I
Il est bien connu que le cycle littéraire d'Alexandre le Grand, que ce soit sous la forme de légendes disparates ou de récits formels du type Roman d'Alexandre du Pseudo-Callisthène (Alexandrie, IIIe siècle ap. J.-C.), a été des plus féconds et universels.Footnote 1 Nous abordons ailleurs sa destinée dans la littérature arabe, ainsi que dans d'autres traditions linguistiques qui ont eu un impact sur elle (copte, syriaque, hébraïque), ou bien qui en ont été tributaires (éthiopienne et hébraïque médiévale).Footnote 2
Rappelons brièvement qu'en liaison directe avec la double tradition syriaque et hébraïque, la figure déjà sacralisée d'Alexandre a eu les honneurs de figurer dans le Coran (sūrat al-Kahf, XVIII, 83-98), sous le nom de Ḏū al-qarnayn, et certains de ses faits légendaires sont attribués, dans les versets antérieurs (60-82), au mystérieux compagnon de Moïse, le prophète immortel al-Ḫaḍir/Ḫiḍr.Footnote 3 Sinon, il est fait mention fréquente de ce “Roi universel et idéal” dans les commentaires coraniques, dans la littérature prophétique et mystique, dans la gnomologie et les traités de philosophie politique d'inspiration grecque, dans les histoires ou géographies universelles enfin, sans que le Pseudo-Callisthène y entre nécessairement en jeu, même s'il a été traduit très tôt, à partir de différentes “recensions” et sous différentes formes.Footnote 4
Le texte que nous présentons dans ces pages s'insère parfaitement dans ce courant monothéiste du grand cycle littéraire. Pourtant, il nous a été impossible d'en retracer la source ou le modèle immédiat dans cette abondante littérature. En fait, il se situerait plutôt dans la lignée de la christianisation de la fameuse rencontre du conquérant macédonien avec les gymnosophistes du Nord de l'Inde, évoquée à peine dans le Roman d'Alexandre (III, 6), avec une interpolation (7–16) dans l'un ou l'autre témoin ou recension. Cet épisode avec les brahmanes, dont font écho les historiens du Macédonien et d'autres auteurs, a connu une vie littéraire propre dont témoigne des fragments sur papyrus remontant aux siècles antérieurs à celui de la fixation du Roman (l'un deux au Ier siècle avant notre ère, sinon avant!).Footnote 5 Le texte grec complet a été divulgué en Chrétienté sous une forme remaniée par Pallade évêque d'Hélénopolis (m. 431), l'auteur de la célèbre Histoire lausiaque relatant son voyage auprès des moines d'Égypte en 394–95.Footnote 6 Fréquemment cité par les Pères de l'Église, les brahmanes s'y présentant comme les prototypes des moines chrétiens…, cet écrit aux multiples versions, à l'instar du Roman, a été très populaire dans l'Orient grec durant tout le Moyen Âge. Ce fut également le cas de l'Occident latin, où très tôt le texte a été traduit dans une version attribuée à S. Ambroise de Milan, à part d'autres plus tardives.Footnote 7 Il en va de même en Terre d'Islam, où l'on a dû en connaître des traductions ou des résumés, puisque plusieurs auteurs arabes en parlent, indépendamment du texte du Roman.Footnote 8
Dans sa présentation du texte de Pallade, Derrett écrit:
There is internal traces […] which point to a genuine source, and it is by no means impossible that a conference took place between Alexander's ‘philosopher’ companions, on the one hand, and chosen representatives of the teachers at the famous ‘university’ of Taxila, on the other, with the Macedonian himself as president!Footnote 9
On ne manquera pas de signaler que pareils débats publics étaient bien connus dans les différentes cours royales ou impériales orientales, musulmanes en particulier. Quant au thème du débat lui-même, déjà avant que les adeptes du monothéisme “révélé” aient fait d'Alexandre le champion de leur foi, il semble qu'avec l'hermétisme classique – assimilé du reste par les sages et philosophes d'expression arabe – l'image du “roi-philosophe” collée à Alexandre était passée à celle du “roi-théosophe”.Footnote 10
II
Nušū' al-Ḫilāfa Abū Šākir Ibn al-Rāhib est un illustre représentant de l'âge d'or de la littérature copto-arabe du XIIIe/XIVe siècle.Footnote 11 Le texte ici édité et traduit est tiré de sa somme théologique Kitāb al-Burhān (“Livre de la Démonstration” = KB), le dernier des quatre gros ouvrages sortis de la plume de notre encyclopédiste, divisée en 50 questions (mas'ala) de grandeur et de qualité inégales.Footnote 12 Il constitue le 24e et dernier des chapitres ou arguments qui divisent la longue question VII sur le concept de Nature (ṭabī῾a), visant à démontrer que le terme concerne le monde créé et non le Créateur et, par conséquent, que Jésus-Christ, Dieu et homme, n'a qu'une seule nature, la nature humaine! Si cette doctrine se situe dans la ligne “miaphysite” défendue par l'Église copte, l'argument, en tant que tel, est tout à fait original et très loin du contexte polémique qui a mené au grand schisme du milieu du Ve siècle de l'ère chrétienne, divisant l'Église universelle de même que les églises nationales en chalcédoniennes et anti-chalcédoniennes.Footnote 13
SOMMAIRE DU CONTENU DÉBAT
1 Le § 59 concerne une note sur la transcription même du texte.
DÉTAILS DE L'ARGUMENTATION D'ARISTOTE EN FAVEUR DE L'EXISTENCE DU CRÉATEUR (§§ 36-57)
Notre débat fait partie de la série de textes d'origines diverses transcrits dans cette partie du KB, en vue de renforcer la position en cause. Nous avons déjà eu l'occasion de présenter ailleurs le ch. 22, basé sur la doctrine du Timée animal de Galien et attribué à un certain Ğirğis ibn Baḫūm al-Mutaṭabbib.Footnote 14 Et le ch. 23 donne de longs extraits du De castigatione animae, traité hermétique connu seulement en version arabe.Footnote 15
Comme dans le cas du ch. 22,Footnote 16 notre auteur a trouvé le texte dans la bibliothèque de la célèbre famille des Awlād al-῾Assāl: la Vorlage était de la main d'al-As῾ad Abū al-Farağ, auteur et inlassable copiste mort avant 1259/60 et duquel Ibn al-Rāhib a emprunté un écrit de plus, cette fois-ci d'origine patristique chrétienne.Footnote 17 Grâce à la date fournie dans le colophon de notre texte (§ 59: 621/1224), on peut maintenant faire reculer de six ans l'activité littéraire sûrement datable d'al-As῾ad: elle avait été fixée à 627/1230 en fonction des indications de la copie du texte précédent.
Dans notre section 24 donc, il est question d'une dispute philosophique fictive, ayant eu lieu à Alexandrie sous l'égide de son propre fondateur (voir Tableaux 1–2). Cinq philosophes ou sages (ḥakīm-s), parmi eux le précepteur du roi, Aristote, sont convoqués pour parler de “la science des conceptions avérées touchant le Créateur: est-il éternel et immortel, ou bien niable et inexistant? est-il accessible à la science, ou bien ne l'est-il pas?” (§ 7).
Le titre général qu'Ibn al-Rāhib donne au chapitre en question fait écho à la doctrine sur la Nature que nous venons d'exposer. En l'occurrence, ce n'est qu'indirectement que le débat philosophico-religieux mis en scène intéresse l'argumentation d'Ibn al-Rāhib. Il y est fait mention continuelle des ṭabā'i῾ (‘éléments naturels’, ‘nature’),Footnote 18 correspondant aux “quatre éléments” (῾anāṣir) et désignés par le Stagirite aussi par usṭuqussāt (<στοιχεῖα). Du reste, il est sous-jacent à l'ensemble du débat que ces réalités “naturelles” et tangibles s'opposent au monde de l'esprit et des idées, ne pouvant donc pas se rapporter à Dieu, qui les transcende indiscutablement, même s'il en est la cause première, une cause “subtile”, non “matérielle” ou “naturelle”.
Ibn al-Rāhib a bien assimilé ce texte. Non seulement il assume ce qui y est implicite quant à la figure d'Alexandre comme champion de la croyance en un Créateur unique et universel,Footnote 19 mais nous le voyons l'invoquer ou le citer in texto non moins de trois fois dans son Kitāb al-Burhān:
Q. XXVIII/4 (MS A, f. 124v) – partie finale du premier chapitre sur la théodicée, à la suite de l'évocation de la doctrine de Platon sur les quatre éléments: y figure la partie du discours d'Aristote sur les contraires, correspondant aux §§ 45–48 de notre division du texte (sans la phrase finale, en réalité, quelque peu secondaire).
Q. XXXVIII/2 (id., f. 173r-v) – deuxième section (faṣl) du onzième chapitre de la théodicée, contre l'éternité du monde: sommaire des idées formulées aux §§ 42–57.
Q. XLII (id., f. 196v) – deuxième chapitre sur la christologie, portant sur l'unicité de la substance et de l'hypostase, au troisième point de controverse (nukta) attribué à Nestorius: évocation du débat, notamment de la confession finale de l'assemblée (§ 58), avec insistance sur la négation des attributs (cf. § 60) et ses implications quant à la christologie!
III
Il y aurait lieu de situer les différentes thèses avancées par les sages orateurs dans le cadre de l'histoire des doctrines philosophiques. Mais cela dépasse nos compétences. Nous prétendons seulement faire connaître ce texte somme toute original. Celui-ci nous semble représenter une version remaniée d'un original grec d'époque byzantine. La langue s'en est fort ressentie: écriture manquant de fluidité; syntaxe heurtée, parfois même incorrecte; usage exagéré du passif, y compris l'impersonnel, et du participe passé; formulations maladroites ou obscures; particularités syntaxiques et lexicales (voir Tableau 3); noms propres méconnaissables.
PARTICULARITÉS LINGUISTIQUES*
* SPA = J. Blau, A Grammar of Christian Arabic: Based mainly on South-Palestinian Texts of the First Millenium, 3 vols., CSCO 267, 276, 279 = Subsidia 27–29 (Louvain, 1966-1967). Il est maintenant admis que le titre général est tendancieux. Il est préférable de parler de “South-Palestinian Arabic” (= SPA), ce qui correspond à l'essentiel du corpus analysé, sachant de plus qu'il s'agit presque surtout de traductions de textes grecs. De toute manière, l'auteur renvoie souvent à des témoins d'autres formes historiques ou sociales de l'arabe, y compris de l'arabe classique ancien!
À ce propos, Aristote excepté, les personnages participant au débat sont bien imaginaires. Et si le nom propre Qudāma (“le sage du Mašriq”) sonne bien arabe (adaptation de quel nom de personne grec?), les trois autres – Ablūr ('BLWR, l'Hindou), Arisğānis ('RSĞ'NS, le Grec?) et Mīṭas (MYṬS, le Berbère venu du Maġrib) – doivent avoir été défigurés au gré des traducteurs et copistes, sans devoir correspondre à des autorités reconnues. Les formes que nous leur avons données sont d'ailleurs aléatoires!
Derrière l'anthroponyme grec Arisğānis faudrait-il voir une corruption d'Archigène? On connaît bien Archigène d'Apamée, le médecin antérieur à Galien, qui le cite et le critique, et que les sources arabes évoquent sous différentes formes, dont Aristogène (’RSTĞ'NS).Footnote 20
Quant à Ablūr, s'agirait-il d'une lointaine déformation de Pôros, le roi indien battu par le conquérant macédonien? Après l'adjonction de l'article arabe, il y aurait eu métathèse, puis chute de la lettre finale: Albūrus > Ablūrus > Ablūr. Du point de vue graphique strict, Apollos ou Apollon, avec allitération graphique du sīn/nūn final, aurait été plus vraisemblable. Mais on imagine mal qu'on puisse donner un nom grec à un sage hindou – ce que fait en vérité le MS C, qui a ajouté un léger trait diagonal au-dessus du lām, pour lire 'BKWR, à savoir Épicure! Rappelons que les noms connus des sages indiens qui se confrontèrent avec Alexandre sont Dandamis/Dindimus et Calanos;Footnote 21 rien à voir donc avec notre “Ablūr”!
Dans le “quintet”, un sage vient de l'Orient et un autre de l'Occident. Cette universalité géographique correspond bien à l'image idéalisée du conquérant macédonien.Footnote 22 Et celle-ci se reflète certes dans la tradition arabe du “Bicornu” (Ḏū al-qarnayn), puisque les deux cornes de cet epitheton y sont généralement interprétées comme représentant les deux extrêmes de la terre, où se lève et se couche le soleil. On notera toutefois que, dans notre texte, la répartition géographique semble être le reflet de la Terre de l'Islam au Moyen Âge. D'un côté, notre Ḥakīm al-Mašriq – nous l'avons vu – porte un nom arabe sans connotation religieuse, ce qui indique le Proche-Orient, un Orient tronqué donc, puisque le sage hindou/indien vient d'encore plus loin vers l'Est. De l'autre, le Ḥakīm al-Maġrib, amené personnellement par Alexandre à la ville qu'il avait fondée, est berbère (§§ 2 + 14), c'est-à-dire que nous avons affaire avec l'ouest de l'Afrique du Nord, où Alexandre n'était pas parvenu.
IV
On connaît en tout une douzaine de manuscrits du KB.Footnote 23 Pour l'édition que nous entreprenons,Footnote 24 nous nous basons sur les trois manuscrits suivants, qui sont largement suffisants pour assurer une édition fidèle à l'original:
Biblioteca Vaticana, arabo 104 (= A): MS autographe de 1282 (“3e éd.”), f. 33r sqq.
Idem, ar. 117/I + Paris, Bnf, ar. 202/V (= B): MS de 1323 (copie d'un autographe de 1281 = “2e éd.”), f. 38r sqq.
Idem, ar. 116 (= C): double MS dont la partie qui nous concerne (C2) date de 1579 (copie de la famille dépendante du même autographe de 1281), f. 48r sqq.Footnote 25
La division en paragraphes (§§) et les sous-titres nous appartiennent. Dans l'édition du texte arabe, que nous cherchons à rendre lisible indépendamment de la traduction (ponctuation, vocalisation pertinente, brèves notes explicatives…), les mots entre crochets ont été ajoutés pour assurer une lecture correcte ou fluide du texte arabe, réservant les chevrons (< >) pour les mots ou passages “reconstitués” au titre de la critique textuelle. Les quelques passages entre parenthèses sont à considérer comme secondaires ou des incises. Par contre, dans la traduction, il s'agit de petits ajouts nécessaires pour la compréhension correcte du texte. On gardera bien en esprit, qu'Ibn al-Rāhib ne fonctionne pas ici comme auteur, mais comme copiste, un copiste qui transcrit, à son tour, une simple copie et non pas l'original qui nous occupe ici.
Dans le cadre de la présente publication, l'apparat critique a été réduit au minimum nécessaire, omettant les variantes du type orthographique courantes dans les textes de l'arabe moyen ou des manuscrits médiévaux. Nous avons adopté les règles modernes concernant le support de la hamza. Les renvois à l'apparat critique se font au moyen d'astérisques (un, deux, trois…) à l'intérieur d'un même paragraphe. Ils portent directement sur le mot qui les précède, ou bien sur un ensemble de mots dont le début est indiqué par le signe (¬).
1 Quand Alexandre revint de voyage,Footnote 3 les gens de sa ville (Alexandrie), ainsi que son maître Aristote, lui firent un excellent accueil. Quand il prit sa place à la salle du conseil royal,Footnote 4 à Alexandrie, poètes et panégyristes se présentèrent à lui, vantant ses actes et exaltant sa gloire. Il n'adressa pas un mot à Aristote jusqu'à ce que le Conseil prit fin et qu'il ne resta plus que son maître et l'entourage intime du roi.
2 Alexandre lui dit alors: “Qu'as-tu fait, bon maître, à propos de ce que nous avions convenu, au sujet de la convocation des sages? Moi, j'ai ramené un homme d'Occident qui n'a pas de pareil.Footnote 5 J'aimerais (donc) réunir les sages dans une assemblée qui se tiendrait à un jour déterminé, afin que chacun d'eux intervienne dans toute sa sagesse, pour prouver (l'existence du Dieu) Unique. Et ce qu'ils diront sera consigné par écrit, afin d'en garder mémoire dans le monde, tout au long des siècles.”
3 Aristote répondit: “J'ai convoqué (pour ma part) trois sages que personne à notre époque ne surpasse en sagesse.” Alexandre lui dit: “Fixe-leur donc un jour pour qu'ils se réunissent!” Et Aristote leur fixa un jour donné, qui fut annoncé dans toute la ville d'Alexandrie.
Les recommandations d'Alexandre
4 Quand vint ce jour, les gens de science se réunirent au Conseil. Et on n'y laissa entrer que ceux dont on savait qu'ils étaient à l'écoute de la sagesse et la recherchaient. Quand les gens prirent place, avec ceux qui s'étaient réunis, dans la salle du conseil royal, là ou s'assoit le roi sur le trône royal, Alexandre fit son entrée solennelle. (Et personne ne doutait qu'il siègerait bien à sa place royale.)Footnote 6
5 Alexandre dit alors: “O vous tous gens de sagesse! Ceci est un jour sera consacré (à la question de) Dieu, (jour de) d'assentiment et de modestie (de notre part)! Aucun d'entre nous ne doit se considérer supérieur à son compagnon ni ne lui fasse montre de dédain!”.
6 Alexandre n'alla pas s'asseoir sur le trône royal, mais prit place au milieu des sages, là où ils se trouvaient, se faisant leur égal dans l'assemblée et (manifestant) sa satisfaction de se retrouver auprès d'eux. Car il savait qu'on garderait mémoire de (son geste), rapportant son humilité devant la science, l'attachement qu'il lui témoignait et la considération qu'il avait pour ses adeptes, avant comme après cette assemblée.
7 Quand l'assemblée et Alexandre furent installés et que l'assistance fut prête à écouter les discours, Alexandre ouvrit la séance par ces mots:
“O vous les sages! Vous êtes venus participer à cette séance, dont le souvenir sera perpétué dans la postérité. Que chacun de vous parle avec l'éclat de sa science. Qu'il puise (l'inspiration) de son savoir du fond de sa raison. Qu'il affute son talent. Qu'il exerce son entendement et applique sa pensée à ce qui sera dit de la science des conceptions avérées touchant le Créateur (qu'Il soit glorifié et exalté!): est-il éternel et immortel, ou bien faut-il nier son existence? est-ce que le Créateur est accessible à la science, ou bien il ne l'est pas? Que votre discours soit intelligible, simple dans sa forme, profond dans son contenu. Qu'il s'interdise l'équivoque et exclue le doute, en mettant en évidence la preuve péremptoire.
Ouverture du débat par Ablūr l'Hindou
8 L'assistance se tourna alors vers Ablūr l'Hindou pour qu'il ouvre le débat de cette assemblée. Ablūr dit alors:
“O Roi! On ne saisit l'exactitude d'une signification et on ne lève le voile sur les choses obscures que par le biais d'un paradigme ou d'un problème: un objecteur argumente en faveur d'une thèse et un opposant lui réplique avec des preuves valides. Ainsi cesseront les arguments de tout contradicteur récalcitrant et il ne sera plus possible de remettre en question la vérité établie par cette assemblée. Si quelqu'un venait à soulever une objection à la suite de notre assemblée, on lui répondrait en utilisant nos propos consignés, réfutant d'emblée son objection – espérons-leFootnote 7.
9 L'assemblée (acquiesça et) dit: “Bien dit, Ablūr! Commence donc le débat, en jouant le rôle de l'athée.” Ablūr dit alors: “Nous ne parvenons à ce qui est proposé comme hypothèse qu'en partant des bases de la réalité, à partir desquelles on pourrait arriver (éventuellement) à ce à quoi vous prétendez; mais (en fait) nous n'y arriverons pas!Footnote 8
10 “La perception, en effet, est autre chose que le perçu! On n'a de perception que par le moyen de l'un ou l'autre des cinq sens, ou de leur ensemble, lesquels transmettent à la raison ce qu'ils ont perçu. Par conséquent, comment la perception saisirait-elle – d'après ce que vous affirmez – ce qui ne tombe pas sous les sens? Ou bien comment la pensée accéderait-elle à ce qu'il lui est impossible d'atteindre? C'est une impasse! En effet, aucun sens, aucune argumentation n'y arrive.
11 “Nous avons donc tous convenu que les sens sont incapables d'appréhender la réalité de quelque chose d'absent, qui ne serait ni perçu par les sens ni conçu par l'esprit; sans indice de sa présence (tangible) avant de se dérober (à nos sens). De ce fait, la connaissance devient impossible! Raison et pensée reviennent à ce qu'elles savent (effectivement). Elles s'en tiennent à ce qu'elles savent et repoussent ce qu'elles ne savent pas, jusqu'à ce que la chose soit établie par une preuve péremptoire, revenant alors à la vérité (jusque-là méconnue).”
Confirmation d'Arisğānis et contradictoire du sage Mīṭas
12 Arisğānis prit alors la parole, confirmant et appuyant ce que l'autre avait affirmé:
“En vérité, ce qui n'est appréhendé ni par les sens externes ni par les sens internes, il faut se taire à son sujet, jusqu'à ce que sa réalité soit (clairement) déduite et qu'il soit bien attesté.”
Son propos confirmait (effectivement) celui d'Ablūr.
13 Alors, Mīṭas, le sage d'Occident – qui était berbère – leur opposa (ce qui suit):
“Nous prenons connaissance des réalités grâce à la réflexion sur nous-mêmes et sur notre (réalité) composée: comment elle est faite et de quoi elle est composée.Footnote 9 Quand donc nous saurons cela, nous serons arrivés, par déduction scientifique, à l'idée de l'Un,Footnote 10 que nous recherchons.
14 “De l'ensemble des choses qui se présentent à notre réflexion, il se manifeste à nos esprits que nous sommes faits de deux ordres de la réalité:Footnote 11dense et subtil. Le dense, ce sont nos corps, lesquels ont longueur, largeur et épaisseur. Le subtil, c'est l'âmeFootnote 12 sans lequel les corps n'ont pas de subsistance dans leur forme; elle est ce qui fait subsister nos corps.
15 “Ce qui est dense en nous perçoit (les choses) par ce que l'esprit lui présente.Footnote 13 Et le subtil en nous est le point d'arrivée de ce que perçoit le dense. Quand (l'objet de) la perception par les sens parvient au subtil, celui-ci réfléchit et raisonne à propos de ce que lui a présenté le dense, déduisant l'objet en cause. Si ce dont il est question est une chose (matériellement) présente, il la reconnaît à sa vue et s'en assure par l'observation, sans besoin – à cause de cette certitude même – d'argumenter en faveur de son existenceFootnote 14.
16 “Si ce dont il est question concerne une chose qui se dérobe à la vision (immédiate), (le subtil) fait une déduction à partir de ce qu'il connaît par l'observation (générale) et découvre la cause qui <??>Footnote 15 que les sens lui ont rendu présent, [lui permettant d'identifier] l'objet qui échappe globalement à leur emprise. Il réalise alors que ce qui s'est manifesté était d'abord absent, puis s'est manifesté (à l'esprit). Il aura compris cela en se certifiant de la chose, à la suite de ses certitudes de base, en aboutissant à cela par le biais de la déduction scientifique, laquelle est supérieure à (la perception par) les sens.
17 “Cela nous est prouvé par le fait que nous savons, par nous-mêmes, que nous sommes faits de dense et de subtil, (réalités) unies ensemble tout en étant différentes. Or les choses qui sont différentes ne s'assemblent pas d'elles-mêmes. C'est un assembleur qui les unit ensemble indépendamment de leur volonté. C'est lui que nous recherchons! Pareillement, elles se séparent hors de leur vouloir, ce qui indique un diviseur qui les sépare. C'est bien lui que nous recherchons!
18 “Quand il arrive qu'ils se séparent, le dense rejoint le dense et le subtil rejoint le subtil. Le subtil reconnaît son lieu et sa place, et le dense reconnaît son lieu et sa place dans le (totalité du) dense. Cette reconnaissance est plus aisée, car le dense n'advient pas dépouillé ni dénudé de (nature) dense. Le subtil (quant à lui) reconnaîtra cela mieux dans l'au-delà qu'ici-bas, et la certitude, là-bas, atteindra toute sa plénitude, différemment de ce qui se passe ici-bas.”
Réplique d'Ablūr
19 Ablūr lui répliqua:
“Ce que tu dis à propos de la réflexion sur nous-mêmes – comment nous sommes – et sur ce qui s'en dégage – de quoi il est fait –, de même que ta recherche là-dessus en vue d'en déduire et d'avérer l'existence – tout cela est certes vrai et nécessaire!
20 “Quant à ce que tu as affirmé au sujet de l'ordonnateur de cela, tu as extrapolé la portée du raisonnement!Footnote 16 La vérité, c'est que cela nous mène à nous-mêmes, et à ce que nous observons en nous des quatre éléments naturels qui constituent nos corps: s'ils se trouvent en harmonie, ils subsistent et persistent tant que cette harmonie dure; s'ils divergent, ils passent à la corruption. C'est ça le dense et le subtil! Les questions que nous nous posons à propos de l'harmonie et de la divergence des quatre éléments, trouvent dans l'esprit (une réponse) bien évidente. De même pour ce qui est de l'organisation du monde entier, de tous les animaux et de toutes les plantes.
21 “Et ce que tu as affirmé au sujet de la séparation, c'est elle qui est la cause de la répulsion des éléments entre eux; et cela mène nécessairement à la corruption. Et les éléments se comportent ainsi, sans que nous ayons pouvoir sur eux. Ils sont la cause de ce dont nous parlons – rien d'autre! Leur harmonie est (source de) notre génération et leur divergence (mène à) notre corruption. Ce sont elles qui commandent les deux états: séparation et réunion, croissance et décroissance.”
Contradictoire du sage Qudāma
22 Qudāma, un sage d'Orient,Footnote 17 répliqua à Ablūr après avoir entendu son exposé: “Ablūr! J'ai à cela une objection essentielle et une réplique péremptoire.”
Ablūr lui dit: “Parle, Qudāma!”.
23 Qudāma dit alors:
“Ce que tu as déduit en raison de l'action des éléments naturelsFootnote 18 en nous, à savoir: qu'ils nous gouvernent et que c'est dans leur réunion que réside notre subsistance, (alors) que leur séparation cause notre corruption – (il faut dire que) les quatre éléments s'opposent d'un côté et s'accordent d'un autre, et transitent de l'un à l'autre d'après un sens ou l'autre.
24 “Nous sommes (composés), en fait, de ces éléments que sont la terre, l'eau, le feu et l'air. Quand leurs forces s'unissent harmonieusement dans un même corps, il en émerge un homme, en même temps que s'y manifeste l'esprit. S'ils (étaient capables de) s'unir de leur propre gré, (il s'ensuivrait que) la terre, l'eau, le feu et l'air s'uniraient de leur propre gré, devenant un homme parfait, et cesseraient d'être des éléments – car (le résultat de) leur union est supérieur à leur somme; il fallait certes que cet homme se situe sur un autre plan que celui des éléments.
25 “Notre preuve (donc de l'existence) du Créateur (qu'Il soit glorifié et exalté!) réside dans notre existence, au-delà de la réunion et de la séparation fortuites des éléments naturels. Cela prouve (l'existence) d'un assembleur qui les unit et d'un séparateur qui les sépare. C'est bien lui que nous recherchons!”
26 Ablūr répondit:
“Nous avons démontré l'existence de l'ensemble des éléments naturels dans l'homme par la raison et la (simple) constatation. Toi, tu as parlé de celui qui les unit et assemble, affirmant qu'ils ne s'assemblent pas de leur propre gré. Qu'est donc cet assembleur? Fais-moi connaître sa figure, sa forme, sa quiddité, de même que je t'ai révélé (la vérité) des éléments.”
27 Qudāma répondit:
“Les esprits et les pensées prouvent incontestablement ce que je t'ai affirmé, à savoir: il est impossible qu'une chose se crée elle-même avant d'exister, ou qu'une chose crée ce qui a existé avant elle. Il en ressort qu'il est impossible qu'une chose se crée elle-même. Par conséquence, il est établi qu'elle a eu un créateur.”Footnote 19
28 “Quant à dire comment il est et ce qu'il est, cela ne s'impose nullement. Il m'incombe uniquement de démontrer qu'il existe et que nous savons avoir un ordonnateur. Pour ce qui est de sa quiddité, elle nous est inaccessible. Du reste, cela ne s'impose pas dans le problème que tu as posé; rien nous oblige à établir cette quiddité, alors que nous savons bien que c'est lui l'ordonnateur. Il a été donc prouvé par argumentation qu'il y a un ordonnateur. Finie la négation athée! Terminées les idées fausses sur son appréhension et sur la compréhension de ses attributs!Footnote 20
29 “Comment, en effet, le dense ou le subtil appréhenderaient-ils ce qui n'est ni subtil ni dense? Loin de là! Les esprits en sont incapables, bien qu'ils aient avéré son existence par déduction scientifique. Et (rien que) d'avoir prouvé son existence et l'avoir mise en évidence à nos esprits, s'avère une preuve suffisante. Les réflexions s'arrêtent donc au seuil de la connaissance de sa forme; les cœurs et les esprits s'en tiennent à le reconnaître. Il nous suffit de certifier (son existence) et non pas de (chercher à) connaître sa forme; celle-ci nous est inaccessible et il n'y a pas lieu de la rechercher. À l'impossible nul n'est tenu!
30 “Ce qui s'impose c'est que nous confessions que nous avons un ordonnateur et que nous affirmions le reconnaître, c'est tout! Car ses actions sont manifestes et ses signes en témoignent. Ce que nous recherchions est donc bien établi: nous avons un ordonnateur! Que cela te suffise comme preuve!”
Intervention du philosophe Arisğānis
31 Ablūr se tut.
Arisğānis vint à son secours, car il était dès le début son auxiliaire,Footnote 21 ainsi qu'il avait été convenu. Il dit:
“Qudāma! Tu as argumenté en faveur de ce qu'on ne peut sentir ni penser. Tu es parti de l'ordre naturel des choses tel que nous l'avions établi et en as déplacé la portée vers un autre plan. Cela exige une démonstration!
32 “Car nous avons mis en évidence que cet ordre naturel dépend des éléments naturels, alors que tu prétends que ceux-ci ont un ordonnateur (à l'origine): un ordonnateur pourtant que nous ne sentons ni ne voyons ni ne percevons en esprit. Et tout ce que tu prétends être l'action d'un agent est en fait l'effet naturel des quatre éléments.
33 “Quand ils se réunissent par accord et se séparent par désaccord, ils agissent à la manière de deux hommes qui tantôt s'accordent tantôt entrent en désaccord. Rien d'autre que cela! Celui qui prétendrait que réunion et séparation proviennent d'autre chose, qu'il en donne la preuve ou la démonstration! Car nous ne voyons pas cela, ni ne le percevons en esprit. Et tout ce que tu affirmes à propos d'une réalité autre est absurde!
34 “En vérité, tout cela provient des (éléments) eux-mêmes et leur est inné. C'est ainsi que l'ont appréhendé et les sens et la raison. En effet, nous n'observons guère que (les éléments naturels) disparaissent ou se transforment par le fait de leurs opérations – génération et corruption – qui leur sont inhérentes. Ils se maintiennent tels quels et rien d'autre qu'eux n'existe. À preuve, la réalité des faits!”
Intervention finale d'Aristote
35 Tous ceux qui avaient parlé sur ce sujet se turent et firent signe du regard à Aristote pour parler, car il n'avait rien dit jusque-là et n'avait contredit personne. Ils voulaient bien savoir son opinion sur la question et connaître son rang (dans le savoir).
Aristote prit alors la parole et dit:
(l'apparent et le caché)
36 “Ce qui est apparent est toujours le signe de sa part cachée. La part apparente signale sa part cachée, car cette dernière est la sourceFootnote 22 de son apparence. Cela indique par conséquent un certain état et un certain ordonnateur qui rend apparent ce qui est caché.
37 “Et puis, nous observons que son apparence se transforme et se dissout suite à la séparation et la corruption de l'état où il se trouvait, s'achevant en décomposition par séparation et dissolution. S'occulte alors ce qui était manifeste aux intelligences en fait de forme, de composition, d'âme, d'esprit et de raison.Footnote 23 Une preuve de plus (de l'existence) d'un ordonnateur qui les a cachés.
(le dense et le subtil)
38 “Nous observons ensuite que le corps n'est ni l'esprit, ni la forme, ni la raison, ni l'âme: le corps est dense, et le reste de ce que nous avons mentionné est subtil. Nous observons de plus, que tout ce que nous avons mentionné de dense et de subtil s'assemble et se désagrège (comme tu l'as bien dit, Arisğānis), chaque principe retournant à son élément d'origine, à la stabilité ou à l'instabilité.
39 “Nous avons établi, de plus, que le dense ne raisonne pas, et que c'est le subtil qui raisonne. Ce qui prouve que les opérations viennent des éléments naturels et de leur harmonie, étant donné que la nature des éléments n'agit que selon ce qu'elle est et selon sa propriété innée. Le subtil, lui, n'appartient pas aux éléments naturels, ni (au monde de) la génération et de la corruption. Tout cela n'est pas de son ordre. Le subtil n'est pas sujet à se décomposer ni à se désagréger, alors que les parties du dense sont sujettes à cela.
40 “Vous ne pouvez pas prétendre que le subtil se décompose. Vous parlez de son déplacement, sans plus. Si donc le subtil rejoint son principe (d'origine), il se maintient subsistant, sans se décomposer ni se transformer. Mais il apparaît dans un corps, puis s'échappe de ce corps et retourne, de toute manière, à son principe sans transformation ni changement.
41 “Il nous est donc apparu, et il est fermement établi dans nos esprits, que la génération et la corruption, de même que le déplacement, pour le subtil comme pour le dense, ne viennent pas d'eux-mêmes, mais d'un ordonnateur qui les gouverne comme il veut, et c'est le Créateur (qu'Il soit glorifié et exalté!).
(la variété des formes)
42 “Quant aux éléments dont vous dites qu'ils existent, qu'ils subsistent par eux-mêmes et qu'ils se gouvernent eux-mêmes, cela se passe bien comme vous le dites: ils existent certes, mais ils ne gouvernent pas le subtil. Et s'ils existaient par eux-mêmes, sans (l'intervention d')un ordonnateur qui leur donne existence, ils auraient produit l'état où ils sont selon l'espèce et le principe manifeste, tel qu'il est observable en eux, sans (l'intervention) d'un autre agent. Il n'y aurait pas alors de différence de forme entre homme, oiseau et animal!
43 “Or la variété des formes, une fois qu'elles existent – se produisant à partir d'elles sans se trouver en elles – est bien l'indice d'un ordonnateur qui les gouverne de cette manière, puisque les éléments ne sont pas en mesure de créer ce qui n'est pas inné en eux.
44 “Notre accord sur le fait que les éléments n'ont ni forme cachée qui se manifeste, ni diversité de formes – ni raison, ni esprit, ni âme –, prouve bien qu'ils ont un ordonnateur qui les forme comme il veut.
(la question des contraires)Footnote 24
45 “Vous affirmez aussi que les éléments sont tout cela grâce à leur (simple) réunion. Or les éléments, selon votre opinion, n'agissent que par réunion et séparation, et cette réunion et cette séparation ne sont pas dues à un ordonnateur. De même, (bien que) réunion et séparation soient deux contraires, vous nous démontrez par argumentation que rien d'autre n'existe hors d'elles. Vous soutenez de plus que c'est là que réside la cause de l'émergence de l'action.
46 “Toutefois, les contraires ne réunissent pas leurs contraires. Ils se réunissent dans un état et se séparent dans un autre. Et l'état de réunion n'est pas l'état de séparation. Si donc les deux états diffèrent, il n'est pas possible qu'ils coexistent au même moment. Ces deux états ont plutôt un ordonnateur qui les a organisés en deux temps.
47 “À propos de ce que nous avons affirmé, à savoir, que les contraires ne réunissent pas les contraires, nous observons que les contraires se retrouvent dans les formes et figures de l'ensemble des êtres animés. Or les éléments naturels – vous l'avez dit – n'ont d'autre issue que de se réunir entre eux en dépit du fait d'être contraires les uns par rapport aux autres. D'où donc sont apparus cet agencement et ces formes variées, puisqu'il n'appartient pas aux éléments (de forger) une quelconque forme, mais seulement de se réunir et de se séparer entre eux?
48 “Ceci prouve qu'il y a un assembleur qui a réuni les contraires et en a façonné les formes qu'il a voulues, selon son gré. Nous vous concédons volontiers (la réalité de) la réunion/séparation, dans les termes que vous alléguez, mais les formes, elles, d'où viennent-elles?”
(l'existence de l'homme raisonnable et supérieur)
49 “Autre chose: si leur activité consiste ou bien dans la réunion dans un état de concorde et d'équilibre, <ou bien dans la séparation dans un état de divergence et de séparation>, d'où leur viendrait de vouloir (façonner) la forme d'un être raisonnable, parlant, ayant un esprit et une âme, alors qu'elles n'ont pas en elles de raison?
50 “Les éléments naturels ne manifestent que ce qui est inné en eux. Or nous observons chez l'homme raisonnable et parlant quelque chose de supérieur aux éléments, grâce à l'émergence de la raison et de la parole. Comment donc ce qui est inférieur pourrait-il façonner ce qui lui est supérieur et meilleur? Comment y arriverait-il? Car si jamais il parvenait à ce qui lui est supérieur et meilleur, il serait lui-même cette forme.
51 “Or nous avons bien avéré que les éléments naturels ne peuvent façonner que ce qui est inné en eux, et non ce qui est meilleur – ils n'en ont pas le pouvoir. Ainsi, les éléments ne sont ni parlants ni raisonnables, alors que nous observons que l'homme est parlant et raisonnable. Il est donc faux que le subtil provienne d'eux dans leur ensemble – de par eux-mêmes – et que cette raison qui apparaît chez l'homme provienne d'eux, de même que la forme, l'esprit ou la parole. Ils ne font rien de tel parce que rien de tel ne se trouve inné en eux.
52 “Et [il s'est avéré également]Footnote 25 qu'un ordonnateur a assemblé ce qu'il a assemblé et en a formé l'homme, y faisant habiter la raison, le discernement, la pensée, l'esprit et l'âme, et le rendant parlant.
53 “Et tout ce que nous avons mentionné en ce qui concerne l'homme est autre chose que le corps; il n'est pas le corps. (À ce propos), vous prétendez que les éléments sont des corps. Si vous prétendez de même que la forme, l'esprit, l'âme, la parole et la raison sont des corps, montrez-nous leurs corps dépouillés des corps des autres choses! Si vous prétendez, par contre, qu'ils sont autre chose que les corps, ce que vous soutenez à propos des quatre éléments, à savoir, que ce sont des corps, s'avère alors faux. Nous vous demanderions, du reste, de nous montrer cela dans la nature avant la réunion (des éléments entre eux). Et vous n'en trouveriez pas le moyen.
(divergence entre la perception du subtil et du dense)
54 “Comme l'esprit, l'âme, la raison et la parole ne sont pas perçus d'emblée à l'instar des corps perçus par les sens, mais qu'ils le sont par l'indication qu'en fournit la science, et comme ces (entités) subtiles sont d'un autre ordre que celui des denses, il s'ensuit nécessairement que le subtil procède de la raison et que le dense ne l'est pas.
55 “Or vous n'avez pas été en mesure de saisir les formes de leurs essences, les deux (subtil et dense) étant inférieurs au Créateur; vous les connaissez certes de science sûre, mais sans attribut de forme. Il s'ensuit qu'il faut admettre (l'existence de) quelqu'un qui ordonne et le subtil et le dense – ce dernier attesté par les sens et le premier par la raison.
56 “Il faut de plus que cet ordonnateur soit encore plus caché que ce qui est caché, avéré par déduction scientifique, grâce aux indications fournies à la fois par le manifeste et par le caché. Ne faut-il donc pas admettre (son existence), étant donné que l'on a admis (l'existence du) subtil en nous? (Sans pour autant) accéder à ses attributs!Footnote 26
57 “En conséquence, et vu que la science nous y incite, nous affirmons l'existence de ce qui est caché, à savoir le Créateur (qu'Il soit glorifié et exalté!). Il est révélé à la fois par le manifeste et le caché, par le dense et le subtil. Le reconnaître grâce à la déduction scientifique s'impose indubitablement!”
(Fin de la séance)
58 Quand les gens entendirent les propos d'Aristote, ils lui manifestèrent révérence et dirent: “Le sage a dit vrai! Son discours a atteint son propos! Sa parole a été éloquente et convaincante par ses arguments et démonstrations! C'est pourquoi nous attestons un Dieu unique et éternel, qui gouverne toutes choses. Sa puissance, manifestée en toutes choses, prouve (son existence). Cela est confirmé par la science, alors que les attributs lui sont niés.Footnote 27”
Et l'assemblée retentit alors de louanges à Dieu (qu'Il soit glorifié et exalté!), le sanctifiant et l'exaltant.
59 (Transcrit d'une copie de la main du Šayḫ et Ra'īs,Footnote 28 le vertueux al-As῾ad Abū al-Farağ Ibn al-῾Assāl – que Dieu le prenne en pitié! –, datée au Caire, du lundi 13 Muḥarram de l'an 621 de l'hégire.)Footnote 29
Commentaire (final) de l'auteur
60 Comme les sages obtinrent la preuve de l'existence du Créateur par la science et non par la vision (sensible), ils démontrèrent qu'Il existait et lui refusèrent les attributs qui tombent sous les sens. Mais il en vint après eux qui lui nièrent les attributs simples, spirituels, consistants et essentiels. Ce qui n'était guère le propos d'Aristote et de ses confrères.Footnote 30
1 لمّا قدم الإسكندر من سفره، استقبله أهل مدينته، مع معلـّمه
أرِسْطاطاليس، بأحسن استقبال. فلمّا أخذ مجلسَه من مجلس الملك
بالإسكندريّة، أقبل الشعراء والمدّاحون إليه في تفخيم أمره وتعظيم
جاهه. ولم يُخاطِب أرِسْطاطاليسَ بحرف حتّى انقضى المجلس ولم
يـبق فيه غير معلـّمه ومن لا يحتشم منه.
2 فقال له الإسكندر عند ذلك : «يا معلـّمَ الخير، ما فعلتَ فيما كنـّا
تَوافـَقـنا عليه من إحضار الحكماء ؟ فإنّي أحضرتُ معي رَجُلاً من
أهل المغرب لم أجد غيره، وأحببتُ اجتماع الحكماء في مجلس يُعقـَد
لهم في يوم معلوم، فيتكلـّم كلّ واحد منهم بما عنده من الحكمة في
إثبات الوحيد، ويُكتـَب ذلك عنهم، فيـبقى ذكرُه في العالم على ممرّ
الدهور.»
3 قال أرِسْطاطاليس: «قد أحضرتُ ثلاثة من الحكماء، ليس في
عصرنا مَنْ يفوقهم في الحكمة. » فقال الإسكندر: «عِدْهم يومًا
يجتمعون فيه.» فوعدهم يومًا، واشتـهـر الوعد لذلك اليوم في مدينة
الإسكندريّة.
{ توصيّات الإسكندر }
4 فلمّا كان ذلك اليوم، اجتمع إلى المجلس كلُّ مَنْ كان فيه معرفة. ولم يُطلـَق الدخولُ إلاّ لمن عُلِم أنّه ¬ يُحسِن يستمعFootnote * الحكمة ويرغب فيها. فلمّا أخذ القوم مجالسهمFootnote **، مع من اجتمع من الناس، في مجلس الملكFootnote *** - الذي يجلس فيه على سرير مُلـْـكه -، خرج الإسكندر عند ذلك. (ولم يشكّ الناس أنّه يجلس مجلسَ الملك.)
5 فقال الإسكندر: «يا معشر أهل الحكمة ! إنّ هذا يومٌ لله، فيه رضًى وطاعة، ولا يجب لأحدٍ منّا أن يتعاظم على صاحبه أو يترفـّع عليه.»
6 ولم يجلس الإسكندر على سرير الملك، وجلس مع الحكماء على ما هم عليه، مساويًا لهم في حال الجلوس، مسرورًا بهم، لِعِلـْمِه أنّ ذلك سيبقى ذكرُه، ويُنقـَل عنه تواضُعه للعلم ومحبّـتـُه له وميلـُه إلى أهله قبل ذلك وبعده.
7 فلمّا استقرّ المجلس بهم وبه، وأصغى القوم إلى ما يكون من الخطاب، افتتح الإسكندر عند ذلك فقال:
«يا معشر الحكماء، قد حضرتم هذا المجلس، وذِكرُه باقٍ في الأعقاب. فـَلـْيَتـَكلـّم كلّ واحد منكم بحقيقة قوّة علمه، ويجعل استمداد علمه من جوهر عقله، ويشحذ قريحته، ويُتعِب فِهمَه، ويُنعِم فِكرَه فيما يُنطـَق به من علم الإدراكات الحقيقيّة عن الخالق (جلّ وعزّ): أقديمٌ هو، لم يزل، أَم مَنـْـفيٌّ، لا وجود له؟ وهل الخالق مُدرَك بالعلم أم ليس بمُدرَك؟ وليكن نُطقـُكم قريبًا في معناه، بسيطـًا في ظاهره، بعيدًا في باطنه، قاطعًا للعذر، نافيًا للشكّ، مُظهـِرًا للحجّة القاطعة.»
{ أبْلور يفتتح المجادلة }
8 فرمى القوم بأبصارهم إلى أبْلورFootnote * الهـِندي بأن يستفتح الكلام في ذلك المجلس. فقال أبْلور:
«أيُّها الملك، إنّه لا يُفهَم دقيقُ المعنى ولا يُنكـشَفFootnote ** عن غوامض الأمور إلاّ بمثال أو سؤال، ومُناصِب مُخالِف يحتجّ عن إظهار مذهبٍ لِـيُرَدّ الجوابُ عليه من مُحْتـَجّ يحتجّ عليه. فيُقطـَع بذلك حُجَجُ المخالفين ولا يجدون سبيلاً إلى ردّ حقيقة ما نذكره في هذا المجلس، فإن احتجّ لهم مُحتَجّ بعد مجلسنا هذا، رُدَّ عليه من كلامنا المحفوظ عنّا، ما يِقطعه بإذن الله.»
9 فقال القوم: «نِعْمَ ما رأيتَ، يا أبْلور ! فابْتدِئ الكلام بذلك وتقلـّد مذهب الجحد.»
قال أبْلور عند ذلك :
«إنّا لا نتوصّل إلى ما نُطالَب به إلاّ من الأصول الحقيقيّة، نترقّى بها إلى ما تدّعوه أنتم، ولن نجد إلى ذلك سبيلاً.
10 «وذلك أنّ الحسّ غير المحسوس، وإنّما يحسّ الحسّ بالمحسوس ببعض الحواسّ الخمس أو بكلّيّتها، المُؤدِّيّة ذلك إلى العقل بما حسّت. فكيفFootnote * يُدرِك الحسّ - على ما تذكرون - غيرَ محسوسٍ؟ أم كيف يبلغ الفكر ما ليس للفكر أن يبلغه؟ الطريق عنه مسدودة! فلم يـبلغه حسٌّ ولا دليل.
11 «وقد اجتمعناFootnote * جميعًا على أنّ الحواسّ كليلةٌ عن إدراك حقيقة غائب، لا يُحَسّ ولا يُعقَل ولا دليل على حضوره قبل غيبته. فانقطعت المعرفة ورجعت العقول والأفكار إلى علمها، فوقفت عند ما تعلمه ودفعت ما لا تعلمه إلى أن يُثبَت ذلك بحجّة قاطعة، فترجع إلى الحقّ.»
{ تأييد أرِسْجانِس واحتجاج الحكيم ميطَس }
12 فقال له أرِسجانِسFootnote *، مُجيبًا ومُعينًا له على ما ذكره :
«إنّ ما لا يُدرَك بالحواسّ الظاهرة ولا بالحواسّ الباطنة، فالسّكوت عنه واجبٌ إلى أن يُنكشَف عن علمه فيُقَـرّ به.»
وكان كلامه ذلك تقويةً لكلام أبْلور.
13 فأجابهما ميطَس، حكيم المغرب - وكان بربريًّا - فقال:
«إنّما تُعرَف الحقائقُ من التفكّر في أنفسنا وتركيبنا: كيف هو وممّا هو. فإنّا إذا عرفنا ذلك، توصّلنا إلى مطلوبنا من التوحيدFootnote * بالعلم.
14 «فالّذي يظهر لعقولنا، من جملة ما تُفكّر فيه، أنّا من حالَينFootnote *: كثيف ولطيف. أمّا الكثيف فأجسامنا ذوات الطول والعرض والعمقFootnote **. وأمّا اللطيف فالروحFootnote *** التي لا قوام للأجسام على هيئتها إلاّ بها، فهي قوام أجسامنا.
15 «فالكثيف فيناFootnote * يحسّ ¬بما أدّاهFootnote ** الروحFootnote *** له، واللطيف فينا يُؤَدِّي إليه الكثيفُ بما يحسّه. فإذا وصل الحسّ إلى اللطيف، فكّر وقاس فيما أدّى إليه الكثيفُ، فاستدلّ على الشيءِ المطلوب. فإن كان طلبه للحاضر، عرفه بالمشاهدة وأيقنه شاهدًا، ولم يحتجّ في ذلك، ليقينه بحضوره.
16 «فإن كان طلبه لِما غاب عن المشاهدة، استدلّ بما أيقنه من المشاهدة وانكـُـشِف له عن العلـّة التي <؟؟>Footnote * أَوْجَدته الحواسُّ لطلبه لِما غاب عن الحواسّ أجمع، وعلم أنّ ما ظهر قد كان غائبًا ثم ظهر. وإنّما عَلِم ذلك بما أيقنه بعد تيقـّنه الأوَّل، وإنّما يُدرِك بالعلم، الذي أرفع من الحواسّ.
17 «وممّا يدلـّنا على ذلك عِلـْمُنا بأنفسنا أنّا من لطيف وكثيف، مجتمعَين وهـُما غَيْرِيّان. ولا يجمع بين الغَيْرِيّات المختلفة أنفسُها، بل جامعٌ جَمَعَها من غير إرادتها، هو ما نسأل عنه. ثمّ إنّهما يفترقان من غير إرادة منهما، [فهذا] دالٌّ على مُفرِّقٍ يُفرِّق بينهما، وهو المسؤول عنه.
18 «فإذا افترقا لحق الكثيف بالكثيف واللطيف باللطيف. ويعرف اللطيف موضعَه ومستقرَّه، ويعرف الكثيف موضعه ومستقرّه. في الكثيف، بل أكثر معرفة <إذ> أنّه لا يحصل مجرّدًا، مُعَرًّى من كثيف. وهناكFootnote *; يعرف اللطيف معرفةً أكثر من معرفتهFootnote * هاهنا، ويَتيقـَّـنFootnote * هناك اليقينَ المحض، الّذي هو غير اليقين الّذي هاهنا.»
{ ردّ أبْلور }
19 قال له أبْلور:
«إنّ الذي تذكره منFootnote * التفكّر في أنفسنا : كيف هي، ومَوْجودِنا لها: ممّا هو، ومسألتِك عن ذلك لتعرف وتستدِلّ بذلك، صحيحٌ واجبٌ.
20 «وما ذكرتَه عن المُدبِّر لذلك وأحَلْتَFootnote *; فيه المعنى، وإنّما دلّلتَFootnote ** على أنفسنا وما وَجَدْنا أنفسَنا عليه من الطبائع الأربع، التي بها قوامُ أجسامنا، فإذا اعتدلـَت قامت ودامت ما دام اعتدالـُها، وإذا اختلفت فسدت. وهذا هو اللطيف والكثيف! المسؤول عنه من الطبائع في اعتدالها واختلافها موجودٌ ذلك عَياناً في العقل. وكذلك تدبير العالم بأسره وجميع حيوانه ونباته.
21 «وما ذكرتَه من الافتراق، فهذا علّة لتنافر الطبائع بعضها بعضًا، فبذلك تُوجِب الفسادَ. وإذاFootnote * كانت الطبائع كذلك، فليس لنا حُكم عليها. وهي العِلّة لجميع ما ذكرنا، لا غير. فاعتدالُها اعتدالُنا واختلافُها فَسادُنا. فهي المُدبِّرة للحالين: الافتراق والاجتماع، والتزايد والنقصان.»
{ معارضة قـُدامة }
22 فأجابه قـُدامة، حكيم المَشرِق، لمَّا سمع مقالة أبْلور، فقال: «يا أبْلور، إنّ لي في ذلك اعتراضًا واجبًا وردًّا قاطعًا.» فقال أبْلور:
«تكلّم، يا قـُدامة !»
23 فقال قـُدامة:
«إنّ الّذي استدللتَ به مِن فِعل الطبيعة فينا: إنّها مدبِّرة لنا وباجتماعها قوامُنا وبافتراقها فسادُنا، فإنّ الطبائع الأربع مختلفةٌ من جهة ومتّفقةٌ من جهة، مستحيل بعضُها إلى بعض ببعض الحواس.
24 «وإنّا من هذه العناصر، وهي الأرض والماء والنار والهواء، وإنّها إذا اجتمعت قـُواها باعتدال في جسم واحد، كان ذلك هو الإنسان، مع ظهور الروح فيه. فلو كانت تجتمع من أنفسهاFootnote *، لاجتمع الأرض والماء والنار والهواء من أنفسها، فصارت إنسانًا كاملاً ولم تكن عناصرFootnote * ولا أسطقسّات لأنّ جميعها هو الأفضل في الكلّ - فكان يجب أن يكون ذلك الإنسان في موضع غير هذه الأسطقسّات.
25 «وإنّ دليلنا على الباري (جلّ وعـزّ) وإنّما هو لوجودِنا باجتماع الطبائع في وقتٍ وتنافرِها في وقت. [ما هو] دليلٌ على جامع يجمعها ومُفَرِّق يُفرِّقها، هو المسؤول عنه.»
26 قال أبْلور:
«أمّا الطبائع فقد وجَدناها كلَّها في الإنسان، عقلاً وعيانًا. وذكرتَ جامعَها وأنّها لا تجتمع من أنفسها. فما ذلك الجامع لها ؟ عَرِّفْني صورته وهيئته ومائيّـته، كما قد أَوْجَدْتُكَ العناصرَ.»
27 قال قُدامة: «إنّ العقول والأفكار تُوجِب إيجابًا وتحقيقًا لِما ذَكرتُ لك، وإنّه محالٌ أن يصنع الشيء نفسَه قبل أن يكون، أو يصنعَ الشيء ما هو قبله. فاستحال من هذا الوجه أن يصنع الشيء نفسَه وثبت أنّ له صانعًا.
28 «فأمّا كيف هو وما هو، فليس واجباً عليَّ ذلك، وإنَّما عليَّ أن أوجِب إثباتَه وعِلمَنا أنّ لنا مُدبِّرًا. فأمّا المائيّة فَبِمَعْزِلٍ عنّا، لا يجب ذلك في سؤالك ولا يجب علينا إثباتُها، ونعلمFootnote * بأنّه هو المُدبِّر. فثبت بالحُجّة المُدبِّرُ وزال الجحد، وانقطعت الأوهام عن إدراكه والأفهامُ عن صِفـته.
29 «وكيف يُدرِك كثيفٌ أو لطيفٌ ما ليس بلطيفٍ ولا كثيف ؟ هَيهاتFootnote *! عجزت العقول عن ذلك فأثبتـته بعلمنا. وإثباتها له ¬وإيجادها له* بالعلم دليلٌ عليه. والأفكار واقفة دون معرفة هيئته، والخواطر والعقول متعلـِّقة بمعرفته، يكفينا الإقرار به، لا علمَ هيئته*، فهي مقصِّرة عمّا لا يجب لها السؤالُ عنه - ولا نُطالَب بالمُحال!
30 «وإنّما الواجب أن نعرف أنّ لنا مُدبِّرًا، نُقِرّ بمعرفته لا غير، لأنّ أفعاله ظاهرة ودلائله شاهدة. فالمسؤول عنه قد ثـبت: إنّ لنا مُدبـِّرًا. فحَسبُك ذلك شاهدًا!»
{ مُداخلة أرِسْجانِس }
31 فسكت أبْلور. فعاضده أرِسْجانِس، لأنّه كان مساعده في الأوّل، وعلى ذلك وقعت الشريطة. فقال أرِسجانِس:
«يا قُدامة، إنّما دلَّلْتَ على ما لا يُحَسّ ولا يُعقَل. أخذتَ جميع ما ادّعيناه من التدابير فنقلتَه إلى غيرهاFootnote *. ويحتاج ذلك إلى بيان.
32 «لأنّا بيَّـنّا أنّ التدابير من الطبائع، وزعمتَ أنّ هناك مُدبِّرًا لهذه الطبائع، وليس نحسّ به ولا نراه ولا نعقله. وإنّ الفاعل الذي تزعم أنّه فعل جميع ما ذكرتَ هو فِعْل هذه الأربع طبائع.
33 «وإنّ اجتماعَها على الاِتّفاق واختلافَها بالافتراق كالرّجُلـَيْن يصطلحان في وقت ويفترقان في وقت، وليس غيرهما. فمَن ادّعى على اجتماعهما وافتراقهما غيرَهما، فَلـْـيَأتِ بحُجّة أَو برهان! فلسنا نرى ذلك ولا نعقِله.
34 «وجميع ما ذكرتـَه عن غيرهما فمُحال. إنّما هو منها وفيها، كذا أَوْجَدَه الحسّ والعقل. لا نراها تزول ولا تتغيّر عن أفعالها الموجودة فيها من كـَوْنٍ وفساد. فهي هي، لا غيرها موجود - أخبَرَ لذلك الفِعلُ.»
{ حُجّة أرِسطاطاليس القاطعة والختاميّة }
35 فسكتت الجماعة الّذين تكلّمواFootnote * في ذلك، ورَمَوْا بأبصارهم إلى أرِسطاطاليس بالكلام. لأنّه لم يكن [قد] تكلّم بشيء ولا عارَض أحدًا، فأرادوا أن يعلموا ما عنده في ذلك ويعرفوا منزلته.
36 فعند ذلك تكلّم أرِسطاطاليس فقال:
( الظاهر والخفيّ )
«إنّ الأشياء الظاهرة دلالة على خفيّها. فالظاهر يدلّ على خفيّه، لأنّه عنه كان سبب ظهوره. فهذا* دلالة على حالٍ ما ومُدبِّرٍ ما أظهر ما خَفِي.
37 «ثمّ إنّا نجد ظهوره يستحيل ويزول إلى افتراقِ وفسادِ ما كان عليه، ويزول إلى ضدّ التركيب من الافتراق والتحليل، فيَخْفى ما كان ظاهرًا للعقول من الصورة والتركيب والنفس والروح والعقل. فهذاFootnote * دلالة أخرى على مُدبِّر أخفاها.
38 «ثمّ إنّا نجد الجسمَ غيرَ الروح وغير الصورة وغير العقل وغير النفس، فالجسم كثيف وسائر ما ذكرنا لطائف. ووجدنا جميع ما ذكرنا من اللطيف والكثيف يجتمع ويفترق - كما ذكرتَ، يا أرِسْجانِس - فيعود كلّ عنصر إلى عنصره، إمّا إلى راحة وإمّا إلى تعب.
39 «وقد حكمنا أنّ الكثيف لا يَعْقِل وأنّ اللطيف هو العاقل. فذاك يدلّ على أنّ الأفعال [ليست] من الطبائع واعتدالِها، إذ الطبع في الطبائع لا يفعل غير ما هو به وما طُبِعَت عليه. وليس اللطيف من الطبائع ولا من الكون والفساد، وكلّ ذلك هو غيرُهFootnote *. وأمّا اللطيف فغير منحلّ ولا متفرّقFootnote **، وأجزاء الكثيف منحلّة.
40 «ولا سبيل لكما في الدعوى على اللطيف أنّه ينحلّ. وإنّما تذكران انتقاله لا غير. فإذا كان اللطيف يلحق بعنصره، فهو إذاً باقٍ غير منحلّ ولا مستحيل. وإنّما يظهر في جسم وينتقل عن ذلك الجسم ويعود إلى عنصره على أيّ حال، عادَ غير مستحيلٍ ولا متغيّر.
41 «وقد ظهر لنا وثبت في عقولنا أن الكون والفساد والنُقْلَة - لكلّ واحد من الكثيف واللطيف - ليس من ذاتها، بل [من] مُدبِّر دبّرها كما شاء، وهو الباري (جلّ وعلا).
(اختلاف الصُّوَر)
42 «فأمّا الأسطقسّات وقولكما بأنّها موجودة، قائمة بذاتها، مدبِّرة، فإنّ الأمر كما ذكرتما : إنّها موجودة، لكنّها غير مُدبِّرة في اللطيف. ولو كانت موجودة بذاتها من غير مُدبِّر أَوْجَدَها، لكانت فاعلة حال ما هي فيه من جنسها وعنصرها الظاهر المشاهَد فيها، ¬لا فاعل لها غيرهاFootnote *، ولم يكن في الخلق اختلافُ صُوَرٍ من أناس وطير وحيوان.
43 «واختلاف الصور بعد وجودها - الحادث عنها ما ليس فيها - دليلٌ على مُدبِّر دبّرها كذلك، إذ ليس في قوّة العناصر أن تخلق ما ليس فيها.
44 «واجتماعنا على أن العناصر ليس فيها صورة خفيّة تَظهَر ولا اختلاف صُوَر، ولا عقل ولا روح ولا نفس، دليلٌ على مُدبِّرٍ صَوّرها كما شاء.
( مسألة الأضداد )
45 «وقولكما إنّ الطبائع كانتFootnote * ذلك باجتماعها، فالطبائع ليس لها - على مذهبكما - غير اجتماع وافتراق، وسببُ الاجتماع والافتراق غيرُ مُدبِّر. وأيضًا إنّ الاجتماع والافتراق ضدّان لا توجِدانِناFootnote * غيرَهما بحجّتكما، وتذكران [أنّ] هذا سببٌ لظهور الفعل.
46 «ولكن لا يجمع بين المتضادّات أضّدادُها، وإنّما تجتمع بحال وتفترق بحال، وليس حال الاجتماع هو حال الافتراق. فلمّا كانت الحالتان معًا مختلفتين، لم يُمكِن أن تكون في ¬حين واحدFootnote *، بل تكون هاتان الحالتان المختلفتانFootnote * لها مُدبِّرٌ دبّرها في وقـتين.
47 «و(مع ذلك) فيما ذكرنا أنّه لا يجمع بين الأضداد أضدادُها، نجد أيضًا الأضداد بعد ذلك في الصورFootnote *; والهيئات في سائر الحيوان. وليس للطبائع - على ما ذكرتماFootnote * - سبيلٌ غير الاجتماع على تضادّها، فمِنFootnote * أين ظهر هذا التركيب والصور المختلفة، إذ ليس فيها تَكَـوُّن صُوَر، وإنّما لها اجتماع وافتراق؟
48 «هذا يدلّ على جامع جمع الأضّداد وصَوّر منها ما أراد من الصُّوَر على مُراده. على أنّا نُسلّم لكما الاجتماع، كما تزعمان، والافتراق، كما تذكران، فالصور من أين ظهرت؟
( وجود الإنسان العاقل الأفضل )
49 «وأُخْرى: إنْ كان همّتهاFootnote * إمّا الاجتماع على حالة الصلاح والاعتدال <وإمّا الافتراق على حالة الاختلاف والفساد>، فمن أين لها إرادة صورةَ عاقلٍ ناطقٍ ذي روح ونفس، وليس فيها نُطق وليس تُظِهِر الطبائع إلاّ ما فيها؟
50 «وقدFootnote * نرى في الإنسان العاقل الناطق شيئًا أفضل من الطبائع بظهور العقل والنطق؟ فكيفFootnote ** يفعل الدُّون ما هو أعلى منه وأفضل؟ وأنّى يصل إلى ذلك؟ إذ لو وصل إلى ما هو أعلى منه وأفضل، لكان هو تلك الصورة.
51 «فقد بان لنا أنّه لا تقدر أن تفعل الطبائع إلاّ ما هي عليه، لا أفضل منها، إذ ليس في قوّتها ذلك. وليس الطبائع ناطقة ولا عاقلة، وقد نجد الإنسان ناطقًا عاقلاً. فبَطُل أن يكون اللطيف مِن جميعها مِنْ قِبَل أنفسِها، وأن يكون هذا العقل الظاهر في الإنسان منها - أو الصورة أو الروح أو النطق - إذ ليس تفعل شيئًا من ذلك لعدمه فيها.
52 «و[بانَ]Footnote * أن مُدبِّرًا جمع ما جمع وصوّر الإنسان وأسكن فيه العقل والتمييز والفكر والروح والنفس، وجعله ناطقـًا.
53 «وإنّ جميع ما ذكرناه عنFootnote * الإنسان هو سوى الجسم، فليس بجسمٍ. وقد زعمتم أنّ العناصر أجسام. فإن زعمتم أنّ الصورة والروح والنفس والنطق والعقل أجسام، فأوْجِدُونا أجسامَها مُعَرّاةً من أجسام غيرها! وإن زعمتم أنّها غيرُ الأجسام، بَطـُـل ما ادّعيتموه من أمر العناصر الأربع أنـّها أجسام، وطالَبْناكمFootnote ** إيجادَنا ذلك في الطبيعة قبل اتّفاقها. فلن تجدوا إلى ذلك سبيلاً!
( اختلاف إدراك اللطيف وإدراك الكثيف )
54 «ولمّا كانت الروح والنفس والعقل والنطق لا تُوجَد بذاتها كوجود الأجسام بالحواس، وإنّما وجودها بدلالة العلم بذلك، وكانت هذه اللطائف غير الكثائف، وجب أن يكون اللطيف يُعقَل والكثيف لا يُعقَل.
55 «وقد عجزتما عن إدراك هيئة ذاتهما، وهما دون الباري. وعَلِمتموهما علمًا يقينًا بلا صفة هيئة، فقد وَجَب الإقرار بمن دبّرFootnote * اللطيف والكثيف، الموجودين أحدهما، وهو الكثيف، بالحسّ والآخر، وهو اللطيف، بالعقل.
56 «فوجب أن يكون ذلك المُدبِّر أخفى من الخفيّ، معروفـًا بالعلم بما دلـّت عليه الدلائل في الظاهر والخفيّ. وكيف لا يجب الإقرار به، إذ قد أقررنا باللطيف فينا؟ [و]لا نقف على صفته !
57 «فبهذا الأمر، نُقِرّ بما خَفِي (وذلك أنّ العلم دالّةFootnote *)، وهو الباري (جلّ وعزّ). وقد دلّ عليه الظاهر والخفيّ، والكثيف واللطيف. فالمعرفة له بالعلم واجبة اضطرارًا.
{ اختتام المجلس }
58 فلمّا سمع القوم كلام أرسطاطاليس، سجدوا لهFootnote * وقالوا: «صدق الحكيم وأدّى المعنى واستوفى القول والحجّة والبرهان ! فنحن مقرّون بإلـٰهٍ واحد، قديم، مُدبّر لجميع الأشياء. وقدرته الظاهرة في جميع الأشياء دالـّة عليه، موجودٌ ذلك بالعلم ومنفيٌّ عنه بالصفات.Footnote **»
فعند ذلك ضجّ المجلس بالتعظيم لله (جلّ وعزّ) والتقديس له والثناء عليه.»
59 (نُقِلَت من نسخة بخطّ الشيخ الرئيس الفاضل الأسعد أبي الفرج بن العسّال - رحمهُ الله - تأريخُها يوم الاثنين الثالث عشر من المحرّم سنة إحدى وعشرين وستّمائة للهجرة، بالقاهرة.)
{ تعليق المصنِّف }
60 ولمّا استدلّ الحكماء على وجود الباري بالعلم لا بالمشاهدة، أثبَتوا وجودَه ونَفـَوْا عنه الصِّفات المحسوسة. فأتى مِنْ بعدِهم مَنْ نفى عنه الصِّفات البسيطة الروحانيّة الثبوتيّة الذاتيّة، ولم يكن هذا قصد أرِسطو وجماعتِهFootnote *.