessaires pour devenir une langue de diversité, tant au niveau culturel que linguistique. Bertucci s’intéresse à l’intégration des migrants dans la société française. Dans son analyse, elle insiste sur la complexité des faits sociaux et des faits linguistiques. Elle suggère que la variation sociale constitue une entrée pertinente pour aborder la question de la reconfiguration des milieux populaires du fait des phénomènes migratoires. Magetti porte un regard rétrospectif sur l’insertion de termes en langue étrangère dans les textes en français, phénomène que l’on retrouve autant dans la littérature migrante que dans la littérature francophone élaborée en dehors de France. Par le biais d’exemples de la littérature suisse romande, Magetti montre comment le fait d’appartenir à un pays plurilingue et d’être en contact constant avec des univers linguistiques non francophones peuvent être des facteurs importants pour expliquer ce phénomène.
Gauvin croit que le dénominateur commun des littératures dites émergentes est de proposer au cœur de leur problématique identitaire, une réflexion sur la langue et sur la manière dont s’articulent les rapports langues/littérature dans des contextes différents. Pour cela, elle compare Speak White (1968) de Lalonde, et Speak What (1989) de Micone : le premier met en scène la question linguistique et appelle à la solidarité des travailleurs de tous les pays, tandis que le second insiste sur la nécessité de considérer les migrants comme des partenaires dans le projet québécois. Elle conclut en soulignant comment la langue se re-territorialise tandis que l’écriture se déterritorialise et prend des distances avec la problématique identitaire.
Davaille présente la question du joual au Québec dans les années 1960/1970, et le présente comme un exemple d’engagement linguistique. Le joual, signe d’une acculturation, se voulait un parler en rupture avec le modèle du français de France. Il sera utilisé par certains écrivains, comme Tremblay, comme langue étendard, représentative de la culture québécoise. Elle conclut que le joual a fait reconnaître qu’il existait une société québécoise qui n’était plus figée dans des valeurs paysannes. Hotte examine la façon dont les littératures francophones du Canada se sont définies depuis leur début commun au 19e siècle. A partir des années 70, on voit apparaître en Ontario français des littératures propres aux diverses communautés francophones du Canada en fonction de leur province d’origine. Cette littérature illustre la revendication sociale et nationale par une totale remise en question de la pensée et de la littérature traditionnelles du Québec. Corajoud nous montre qu’en Suisse romande les Cahiers vaudois représentent le moment fondateur de la modernité artistique.
Souhaitant une dépendance à l’égard des normes culturelles imposées par Paris, Ramuz montre qu’au fil du temps et des productions, le champ littéraire a pu s’étoffer d’œuvres nouvelles allant dans le sens d’une éclosion formelle, d’un épanouissement de l’expressivité artistique et de l’affirmation d’une identité singulière.
Moura retrace les enjeux et la portée des études post-coloniales et montre comment celles-ci pourraient renouveler l’approche française des lettres francophones et par-là se renouveler elles-mêmes. Il argue que les littératures post-coloniales sont souvent des créations transnationales/transculturelles qui véhiculent des symboles culturels devenus signes caractéristiques d’identité.
Bonn montre les applications possibles ainsi que les limites de la théorie post-coloniale pour décrire la production littéraire algérienne de la période coloniale, des années 1970, et du post-modernisme actuel. Mabanckou décrit le cheminement de la littérature francophone vers la littérature-monde en langue française. Pour lui, ‘la littérature monde est le concert de la multiplicité d’expériences, la reconnaissance de la force de l’art dans ce qui apparaît comme le ‘désordre de la vie’ (p. 138).
Chartier examine comment les oeuvres marquantes du cinéma québécois contemporain peuvent se comprendre dans une perspective pluri-culturelle et comment certains symboles identitaires liés à la nordicité en ont modifié l’interprétation et le contexte d’insertion. Pour cela, il se concentre sur l’histoire contemporaine du Québec en soulignant le pluralisme fondateur de la culture québécoise et en établissant des liens entre les différentes cultures du Nord, se définissant comme une culture nord-américaine et de langue française, mais également comme une culture nordique contemporaine. Frataille présente la symbolique du lieu dans le film du cinéaste belge Un soir, un train, adapté d’une nouvelle de l’écrivain flamand Johan Daisne. Il montre comment le film de Delvaux refuse de fixer des frontières, de délimiter des territoires. La propension de Delvaux à problématiser l’objet Belgique se traduit dans son film par la mise en place d’un espace toujours prêt à basculer dans l’irréel. ‘Le film se penche sur des évènements clés du conflit ethnico-linguistique qui ne cesse de secouer la Belgique’ (p. 14).
Langevin clôt le volume en décrivant les origines, les lieux et les défis de la bande dessinée en Afrique subsaharienne francophone, fréquemment bridée par des schémas artistiques et économiques hérités des cultures coloniales, en particulier dans les ex-colonies françaises et belges. La bande dessinée part en conséquence avec de sérieux handicaps sur le continent africain.
Ouvrage fort intéressant et riche, qui montre comment la diversité se vit souvent en termes de conflits, de tensions et de confrontations. C’est un ouvrage dynamique qui s’adresse à tous ceux et celles intéressés par l’interaction entre culture, langage et histoire.