Introduction
La poule locale présente les qualités d'adaptation nécessaires à la réussite des projets d'élevage dans les conditions rurales surtout en Afrique. Par ailleurs, à cause de la priorité accordée à la race améliorée (Bessadok, Khochlf and El Gazzah, Reference Bessadok, Khochlf and El Gazzah2003), ces races locales sont aujourd'hui en grande partie menacées d'extinction et leur disparition continuelle, constitue un désastre pour le patrimoine génétique par la perte irrémédiable de caractères ignorés aujourd'hui et potentiellement utiles demain (Anonyme, 2003).
La connaissance de ces races locales en vue de leur préservation comme animaux de production représente donc un caractère crucial. C'est en ce sens que des nombreuses études ont caractérisé la poule locale au Cameroun (Keambou et al., Reference Keambou, Manjeli, Tchoumboue, Teguia and Iroume2007; Fotsa et al., Reference Fotsa, Rognon, Tixier-Boichard, Coquerelle, Poné-Kamdem, Ngou-Ngoupayou, Manjeli and Bordas2010; Haoua, Reference Haoua2010), au Bénin (Youssao et al., Reference Youssao, Tobada, Koutinhouin, Dahouda, Idrissou, Bonou, Tougan, Ahounou, Yapi-Gnaoré, Koyang, Rognon and Tixier-Boichard2010) en Ethiopie (Nigussie et al., Reference Nigussie, Tadelle, Liesbeth, van der Waaij and van Arendonk2010), au Sénégal (Missohou, Sow and Ngwe-Assoumou, Reference Missohou, Sow and Ngwe-Assoumou1998), au Congo Brazzaville (Akouango, Mouangou and Ganongo, Reference Akouango, Mouangou and Ganongo2004), en Tunisie (Bessadok, Khochlf and El Gazzah, Reference Bessadok, Khochlf and El Gazzah2003). Cependant aucune littérature n'a parlé de la caractérisation de la poule locale en Centrafrique, d'où la nécessité de cette étude.
Cette étude vise principalement à contribuer à une meilleure conaissance de la poule locale en vue de sa meilleure valorisation dans la Préfecture de la Lobaye en Centrafrique. De manière spécifique, il s'agit:
-
– D'évaluer les caractères morphologiques de la poule locale de la Lobaye;
-
– D'évaluer les caractéristiques biométriques de la poule locale de la Lobaye.
Méthodologie
Milieu d'étude
Ces travaux ont été conduits dans la Préfecture de la Lobaye au sud de la Centrafrique. La Lobaye est limitée au nord par la Préfecture de la Sangha-Mbaéré, au sud par le Congo, à l'est par le Congo Démocratique et à l'ouest par la Préfecture de l'Ombella-M'poko. Elle est située à 580 m d'altitude. C'est une zone qui se caractérise par un climat de type équatorial, avec une saison pluvieuse allant d'avril à novembre et une saison sèche de décembre à mars. Les précipitations sont réparties sur 8 mois avec 1200 à 1600 mm de pluie par an. La température varie de 23,8 à 26, 2 °C et l'humidité relative oscille entre 50 et 80% respectivement pour les mois les plus secs et les mois les plus humides. La végétation rencontrée est une forêt modifiée à certains endroits, une savane arbustive et des forêts claires par endroit. La caféiculture est la principale culture de rente, elle est suivie de la culture de palmier à huile. La culture vivrière est dominée dans l'ordre décroissant par le manioc, l'arachide, le maïs et le sésame. La cueillette quant à elle est beaucoup plus pratiquée par les Baka (Pygmées). Le petit élevage est dominant surtout celui de la volaille. La zone d'étude est présentée sur la Figure 1.
Localisation de la Préfecture de la Lobaye en Centrafrique.
Echantillonnage des animaux
Cette étude a été conduite entre décembre 2010 et mars 2011 dans les ménages choisis dans vingt villages dans trois sous-Préfectures de la Lobaye (sous-Préfectures de Mbaïki (chef lieu de la Lobaye), sous-Préfecture de Boda et sous-Préfecture de Mongoumba). Les critères de choix ont principalement porté sur l'ancienneté du ménage dans les activités de l'élevage de la poule locale, de l'accessibilité de la zone, l'absence des élevages de la poule exotique et de la disponibilité de l'éleveur. La caractérisation de la poule avait porté sur un total de 474 femelles et 183 mâles en reproduction. Seuls les sujets produits dans les zones retenues sont étudiés.
Données collectées
Caractéristiques visuelles
Ces caractéristiques en fonction du sexe, ont porté sur la couleur de plume, la structure et la répartition de plume sur le corps, la forme et la couleur de la crête, les couleurs des barbillons et des oreillons, la couleur et la forme du bec, les couleurs de la face, des pattes et de la peau. Toutes ces données ont été collectées par les observations visuelles.
Données biométriques et pondérales
Le poids vif a été obtenu grâce à l'utilisation d'une balance électronique de portée 3000 g avec une sensibilité de 1 g. Pour les mensurations corporelles, un pied à coulisse électronique de précision 1 mm et de portée 150 mm a été utilisé. Ce matériel a servi pour les mesures des petites dimensions telles que la hauteur et la longueur de la crête, les longueurs du bec et du barbillon, la longueur et le diamètre du tarse. Le nombre de crétillons et le nombre de doigts ont été comptés. Les mensurations corporelles de la longueur du corps, de la longueur de l'aile et du périmètre thoracique ont été obtenues à l'aide d'un mètre ruban.
Ces données morpho-biométriques ont été ensuite enregistrées sur une fiche adaptée proposée par FAO (1987) pour la caractérisation des ressources génétiques avicoles locales.
Analyse statistique
La statistique descriptive a été utilisée pour tester la dispersion des données qualitatives. Les données quantitatives ont été soumises à l'analyse des variances (ANOVA). Le test de Duncan a permis de séparer les moyennes chaque fois que l'ANOVA a révélé des différences significatives. Le logiciel SPSS version 19.0 a servi pour toutes les analyses statistiques effectuées.
Le modèle statistique utilisé dans l'ANOVA est le suivant:
Où : Y ijk est la valeur observée sur le K ème individu dans le i ème sexe et le j ème phénotype;
μ est la moyenne générale de la performance;
S i est l'effet fixe du sexe, i variant de 1 à 2;
P j est l'effet fixe du phénotype (normal, huppé, cou nu, tarse emplumé et frisé), j variant de 1 à 5;
(S × P) ij est l'interaction entre le sexe et le phénotype
e ijk est l'erreur résiduelle sur le K ème individu de i ème sexe et J ème phénotype.
Résultats
Caractéristiques morphologiques de la poule locale
Répartition du type de plumage et d'emplumement des poules locales en fonction du sexe
La structure et la distribution des plumes sur le corps de la poule locale de la Lobaye sont présentées dans le Tableau 1.
Répartition du plumage et du type d'emplumement des poules locales en fonction du sexe.
n = effectif, % = pourcent.
Trois structures du plumage sont observées (Tableau 1) avec une prédominance de plumage lisse (70.5%) plus dominant chez les femelles (96.2%). Le plumage frisé est le moins fréquent avec 2.3% de la population. Quant à la répartition de plume sur le corps, sept types d'emplumement sont identifiés. Les principaux emplumements observés sont l'emplumement normal (75.8%), la tête huppée (10.4%), le cou nu (7.0%) et le tarse emplumé (5.9%). 0.15% de la population a les rachis nus. Les photos 1, 2, 3, 4, 5, 6 illustrent les types du plumage et d'emplumement.
Types du plumage et d'emplumement de la poule locale. Photo 1: Poule locale huppée. Photo 2: Poule locale cou nu. Photo 3: Poule locale frisée. Photo 4: Poule locale rachi nu. Photo 5: Emplumement normal. Photo 6: Tarse emplumé. Source: Célestine Bembide.
Répartition des couleurs du plumage de la poule locale en fonction du sexe
Le Tableau 2 présente les différentes colorations du plumage de poule locale.
Ainsi que le montre le Tableau 2, la coloration du plumage dans notre échantillon est très variée. Le plumage est en général de couleur blanche (18.0%), suivie de la coloration sauvage (13.4%) et acajou. (11.1%). Le plumage bleu est le moins fréquent (2.0%). La couleur perdrix qui représente 2, 9% de la population n'est observée que chez les femelles alors que le rouge ne s'observe que chez les mâles (2.3%). Les principales couleurs du plumage identifiées dans cette étude sont illustrées par les photos 7, 8, 9, 10, 11, 12.
Diversité de couleur du plumage de la poule locale. Photo 7: Plumage coucou. Photo 8: Plumage caillouté. Photo 9: Plumage acajou. Photo 10: Plumage sauvage. Photo 11: Plumage brun. Photo 12: Plumage doré. Source: auteur.
Répartition des couleurs du plumage de la poule locale en fonction du sexe.
n = effectif, % = pourcent.
Répartition des couleurs et types de crête de la poule locale en fonction du sexe
La distribution des formes et celle des couleurs de crête de la poule locale sont présentées dans le Tableau 3.
Répartition des couleurs et types de crête en fonction du sexe.
n = effectif, % = pourcent.
Quatre types et quatre colorations de crête sont observés (Tableau 3). La proportion des poules avec la crête simple est la plus élevée (95.8%). La plus faible fréquence est observée pour la crête triple avec 0.3% de l'échantillon. La couleur de la crête la plus fréquente est le rouge (55.1%). La couleur rouge de la crête est la plus fréquente chez les mâles (90.2%) que chez les femelles (41.6%) tandis que le cas inverse est observé pour la couleur rose de la crête. Les couleurs pigmentée et noire sont également observées mais avec des faibles proportions (10.7% et 0.5% respectivement) et ne s'observent généralement que chez les femelles. Les types de crête identifiés sont présentés sur les photos 13, 14, 15, 16.
Diversité de forme de crête de la poule locale. Photo 13: Crête simple. Photo 14: Crête en rose. Photo 15: Crête en noix. Photo 16: Crête triple. Source: auteur
Répartition des caractéristiques des Barbillons et oreillons de la poule locale en fonction du sexe
Les caractéristiques des barbillons et des oreillons de la poule locale de la Lobaye sont mentionnées dans le Tableau 4.
Répartition des caractéristiques des barbillons et des oreillons de la poule locale en fonction du sexe.
n = effectif, % pourcent.
Trois couleurs de barbillon sont identifiées dans la population de la poule locale de la Lobaye (Tableau 4). Les barbillons de couleur rouge sont les plus représentés (55.4%), suivis des roses (35.2%) et enfin de couleur pigmentée (9.4%). D'une manière générale, les mâles sont plus représentés par les barbillons rouges (89.1%) alors que les femelles ont des barbillons surtout roses (46.6%) mais aussi rouges (42.4%). Les barbillons pigmentés (couleur la moins fréquente) représentant 9.4% de l'échantillon total est abondant chez les femelles que chez les mâles.
Les oreillons sont surtout de couleur rouge (24.7%) ou blanche (24.0%), L'apparition des oreillons jaune-centrés et pigmentés étant plus faibles (1.8% et 0.7% respectivement). Toutefois, la couleur rouge des oreillons est plus dominante chez les mâles (62.3%) tandis que les oreillons blancs sont plus observés chez les femelles (28.6%). Par ailleurs, les oreillons sont principalement de forme ovale (75.3%) contre la forme ronde (2.7%).
Répartition des couleurs de la face, de la peau et des pattes de la poule locale en fonction du sexe
Le Tableau 5 résume la coloration de la face, de la peau et des pattes de la poule locale.
Quatre couleurs de la face sont identifiées dans la population de la poule locale de la Lobaye (Tableau 5). La face rouge étant plus fréquente dans la population totale (52.4%) et beaucoup plus chez les mâles (86.3%). Quant à la peau de la poule locale, la couleur blanche est la plus fréquente (49.5%) suivie de peau jaune (28.8%) ou rose (21.8%). Pour les pattes, les couleurs jaune (40.6%) et blanche (37.9%) prédominent.
Répartition des couleurs de la face, de la peau et des pattes de la poule locale en fonction du sexe.
n = effectif, % = pourcent.
Répartition des formes et couleurs du bec de la poule locale en fonction du sexe
Le Tableau 6 présente les caractéristiques du bec de la poule locale de la Lobaye en Centrafrique.
De l'analyse du Tableau 6, il ressort que deux formes du bec peuvent être identifiées chez la poule locale de la Lobaye (le bec courbe (56.9%) et le bec droit (43.1%)). Le bec courbe est plus observé chez le mâle (76.5%) que chez les femelles (49.4%). Par ailleurs, plusieurs couleurs de bec sont également observées avec une dominance des couleurs jaune (34.6%) et noire (32.6%).
Répartition des caractéristiques du bec de la poule locale en fonction du sexe.
n = effectif, % = pourcent.
Caractéristiques biométriques de la poule locale
Pour les caractéristiques biométriques, 5 phénotypes sont retenus à savoir, les phénotypes normal, huppé, cou nu, tarse emplumé et frisé.
Poids vif et mensurations corporelles de la poule locale
Analyse des variances (ANOVA) du poids vif et des mensurations corporelles de la poule locale en fonction du phénotype et du sexe.
Les résultats de l'analyse des variances du poids vif et des mensurations corporelles de la poule locale de la Lobaye sont mentionnés dans le Tableau 7.
ANOVA du poids vif et des mensurations corporelles de la poule locale.
Dvpt. Pilon = Développement du pilon, P = phénotype, S = sexe, P × S = interaction phénotype – sexe, CV = coefficient de variation, ns = différence non significative, * = P < 0.05, ** = P < 0.01.
A l'exception de la longueur du tarse et du pourtour thoracique (Tableau 7), le phénotype affecte très significativement (P < 0.01) le poids vif et les autres mensurations corporelles. Par ailleurs, le poids vif et presque toutes les mensurations corporelles sont statistiquement influencés par le sexe au seuil de 1%.
Comparaison des poids vifs et des mensurations corporelles en fonction du sexe et du phénotype de la poule locale
Les valeurs moyennes du poids vif et des mensurations corporelles de la poule locale en fonction du sexe et du phénotype sont présentées dans le Tableau 8.
Comparaison des poids vifs et des mensurations corporelles de la poule locale en fonction du sexe et du phenotype.
F = femelle, M = mâle, MF = mâle et femelle, a b c sur la même ligne pour chaque paramètre, les valeurs affectées de même lettre ne sont pas statistiquement différentes (P > 0.05).
Le poids moyen de la poule locale de la Lobaye (les deux sexes confondus) est de 1270 g avec un écart-type de 279 g (Tableau 8). En général, les mâles sont supérieurs aux femelles pour toutes les mensurations étudiées. En fonction du phénotype, la poule locale à tarse emplumé est le plus lourd (1546 ± 321 g) (P < 0.01) alors que le type huppé est le plus léger (1067 ± 172 g) du groupe. Le frisé et le cou nu ont des poids plus élevés que la poule à emplumement normal. Cependant, ces différences ne sont pas significatives (P > 0.05). Le frisé et le cou nu sont plus lourds que le type huppé et inférieurs au tarse emplumé. Le phénotype tarse emplumé est caractérisé par des mensurations plus élevées pour la longueur du corps, le développement du pilon et le diamètre du tarse. Cependant, le frisé a la plus forte valeur pour la longueur de l'aile.
Mensurations des appendices de la poule locale
Analyse des variances des mensurations des appendices de la poule locale
Les résultats d'analyse des variances des mensurations des appendices de la poule locale de la Lobaye sont résumés dans le Tableau 9.
ANOVA des mensurations des appendices de la poule locale.
P = phénotype, S = sexe, P × S = interaction phénotype – sexe, CV = coefficient de variation, ns = différence non significative, * = P < 0.05, ** = P < 0.01.
Deux mesures des appendices sont influencées par le phénotype (longueur du bec et hauteur de crête) (Tableau 9). Le sexe n'influence pas le nombre de doigts mais il affecte significativement (P < 0.05) la longueur de l'ergot. Les longueurs du barbillon et du bec, le nombre de crétillons, la hauteur et la longueur de la crête sont influencés par le sexe au seuil de 1%. Le dimorphisme sexuel est en faveur du mâle. L'interaction G × S n'affecte que la hauteur de la crête (P < 0.01) et la longueur de l'ergot (P < 0.05).
Comparaison des mensurations des appendices de la poule locale en fonction du sexe et du phénotype
Les valeurs moyennes des appendices de la poule locale sont présentées dans le Tableau 10.
Comparaison des mensurations des appendices de la poule locale en fonction du sexe et du phenotype.
F = femelle, M = mâle, MF = mâle et femelle, a b c sur la même ligne pour chaque paramètre, les valeurs affectées de même lettre ne sont pas statistiquement différentes (P > 0.05), LCr = longueur de crête, HCr = hauteur de crête, NCr = nombre de crétillons, LBr = longueur de barbillon, LBc = longueur du bec, LEp = longueur de l'éperon.
Pour les mensurations des appendices (Tableau 10), le dimorphisme sexuel est à l'avantage des mâles sauf pour le nombre de doigts. En effet, le nombre de doigts est en moyenne 4, toutefois, 0.3% de la population est polydactyle avec 5 doigts. Le type huppé a la plus courte hauteur de crête. Le bec du tarse emplumé est significativement plus long que celui du type huppé au seuil de 1%.
Discussion
La poule locale de la Lobaye en Centrafrique se caractérise par un plumage et un emplumement normal bien que d'autres types du plumage et d'emplumement existent avec des taux faibles (huppé, cou nu, tarses emplumés et frisé). La fréquence des cous nus identifiés dans cette étude est supérieure à la proportion de 6% observée au Nigéria (Guèye, Reference Guèye1998), 3.6% au Botswana (Badubi, Rakereng and Marumo, Reference Badubi, Rakereng and Marumo2006), 4.3% au nord du Cameroun (Haoua, Reference Haoua2010) et 2% en Ethiopie (Nigussie et al., Reference Nigussie, Tadelle, Liesbeth, van der Waaij and van Arendonk2010). Ces résultats sont en accord avec ceux de Fayeye et al. (Reference Fayeye, Ayorinde, Ojo and Adesina2006), Keambou et al. (Reference Keambou, Manjeli, Tchoumboue, Teguia and Iroume2007), Fotsa et al. (Reference Fotsa, Rognon, Tixier-Boichard, Coquerelle, Poné-Kamdem, Ngou-Ngoupayou, Manjeli and Bordas2010), Nigussie et al. (Reference Nigussie, Tadelle, Liesbeth, van der Waaij and van Arendonk2010) qui ont également rapporté des faibles fréquences des mutants à allèles dominants dans la population des poules locales. Par ailleurs, le caractère rachis nus que nous avons observé n'a pas été décrit par les auteurs cités ci-dessus et bien d'autres auteurs (Missohou, Sow and Ngwe-Assoumou, Reference Missohou, Sow and Ngwe-Assoumou1998; Bessadok, Khochlf and El Gazzah, Reference Bessadok, Khochlf and El Gazzah2003; Akouango Mouangou and Ganongo, Reference Akouango, Mouangou and Ganongo2004).
Ces faibles proportions des mutants peuvent s'expliquer par le fait que certains éleveurs de la poule locale ne préfèrent pas des poules portant des caractères mutants (Fayeye et al., Reference Fayeye, Ayorinde, Ojo and Adesina2006; Aklilu, Reference Aklilu2007). En effet, nos investigations auprès des éleveurs enquêtés ont révélé que certains éleveurs considèrent les caractères mutants comme des fétiches et les éliminent de leurs troupeaux. Ces observations rejoignent celles de Sonaiya et Olori (Reference Sonaiya, Olori and Sonaiya1990) selon lesquelles les éleveurs trouvent que les cous nus et frisées sont vilains, et par conséquent, ne sont élevés que par des personnes âgées pour des buts occultes. Par contre, Fayeye et al. (Reference Fayeye, Ayorinde, Ojo and Adesina2006) ont mentionné que ces animaux portant ces gènes jouent des rôles importants sur le plan culturel. D'autre part, l'allèle dominant tel que celui qui détermine le caractère frisé est létal à l'état homozygote comme l'ont souligné Haaren-kiso, Horst and Zarate (Reference Haaren-kiso, Horst and Zarate1995). Toutes ces observations convergent vers celles de Ikeobi et al. (Reference Ikeobi, Ozoje, Adebambo, Adenowo and Sonaiya2000) qui stipulent que la faible fréquence des ptylopodes est due aux effets de préférence sociale, de sélection naturelle et à la capacité d'adaptation de ceux-ci à leur milieu d'élevage.
La coloration des plumes de la poule locale dans la Lobaye est très variée avec une prédominance de plumes blanches. Cette forte proportion peut s'expliquer par la sélection pratiquée par les éleveurs selon leurs préférences. En effet, l'exploitation minière dans la zone d'étude nécessite les poules avec le plumage blanc pour des sacrifices aux esprits. Ce qui conduit les éleveurs à préférer cette coloration de plume pour satisfaire ce marché. Les résultats de Nigussie et al. (Reference Nigussie, Tadelle, Liesbeth, van der Waaij and van Arendonk2010) confirment les nôtre. Selon ces derniers, le fait que les éleveurs considèrent la couleur de plumage comme l'un des critères de sélection dans l'élevage traditionnel a un impact sur les fréquences des couleurs de plume observées. Le plumage blanc ou clair est devenu un facteur important en élevage car il est plus facile d'apprécier leur état de salubrité. L'hétérogénéité de la couleur de plume témoigne de la variabilité génétique de la poule locale étudiée. Cette variabilité pourrait être le résultat des multiples accouplements non contrôlés entre les animaux avec différentes couleurs de plume, ou encore, serait liée à la dérive d'échantillonnage, et plus particulièrement au faible effectif des phénotypes les moins représentés. Les accouplements non contrôlés donnent naissance à d'autres combinaisons en très faibles proportions comme l'ont souligné Akouango Mouangou and Ganongo (Reference Akouango, Mouangou and Ganongo2004).
Les pattes, la face et la peau présentent de multiples couleurs dans la zone d'étude. Les pattes jaunes (40.6%), la face rouge (52.4%) et la peau blanche (49.5%) sont les plus représentées. Ces résultats sont en contradiction avec ceux de Youssao et al. (Reference Youssao, Tobada, Koutinhouin, Dahouda, Idrissou, Bonou, Tougan, Ahounou, Yapi-Gnaoré, Koyang, Rognon and Tixier-Boichard2010) qui ont observé une plus faible fréquence (4.96%) des pattes jaunes chez les poules locales au Bénin. Toutefois, Keambou et al. (Reference Keambou, Manjeli, Tchoumboue, Teguia and Iroume2007), Fotsa et al. (Reference Fotsa, Rognon, Tixier-Boichard, Coquerelle, Poné-Kamdem, Ngou-Ngoupayou, Manjeli and Bordas2010) ont également rapporté des fréquences importantes (39.14% et 33.8% respectivement) de pattes jaunes dans les différentes zones du Cameroun. Ces pattes jaunes résulteraient de l'introduction des races exotiques dans la population des poules locales (Youssao et al., Reference Youssao, Tobada, Koutinhouin, Dahouda, Idrissou, Bonou, Tougan, Ahounou, Yapi-Gnaoré, Koyang, Rognon and Tixier-Boichard2010). Cependant, la coloration de la peau et des pattes dépend aussi de la combinaison des pigments dans le derme et l'épiderme; ce qui est particulièrement associé à la présence ou l'absence de la mélanine dans la peau. La présence ou l'absence des pigments est due aux allèles W+ et w. l'allèle W+ est dominant et donne une patte blanche de type sauvage, tandis que l'allèle w récessif donne une coloration jaune car il permet à l'état homozygote le dépôt des pigments xanthophylles dans le bec, la peau et le tarse (Coquerelle, Reference Coquerelle2000). Les bonnes pondeuses auraient des pattes moins jaunes car elles exportent les pigments xanthophylles dans le jaune d'œufs. La peau jaune pourrait aussi être associée à la présence des caroténoïdes contenus dans les rations alimentaires.
Les couleurs et types de crête, des oreillons, et des barbillons sont variables dans la population de poules locales de la Lobaye. Les crêtes simples ainsi que la couleur rouge de crête, des oreillons et des barbillons dominent dans l'échantillon de la poule locale dans la Lobaye. Des résultats similaires ont été rapportés par Keambou et al. (Reference Keambou, Manjeli, Tchoumboue, Teguia and Iroume2007) à l'ouest du Cameroun, Badubi Rakereng and Marumo (Reference Badubi, Rakereng and Marumo2006) au Botswana, Wani (Reference Wani2008) au Soudan, FAO (2005) au Bangladesh. Nos résultats sont en contradiction avec ceux de Nigussie et al. (Reference Nigussie, Tadelle, Liesbeth, van der Waaij and van Arendonk2010) qui ont observé que la crête en poix est la plus fréquente dans la population de poules locales dans les zones de Farta, Mandura, Horro, Konso et Sheka en Ethiopie. La crête en poix a un effet important en élevage dans les conditions tropicales. Le gène P qui détermine ce type de crête réduit la fréquence d'emplumement du bréchet et améliore la croissance tardive chez les jeunes (Horst, Reference Horst1989). L'étude des caractéristiques des appendices de la poule se révèle d'une importance capitale. La crête et les barbillons larges ainsi que les longues pattes assurent une meilleure dissipation de la chaleur dans les conditions tropicales. La crête et les barbillons assurent les pertes des chaleurs (Duguma, Reference Duguma2006). Ces organes contribuent à environ 40% à la perte des chaleurs (Nesheim et al., Reference Nesheim, Austic and Card1979 cités par Duguma, Reference Duguma2006). Les tailles et couleurs de la crête et des barbillons sont associées au développement des gonades et la sécrétion des hormones sexuelles (Nesheim et al., Reference Nesheim, Austic and Card1979 cité par Duguma (Reference Duguma2006).
Comme l'ont mentionné plusieurs auteurs (Missohou, Sow and Ngwe-Assoumou, Reference Missohou, Sow and Ngwe-Assoumou1998; Keambou et al., Reference Keambou, Manjeli, Tchoumboue, Teguia and Iroume2007; Hako et al., Reference Hako, Manjeli, Tchoumboue and Teguia2009; Fotsa et al., Reference Fotsa, Rognon, Tixier-Boichard, Coquerelle, Poné-Kamdem, Ngou-Ngoupayou, Manjeli and Bordas2010; Haoua, Reference Haoua2010; Nigussie et al., Reference Nigussie, Tadelle, Liesbeth, van der Waaij and van Arendonk2010), le poids et les mensurations corporelles sont significativement différents entre les mâles et les femelles. Le dimorphisme sexuel est en faveur des mâles pour tous les caractères étudiés, sauf pour le nombre de doigts. Les valeurs obtenues dans cette étude sont en général inférieures à celles observées par Keambou et al. (Reference Keambou, Manjeli, Tchoumboue, Teguia and Iroume2007), Fotsa et al. (Reference Fotsa, Rognon, Tixier-Boichard, Coquerelle, Poné-Kamdem, Ngou-Ngoupayou, Manjeli and Bordas2010), Nigussie et al. (Reference Nigussie, Tadelle, Liesbeth, van der Waaij and van Arendonk2010) mais supérieures à celles de Missohou, Sow and Ngwe-Assoumou (Reference Missohou, Sow and Ngwe-Assoumou1998) et Youssao et al. (Reference Youssao, Tobada, Koutinhouin, Dahouda, Idrissou, Bonou, Tougan, Ahounou, Yapi-Gnaoré, Koyang, Rognon and Tixier-Boichard2010). Ces différences des résultats peuvent s'expliquer par les conditions du milieu d'élevage des animaux étudiés. Des facteurs endogènes tels que le phénotype, l'âge de l'animal et son état physiologique (particulièrement chez la femelle) pourraient également influencer les résultats.
Par ailleurs, les valeurs du poids vif et celles de la majorité des mensurations corporelles varient entre les phénotypes. La supériorité de poule à tarse emplumé serait due au gène Pti (responsable de la mutation tarse emplumé) qui améliore la croissance pondérale de la poule locale comme l'ont mentionné Ikeobi et al., Reference Ikeobi, Ozoje, Adebambo, Adenowo and Sonaiya2000; Keambou et al., Reference Keambou, Manjeli, Tchoumboue, Teguia and Iroume2007 et Hako et al., Reference Hako Touko2008. Les gènes Na (cou nu) et F (frisé) ont des effets désirables sur la tolérance thermique et sur le poids adulte (Horst Reference Horst1989; Hako, Reference Hako Touko2008). Ces caractères permettent à la poule d'auto-réguler sa température en cas de stress thermique. De ce fait, l'énergie obtenue à travers l'alimentation est utilisée pour l'entretien et la croissance. Des résultats similaires ont été rapportés par (Mérat, Reference Mérat1986; Hako, Reference Hako Touko2008) lorsqu'ils ont observé qu'en température élevée, le gène Na ainsi que celui du frisé F améliore la production de viande et des œufs. L'utilisation du gène Na est alors nécessaire pour l'élevage de la poule locale en milieu tropical pour sa capacité d'autorégulation thermique. En outre, ce gène réduirait les besoins de la poule en nutriment en termes de protéine utilisée pour la production des plumes, donc la poule cou nu utiliserait mieux la protéine contenue dans l'aliment pour la production de viande et des œufs.
Les animaux caractérisés sont constitués de 0.3% des poules polydactyles. Cette proportion est strictement inférieure à celle observée par Akinokun (Reference Akinokun and Sonaiya1990), Ikeobi et al. (Reference Ikeobi, Ozoje, Adebambo, Adenowo and Sonaiya2000) qui ont respectivement mentionné des fréquences de 10% et 8% de gènes polydactyles au Nigéria. Cependant, Fayeye et al. (Reference Fayeye, Ayorinde, Ojo and Adesina2006) n'ont identifié que 2 à 3% de poules polydactyles. Ces derniers ont pensé de ce fait que ces gènes dominants sont menacés de disparition. Au Cameroun, ce caractère n'a pas été décrit ni dans les Hautes terres de l'Ouest (Keambou et al., Reference Keambou, Manjeli, Tchoumboue, Teguia and Iroume2007), ni dans les zones forestières à pluviométrie bimodale (Fotsa et al., Reference Fotsa, Rognon, Tixier-Boichard, Coquerelle, Poné-Kamdem, Ngou-Ngoupayou, Manjeli and Bordas2010), ni dans la zone soudano-sahélienne (Haoua, Reference Haoua2010). Cette rareté serait probablement due au problème d'adaptation de ce type à son milieu de production d'une part, ou plutôt à la létalité probable de ce gène à l'état homozygote.
La longueur moyenne de l'ergot (éperon) de la femelle et du mâle est de 4,52 mm et 6,92 mm respectivement. Elle est de 5,14 mm indépendamment du sexe. Ces valeurs sont inférieures à celles de Keambou et al. (Reference Keambou, Manjeli, Tchoumboue, Teguia and Iroume2007) et supérieures à celles de Haoua (Reference Haoua2010). La présence de l'ergot est un défaut chez la poule qui cause des blessures lors de combat entre les animaux. En plus, les femelles non ergotées casseraient moins des œufs que les poules ergotées. Toutefois, Bauer (1931) cité par Coquerelle (Reference Coquerelle2000) n'a pas trouvé d'anomalie sur l'ovaire et les autres glandes endocrines des poules ergotées. Il a en plus constaté que les poules ergotées pondent autant que les poules non ergotées.
Conclusion
Les poules locales de la Préfecture de la Lobaye en Centrafrique présentent une grande diversité morpho-biométrique.
Le maintien de l'hétérogénéité de la couleur de plumage et d'autres caractéristiques morphologiques est un signe de la primarité de la race locale étudiée. Cette hétérogénéité montre que la population de la poule locale caractérisée n'est pas standardisée et constitue une banque génique indispensable aux défis présents et futurs de la sécurité alimentaire. La population de la poule locale de la Lobaye est caractérisée par une faible fréquence des gènes dominants responsables des caractères mutants (Tarse emplumé, cou nu, frisé, type huppé, polydactylie). Ces gènes courent donc un risque d'extinction si des mesures ne sont pas prises pour limiter la pression sélective négative orientée contre ceux-ci.
Le poids vifs et les mensurations corporelles de la poule locale varient avec le sexe et le type d'emplumement. On note un dimorphisme sexuel en faveur du mâle pour tous les caractères quantitatifs excepté le nombre de doigts. Le phénotype tarse emplumé est plus lourd avec des mensurations corporelles plus élevées à l'exception du nombre de doigts. Il est par conséquent le plus indiqué pour l'amélioration de performances de croissance.
La poule locale de la Lobaye est toutefois caractérisée par un faible poids par rapport à la souche commerciale. Son exploitation en vue d'une meilleure valorisation devrait tout d'abord relever ce poids par la sélection massale avant d'envisager tout croisement.
Pour des prochaines recherches, nous suggérons :
-
– Que l'étude de la caractérisation phénotypique soit étendue sur d'autres zones agro-écologiques de la Centrafrique;
-
– Qu'un programme de collecte des échantillons des phénotypes menacés de disparition soit mis en place en vue de leur conservation;
-
– Qu'une étude des performances de production des différents phénotypes soit entreprise en milieu contrôlé;
-
– Qu'une caractérisation moléculaire des phénotypes (emplumement normal, tarse emplumé, frisé, cou nu, huppé, polydactyle) soit entreprise pour évaluer leurs distances génétiques;
Remerciements
Nous voudrions témoigner notre reconnaissance au Conseil Ouest et Centre africain pour la Recherche et le Développement Agricole (CORAF) et au Forum Africain pour la Recherche Agronomique (FARA) qui ont bien voulu financer cette étude;
Nous adressons nos vifs remerciements à l'Université de Dschang à travers la Faculté d'Agronomie et des Sciences Agricoles pour la formation reçue;
Nous remercions le Directeur Général de l'Institut Centrafricain de la Recherche Agronomique (ICRA) qui a recommandé notre candidature pour cette formation;
Nos remerciements vont à l'endroit de l'Agence Nationale pour le Développement de l'Elevage (ANDE) et de l'Agence Centrafricaine de Développement Agricole (ACDA) ainsi qu'à tous les éleveurs qui ont contribué efficacement à la réalisation de ce travail.