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Un totémisme enfantin ?

Penser les animaux pour prendre sa place dans le monde social

Published online by Cambridge University Press:  09 March 2026

Julien Vitores*
Affiliation:
Université Sorbonne Paris Nord julien.vitores@univ-paris13.fr
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Abstract

À partir d’une enquête articulant des observations en contexte scolaire, des entretiens avec des parents et des questionnaires adressés aux enfants à partir d’un jeu de carte, l’article met en évidence le rôle que jouent les figures symboliques représentant des animaux dans la prime-socialisation enfantine (3-6 ans). Dans un premier temps, je reviens sur la manière dont la notion de totémisme a permis d’analyser les usages symboliques des espèces animales pour penser des catégories sociales, chez des auteurs tels qu’Émile Durkheim, Claude Lévi-Strauss et Philippe Descola. L’article revient ensuite sur la manière donc ces questionnements peuvent se voir adaptés à l’étude des représentations enfantines, afin de comprendre les usages symboliques élémentaires des animaux. J’explicite alors les méthodes employées pour enquêter sur la genèse des modalités enfantines d’appréhension des animaux. Enfin, l’article reprend les résultats de cette recherche, qui mettent en lumière la façon dont les différences entre animaux peuvent servir aux enfants à penser des différences sociales et à intérioriser des dispositions associées à leur position dans différents rapports sociaux, de genre et de classe. Ce faisant, leurs pratiques ludiques impliquant la mise en scène ou l’imitation de comportements animaux, ou l’expression d’un vif intérêt pour différents types d’animaux, peuvent ainsi constituer des vecteurs indirects d’apprentissage de leur place dans le monde social.

Based on a study combining school-based observations, interviews with parents, and questionnaires given to children through a card game, this article highlights the role of symbolic animal figures in early childhood socialization (ages three to six). First, the author revisits how the concept of totemism has been employed to analyze the symbolic uses of animal species to conceptualize social categories, as seen in the works of Émile Durkheim, Claude Lévi-Strauss, and Philippe Descola, among others. The article then explores how these questions can be adapted to the study of children’s representations in order to understand elementary symbolic uses of animals. Having set out the methods used to investigate the genesis of how children understand animals, the article discusses the study’s findings, which reveal how differences between animals can help children think about social distinctions and internalize positioning associated with their gender and social class. In this way, practices of play, from roleplay and imitating animal behaviors to taking a keen interest in different types of animals, can serve as indirect means of learning about their place in the social world.

Information

Type
Enfance et animaux
Copyright
© L’auteur, 2026. Publié par Cambridge University Press pour le compte des Éditions de l’EHESS
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Figure 1 – Le jeu de cartes de 14 photographies d’animauxPhotographie : Julien Vitores.

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Figure 2 – Animal préféré des enfants selon le sexeLecture : 21 filles sur 42 ont choisi le chat comme étant leur animal préféré dans le jeu de cartes, alors que c’est le cas de seulement 3 garçons sur 49.

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Figure 3 – Plan factoriel issu de l’ACM sur les préférences des enfants et leurs schèmes d’appréciation : principales variables actives et illustrativesLecture : La modalité « Chat » (variable supplémentaire, représentée par le pictogramme chat) correspond au fait d’avoir cité le chat parmi ses trois animaux préférés. La modalité « Douceur » (variable active) consiste à avoir mobilisé ce registre pour justifier ses préférences pour certains animaux.

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Figure 4 – Plan factoriel issu de l’ACM sur les préférences des enfants et leurs schèmes d’appréciation : nuage des individus distingués selon le sexeLecture : Les points correspondent aux coordonnées des différents individus sur le plan factoriel (en rouge les garçons, en bleu les filles). Les points plus foncés correspondent aux coordonnées sur lesquelles se superposent plusieurs enfants aux réponses similaires.