Introduction
Depuis quelques années, l’offre gérontologique s’est considérablement diversifiée tant en Amérique du Nord qu’en Europe (Argoud, Reference Argoud2009). Outre les centres d’hébergement et les foyers de soins, plusieurs provinces canadiennes ont mis sur pied différents services liés au maintien à domicile des aînés, une question qui fait consensus au Canada et ce, tant du côté de la gent scientifique, des intervenants sociaux que des personnes âgées elles-mêmes (Demers, Reference Demers2006; Rosenberg et Everitt, Reference Rosenberg and Everitt2001). De fait, dans la majorité des cas, ces dernières souhaitent demeurer chez elles le plus longtemps possible en conservant un cadre de vie qui leur est familier (Bigonnesse, Suzanne, Beaulieu et Veil, Reference Bigonnesse, Garon, Beaulieu and Veil2011; Ennuyer, Reference Ennuyer2006). Si, en principe, tous les aînés devraient, dans une perspective d’égalité des chances, avoir accès à des soins et à des services de qualité quel que soit leur situation géographique et leur langue, force est de reconnaître que de multiples facteurs entravent le maintien à domicile. Parmi ceux-ci, mentionnons des capacités physiques limitées, une mobilité réduite, un niveau de revenu insuffisant, l’éloignement de la famille immédiate, l’érosion des services de proximité ainsi que des politiques publiques mal adaptées aux réalités sociales, linguistiques et géographiques des personnes âgées. Le défi que pose le maintien à domicile est d’autant plus grand dans une province comme le Nouveau-Brunswick qui se distingue par un vieillissement démographique accéléré (Simard, Reference Simard, Dupuis-Blanchard and Villalon2011), une population majoritairement rurale et, de surcroît, à forte dominante anglophone, les francophones ne représentant que 31,6 pour cent des effectifs totaux (Statistique Canada, 2011). Comment le maintien à domicile est-il vécu en milieu rural dévitalisé dans un contexte sociolinguistique minoritaire? Quelles sont les stratégies déployées par les aînés pour favoriser leur maintien à domicile? Telles sont les deux questions qui serviront de fil conducteur à cette contribution, laquelle poursuit trois objectifs à savoir:
• identifier les principaux avantages et les inconvénients liés au maintien à domicile;
• exposer les paramètres et les dispositifs mis en place par les aînés et leur famille dans le but de favoriser le vieillissement chez soi;
• identifier les principales pistes de solution préconisées par les aînés et leur famille en vue de favoriser leur maintien à domicile.
La localité d’Acadieville constituera notre laboratoire de recherche. Notre démarche s’effectuera en trois étapes. Dans un premier temps, nous exposerons les éléments théoriques et méthodologiques qui jalonneront notre étude. L’analyse des résultats fera l’objet de la deuxième partie. Nous identifierons successivement les avantages et les inconvénients liés au maintien à domicile tels que perçus par les aînés et les membres de leur famille, les paramètres qui le facilitent ou l’entravent, les stratégies organisationnelles mises en œuvre par les aînés dans le but de favoriser le vieillissement chez soi ainsi que les défis et les enjeux auxquels ils sont confrontés. Enfin, notre démonstration se conclura par une discussion où nous exposerons notamment quelques recommandations ainsi que les forces et les limites de notre étude.
Cadre conceptuel et méthodologique
Au plan conceptuel, il va de soi que le «maintien à domicile» constitue la notion au centre de cette étude. On entend par cette expression le désir, pour une personne âgée, de vouloir demeurer chez elle le plus longtemps possible, c’est-à-dire jusqu’au bout de son âge, voire de sa vie (Ennuyer, Reference Ennuyer2006). Ce souhait s’avère une condition sine qua non au maintien à domicile (Ennuyer, Reference Ennuyer2007). En outre, le maintien à domicile sous-tend que l’aîné puisse conserver, au sein du milieu qu’est le sien, ses habitudes de vie. Ce lieu s’inscrit à la fois dans une perspective collective, sociale et individuelle. Pour qu’elle puisse demeurer à domicile, la personne âgée doit pouvoir bénéficier d’un environnement résidentiel adéquat, d’aides humaines, techniques et financières suffisantes, ainsi que de services de proximité appropriés (Cliche, Séguin et Apparicio, Reference Cliche, Séguin and Apparicio2012; Ennuyer, Reference Ennuyer2007).
Contexte
Les communautés francophones en situation minoritaire au Canada se retrouvent surtout au Nouveau-Brunswick (31,6%), et dans une moindre mesure, au Yukon (4,8%) (Statistique Canada, 2011). Dans bien des cas, ces dernières sont confrontées à la difficulté, pour leurs membres, à obtenir des services dans leur langue, ce qui peut constituer un obstacle à leur épanouissement (Déoux, Massot et Girard, Reference Déoux, Massot and Girard2011; Forgues, Doucet et Guignard, Reference Forgues, Doucet and Guignard2011). La présente contribution s’inscrit dans un contexte où le maintien à domicile en milieu minoritaire francophone est un thème de recherche peu exploré. De fait, les travaux recensés sur ce sujet ont surtout porté sur l’état de santé et la qualité de vie des aînés résidant en Ontario qui, par ailleurs, concentre moins de quatre pour cent de la population francophone du pays (Forgues et al., Reference Forgues, Doucet and Guignard2011; Statistique Canada, 2011). À l’échelle du Nouveau-Brunswick, hormis nos propres contributions (Dupuis-Blanchard, Simard, Gould et Villalon, Reference Dupuis-Blanchard, Simard, Gould and Villalon2011; Simard, Dupuis-Blanchard et Villalon, Reference Dupuis-Blanchard, Simard, Gould and Villalon2011), il n’existe pas, du moins à notre connaissance, de chercheurs qui se sont attardés aux enjeux et aux défis du maintien à domicile en milieu rural fragile nommément dans un contexte linguistique minoritaire (Mallon, Reference Mallon2011). Parce qu’elle se retrouve en contexte francophone minoritaire, qu’elle est particulièrement affectée par le vieillissement démographique et qu’elle est en proie à une forte dévitalisation, la localité d’Acadieville, située au nord-est du Nouveau-Brunswick, a été retenue comme terrain d’analyse.
D’une population de 744 habitants au dernier recensement de 2011, la localité d’Albertville souffre de dépeuplement, sa population ayant régressé de 28,8 pour cent entre 1981 et 2011. Le vieillissement démographique y est manifeste. De fait, la proportion des 65 ans ou plus s’est accrue de 11,8 points de pourcentage entre 1981 et 2011 contre 6,1 pour cent pour la province. Acadieville se caractérise aussi par de profondes disparités économiques. Par exemple, en 2006, son taux d’activité était inférieur à 17,4 points de pourcentage de celui du Nouveau-Brunswick. Cette donnée, conjuguée à un taux de chômage très élevé, met très bien en exergue le problème de sous-emploi auquel cette localité est confrontée. Soulignons que son économie s’oriente essentiellement vers la mise en valeur et la première transformation des ressources notamment de la matière ligneuse. L’infrastructure de services se réduit au strict minimum, à savoir un bureau de poste, une église et un centre communautaire. Eu égard au revenu moyen des familles, Acadieville est aux prises avec une pauvreté évidente. En effet, le revenu moyen des familles, qui se chiffrait à 36 000$ en 2006, n’équivaut qu’à 63,5 pour cent de celui de la province, ce qui en fait la huitième municipalité la plus pauvre du Nouveau-Brunswick. Cette pauvreté se reflète aussi par une forte portion du revenu perçu sous la forme de transferts gouvernementaux (c’est-à-dire provenant de l’assurance-emploi ou de l’aide sociale), cette dernière s’établissant à 44,3 pour cent en 2006 comparativement à 19,9 pour cent pour la province. Enfin, Acadieville apparaît concernée par une certaine forme de sous-scolarisation, si l’on se fie à la proportion de la population détentrice d’un diplôme universitaire, laquelle est inférieure à cinq pour cent.
Critères d’éligibilité, stratégie de recrutement et échantillonnage
Pour se qualifier à l’étude, les participants devaient résider à Acadieville, être âgés de 65 ans ou plus et avoir le français comme langue maternelle. Il va de soi qu’ils devaient élire domicile dans un logement ou une maison. À noter que le genre et le nombre d’occupants ne constituaient pas un critère de sélection.
Les sujets ont été recrutés par le biais d’annonces placées à différents endroits stratégiques, dont le club de l’âge d’or, le centre communautaire, le feuillet paroissial et le journal local. Nous avons également obtenu la collaboration d’une personne-ressource dont le rôle consistait à prodiguer l’information nécessaire aux sujets intéressés. Ceux-ci n’avaient qu’à se manifester par téléphone à notre assistante de recherche. Le recrutement des membres de la famille s’est effectué par la personne âgée ayant accepté de participer à l’étude. Cette dernière était conviée à distribuer une lettre explicative sur les objectifs de notre étude.
Deux méthodes ont été retenues pour la constitution de notre échantillon à savoir: l’échantillonnage par critères et l’échantillonnage théorique. Soulignons que la première permet de cibler les participants selon certains critères d’inclusion orientés spécifiquement vers les objectifs de l’étude (Fortin, Reference Fortin2010). Quant à la seconde, elle détermine la sélection des participants en fonction de leur pertinence par rapport avec l’analyse des données et non pour leur représentativité (LeCompte et Schensuel, 2010). Suivant ces deux méthodes, notre échantillon était composé de 10 aînés et de trois membres de leur famille.
Profil des répondants
Tous les participants résidaient à Acadieville depuis plus de 40 ans. Six étaient natifs de cette localité. Parmi les 10 aînés que nous avons rencontrés, neuf étaient des femmes. Quant à leur état civil, huit était en situation de veuvage, alors que deux étaient mariés. La moitié de notre échantillon se composait d’aînés de 85 ans ou plus. Quatre avaient entre 75 et 84 ans. La cohorte des 65 à 74 était donc représentée par une seule personne. Les sujets étaient sous-scolarisés et à très faible niveau de revenu, reflétant les difficultés socio-économiques du milieu à l’étude. Sept personnes détenaient une formation de niveau primaire, alors que trois ne l’avait pas complétée. Sept participants avaient un niveau de revenu inférieur à 20 000$, alors qu’il se situait entre 20 001$ et 50 000$ dans le cas des trois autres. En outre, la majorité des répondants demeuraient seuls dans leur maison. Quelques-uns habitaient toutefois conjointement avec leurs enfants ou leur conjoint, mais il s’agissait de cas exceptionnels.
Quant à leur état de santé, cinq sujets le considéraient comme «bon», quatre de «moyen» et un d’«excellent». Deux ont mentionné éprouver des problèmes de vision ou d’audition, alors que quatre ont évoqué être aux prises avec une mobilité plus ou moins réduite. Six personnes souffraient d’hypertension, cinq d’arthrite, trois de diabète et deux de cancer. Un répondant était en dépression alors qu’un autre présentait des affections prostatiques. En référence au système de mesure d’autonomie fonctionnelle (SMAF), trois avaient un score de 0 et deux de -0,5. Quant aux autres, leur résultat s’établissait à -1,5; -2,5; -3; -4,5 et à -6. En somme, notre échantillon se composait, pour l’essentiel, d’aînés relativement autonomes. Pour cette raison, sept personnes ne nécessitaient pas d’aide particulière. Une recevait des soins à raison d’une fois par semaine et une autre au besoin. Un seul participant requérait des soins sur une base quotidienne.
Collecte de données et grille d’entrevue
La rencontre avec les participants s’est déroulée à leur domicile. Après un bref rappel des objectifs de notre étude, ils ont été conviés à signer un formulaire de consentement. Tous les répondants ont été rencontrés de manière individuelle.
Constitué de 12 questions, notre schéma d’entrevue visait à encourager les participants à faire état de leur expérience à domicile en identifiant les motifs pour lesquels ils ont choisi de vieillir chez eux. De manière plus explicite, nous leur avons demandé d’énumérer les avantages et les inconvénients liés au maintien à domicile, d’exposer, s’il y a lieu, les difficultés auxquelles ils étaient confrontés ainsi que les solutions mises en place afin d’en atténuer les effets. Nous avons cherché à obtenir de l’information sur la nature, l’origine et la fréquence du soutien dont ils bénéficiaient. Nous leur avons également demandé comment ils entrevoyaient leur situation dans un avenir plus ou moins rapproché. Hormis quelques précisions concernant la nature et les modalités régissant l’aide apportée par leurs parents, la grille d’analyse utilisée pour les membres de la famille était sensiblement la même que celle à l’intention des aînés.
Analyse des données
Les résultats de notre analyse sont examinés sous l’angle des relations personnes/milieu (Moser et Weiss, Reference Moser and Weiss2003). Cette approche considère les individus dans leur milieu physique et leur contexte socioculturel. Dès lors, l’environnement est analysé dans sa complexité en lien avec les aspects physiques, sociétaux et sociaux (Lord et Després, Reference Lord and Després2012). L’étude de cas ethnographique est la méthode d’analyse que nous avons retenue aux fins de cette contribution. Notre analyse est effectuée sous l’angle des représentations sociales (Jodelet, Reference Jodelet1997). Ces dernières sont étroitement liées aux identités (sociales et professionnelles) des acteurs au sein d’un territoire donné. Subjectivement vécues et perçues par les membres d’une communauté, ces identités résultent de la conscience vis-à-vis l’appartenance à cette communauté. Elles s’inscrivent dans le cadre d’un processus perceptuel où les membres ne s’identifient pas à cette communauté en tant que telle, mais à ce qu’elle signifie pour ceux qui s’y reconnaissent (Fraysse, Reference Fraysse2000). Selon Bruno Jean, «(...) la connaissance des représentations du monde rural devient très importante, car ce sont en fonction des représentations que les personnes et les institutions agissent» (Jean, Reference Jean2006, p. 6). Dès lors, les représentations sociales sont susceptibles d’orienter les choix et les décisions des acteurs dans l’élaboration de politiques publiques.
D’une durée moyenne de deux heures, 12 entrevues semi-dirigées ont été réalisées à l’été 2012. Les propos recueillis ont été enregistrés et retranscrits intégralement. Après une relecture, nous avons procédé à un découpage en fonction des différents thèmes et sous-thèmes identifiés à partir de notre grille d’analyse (Bardin, Reference Bardin1993). Nous avons comparé le contenu des entrevues entre elles de façon à faire ressortir les principaux éléments de similitude et de différenciation. Le but de l’analyse consistait à décrire l’expérience des participants en organisant les données selon les objectifs de l’étude, suivant la méthode d’émergence du plus grand nombre de concepts par le processus de comparaison constante.
Résultats
Les avantages liés au maintien à domicile
De toute évidence, les avantages relatifs au maintien à domicile semblent suppléer nettement aux inconvénients et ce, bien que ceux-ci aient été mis en exergue par un plus grand nombre de répondants.
Lorsqu’on leur demande d’identifier les avantages liés au maintien à domicile, les réponses des personnes interrogées gravitent surtout autour de l’amélioration de la qualité de vie, du bien-être, de la sécurité et de la tranquillité que procure le logement (Morestin et Caurin, Reference Morestin and Caurin2011). Les aînés que nous avons rencontrés ont exprimé un attachement très fort à l’égard de leur domicile, lequel procure un sentiment de bien-être (Buguet, Reference Buguet2004). Un participantFootnote 1 résume ainsi la pensée de plusieurs. «Quand je suis chez nous, je me sens bien» (entrevue no 11). L’habitat apparaît, en effet, comme un des éléments de confort et de sécurité (Boulmier, Reference Boulmier2011). Pour la totalité des personnes âgées, demeurer à domicile leur permet de faire ce qui leur plaît. De manière plus précise, les répondants mettent l’accent sur la liberté et l’indépendance liées au maintien à domicile, deux éléments qui, selon eux, contribuent à ralentir le rythme du vieillissement tant aux plans biologique que psychologique. Le fait de ne pas avoir de contraintes d’horaire est particulièrement apprécié par certains aînés (Balard et Somme, Reference Balard and Somme2011). «Si j’ai dormi jusqu’à 12:30 et que mon dîner n’est pas préparé, ce n’est pas grave. Je le fais quand je suis prêt» (entrevue no 31). À cette fin, la possibilité de recevoir ses enfants, des amis et des membres de la famille est aussi perçue comme un avantage indéniable auprès des aînés contribuant, par le fait même, au maintien des liens sociaux (Ennuyer, Reference Ennuyer2006; Mallon, Reference Mallon2011). «J’aime recevoir, mes amis et ma famille. Quand ils sont arrivés, je leur fais à dîner» (entrevue no 17). Un autre participant fait une observation similaire. «On aime beaucoup nos amis. On va recevoir un couple cet été» (entrevue no 15). Le domicile réfère à un lieu de familiarité où se mettent en scène des solidarités intergénérationnelles que les aînés souhaitent maintenir (Djaoui, Reference Djaoui2011). Ainsi, une personne âgée affirme: «Je reçois mes enfants toutes les fins de semaine. Ça commence le vendredi soir et ça finit le dimanche» (entrevue no 31). D’autres aînés avancent que le fait de demeurer à la maison favorise leur autonomie tout en permettant de pratiquer certaines activités qu’il ne serait pas possible d’effectuer s’ils étaient en foyer de soins. Le maintien à domicile permet aux aînés de vaquer à leurs occupations quotidiennes, de continuer à travailler et de rester occupés (Djaoui, Reference Djaoui2011; Lord et Després, Reference Lord and Després2012). «L’été, je fais mon petit jardin. J’ai aussi un coin pour les fleurs» (entrevue no 9). «Ici, je peux faire mon jardin et mes conserves» (entrevue no 52). «Je suis passionné par la décoration. Quand je décore, je ne vois pas le temps passer» (entrevue no 15).
Le sentiment de liberté et d’indépendance, évoqué par les aînés, est aussi renforcé par leurs enfants. «Ma mère est chez elle. Elle peut faire ce qu’elle veut (entrevues nos 31 et 35). Finalement, le fait de pouvoir demeurer chez soi contribue au bien-vieillir (Balard et Somme, Reference Balard and Somme2011).
Les inconvénients liés au maintien à domicile
Mais le maintien à domicile est parfois synonyme de solitude et d’isolement, un sentiment partagé par les aînés eux-mêmes ainsi que par les membres de leur famille, comme l’atteste ces deux témoignages: «Le temps est long. Je suis tout seul dans la maison» (entrevue no 54). «Mon père est très actif, mais depuis que maman est morte, il est un peu perdu. On dirait qu’il se sent seul. J’aimerais vraiment qu’il puisse trouver quelqu’un qui pourrait lui enlever ses mauvaises pensées» (entrevue no 19).
Par ailleurs, cette solitude appelle aussi à la nuance pour certains répondants. De fait, dans quelques cas, la solitude est volontaire, choisie. «Je préfère demeurer seul, dans mes affaires» (entrevue no 15). L’insécurité nocturne a également été évoquée par deux répondants comme inconvénient lié au maintien à domicile: «J’ai peur de rester tout seul, surtout le soir» (entrevue no 31). Sans être pathétiques, certaines situations inspirent une forme de tristesse comme en témoigne cet extrait d’entrevue. «Avant de me coucher, je mets une chaise sous la poignée de la porte. Je peux alors dormir plus tranquille» (entrevue no 54).
Pour de nombreux répondants, le principal inconvénient lié au maintien à domicile concerne l’insuffisance de services de proximité, une situation qui particularise le milieu rural (Poudret, Reference Poudret2011). Le cas d’Acadieville est patent à cet égard, tel que l’illustre ce répondant: «Il n’y a pas de dépanneur ici. Il n’y a pas de magasin» (entrevue no 9). Au moment où nos enquêtes ont été réalisées, la fermeture de la caisse populaire était éminente, cette situation étant source d’inquiétude pour plusieurs personnes âgées que nous avons interrogées. «Ils ont décidé de fermer notre caisse. Ce n’est pas la décision de la majorité. Je ne comprends pas comment ils ont pu prendre une telle décision. Ils nous ont jeté ça à la face» (entrevue no 52).
La fermeture de la station-service a été un autre coup dur pour certains aînés qui doivent prévoir leurs déplacements en conséquence, comme en fait foi ce témoignage: «Il y avait un poste de gaz juste ici à côté, mais il a fermé» (entrevue no 9). L’absence d’un service de transport en commun est aussi décriée par plusieurs aînés. Les difficultés liées au transport réduisent leurs activités, que ce soit au plan social, communautaire ou culturel, mais surtout elles limitent des déplacements aussi essentiels que les visites chez le médecin. À ce chapitre, un participant affirme: «C’est ma fille qui doit venir me conduire. Elle doit prendre une journée «off». Je ne peux pas toujours trouver quelqu’un pour y aller. C’est ça le pire» (entrevue no 17).
Un participant résume ainsi les inconvénients liés au maintien à domicile: «Le seul inconvénient, c’est d’avoir de la misère à faire mes affaires» (entrevue no 15). De manière plus explicite, la préparation des repas, l’entretien de la maison et les autres menus travaux pèsent parfois lourd sur le quotidien de la plupart des personnes âgées qui ont participé à notre étude.
La préparation des repas représente un désavantage en particulier pour les aînés demeurant seuls. «Il n’y a rien qui me tanne le plus que de me faire les repas» (entrevue no 16). Une autre personne ajoute: «Des fois, je trouve cela pesant. J’essaye de faire un repas qui va me durer deux jours» (entrevue no 16). Un autre renchérit: «On dirait que je n’ai plus le goût de rien faire» (entrevue no 53). Il semble s’en suivre, du moins pour certains aînés, une alimentation déficitaire, voire carentielle qui ne répond pas toujours aux exigences du Guide alimentaire canadien. C’est du moins ce que nous pouvons déduire de l’assertion suivante: «Le midi, je mange de la soupe en conserve ou des hot-dogs. Le lendemain, je mange les restants de la veille» (entrevue no 53). Ce témoignage est aussi corroboré par l’enfant d’un répondant: «Ma mère doit souvent s’acheter des mets déjà préparés. Je ne suis pas certain que ce soit bon pour sa santé» (entrevue no 29).
Les travaux tels que la coupe du gazon, l’enlèvement de la neige, la peinture ainsi que le lavage des murs et des planchers causent de sérieux ennuis pour bon nombre d’aînés ayant participé à notre étude. Le ménage quotidien et, plus spécifiquement, celui du printemps ou de l’automne en dérangent aussi plusieurs. «Ce n’est pas propre dans la maison comme je le voudrais» (entrevue no 31). Un autre participant soulève: «Laver les planchers, passer l’aspirateur, étendre le linge sur la corde, c’est fatigant. Je ne peux plus couper mon gazon» (entrevue no 9). Dans la plupart des cas, les personnes âgées ne sont pas en mesure d’effectuer ces travaux ou alors ceux-ci représentent pour eux une corvée en raison de leur perte de capacité. «Quand je me lève le matin, j’ai beaucoup d’énergie. Mais vers 10:30, je n’ai plus le goût de rien faire tellement je me sens fatigué» (entrevue no 15). La difficulté à trouver quelqu’un, le manque des ressources financières ou la gêne à demander de l’aide ont souvent été cités comme des obstacles à la réalisation de ces travaux. «Ça me dérange beaucoup de demander aux enfants» (entrevue no 15), rétorque un participant. Enfin, soulignons que la préparation de la maison pour l’hiver s’avère aussi problématique pour plusieurs répondants.
Principaux paramètres facilitant ou entravant le maintien à domicile des aînés
La préservation de l’autonomie
L’un des principaux constats qui se dégagent de notre étude concerne l’autonomie des personnes âgées vivant à domicile. De fait, tous les aînés que nous avons rencontrés s’avèrent généralement autonomes dans la réalisation de leurs activités quotidiennes, autonomie qui a d’ailleurs été confirmée par leurs proches. Elle se matérialise entre autres par le fait que nombre d’aînés conduisent encore leur automobile, préparent leur repas, cultivent leur jardin, font leur ménage, leur lavage, leur repassage, leur couture, etc. Dans certains cas, cette autonomie appelle même au dépassement des aînés, quitte à excéder leurs limites. «Ma mère entre encore son bois de chauffage alors qu’elle souffre d’incontinence (entrevue no 29). Il arrive même que ce surpassement puisse constituer un danger pour les aînés en plus d’engendrer de l’inquiétude chez leurs enfants comme en témoigne cet extrait: «J’ai interdit à ma mère de monter sur une chaise ou de descendre à la cave. Elle ne m’écoute pas. Je suis inquiet, car j’ai peur qu’elle tombe, mais c’est impossible de l’arrêter» (entrevue no 40).
L’autonomie se matérialise aussi par le travail effectué par les séniors pour la famille, les amis ou pour les membres de leur entourage. Ce témoignage confirme cette assertion: «Ma mère en fait beaucoup, pas seulement pour elle-même, mais aussi pour les autres, surtout pour la visite» (entrevue no 31). Par conséquent, la préservation de l’autonomie constitue une condition essentielle au maintien à domicile. Elle fait aussi naître un sentiment de fierté chez certains enfants comme l’illustre cet extrait: «Nous sommes fiers que maman puisse demeurer encore chez elle et qu’elle puisse apprécier vivre ici. Elle est débrouillarde. Elle fait beaucoup d’ouvrage pour elle et pour les autres» (entrevue no 35). En fait, tant pour les aînés eux-mêmes que pour leurs enfants, la perte d’autonomie conduit indubitablement vers l’institutionnalisation.
Le revenu
La situation financière des aînés constitue un important déterminant en ce qui a trait au maintien à domicile (Buguet, Reference Buguet2004). Si certains répondants semblent être à l’aise sur le plan financier, ce n’est pas le cas de tous. Cette précarité affecte la qualité de vie de certains aînés comme en témoigne ce répondant: «Une fois que j’ai payé le téléphone, l’électricité, l’épicerie et les assurances de la maison, il ne me reste plus rien» (entrevue no 15). Un autre participant met aussi en exergue la pauvreté qui l’afflige. «Je reçois 600$ par mois. Je dois m’arranger avec ça» (entrevue no 17).
L’insuffisance de revenus affecte divers aspects de la vie sociale et économique. Par exemple, l’entretien de la maison représente des coûts substantiels qui ne cadrent pas toujours avec le revenu des personnes âgées ce qui, par conséquent, peut entraver leur maintien à domicile. «Ça m’a coûté 9 000$ pour faire un champ d’égout. J’ai dû emprunter. Il me reste encore trois paiements. C’est juste 25$ par mois, mais c’est beaucoup pour moi» (entrevue no 15). L’augmentation du prix du mazout gruge une part importante du revenu de certains répondants. «L’huile est rendue très chère. On dirait qu’on est pris sur tous les bords» (entrevue no 15). Même s’il constitue un cas d’espèce, l’insuffisance de revenu est susceptible d’exposer au danger l’un de nos participants. «J’ai peur de tomber en pelletant mon perron l’hiver. Mais je n’ai pas les moyens de payer quelqu’un pour le faire» (entrevue no 54).
Bien que la faiblesse du niveau de revenu ne soit pas nécessairement un obstacle au maintien à domicile, elle oblige néanmoins certaines personnes âgées à faire des choix ou à modifier leurs habitudes de vie. «Je dois couper sur autre chose» (entrevue no 15). La difficulté à joindre les deux bouts a bien été mise en évidence par un participant. À la question: «Qu’est-ce qui vous manque le plus dans votre vie?», ce dernier a répondu: «De l’argent pour aller me promener» (entrevue no 9). En fait, les difficultés financières qui affligent cette personne l’ont confiné à la maison alors qu’elle désirerait effectuer les voyages organisés par le club de l’âge d’or local. Plus inquiétant encore est le fait que des besoins essentiels, tels que manger convenablement, ne sont pas pleinement satisfaits pour certains de nos répondants. «Je ne peux pas avoir mes légumes crus tous les jours. Je n’en ai pas les moyens» (entrevue no 15). En outre, quelques-uns souhaiteraient obtenir l’aide de l’État notamment pour l’achat de matériel médical. En raison de difficultés financières, certaines personnes âgées doivent aussi se priver de produits spécifiques que requiert leur situation. «Je souffre d’incontinence et je dois porter une culotte. Je n’en ai pas tout le temps parce que c’est trop coûteux» (entrevue no 31).
La voiture
Pour plusieurs répondants, la possession d’une voiture facilite le maintien à domicile. Outre sa fonction utilitaire, la voiture a aussi, pour les personnes âgées que nous avons interrogées, valeur de symbole. Elle est synonyme d’autonomie, de liberté et d’indépendance en plus d’agir comme un outil d’insertion sociale (Lord et Després, Reference Lord and Després2012). Dès lors, le renoncement à la voiture, pour quelques raisons que ce soit, est vécu comme un véritable choc. «Ne plus avoir d’auto, c’est ce que je trouve le plus difficile. Il faut que j’attende toujours une invitation pour aller quelque part» (entrevue no 20). L’arrêt de la conduite automobile est décrit comme une première entrée dans la dépendance qui apparaît parfois redoutée par les personnes concernées parce qu’elle limite leur mobilité en plus d’influencer négativement leur niveau de bien-être (Siren et Hakamies-Blomqivst, 2008). Pour ces dernières, se départir de leur automobile équivaut à un deuil. «À 86 ans, je vais probablement laisser aller ma licence l’an prochain, mais ce n’est pas par gaieté de cœur» (entrevue no 17). En conséquence, le fait de ne pas avoir de voiture représente, pour certains, l’un des principaux inconvénients liés au maintien à domicile. Cela a pour effet d’accentuer le sentiment d’isolement de certains aînés vivant en milieu rural (Marottoli et al., Reference Marottoli, De Mendes, Glass and Williams1997). «Je n’ai pas d’auto du tout. C’est ça qui est le plus difficile» (entrevue no 11). Ce sentiment semble se renforcer avec le vieillissement et la peur croissante de dépendance à l’égard d’autrui ce qui, dans certains cas, est susceptible d’accroître la vulnérabilité et l’intégrité des aînés (Fortin, Villeneuve et Rioux, Reference Fortin, Villeneuve and Rioux2008). «Je n’ai pas d’auto. Je dois dépendre de mes enfants» (entrevue no 52). De plus, le vieillissement a pour conséquence de modifier le trajet des aînés comme en témoigne ce membre de la famille: «Ma mère a encore sa voiture. Mais elle ne fait que des petites «drives» (entrevue no 40).
L’accès et l’offre de services de proximité
L’accès aux services de proximité est d’une importance capitale pour les aînés. Nous avons vu que l’insuffisance de services constituait un inconvénient majeur au maintien à domicile. Pour plusieurs personnes âgées, les visites chez le médecin posent problème en raison de l’absence d’un service de transport collectif. L’effritement de l’infrastructure de services, dont la caisse populaire et la station-service, a aussi été décrié par de nombreux aînés. L’hiver est aussi une période plus difficile pour certains aînés et ce, à plus d’un point de vue. Les déplacements sont plus périlleux et, par conséquent, moins fréquents. La neige, le froid et surtout la glace constituent une source importante d’inquiétude augmentant par le fait même le risque de chutes, ces dernières étant elles-mêmes cause de stress pour plusieurs de nos répondants, mais aussi, pour leurs enfants. Dès lors, il devient parfois ardu de pourvoir aux activités hebdomadaires. «Aller faire mon épicerie me fatigue énormément surtout l’hiver» (entrevue no 16).
En somme, l’offre de services, qu’ils soient publics, semi-publics ou privés, favorise le maintien à domicile. Dès lors, le rapport au territoire, en milieu rural, est non seulement symbolique, mais aussi social, culturel et économique (Bendimérad, Reference Bendimérad2011; Simard, Reference Simard2003).
La présence ou l’absence des enfants, des amis et d’animaux
Le maintien à domicile nécessite que les aînés plus vulnérables puissent profiter d’un soutien tant à l’échelle de la famille qu’à celle de la communauté (Lord et Després, Reference Lord and Després2012). De toute évidence, la famille s’avère importante pour les personnes âgées ayant participé à notre étude. Certaines sont formelles à ce sujet comme en atteste cette affirmation: «Ma famille, c’est ma vie» (entrevue no 52). Sans qu’il y ait nécessairement cohabitation, la proximité géographique des enfants et des parents favorise le maintien à domicile souhaité par ces derniers et ce, grâce à un soutien matériel et affectif. «Les enfants viennent tous les samedis. Quand ils ne peuvent pas, ils viennent le dimanche» (entrevue no 20). A contrario, l’éloignement géographique de la famille oblige les aînés à conserver des activités et des mobilités autonomes. Plus les enfants sont éloignés, plus les aînés tiennent à cette autonomie. Le déménagement dans une autre région que celle de leur vie professionnelle les invite à anticiper leur vieillissement. Ils ont donc un rapport plus stratégique à l’offre d’aides locales, évaluant les avantages et les inconvénients relatifs au territoire sur lequel ils ont élu domicile et allant parfois chercher, au-delà de leurs limites, un meilleur service dans la mesure du possible.
La présence d’un enfant à la maison est rassurante pour quelques participants, surtout si celui-ci est un garçon. Cette situation s’avère possible pour le parent dont le fils est célibataire. Dès lors, la sécurité est perçue comme étant le principal avantage à la cohabitation enfant/parent aîné. Ainsi à la question: «Quel est le principal avantage à cohabiter avec votre garçon?», une personne répond: «La sécurité, la nuit. C’est rassurant d’avoir un homme dans la maison» (entrevue no 20).
La distance géographique et les activités tant personnelles que professionnelles des enfants limitent parfois l’aide qu’ils sont en mesure d’apporter à leurs parents. Ceux-ci sont bien au courant de ces limites. En même temps, ils se font compréhensifs à l’égard de cette situation comme en témoignent ces extraits d’entrevues. «C’est difficile pour les enfants de venir m’aider. Ils travaillent tous et sont très occupés (entrevue no 15). Les enfants arrivent fatigués le soir à la maison. Il faut qu’ils reviennent ici après le travail. Ce n’est pas évident pour eux» (entrevue no 16).
La présence d’amis est un autre facteur qui facilite le maintien à domicile, surtout quand survient la maladie, un décès ou toute autre situation difficile comme le souligne ce répondant. «Quand j’étais malade, mes amis venaient me voir une ou deux fois par semaine. Ce n’est pas croyable comme leur visite me remontait le moral» (entrevue no 15). Enfin, la présence d’un animal domestique semble aussi favoriser le maintien à domicile en plus de briser l’isolement. «Avec mon chien, je me sens moins seul» (entrevue no 20).
Stratégies organisationnelles mises en place par les aînés
Les expériences et les habitudes jalonnent la vie à domicile (Buguet, Reference Buguet2004). C’est dans ce contexte que les personnes âgées déploient diverses formes de stratégies pour favoriser leur maintien à domicile (Lord et Després, Reference Lord and Després2012). Celles-ci peuvent être divisées en quatre catégories à savoir: le soutien familial et sociocommunautaire, la débrouillardise et la capacité de résilience des aînés, la pratique de loisirs et de sports ainsi que les aménagements.
Le soutien familial et sociocommunautaire
Le soutien de la famille nucléaire (en particulier des enfants) arrive en tête de liste parmi les stratégies déployées par les aînés en vue de favoriser leur maintien à domicile (Pin, Reference Pin2005). Les familles sont effectivement très présentes dans l’accompagnement de leurs parents (Ennuyer, Reference Ennuyer2008). Pour certains aînés, il s’agit même d’une condition essentielle pour continuer à vivre dans leur maison. «Si je n’avais pas de bons enfants, j’aurais eu de la misère à rester seul» (entrevue no 11), déclare un répondant.
Les raisons qui motivent les enfants à aider leurs parents sont de deux ordres: l’amour filial et la précarité du niveau de revenu de leurs parents. En ce qui concerne plus particulièrement ce dernier aspect, l’aide prodiguée s’incarne par des dons de toute nature: vêtements, nourriture, soins thérapeutiques, etc. comme en témoigne les affirmations suivantes: «Comme je n’ai pas d’assurances, mes enfants payent mes traitements d’acupuncture. Cela m’aide beaucoup» (entrevue no 11). Ma fille m’apporte des gros morceaux de viande. Quand elle arrive, elle met tout cela dans le congélateur. Elle me fait aussi de la sauce à spaghetti» (entrevue no 20).
Le soutien des enfants prend diverses formes. Il se matérialise par la préparation des repas, l’entretien de la maison, le ménage, les sorties pour la visite du médecin, le magasinage, les loisirs, l’enlèvement de la neige, la tonte du gazon, les réparations, l’entretien général de la maison, le ménage, la cuisine, l’organisation des transports, etc. Ce répondant illustre bien que le soutien dont il bénéficie ne se limite pas qu’aux enfants. «Ma sœur est ici et j’en ai une autre proche. On s’aide beaucoup mutuellement» (entrevue no 16). Un autre participant renchérit: «Mes nièces viennent me conduire de temps à temps chez le médecin» (entrevue no 20). Cet extrait montre bien le rôle de la famille élargie au maintien à domicile. «Ma bru vient m’aider à corder le bois à l’automne» (entrevue no 15). Par ailleurs, certaines personnes âgées considèrent qu’il est de plus en plus difficile pour les membres de leur famille à leur venir en aide et ce, pour de multiples raisons, la principale étant que ceux-ci ont déjà leur propre famille.
Plusieurs enfants exercent aussi un rôle d’accompagnateur à l’égard de leurs parents âgés contribuant ainsi à l’amélioration de leur qualité de vie. «Mon garçon m’amène où je veux. Ce n’est pas un problème» (entrevue no 20). Dans d’autres situations, l’aide semble revêtir une dimension inconditionnelle. «Ma mère sait qu’elle pourra toujours compter sur nous, ses enfants (entrevue no 35). Mais le soutien des enfants à l’égard de leurs parents a aussi ses limites: «Je n’irais pas jusqu’à changer les couches de ma mère» (entrevue no 29), a déclaré un répondant.
Si la solidarité familiale exerce un rôle prédominant en matière de maintien à domicile, la sociabilité et l’entraide renforcent aussi ce mode d’habitation. À ce titre, le soutien communautaire exerce un rôle fondamental quant au maintien à domicile surtout en milieu rural (Berg-Warman et Brodsky, Reference Berg-Warman and Brodsky2006). Ainsi que l’évoque un participant: «Ce qui est le fun à la campagne, c’est que tu connais tout le monde. J’ai juste besoin d’appeler le voisin et il vient» (entrevue no 16). L’entraide entre voisins améliore, selon toute vraisemblance, la qualité de vie des personnes âgées. Dès lors, les relations de voisinage ont une importance indéniable dans la vie de plusieurs participants, un fait qui particularise les localités de petite taille démographique (Simard, Reference Simard2003). Cet aîné rétorque: «Si les enfants ne peuvent pas venir me conduire, il y a toujours la voisine qui est prête à m’amener où je veux» (entrevue no 20). Il n’est pas rare qu’une personne offre un service de taxi sur une base bénévole. «M. X m’amène partout où je veux aller. C’est un bon homme, toujours disponible. Il est toujours prêt à m’aider» (entrevue no 11). À la question: «Si votre parent a besoin d’aide, où ira-t-il?», un enfant d’aîné répond: «Chez les voisins. Il y a beaucoup d’entraide ici. Si tu donnes quelque chose à quelqu’un, tu vas le recevoir en retour» (entrevue no 29). Dans certains cas, cette entraide va bien au-delà des relations de voisinage, certains membres de la communauté acceptant d’apporter les médicaments aux aînés à leur retour du boulot.
Le soutien familial n’est pas exclusivement l’affaire des enfants, de la famille immédiate et des amis. En fait, ce soutien fonctionne aussi à double sens, les personnes âgées apportant, dans la mesure de leurs capacités, leur contribution. Cette entraide mutuelle contribue au renforcement des liens familiaux tout en étant source de quiétude pour les membres de la famille comme en témoigne cet extrait: «Mon frère demeure avec ma mère. Il a besoin d’aide autant qu’elle. Ils se complètent bien. Je n’ai pas vraiment d’inquiétude» (entrevue no 40). La contribution des parents aînés à l’égard des enfants leur procure un sentiment de valorisation en plus d’atténuer le sentiment d’isolement tel que l’illustrent ces deux extraits: «Je prends soin du bébé de ma fille. Il a 17 mois. Pendant ce temps, je ne pense absolument à rien d’autre» (entrevue no 16). «Pendant que je soigne ce petit bébé-là, je ne pense pas à rien» (entrevue no 9), mentionne un autre participant. Par ailleurs, alors que l’insuffisance de services est perçue, tel que déjà évoqué, comme un inconvénient au maintien à domicile, dans certaines situations, elle peut contribuer à la valorisation des personnes âgées. «Il n’y a pas de service de couture ici. Ils viennent tous me voir. Je fais leur ouvrage (entrevue no 11).
Débrouillardise et capacité de résilience des aînés
Certaines personnes âgées font preuve d’une débrouillardise exemplaire et ce, dans moult situations notamment quand certains biens ou services viennent à manquer. Par exemple, l’un de nos répondants a affirmé faire son pain lorsqu’il n’en a plus. En dépit de sa pauvreté, un autre a mentionné ne pas avoir trop de difficulté à payer son épicerie parce qu’il n’achetait aucun aliment ou mets préparés. «J’en fais beaucoup moi-même. C’est moins dispendieux» (entrevue no 17). Cette même personne a aussi évoqué qu’elle ne fréquentait pas les salons de coiffure étant en mesure de se coiffer elle-même. La visite d’un enfant peut aussi être l’occasion pour le parent aîné de lui faire effectuer différents menus travaux. «Je profite de la visite de mon fils pour aménager des espaces de rangement» (entrevue no 15), souligne un participant. D’autres s’adaptent, non sans peine, à divers changements comme la perte de certains services dont il a été question à la section précédente.
La pratique de loisirs et de sports
La pratique de loisirs est perçue, tant par les personnes âgées que par leurs enfants, comme un moyen pour atténuer les effets de la solitude et, par conséquent, de favoriser le maintien à domicile. Les loisirs auxquels les aînés s’adonnent sont nombreux allant de la peinture et de l’artisanat, à la couture, au chant choral, à la cuisine, aux mots croisés, au sodoku, à l’écoute de la musique et de la télévision ainsi qu’à la lecture. En ce qui concerne plus spécifiquement cette dernière forme de loisir, un aîné évoque: «Je suis abonné à L’Acadie Nouvelle et à plusieurs annales. Lire prend tout mon temps» (entrevue no 31). Dans bien des cas, la pratique de loisirs fait partie des activités réalisées par les séniors au même titre que la cuisine, l’hygiène corporelle ou l’entretien ménager. Pour cette raison, aucun motif particulier n’est évoqué en vue de les pratiquer, ces loisirs faisant partie intégrante de leur vie. «Je fais de l’artisanat. J’aime aussi crocheter et jardiner. À l’occasion, je vais aussi jouer aux quilles» (entrevue no 9). La couture est à la fois considérée comme un passe-temps, une forme d’entraide et un moyen de réduire les coûts associés à l’achat de vêtements. Je couds encore. Je fais tout mon linge. Cela me permet d’économiser» (entrevue no 11).
La fréquentation du club de l’âge d’or est particulièrement prisée par la majorité des aînés que nous avons rencontrés. «Je participe régulièrement aux activités du club de l’âge d’or» (entrevue no 17).
La pratique religieuse et/ou la participation active aux activités liturgiques représentent un moyen non seulement de contrer la solitude, mais aussi de maintenir une bonne santé spirituelle et psychologique. «Je vais à la messe. Il me semble que ça me remonte le moral» (entrevue no 9). Une autre intervention va dans le même sens. «Je suis une «prieuse» et c’est ça qui me tient» (entrevue no 16). Être membre de la chorale paroissiale est aussi, pour certains aînés, une occasion de socialiser. «Je suis dans le chœur de chants. Ça me permet de voir du monde» (entrevue no 31). Par ailleurs, qu’il nous soit permis de préciser qu’aucune des personnes âgées que nous avons interrogées ne possédait d’ordinateur. Par conséquent, Internet ne fait pas partie de leurs loisirs.
Dans le même ordre d’idée, si plusieurs aînés considèrent que la préparation des repas et le lavage de la vaisselle constituent une corvée et, par conséquent, entravent le maintien à domicile, d’autres soutiennent le contraire. «Je me sens bien quand je fais mon «cookage»» (entrevue no 11). Ainsi que le souligne un autre participant: «Moi, j’aime faire à manger surtout des petits gâteaux que je décore à l’occasion de l’anniversaire de mes petits-enfants» (entrevue no 31). Certains enfants corroborent les assertions de leurs parents: «Je crois que ma mère aime faire sa cuisine et sa vaisselle. Elle considère cela comme un passe-temps, une vieille routine» (entrevue no 35).
Enfin, précisons que les personnes âgées qui ont participé à notre étude font peu de sports, quoique quelques-unes pratiquent la marche sur une base quotidienne pourvu que la température le permette. Cette activité a un impact non seulement sur leur état de santé et leur qualité de vie en général, mais aussi sur leur insertion sociale (Alsnih et Hensher, Reference Alsnih and Hensher2003).
Les aménagements
Bien que la majorité des répondants n’ait pas eu à effectuer d’aménagements majeurs, d’autres ont dû procéder à certains changements surtout à l’intérieur de la maison. Le rabaissement de la hauteur des tablettes et des armoires de la cuisine ainsi que la pose de barres d’appui dans la salle de bain et les escaliers figurent parmi les principales modifications qui ont été apportées. Certains aînés ont aussi dû se départir de meubles trop encombrants. D’autres ont fait retirer les tapis pour les remplacer par des prélarts plus faciles d’entretien. D’autres encore ont condamné certaines pièces parce que trop coûteuses en termes de chauffage. Un participant a mentionné qu’il y aurait beaucoup de changements à faire dans la maison pour améliorer sa qualité de vie, mais qu’il n’en avait pas les moyens. Un autre a procédé à des réaménagements davantage par souci d’esthétisme qu’en vue de faciliter son maintien à domicile.
Le vieillissement oblige aussi quelques répondants à cesser la pratique de certaines activités comme le grand ménage, la culture d’un jardin, la couture, la tonte du gazon, la peinture, la cuisine ou même les loisirs. «On aimait beaucoup aller aux danses, mais depuis que ma femme est maganée, on ne peut plus trop» (entrevue no 15). Un autre participant renchérit: «Avant, je coupais mon bois pour l’hiver. Cette année, je ne le fais pas. Je m’aperçois que je perds des capacités» (entrevue no 53). Curieusement, quelques personnes âgées sont même nostalgiques parce qu’elles ne sont plus en mesure de pratiquer certaines activités qui, de prime abord, auraient pu être considérées comme une corvée. «Couper le gazon me manque. Ça me donnait de l’exercice» (entrevue no 20). Dès lors, l’un des principaux aménagements auxquels les aînés ont dû effectuer en raison de leur avancée en âge tient à l’embauche de personnel. «Avant, je faisais moi-même mon grand ménage et mon peinturage. Maintenant, je dois payer quelqu’un pour faire cela» (entrevue no 11).
Finalement, vieillir chez soi implique parfois des aménagements de vie qui vont au-delà de l’aîné lui-même, ce dernier étant tributaire, tel que nous l’avons vu, du soutien dispensé par la famille, les voisins, les amis et la communauté en général (Hollander et Oberlink, Reference Hollander and Oberlink2003). Dans ce contexte, certains enfants se voient contraints d’effectuer des changements pour assurer la sécurité de leur parent âgé comme en fait foi ce témoignage: «J’ai dû retirer la corde à linge afin que ma mère se serve de sa sécheuse» (entrevue no 29). Dans ce même esprit de sécurité, mais aussi dans un souci de faciliter certaines opérations, d’autres ont procédé à des ajustements. «Je fais des billots de bois plus petits pour que ma mère n’ait pas de difficulté à les transporter» (entrevue no 35).
La question de la langue
L’accès des aînés francophones en situation minoritaire à des services de santé en français est une problématique bien réelle qui, par ailleurs, se pose de manière différente selon les endroits (Forgues et al., Reference Forgues, Doucet and Guignard2011). Les personnes âgées que nous avons interrogées sont toutes francophones, mais aussi, pour la plupart, bilingues. Quelques-unes éprouvent une certaine difficulté à s’exprimer en anglais, mais toutes comprennent très bien cette langue. Par conséquent, celle-ci ne leur pose pas de problème. Si elles préfèrent d’abord être servies en français, elles composent facilement avec le fait que les services peuvent être offerts en anglais. «J’ai beaucoup travaillé en anglais, ça fait que ça ne me dérange pas» (entrevue no 11). En dépit du fait que le Nouveau-Brunswick soit une province officiellement bilingue, la totalité des aînés entrevoit n’exprimer aucune revendication dans l’éventualité où les services qu’ils requièrent soient exclusivement offerts en anglais. «Je ne vais pas forcer un anglophone à se débattre en français ni à faire de plainte. Il faut être raisonnable» (entrevue no 15).
Bien que certains répondants disent éprouver quelques difficultés avec la langue anglaise, ces derniers peuvent toujours compter sur un membre de la famille ou des amis pour les accompagner. «J’ai des amis anglophones qui viennent tout le temps avec moi pour mes traitements. Ça fait que je n’ai pas de misère» (entrevue no 11). Cet accompagnement est d’autant plus apprécié lorsqu’il s’agit d’une visite chez le médecin et, de surcroît, que celui-ci est anglophone. «Je suis content que mon garçon vienne avec moi parce que je ne comprendrais pas grand-chose à ce que dit le docteur. C’est un anglais» (entrevue no 54).
C’est plutôt la recherche d’un environnement francophone qui semble contribuer à l’amélioration de la qualité de vie des aînés. En fait, la situation décrite par nos répondants met davantage en exergue l’insuffisance de services que l’on retrouve au nord de la province, cette situation incitant les aînés à déménager éventuellement vers le sud et, conséquemment, à accroître les disparités entre ces deux régions de la province (Simard, Reference Simard2011).
Les perspectives d’avenir
La majorité des répondants soutiennent que leur avenir s’inscrira dans la suite logique de leur cheminement actuel. Quelques-uns n’anticipent aucun changement tout en espérant qu’il n’en surviendra pas. De toute évidence, ils sont attachés à leur milieu et n’ont guère l’intention de déménager (Fortin, Després et Vachon, Reference Fortin, Després and Vachon2002). «Peu de résidences pour aînés sont susceptibles d’égaler les avantages de leurs maisons individuelles en matière de confort, de tranquillité et d’intimité et de reproduire les dimensions psychologiques et affectives liées à la familiarité avec les lieux et la mémoire des activités familiales qui s’y sont déroulées» (Lord et Després, Reference Lord and Després2012, p. 136). Par conséquent, le maintien à domicile constitue le mode d’habitation le plus approprié à leur situation et ce, tant que la santé leur permettra. En même temps, la majorité des répondants éprouvent une certaine forme de résignation et se disent prêts à quitter le domicile le moment venu, mais non sans inquiétude (Déoux et al., Reference Déoux, Massot and Girard2011). Aucun aîné, dans le cadre de nos entrevues, n’a identifié la limite potentielle au maintien à domicile (Balard et Somme, Reference Balard and Somme2011).
Les coupures dans le secteur de la santé, mais aussi l’esprit individualiste qui règne au sein de notre société, inquiètent plusieurs personnes âgées quant à la qualité des services qu’ils pourront recevoir en foyers de soins dans un avenir rapproché. «Avec les coupures et les jeunes qui ne pensent qu’à eux, j’ai bien peur de me retrouver dans un foyer (entrevue no 15). D’autres hésitent à formuler quelques perspectives d’avenir que ce soit ne sachant pas ce que le futur leur réserve. «Je ne sais pas comment ça va aller» (entrevue no 15). Le témoignage d’un autre répondant va dans le même sens: «Je vais bien aujourd’hui, mais je ne sais pas ce qui arrivera demain» (entrevue no 16). Même les enfants se font discrets quand il est question de l’avenir de leurs parents. «C’est difficile à dire. J’aime autant ne pas savoir ce qui arrivera» (entrevue no 35).
Discussion
Un premier constat qui se dégage de nos enquêtes concerne le fait que la totalité des personnes interrogées recommande que les aînés puissent demeurer dans leur maison le plus longtemps possible, une observation que plusieurs auteurs ont mise en évidence dans le cadre de leurs travaux (Dupuis-Blanchard, Reference Dupuis-Blanchard2007; Rantz et al., Reference Rantz, Phillips, Aud, Popejoy, Marek and Xhicks2011; Young, Reference Young1998). Dans cet esprit, certains aînés refusent catégoriquement la possibilité de déménager dans un centre d’hébergement à moyen et à long terme, le foyer de soins faisant figure de repoussoir. Deux raisons semblent motiver leur désir de continuer à vivre chez eux. Premièrement, le domicile tend à prendre une signification particulière pour les aînés qui ont participé à notre étude. C’est un espace où s’inscrivent les racines, les valeurs et les symboles. C’est aussi un espace social qui contribue à la consolidation du tissu communautaire. En second lieu, l’enracinement dans la ruralité motive aussi le choix résidentiel de nos répondants. Ces derniers apparaissent fortement ancrés dans leur milieu. Force est de constater que la question territoriale est au centre des conditions qui facilitent le maintien à domicile. Cet ancrage territorial se manifeste par un fort sentiment identitaire, la consolidation des liens sociaux, la création de réseaux et une forte capacité de résilience, autant de caractéristiques qui structurent la communauté.
En dépit des difficultés rencontrées, les aînés et leur familles considèrent que les avantages, en matière de maintien à domicile, sont plus nombreux que les inconvénients. Tel est le deuxième constat que notre étude a permis de mettre en évidence. Plusieurs déterminants influencent le maintien à domicile, dont le revenu, la possession d’une voiture, l’accès à des services de proximité, la présence des enfants, des amis et d’animaux, le soutien de la famille et de la communauté, la débrouillardise, la capacité de résilience des aînés ainsi que la pratique de sports et de loisirs.
Troisièmement, il ressort de notre analyse une insatisfaction de la part des aînés que nous avons interrogés pour tout ce qui concerne l’offre de services de proximité. En milieu rural, force est de reconnaître que ceux-ci exercent quatre types de fonctions: utilitaire, économique, symbolique et sociale (Simard, Reference Simard2005). En ce qui concerne plus spécifiquement cette dernière, la caisse, l’église, le bureau de poste ou le club de l’âge d’or constituent autant de lieux de rencontre et donc, de socialisation pour les personnes âgées ce qui, du coup est susceptible d’interférer leur état d’isolement (Lavoie, Rose, Burns et Covanti, Reference Lavoie, Rose, Burns and Covanti2012). Rappelons que les participants se sont faits plutôt discrets quant à leur appréciation des services concernant spécifiquement le maintien à domicile dispensés par le Centre de bénévolat de la péninsule acadienne, la Croix-Rouge et le programme Extramural.
En quatrième lieu, même s’ils résident au sein d’un milieu minoritaire francophone, les aînés que nous avons rencontrés ont évoqué que la langue ne constituait pas un réel problème en raison du soutien dont ils bénéficient de la part de leurs proches et de leur relative facilité à s’exprimer en anglais. De toute évidence, ils manifestent une forte capacité d’adaptation. À cet égard, ils ont mis en œuvre diverses stratégies pour compenser certains inconvénients liés au maintien à domicile, mais surtout dans le but d’améliorer leur qualité de vie et ainsi mieux maîtriser leur espace de vie.
Finalement, il en revient aux aînés eux-mêmes, à la communauté et à l’État de mettre en place les conditions nécessaires dans le but de favoriser le maintien à domicile. De manière plus explicite, il s’agit, selon nos répondants, de favoriser les lieux de rencontre et d’échange; de mettre en place un service de transport en commun; d’octroyer, en l’absence d’un tel service, une aide gouvernementale permettant de défrayer une partie des coûts liés aux déplacements; d’améliorer l’accessibilité de certains services de proximité et de transférer une partie des fonds dédiés aux foyers de soins aux services de maintien à domicile.
L’un des aspects novateurs de notre étude réside dans la méthode que nous avons retenue pour effectuer la démonstration de nos résultats à savoir l’approche territoriale analysée sous l’angle des représentations sociales. Pour reprendre les termes d’Argoud, Bessac et Daure (Reference Argoud, Bessac and Daure2006), «le territoire constitue un ancrage de proximité (…) qui est pertinent pour tenter de réintégrer les personnes vieillissant dans une vie sociale et dans des lieux non stigmatisants» (p. 29). De plus, c’est à l’échelle du territoire que se pose la question de l’offre de services de proximité laquelle constitue un enjeu fondamental pour les aînés. Dès lors, l’approche territoriale doit être au cœur de toute action gérontologique. Il s’agit de proposer une réponse aux besoins des personnes âgées qui soit cohérente à l’échelle de leur milieu de vie (Balard, Reference Balard2010).
Par ailleurs, force est aussi de reconnaître, les limites de notre étude. Une première tient à la dimension linguistique qui ne s’est pratiquement pas reflétée dans les entrevues en raison notamment du soutien prodigué par des enfants bilingues, mais aussi de la petitesse de notre échantillon et ce, bien que la saturation des données ait été atteinte. De plus, nous aurions sans doute obtenu des résultats différents quant aux paramètres facilitant le maintien à domicile si notre échantillon avait comporté des personnes en très grande perte d’autonomie ou présentant des déficits cognitifs importants. Enfin, étant donné que notre étude n’a porté que sur une seule localité, force est d’admettre que notre typologie, fondée sur les différentes mesures d’adaptation mises en œuvre par les personnes âgées pour favoriser leur maintien à docile, s’avère quelque peu fragmentaire. Néanmoins, notre étude confirme la nécessité de poursuivre des travaux plus vastes sur le maintien à domicile en milieu minoritaire francophone afin que les décideurs publics et autres acteurs sociaux soient mieux à même d’élaborer des politiques qui répondront plus adéquatement aux besoins des aînés eu égard à leur situation géographique et à leur réalité linguistique, ceci dans le respect de la dignité humaine et d’une plus grande équité territoriale.
Entrevues
Entrevue no 9 (personne âgée d’Acadieville)
Entrevue no 11 (personne âgée d’Acadieville)
Entrevue no 15 (personne âgée d’Acadieville)
Entrevue no 16 (personne âgée d’Acadieville)
Entrevue no 17 (personne âgée d’Acadieville)
Entrevue no 20 (personne âgée d’Acadieville)
Entrevue no 29 (membre de la famille d’Acadieville)
Entrevue no 31 (personne âgée d’Acadieville)
Entrevue no 35 (membre de la famille d’Acadieville)
Entrevue no 40 (membre de la famille d’Acadieville)
Entrevue no 52 (personne âgée d’Acadieville)
Entrevue no 53 (personne âgée d’Acadieville)
Entrevue no 54 (personne âgée d’Acadieville)