Ce volume présente une grande variété de méthodes de recherche en linguistique et plus généralement, en sciences du langage, mises en œuvre au cours des dernières décennies. Nous présenterons ici les contributions en fonction de cinq axes thématiques.
SÉMANTIQUE ET SÉMIOLOGIE
Biardska ouvre cette première section thématique en se concentrant sur la structure binaire du discours rapporté. Bochnakowa montre la richesse de sens des adjectifs ‘gris’ et ‘szary’ en français et polonais. Bogacki analyse les traits sémantiques qu'on ne peut éliminer quand on construit une langue contrôlée. Gwiazdecka s'interroge sur les problèmes liés au traitement automatique des verbes de mouvement. Houdebine-Gravaud montre comment l'imaginaire linguistique, étendu à d'autres objets sociaux, fait apparaître l'imaginaire culturel. Kwapisz-Osadnik fait une analyse de l'emploi du participe présent et du gérondif qui résulte en la reconstruction de ‘schèmes’ sémantiques et cognitifs des catégories analysées avec une tentative de définition de leur invariant sémantique. Wołowska examine la relation entre les éléments au niveau structurel et textuel du lexème où le sens est établi en contexte.
TEMPS ET ASPECTS
Fijał Kowska montre que le phénomène de verbes dérivés par préfixation au sein du français peut avoir un impact sur la hiérarchie des techniques de formation des mots. Górnikiewicz présente le modèle procédural genevois, lequel s'inscrit dans la lignée des approches référentielles des temps verbaux qu'elle propose de réviser et d'enrichir pour rendre compte d'une multiplicité d'usages temporels. Stachurski s'interroge sur l'existence de la notion d'aspect en ancien français et s'il est possible de lui assigner un niveau systémique. Kulczyńska analyse la façon dont l'opposition entre le passé simple et le passé composé dans les textes fonctionnels français est perçue par les futurs traducteurs polonais. Nowakowska s'intéresse à la valeur d'antériorité du passé composé dont elle dévoile le caractère inconsistant.
TRAVAIL SUR LES THÉORIES
Blasco-Dulbecco et Cappeau soulignent comment l'analyse du corpus autorise une meilleure compréhension de l'utilisation du langage en modifiant notre représentation et notre approche de la langue. Desclés fait une présentation approfondie de la théorie de l’énonciation en passant par Culioli, Benveniste et Bally. Grzmil-Tylutki propose que l'analyse du discours est une théorie proprement française. Jakubowska-Cichoń considère les implications de la théorie de l’énonciation dans l’étude du discours rapporté pour l'analyse du roman. Linde-Usiekniewicz se concentre sur les points communs existants entre la linguistique structurale saussurienne et la grammaire générative d'une part, et entre l’élaboration des idées saussuriennes par Hjelmslev et la grammaire cognitive de Langacker, d'autre part. Thomas et Dziadkiewicz mettent en lumière les correspondances entre la théorie de Tesnière, fondateur de la notion de dépendance en syntaxe, et celle de Mel’čuk, appelée ‘Théorie Sens-Texte’ qui reprend et développe l'approche proposée par Tesnière. Włosowicz propose une typologie provisoire de plurilingues basée sur les biographies linguistiques pour l'investigation du plurilinguisme et pour la construction des théories dans ce domaine.
SOCIOLINGUISTIQUE DANS LES RECHERCHES CONTEMPORAINES ET HISTORIQUES
Caron applique des méthodes dérivées du paradigme variationniste sur la question de l'oralisation de l'infinitif des verbes en –er au XVIIème siècle. Kostro fait une étude en sociolinguistique urbaine en analysant des dénominations des opérations immobilières réalisées en Pologne. Wróblewska-Pawlak analyse l'image de la sociolinguistique française présentée dans les page de Langage et Société.
SCIENCES DU LANGAGE DANS LA TRADUCTION ET DANS LA DIDACTIQUE DES LANGUES ÉTRANGÈRES
Chrupala et Słapek projettent de construire des bases de données lexicales électroniques capables de coopérer avec des logiciels informatiques pour la traduction assistée par ordinateur. Ciszewska s'intéresse aux équivalents polonais du verbe devoir + inf dans les traductions de textes littéraires. Doro-Mégy montre comment les théories du langage ont permis de diversifier les approches de l'analyse linguistique de la traduction. Dutka-Mańkowska décrit l'impact de la traduction sur les qualifications du discours direct en français et en polonais. Giermak-Zielińska parle d'une série de stratégies plutôt que d'une théorie globale de la traduction. Ježkova se concentre sur la linguistique, l'enseignement des langues étrangères et la traductologie où l'apport de l'Ecole de Prague est significatif. Walkiewicz souligne l'importance du « va-et-vient » entre la sémantique et la pragmatique qui sous-tend la traduction de textes de spécialité. Zatąc clôt la section et le volume en analysant les apports du Cadre Européen Commun de Référence pour les langues à l'identification disciplinaire.
Les contributions varient en qualité, style et approche. Il subsiste de nombreuses erreurs de français que l'on peut attribuer à la L1 des auteurs. Les structures sont parfois maladroites et rendent la compréhension des textes difficile. Un contrôle éditorial plus stricte aurait pu éviter de nombreuses erreurs topographiques et grammaticales ainsi qu'un grand nombre d'inconsistance. Cet ouvrage donne toutefois une grande richesse d'information sur le statut du français, et montre, avec preuve à l'appui, l'existence d'une mutation profonde que subissent actuellement les sciences du langage.
Ce volume intéressera, sans nul doute, professeurs, chercheurs et étudiants qui travaillent sur le français. Même si l'ouvrage est irrégulier, il a su répondre en quantité au défi lancé.