Introduction
Intégrer une résidence pour personnes âgées constitue un événement de vie majeur, marqué par la perte d’un environnement familier et personnel, de son “chez soi” au profit d’un lieu commun de vie, d’accueil. Cela implique pour la personne âgée de faire le deuil d’un contexte de vie, d’en accepter la perte. Il s’agit par ailleurs de s’adapter au nouvel environnement. Ce changement va généralement de pair avec une perte d’autonomie de la personne. En effet, les principales raisons qui accompagnent le changement de domicile dans l’âge avancé sont l’inadaptation de l’habitat, le besoin de se rapprocher de parents ou d’amis, la recherche d’un environnement plus sécurisant, ou la proximité des services de soutien ou d’aide à la personne (Serow, Reference Serow1987).
Pour ce changement de lieu de vie, la décision relève plus souvent d’une nécessité que d’un choix (Castle, Reference Castle2003; Rioux, Reference Rioux2008). L’individu perd son statut antérieur pour devenir un nouvel arrivant parmi des personnes regroupées non pas autour de valeurs, de croyances ou d’idées communes, mais plutôt sur la base d’un dénominateur commun qui se résume à une vulnérabilité sur le plan de la santé. Ce nouvel arrivant, déstabilisé dans ses repères sociaux, se doit de reconstruire un nouveau réseau afin de s’adapter au mieux à un environnement étranger et à un nouveau mode de vie (Vercauteren et Chapeleau, Reference Vercauteren and Chapeleau1995). L’adaptation implique de développer des comportements nouveaux, répondant aux demandes de l’environnement, et qui nécessitent de développer de nouvelles habitudes, la résolution de problèmes et la gestion d’une anxiété élevée (Bizzini, Reference Bizzini, Richard and Mateev-Dirkx2004; Freeman et Roy, Reference Freeman, Roy, Freeman and Freeman2005). Il s’agit ainsi pour la personne âgée, confrontée à un événement de vie stressant, de composer avec celui-ci tout en maintenant ses effets indésirables à minima. De cette approche découle l’idée d’un processus dynamique qui implique l’usage de stratégies adaptatives innées ou acquises afin de s’adapter aux perturbations que créent les événements de vie (Roy et Andrews, Reference Roy and Andrews1991, Reference Roy and Andrews2009). L’adaptation à ces situations repose donc sur des processus internes qui modulent la relation dynamique personne/environnement (Castonguay et Ferron, Reference Castonguay and Ferron1999), qui pourraient sous-tendre les actions et conduites (Beauvois, Reference Beauvois1984) et ainsi favoriser l’adaptation.
Le modèle proposé par Roy et Andrews (Reference Roy and Andrews1991, Reference Roy and Andrews2009) se focalise essentiellement sur l’adaptation des individus ou des groupes (famille, communauté ou société) à leur environnement, dans le but de promouvoir et de favoriser la santé et la qualité de vie. Basée sur la théorie générale des systèmes de von Bertalanffy (Reference von Bertalanffy1968) et la théorie des niveaux d’adaptation de Helson (Reference Helson1964), le modèle de Roy et Andrews adopte une approche holistique de l’individu, qui est considéré comme un système adaptatif en interaction constante avec un environnement changeant, système qui résulte de l’association des dimensions physique, psychique et sociale de l’individu. Ces différentes dimensions sont interdépendantes, fonctionnent ensemble et forment un tout unifié : l’individu est un être bio-psycho-social. Ce système adaptatif est capable de s’ajuster aux changements de l’environnement, mais aussi d’affecter celui-ci dans le but de favoriser adaptation, santé et qualité de vie (Roy et Andrews, Reference Roy and Andrews1991, Reference Roy and Andrews2009). Dans ce modèle, l’adaptation des individus face à l’environnement est rendue possible par des processus internes de deux types (Freeman et Roy, Reference Freeman, Roy, Freeman and Freeman2005). Les mécanismes régulateurs regroupent l’ensemble des réponses adaptatives de type automatique, réflexe et correspondent à des processus chimiques et endocriniens face aux stimuli. Ils se limitent au seul mode physiologique. Les mécanismes cognitifs, quant à eux, désignent les processus adaptatifs conscients, résultant de processus complexes liés à la perception, au traitement des informations, à l’apprentissage, au jugement et aux émotions (Kérouac, Pepin, Ducharme, et Major, Reference Kérouac, Pepin, Ducharme and Major2003). Le modèle de Roy et Andrews (Reference Roy and Andrews1991, Reference Roy and Andrews2009) est repris par Castonguay et Ferron (Reference Castonguay and Ferron1999) dans l’étude de l’adaptation dans l’âge avancé. Selon ces derniers, ce modèle semble, tant sur le plan théorique qu’empirique, indiqué pour l’étude de l’adaptation de la personne âgée, et propice à une meilleure compréhension des mécanismes d’adaptation mis en jeu dans l’âge avancé. Sur cette base, Castonguay et Ferron (Reference Castonguay and Ferron1999) conçoivent l’adaptation de la personne âgée comme un équilibre dynamique entre la personne dans son entièreté et son environnement de vie, démarche qui a abouti à la validation d’une échelle d’adaptation de la personne âgée à sa résidence (ÉAPAR).
Le caractère adaptatif des activités de loisirs dans l’âge avancé a été régulièrement souligné (Leitner et Leitner, Reference Leitner and Leitner2004; Ragheb et Griffith, Reference Ragheb and Griffith1982). L’importance pour la personne âgée de participer à des activités de loisirs va de pair avec la nécessité d’organiser et de planifier celles-ci en fonction des attentes et besoins des participants (Guay, Vallerand, et Losier, Reference Vallerand, O’Connor and Hamel1995; Leitner et Leitner, Reference Leitner and Leitner2004; Ragheb et Griffith, Reference Ragheb and Griffith1982). Par ailleurs, la participation aux activités de loisirs dans l’âge avancé est associée à une meilleure intégration de la personne au groupe (Coleman et Iso-Ahola, Reference Coleman and Iso-Ahola1993; Kelly, Steinkamp, et Kelly, Reference Kelly, Steinkamp and Kelly1987), une meilleure satisfaction de vie (Kelly et al., Reference Kelly, Steinkamp and Kelly1987), une moindre symptomatologie dépressive (Angeleri et al., Reference Angeleri, Angeleri, Foschi, Giaquinto, Nolfe and Saginorio1997), un meilleur bien-être (Philippe et Vallerand, Reference Philippe and Vallerand2008), à un vieillissement réussi (Rowe et Kahn, Reference Rowe and Kahn1997) et à un meilleur ajustement face à différents événements ou de transitions de vie : altération de la santé, retraite ou institutionnalisation (Duke, Leventhal, Brownlee, et Leventhal, Reference Duke, Leventhal, Brownlee and Leventhal2002; Silverstein et Parker, Reference Silverstein and Parker2002). De même, McGuinn et Mosher-Ashley (Reference McGuinn and Moshler-Ashley2001) présentent une étude portant sur une population d’aînés vivant en résidence pour personnes âgées dont la participation à des activités de loisirs favorise une meilleure de satisfaction à vivre dans la résidence et donc une meilleure adaptation à la résidence pour personne âgée.
L’activité de loisirs correspond à un moment de la journée, librement consenti, dévolu à la pratique d’une activité non-obligatoire, dont l’objectif est de procurer aux participants divertissements, détente, épanouissement et stimulation (Kelly, Reference Kelly1996). Processus d’aide dont l’objet premier est d’améliorer l’accomplissement des activités de la vie quotidienne, avec une recherche de satisfaction et de plaisir, les activités de loisirs impliquent de respecter l’équilibre entre les besoins et capacités des participants. Pour ce faire, un grand choix d’activités est proposé à la personne âgée afin d’éveiller chez celle-ci un sentiment de contrôle, augmentant ainsi la motivation autodéterminée pour les activités de loisirs (Coleman et Iso-Ahola, Reference Coleman and Iso-Ahola1993; Iso-Ahola, Reference Iso-Ahola, Jackson and Burton1999; Losier, Bourque, et Vallerand, Reference Losier, Bourque and Vallerand1993).
La théorie de l’autodétermination (Deci et Ryan, Reference Deci and Ryan1985) distingue trois grandes formes de motivation : la motivation intrinsèque (MI), la motivation extrinsèque (ME) et l’amotivation (A). Ces différentes motivations sont définies comme suit : (1) MI : la motivation intrinsèque correspond à la pratique d’une activité pour le plaisir, l’intérêt ou la satisfaction qu’elle procure, (2) ME : la motivation extrinsèque renvoie à un ensemble de comportements effectués pour des raisons instrumentales. Quatre formes de ME sont à distinguer : les formes autodéterminées : ME régulée par intégration, ME par identification, et les formes non autodéterminées : ME par introjection et ME par régulation externe. La motivation extrinsèque « autodéterminée » intègre la notion de choix, même si le but n’est ni la satisfaction, ni la recherche de plaisir, mais que l’activité est bien effectuée pour des raisons instrumentales (car valorisée et jugée importante : régulation identifiée; ou parce qu’en phase avec des objectifs de vie : régulation par intégration). Alors que la motivation extrinsèque « non autodéterminée » inclut à la fois des raisons externes (récompenses externes, punitions ou pressions sociales : régulation externe) ou des pressions internes (sentiment de culpabilité : régulation introjectée) poussant le sujet à agir, et (3) A : l’amotivation correspond à une absence de motivation intrinsèque et extrinsèque, c’est-à-dire l’absence relative de motivation : aucune raison de continuer l’activité n’est perçue (Vallerand et Fortier, Reference Vallerand, Fortier and Duda1998).
Ces différentes formes de motivation énoncées par la théorie de l’autodétermination (Deci et Ryan, Reference Deci and Ryan1985) s’organisent sur un continuum de motivations selon leur degré d’autodétermination. Le continuum d’autodétermination, ainsi formé par l’agencement des différentes motivations, renvoie au locus de causalité perçu pouvant être interne (le comportement est perçu comme étant volontaire et émis par choix), ou pouvant être externe (le comportement est perçu comme étant induit par des forces externes). La motivation intrinsèque est associée à un locus interne de causalité et représente le plus haut niveau d’autodétermination. D’un moindre niveau d’autodétermination sur le continuum, les formes autodéterminées de la motivation extrinsèque relèvent d’un locus interne de causalité alors que les formes non autodéterminées relèvent plutôt d’un locus externe de causalité. L’extrémité la moins autodéterminée du continuum est représentée par l’amotivation (Deci et Ryan, Reference Deci and Ryan1985). Au total, la combinaison de ces différentes formes de motivation chez un individu pour une activité ou un contexte donné constitue l’orientation motivationnelle ou le profil motivationnel (Ratelle, Guay, Vallerand, Larose, et Senécal, Reference Ratelle, Guay, Vallerand, Larose and Senécal2007).
En outre, la théorie de l’évaluation cognitive, « sous-théorie » de la théorie de l’autodétermination, pose trois besoins psychologiques fondamentaux comme déterminants de la motivation. L’individu chercherait activement à combler, par son interaction avec l’environnement, ses besoins fondamentaux d’autodétermination (besoin d’exercer des choix), de compétence (besoin de se sentir efficace) et d’appartenance sociale (besoin de se sentir accepté et d’entretenir des liens satisfaisants avec les autres). Le degré de satisfaction de ces trois besoins psychologiques fondamentaux détermine le profil motivationnel, soit les niveaux de motivation intrinsèque, de motivation extrinsèque et d’amotivation (Deci et Ryan, Reference Deci and Ryan1985). Au total, la théorie de l’autodétermination relie la motivation à ses conséquences par une séquence motivationnelle qui s’organise comme suit : déterminants (le degré de satisfaction des besoins psychologiques fondamentaux) → profil motivationnel (combinaison des différentes motivations) → conséquences sur les plans cognitif, comportemental et affectif (Vallerand, Reference Vallerand, Vallerand and Thill1993).
Une analyse de la littérature portant sur la théorie de l’autodétermination fait ressortir un lien entre participation aux activités de loisirs et motivation autodéterminée vis-à-vis des mêmes activités (Coleman et Iso-Ahola, Reference Coleman and Iso-Ahola1993; Iso-Ahola, Reference Iso-Ahola, Jackson and Burton1999; Losier et al., Reference Losier, Bourque and Vallerand1993; Vallerand et O’Connor, Reference Vallerand and O’Connor1991). Un lien est également montré entre motivation autodéterminée, adaptation dans divers domaines de vie et satisfaction de vie (Deci, Connell, et Ryan, Reference Deci, Connell and Ryan1989; Deci et al., Reference Deci, Ryan, Gagné, Leone, Usunov and Kornazheva2001; Grouzet, Vallerand, Thill, et Provencher, Reference Grouzet, Vallerand, Thill and Provencher2004; Ratelle, Vallerand, Chantal, et Provencher, Reference Ratelle, Vallerand, Chantal and Provencher2004; Vallerand, Reference Vallerand and Zanna1997; Vallerand et O’Connor, Reference Vallerand and O’Connor1989). Pour ce qui concerne la personne âgée, plusieurs recherches portant sur la motivation et ses conséquences ont montré qu’une orientation motivationnelle davantage autodéterminée semble faciliter l’adaptation dans différents contextes de vie et la satisfaction de vie (Guay et al., Reference Guay, Vallerand and Losier1995; O’Connor et Vallerand, Reference O’Connor and Vallerand1994; Vallerand et Bissonnette, Reference Vallerand and Bissonnette1992; Vallerand et O’Connor, Reference Vallerand and O’Connor1989; Vallerand, O’Connor, et Hamel, Reference Vallerand, O’Connor and Hamel1995; Vallerand, Pelletier, et Gagné, Reference Vallerand, Pelletier and Gagné1991), et notamment dans le cas de personnes vivant en résidence (Philippe et Vallerand, Reference Philippe and Vallerand2008). Cependant, aucune étude n’a à ce jour été publiée, mettant en jeu conjointement ces différentes variables : (1) participation aux activités de loisirs, (2) motivation autodéterminée vis-à-vis des activités de loisirs, (3) adaptation de la personne âgée à sa résidence et (4) satisfaction de vie.
La présente étude tente d’apporter une meilleure compréhension des facteurs contribuant à l’adaptation de la personne âgée à sa résidence et à sa satisfaction de vie. Au vue de la littérature, la participation aux activités de loisirs contribuerait à une meilleure adaptation et satisfaction de vie dans l’âge avancé. L’objectif était donc double : montrer, dans le cadre spécifique d’une population de personnes âgées vivant en résidence, la relation entre adaptation, satisfaction de vie et participation aux activités de loisirs, et par ailleurs, mettre à profit une lecture motivationnelle (en référence à la théorie de l’autodétermination) afin de mieux comprendre cette relation. Conformément aux travaux portant sur la relation entre activités de loisirs, motivation et leurs conséquences, un modèle structural a été mis à l’épreuve des faits. Celui-ci met en jeu la motivation vis-à-vis des loisirs comme une variable médiatrice de l’influence de la participation aux activités de loisirs sur l’adaptation de la personne âgée à sa résidence. Cette dernière influencerait à son tour la satisfaction de vie.
Méthode
Participants
Un échantillon de 77 personnes âgées (âge moyen : 83,12 ± 6,84) composé de 62 femmes et de 15 hommes, a été recruté dans des résidences pour personnes âgées. Ces structures proposent une offre d’accueil dans des chambres-studios et un service d’aide, de soutien qui comprend une surveillance continue, un service de repas, de ménage et de transport, la présence d’une infirmière et d’une aide soignante. Des espaces communs et du personnel (animatrices, aides soignantes et infirmières) sont mis à la disposition des résidents pour l’organisation d’activités de loisirs. Diverses activités de loisirs pratiquées en groupe sont proposées par les résidences : séances de gymnastique, de danse, activités manuelles, loto, tournoi de cartes, séances de lecture, stimulation cognitive, excursions et sorties thématiques.
Mesures
Suite à un consentement libre et éclairé, les résidents volontaires ont été invités à répondre de manière individuelle au cours d’une entrevue aux énoncés d’un questionnaire. Ce dernier était destiné à évaluer respectivement le nombre de participations aux activités de loisirs, la motivation vis-à-vis des activités de loisirs, l’adaptation à la résidence et la satisfaction de vie.
Nombre de participations aux activités de loisirs (Nbre de Part.). Au cours de l’entretien, les résidents ont été invités à se prononcer sur le nombre de participations, pour le mois écoulé, aux activités de loisirs proposées par la résidence.
Motivation vis-à-vis des activités de loisirs. L’échelle de motivation vis-à-vis des loisirs (EML, Pelletier, Vallerand, Green-Demers, Blais, et Brière, Reference Pelletier, Vallerand, Green-Demers, Blais and Brière1996) se présente sous la forme d’une question globale : “Pourquoi pratiquez-vous des loisirs ?” suivie de 28 énoncés. Les participants indiquent, au moyen d’une échelle de Likert en sept points (1 : Ne correspond pas du tout ; 7 : Correspond tout à fait), dans quelle mesure chacun des énoncés correspond à l’une des raisons pour lesquelles ils pratiquent des loisirs. Cette échelle ambitionne de circonscrire sept types de motivation dont les trois premières formes (Motivation intrinsèque à la stimulation, Motivation intrinsèque à l’accomplissement, Motivation intrinsèque à la connaissance) constituent, selon les auteurs, trois types de Motivation Intrinsèque (MI) qu’il est possible de regrouper de façon à former un seul type de MI, lorsqu’elles ne font pas l’objet d’hypothèses spécifiques. Les quatre autres formes de motivation obtenues par l’EML sont la Motivation Extrinsèque par Régulation Identifiée (ME RId.), la Motivation Extrinsèque par Régulation Introjectée (ME RIntr.), la Motivation Extrinsèque par Régulation Externe (ME RExt.) et l’Amotivation (A).
Conformément à la théorie de l’autodétermination et à la méthodologie préconisée par Blais, Sabourin, Boucher, et Vallerand (Reference Blais, Sabourin, Boucher and Vallerand1990) ou encore Philippe et Vallerand (Reference Philippe and Vallerand2008), un indice d’autodétermination (Ind. Auto.) pour les activités de loisirs a été calculé afin de déterminer la motivation autodéterminée de chaque participant vis-à-vis des activités de loisirs. Le coefficient Alpha de Cronbach, calculé à partir des scores de nos participants, est très satisfaisant : 0,85.
Adaptation de la personne âgée à sa résidence. L’échelle d’adaptation de la personne âgée à sa résidence (ÉAPAR), développée par Castonguay et Ferron (Reference Castonguay and Ferron1999), se compose de 17 items. Ces derniers explorent l’interaction entre la personne âgée et son environnement, et en référence au modèle d’adaptation de Roy et Andrews (Reference Roy and Andrews1991). Pour chaque énoncé, le répondant indique (oui/non) si le contenu de celui-ci correspond ou non à sa situation de vie au sein de la résidence pour trois dimensions : physique, personnelle (5 items, exemple : “Mes habitudes de vie s’harmonisent bien avec le fonctionnement de la résidence”), sociale (7 items, exemple : “Je prends plaisir à participer aux activités de la résidence en compagnie d’autres résidents”) et psychologique (5 items, exemple : “J’ai moins le goût de vivre qu’avant mon arrivée à la résidence”). L’échelle ainsi construite permet le calcul d’un indice global d’adaptation de la personne âgée à sa résidence. La cohérence interne (Alpha de Cronbach) atteint 0,84 avec le présent échantillon.
Satisfaction de vie (Sat. Vie). L’échelle de satisfaction de vie (Diener, Emmons, Larsen, et Griffin, Reference Diener, Emmons, Larsen and Griffin1985) est composée de 5 énoncés de type : “En général, ma vie correspond de près à mes idéaux” ou “Je suis satisfait de ma vie”. Pour chaque énoncé, le répondant dispose d’une échelle de Likert en 7 points allant de 1 pour “fortement en désaccord” à 7 pour “fortement en accord”. Le total des scores pour chaque énoncé donne une évaluation de la satisfaction de vie du répondant. L’Alpha de Cronbach pour cette échelle, calculé sur notre échantillon, est de 0,67.
Résultats
Analyses préliminaires
Les participants hommes et femmes de l’étude ne diffèrent aucunement pour le nombre de participations aux activités (t75 = −0.99 ; ns), l’adaptation à la résidence (t75 = −0.14 ; ns), la satisfaction de vie (t75 = 0.62 ; ns), l’indice d’autodétermination vis-à-vis des activités de loisirs (t75 = −1.91 ; ns) ou les différentes dimensions motivationnelles. Toutefois, une différence est relevée entre hommes et femmes : les femmes sont en moyenne plus âgées (t75 = −2.90 ; p < 0,01).
Le Tableau 1 présente les caractéristiques des participants de l’étude et de leurs réponses : moyennes, écart-types et corrélations obtenus aux différentes échelles de mesure : l’échelle de motivation vis-à-vis des loisirs, l’échelle d’adaptation de la personne âgée à sa résidence, l’échelle de satisfaction de vie, ainsi que le nombre de participations lors du mois écoulé aux activités de loisirs proposées par la résidence.
Présentation des données de l’étude : Moyenne (M), écart- type (EC) et corrélations entre les variables mises en jeu dans l’étude.
Notes
N = 77 ; **p < 0.01 ; *p < 0.05
Codage Sexe homme (1) et femme (2); MI: motivation intrinsèque ; ME Id : motivation extrinsèque par regulation identiflée ; ME Intr : motivation extrinsèque par introjc ME Rext: motivation extrinsèque par régulation externe ; A: amotivation ; Ind Auto : indice d’autodétermination ; Nbre Part: nombre de participation aux activités de Ind EAPAR : indice à I’échelle d’adaptation de la personne âgée à sa résidence ; Ind Sat Vie : indice de satisfaction de vie.
Les analyses de corrélation font apparaître un lien entre le nombre de participations aux activités de loisirs proposées et les variables : adaptation à la résidence (r = 0.60 ; p < 0.01) et satisfaction de vie (r = 0.28 ; p < 0.05). Ainsi, plus les résidents participent aux activités de loisirs et plus ils présentent une bonne adaptation à la résidence et une meilleure satisfaction de vie. En outre, des analyses de régression ont été réalisées pour déterminer la contribution du nombre de participations aux activités de loisirs à l’adaptation de la personne âgée à sa résidence et à la satisfaction de vie. La variable participation aux activités de loisirs expliquerait 36,11 pour cent de la variance de l’adaptation de la personne âgée à sa résidence (R2 = 0.36 ; β = 0.60 ; t75 = 6.51 ; p < 0.001) et 8 pour cent de la variance de la satisfaction de vie (R2 = 0.08 ; β = 0.28 ; t75 = 2.57 ; p < 0.01). De fait, cette variable (Nbre part) semble constituer un facteur essentiel de l’adaptation de la personne âgée à sa résidence, et contribue également à la satisfaction de vie des résidents. Par ailleurs, des corrélations ont été calculées entre les scores d’adaptation de la personne âgée à sa résidence et les scores aux différentes formes de motivation (EML). Des corrélations significatives apparaissent pour les sous-échelles MI (r = 0.48 ; p < 0.01), ME RId (r = 0.41 ; p < 0.01), ME Intr (r = 0.25 ; p < 0.05), A (r = −0.40 ; p < 0.01). Ainsi, les formes de motivation davantage autodéterminées seraient associées à une meilleure adaptation de la personne âgée à sa résidence.
Ces traitements ont été complétés par des analyses acheminatoires afin de déterminer par l’évaluation d’un modèle structural de prédiction, la contribution des différentes variables (participations aux activités de loisirs et profil motivationnel vis-à-vis des activités de loisirs) à l’adaptation de la personne âgée à sa résidence et à la satisfaction de vie.
Analyses acheminatoires
Plusieurs liens significatifs apparaissent entre les différentes variables mises en jeu dans l’étude (Tableau 2). Les analyses acheminatoires (path analysis), effectuées à l’aide du logiciel AMOS 5, permettent d’évaluer le modèle de prédiction de l’adaptation à la résidence et de la satisfaction de vie dans l’âge avancé. Cette technique permet de tester les liens directs et indirects entre les variables du modèle: (1) participation aux activités de loisirs, (2) motivation autodéterminée vis-à-vis des activités de loisirs, (3) adaptation de la personne âgée à sa résidence et (4) satisfaction de vie. Plusieurs auteurs (Bollen et Long, Reference Bollen and Long1993; Hoyle, Reference Hoyle1995) proposent d’évaluer la validité d’un modèle structural et l’utilité des variables incluses au moyen de divers indices statistiques : le test du Khi-carré (Chi2), l’indice d’ajustement comparatif (Cumulative Fit Index : CFI), l’indice de qualité d’ajustement (Goodness of Fit Index : GFI) et l’indice moyen des erreurs d’approximation (Root Mean Square Error of Approximation, RMSEA).
Résumé des analyses de régression entre les variables : participation aux activités de loisirs (Nbre Part.), indices d’autodétermination (Ind. Auto.), d’adaptation à la résidence (Ind. ÉAPAR) et satisfaction de vie (Ind Sat Vie).
La séquence causale a été testée au moyen d’une analyse acheminatoire (path analysis) : Nbre de Part → Ind. Auto → EAPAR → Ind. Sat. Vie. Les résultats obtenus, à savoir un Chi2 (df = 1, N = 77) = 2.241, p = 0.134, un GFI = 0.986, un CFI = 0.979, un RMSEA = 0.128 montrent un ajustement insatisfaisant du modèle aux données. Ces résultats notent la nécessité de modifier le modèle proposé afin de pouvoir améliorer son ajustement aux données et accroître les indices d’ajustement.
Le recours aux indices de modification suggérant de libérer l’effet direct de l’adaptation à la résidence sur la satisfaction de vie, les résultats du modèle ainsi modifié montrent une meilleure adéquation du modèle aux données : Chi2 (df = 2, N = 77) = 2.241, p = 0.326, GFI = 0.986, CFI = 0.996, RMSEA = 0.040. L’ajustement du modèle aux données semble donc satisfaisant. Toutefois, pour accepter comme modèle final (le mieux ajusté aux données) ce modèle modifié où le nombre de participations aux activités de loisirs prédit la motivation vis-à-vis des loisirs (Nbre de Part → Ind. Auto → EAPAR), il convient de le comparer à un autre modèle où la motivation vis-à-vis des loisirs prédit le nombre de participation aux activités de loisirs (Ind. Auto → Nbre de Part → EAPAR), modèle alternatif théoriquement et méthodologiquement possible (Guay et al., Reference Guay, Vallerand and Losier1995; Losier et al., Reference Losier, Bourque and Vallerand1993; Philippe et Vallerand, Reference Philippe and Vallerand2008). Les résultats de ce dernier modèle révèlent des indices d’ajustement nettement moins satisfaisants : Chi2 (df = 2, N = 77) = 5.260, p = 0.072, GFI = 0.968, CFI = 0.945, RMSEA = 0.146. Le précédent modèle est préférable. Selon ce modèle, plus les personnes âgées participent à des activités de loisirs, plus leur motivation autodéterminée vis-à-vis des loisirs croît, et plus elles présentent de meilleurs niveaux d’adaptation à leur résidence. Les activités de loisirs favorisent l’adaptation de la personne âgée à sa résidence, relation médiatisée (la médiation est partielle) par la motivation autodéterminée vis-à-vis des loisirs (Figure 1).
Analyse acheminatoire du modèle structural de l’adaptation à la résidence et de la satisfaction de vie dans l’âge avancé.
Analyses complémentaires (méthode du Bootstrap)
La taille relativement restreinte de l’échantillon (n = 77) pose le problème de la généralisation des résultats. L’usage de la méthode du Bootstrap (Efron, Reference Efron1982) indique si le faible nombre de participants a biaisé les liens évalués dans le modèle. La méthode du Bootstrap (s = 1000) permet de calculer un coefficient de régression standardisé du Bootstrap, d’estimer le biais d’estimateur et de calculer un intervalle de confiance Bootstrap pour chacun des liens du modèle (Tableau 3). Les résultats indiquent que les biais générés par la taille d’échantillon de participants ne sont pas significatifs, et ne semblent pas remettre en cause l’estimation des liens dans le modèle. Il reste bien sûr qu’un échantillon de participants plus grand aurait été appréciable.
Intervalles de confiance des estimations des coefficients de régression obtenus à l’aide de la méthode du Bootstrap (s = 1000).
Discussion
L’étude visait à apporter une meilleure compréhension de l’adaptation et de la satisfaction de vie dans l’âge avancé. Différents auteurs concèdent à la pratique d’activités de loisirs un rôle essentiel dans plusieurs aspects de la vie de la personne âgée. Pour une population vivant en résidence, nos résultats indiquent une association significative entre le nombre de participations aux activités de loisirs et les différentes variables mesurées. La participation aux activités de loisirs en résidence pour personnes âgées est associée à une meilleure adaptation de la personne âgée à sa résidence et une meilleure satisfaction de vie. Les résultats d’auteurs tels que Ragheb et Griffith (Reference Ragheb and Griffith1982), McGuinn et Mosher-Ashley (Reference McGuinn and Moshler-Ashley2001) sont ainsi retrouvés auprès d’une population vivant en résidence pour personnes âgées.
En second lieu, notre objectif d’une meilleure compréhension de l’adaptation à la résidence et de la satisfaction de vie dans l’âge avancé, nous conduit à adopter une approche se référant à la théorie de l’autodétermination. Il apparaît bien qu’un effet significatif de la motivation auto-déterminée vis-à-vis des activités de loisirs s’ajoute à celui de la participation aux activités de loisirs pour déterminer l’adaptation de la personne âgée à sa résidence. Nos résultats décrivent un effet de ces deux variables (nombre de participations et motivation autodéterminée vis-à-vis des activités de loisirs) sur l’adaptation et la satisfaction de vie, synthétisés dans un modèle structural (Figure 1). La participation aux activités de loisirs contribue d’une part à l’adaptation de la personne âgée à sa résidence et ceci par le bais d’une séquence médiationnelle : nombre de participations → motivation autodéterminée → adaptation à la résidence, mais également à la satisfaction de vie. En d’autres termes, participer aux activités de loisirs en résidence contribue à la motivation autodéterminée vis-à-vis des activités de loisirs, qui à son tour favorise une meilleure adaptation de la personne âgée à sa résidence. De fait, la motivation autodéterminée médiatise pour partie l’effet de la participation aux activités sur l’adaptation dans l’âge avancé. Par ailleurs, la participation aux activités de loisirs favorise également une meilleure satisfaction de vie.
Ces résultats permettent de souligner le caractère adaptatif de la participation aux activités de loisirs dans l’âge avancé, et plus particulièrement en résidence pour personnes âgées. Toutefois, ces mêmes résultats montrent d’une part l’importance des activités de loisirs, mais également soulignent l’importance de la nature de l’engagement. En effet, une participation aux activités avec un profil motivationnel autodéterminé accentue et renforce les retombées adaptatives de ces activités. Ceci conforte la pertinence et l’intérêt de la théorie de l’autodétermination pour l’étude des populations âgées. Cette lecture motivationnelle de l’adaptation de la personne âgée à sa résidence en termes d’autodétermination permet d’établir un cahier des charges à respecter lors de l’élaboration d’activités de loisirs, dans le but de favoriser un engagement davantage auto-déterminé dans l’activité. Il s’agit bien, par des activités de loisirs, de soutenir la motivation autodéterminée des résidents vis-à-vis des loisirs, et donc favoriser l’adaptation de ceux-ci à leur résidence. Ceci implique que ces activités soient effectivement perçues par les personnes comme sources de satisfaction des besoins d’autodétermination, de compétence et d’appartenance sociale.
En dernier lieu, il convient de souligner quelques limites de cette étude transversale. L’usage d’un modèle structural correspond à une tentative de représentation simplifiée d’une réalité complexe, qui par définition est réductrice. Dans ce sens, la part de la variance expliquée de la motivation autodéterminée vis-à-vis des activités de loisirs par la variable participation aux activités de loisirs est significative mais reste assez faible (R2 = 0.06, Figure 1). Il conviendra de parfaire ce modèle par l’introduction de variables supplémentaires dans de futures recherches. Il en va de même pour le lien, non-significatif, entre l’adaptation de la personne âgée à sa résidence et la satisfaction de vie. Cette absence de contribution de la variable adaptation de la personne âgée à sa résidence trouve son explication dans la nature complexe et multidimensionnelle du concept de satisfaction de vie (Blais et al., Reference Blais, Sabourin, Boucher and Vallerand1990; Diener et al., Reference Diener, Emmons, Larsen and Griffin1985). En effet, la satisfaction de vie correspond à une évaluation subjective de sa vie entière dont l’issue dépend d’un ensemble de critères objectifs et subjectifs comprenant la santé physique et mentale perçue, l’humeur, le soutien social, la personnalité, les circonstances de vie. De fait, la satisfaction de vie renvoie à une évaluation globale que le sujet fait de sa vie (Pavot, Diener, Colvin, et Sandvik, Reference Pavot, Diener, Colvin and Sandvik1991), et ne peut être réduite à la seule évaluation que la personne fait de sa vie actuelle en résidence.
Nos futures recherches intégreront des variables supplémentaires telles que les perceptions d’autonomie, de compétence et d’appartenance sociale (Deci et Ryan, Reference Deci and Ryan1985, Reference Deci and Ryan2002; Vallerand, Reference Vallerand and Zanna1997), variables toutes désignées par la théorie de l’autodétermination, afin de compléter et rendre plus écologique notre modèle structural de l’adaptation et de la satisfaction de vie dans l’âge avancé. De même, des variables telles que la santé (objective et/ou perçue), le soutien social ou la satisfaction liée au logement enrichiront notre modèle. Enfin, une étude plus spécifique de la transition de vie qui cette fois-ci ne serait plus transversale mais plutôt longitudinale portant sur le passage du domicile en résidence pour personnes âgées pourra être riche d’enseignement tant sur le plan théorique que dans l’accompagnement clinique de nos aînés durant cette phase de leur vie.