Introduction
Le solde de l'Afrique subsaharienne est déficitaire en viande de volaille (Tacher et Leteneur, Reference Tacher and Letenneur2000). Les prévisions d'évolution démographique et de croissance de la consommation individuelle de produits d'animaux montrent que, d'ici 2020, il va falloir produire plus de 100 milliards de tonne de viande dans les pays en voie de développement (Faye et Alary, Reference Faye and Alary2001). Au Congo Brazzaville, 11 273 tonnes de viande de volaille ont été importées en 2002 (FAO, 2004).
La présente étude a pour but la caractérisation de quelques paramètres de croissance pondérale et de reproduction des populations locales de volaille Gallus domesticus de phénotype fauve herminé en élevage semi-intensif au Congo Brazzaville. Les populations locales sont constituées d'un génotype leurs permettant de résister au climat difficile, au mauvais type d'alimentation et d'engraissement. Elles peuvent s'améliorer et s'adapter facilement à un élevage semi-intensif avec objectif de valoriser les ressources locales (Gueye, Reference Gueye1998; Tixier-Boichard et al., Reference Tixier-Boichard, Coquerelle, Durand and Tordiff2001). La promotion de leurs élevages et l'amélioration graduelle de leurs performances zootechniques peuvent être facteurs à la fois de développement économique et de sauvegarde de la biodiversité (International Livestock Research Institute of Kenya, 1997). Certaines études menées auparavant ont montré que les populations de volailles locales de phénotype fauve herminé (35,25%) sont les plus abondantes suivies des populations de phénotype noir nègre (16,70%). Et que leurs performances en milieu traditionnel varient selon les phénotypes, et ceci avec une grande variabilité (Akouango et al., Reference Akouango, Mouangou and Ganongo2004).
La sécurité alimentaire mondiale étant menacée par des maladies de volaille qui survolent les continents, comme la vache folle, la listériose, la dioxine (Bonny, Reference Bonny2000), et récemment la grippe aviaire du poulet en Asie, en Turquie, l'élevage fermier et la promotion du poulet local Congolais communément appelé Batéké, s'avèrent nécessaires pour contribuer à l'accroissement de la production nationale en viande et en œufs et le protéger comme étant un patrimoine génétique national.
Matériel et méthodes
Mode d' élevage
La présente étude de la dynamique de croissance et de quelques paramètres de productivité du poulet local Batéké a été réalisée dans les conditions du laboratoire de zootechnie du Centre de Recherches Vétérinaires et Zootechniques (CRVZ) à 17 km de Brazzaville au Congo, afin de favoriser l'extériorisation des caractéristiques compétitives d'élevage du poulet local en station.
Durant l'élevage, les poulets ont été logés dans un bâtiment libre à même le sol bétonné, sur une litière de 10 cm, comportant deux compartiments: une poussinière d'une densité de 20 poussins au mètre carré, et un poulailler à 4 poulets au mètre carré. Les éleveurs ont été constituées des ampoules de 100 watts suspendues. Les sujets ont été suivis selon le programme national de prophylaxie établi. Ils ont reçu des anti-stress, des antibiotiques, des vaccins selon le plan de prophylaxie national.
Régime alimentaire
Deux rations alimentaires ont été mises au point selon les périodes d'élevage. Une ration pour les deux premiers mois, et l'autre pour la période de plus de deux mois (Tableau 1). Le tourteau de soja incorporé à 19% dans la ration 1, était absent dans la ration 2. Les coquilles d'huître ont intégré que la ration 2 à hauteur de 0,73%. La quantité d'énergie métabolisable a atteint 289,4 kcals et 285,2 kcals respectivement dans la ration 1 et 2, tandis que les protéines brutes ont varié de 20,38 g dans ration 1 et 13, 6 g dans la ration 2. Compte tenu des difficultés d'approvisionnement en matières premières d'origine animale, les rations utilisées ont été les rations sans protéines animales (spa) (Picard et al., Reference Picard, Sauveur, Fenardji, Angulo and Mangin1993), ou les déficits en acides aminés ont été complétés par leurs homologues de synthèse.
Rations alimentaires.
Collecte des données
A partir d'une bande homogène de poules mères de phénotype fauve herminé, d'un sex-ratio de 1 coq pour 10 poules, nous avons pu obtenir une descendance de poussins d'un jour sur lesquels des observations et des pesées ont été effectuées. Les pesées pour l'étude de la croissance pondérale ont été effectuées à partir de l'âge de 15 jours, et ceci chaque mois, jusqu'à 6 mois d'âge aussi bien chez les mâles et chez les femelles. La comparaison de la dynamique de croissance pondérale a été établie chez les coquelets et chez les poulettes à chaque période de pesée. La productivité moyenne a concerné 52 poules mères à travers certains indexes calculés.
Les calculs biométriques ont été effectués à l'aide des logiciels Statview et Excel-XLSTAT (Frontier et Davoult, Reference Frontier and Davoult2003).
Résultats
La croissance pondérale
La croissance représente en zootechnie l'ensemble des modifications de poids, de forme et de composition anatomique et biochimique des animaux depuis la conception jusqu'à l'âge adulte où à l'abattage.
Par conséquent la croissance pondérale devient ainsi l'accroissement du poids en fonction du temps. Les caractéristiques de la dynamique de croissance pondérale des femelles et des mâles des populations locales de volailles Gallus domesticus de phénotype fauve herminé sont données dans le tableau 2.
Dynamique de la croissance pondérale.
Pour chaque période de pesée: les moyennes comparées entre les coquelets et les poulettes, affectées des lettres a et b sont très significativement différentes au test t de student.
Le poussin qui naît avec 28,38 ± 2,3 g multiplie son poids par 4,2 au bout d'un mois, en atteignant 119,3 ± 10 g.
A deux mois les coquelets atteignent 461,91 ± 60 g, tandis que les poulettes donnent un poids moyen de 351,29 ± 64 g. La différence étant très significative au test t de comparaison avec un écart de 100 g de poids vif (td = 3,6).
A quatre mois les coquelets dépassent légèrement 1 kg de poids vif (1 052,9 ± 185 g et que les poulettes indiquent 782,55 ± 77,6 kg de poids vif. La différence donne 270 g, très significative (td = 4,1).
Au début de ponte, c'est à dire autour de 6 mois d'âge, les jeunes poules commencent leur production des œufs à un poids avoisinant 1 kg tandis que les coquelets atteignent presque 1,5 kg de poids vif.
Le poids de carcasse et le rendement chez les coquelets ont été significativement plus grand que chez les poulettes (Tableau 3). Sur un poids vif de 1 462 ± 118 g obtenu chez les coquelets, le poids carcasse a atteint 1 135,4 ± 103 g avec un rendement de 78,43 ± 1,38%. Chez les poulettes le poids carcasse et le rendement ont atteint 687,2 ± 75 g et 71,49 ± 3,93% respectivement pour un poids vif de 993,43 ± 99 g.
Carcasse et rendement à 6 mois d'âge.

La Productivité
L'observation des 52 poules mères a donné quelques caractéristiques de productivité (Tableau 4). On observe un taux de fécondité de 78,96 ± 10%. Le taux d'éclosion des œufs est de l'ordre de 71,7 ± 8,4% avec un taux de mortalité des poussins autour de 5,24 ± 0,2%, tandis que l'âge au début de ponte indique 6,11 ± 0,02 mois avec un poids moyen de l'œuf de 41,91 ± 3,5 g. Les coefficients de corrélation linéaire entre certains paramètres ont été positifs (Tableau 5). Le poids vif et la carcasse ont été fortement positivement corrélés (r = + 0,91), de même pour la carcasse et le rendement (r = + 0,86).
Productivité de la poule mère (7 à 8 mois).
X = La moyenne arithmétique; ±m = écart type.
Corrélations linéaires entre quelques paramètres.

Discussion et conclusion
L'étude des performances de reproduction et de la croissance pondérale en type d'élevage semi-liberté, des populations locales de volaille Gallus domesticus, de phénotype fauve herminé au Congo Brazzaville a permis de mettre en évidence que le taux de fécondité et le poids moyen de l'œuf entier peuvent être amélioré. On note 78,96 ± 10% de taux de fécondité et 41,91 ± 3,5 g de poids moyen de l'œuf en station contre 66,48 ± 13% et 35,3 ± 0,3 g en élevage traditionnel (Akouango et al., Reference Akouango, Mouangou and Ganongo2004, Nkodia, Reference Nkodia1990). En Egypte la poule locale Fayoum extériorise 42 g de poids de l'œuf avec une production de 160 œufs par an, et la race Dandarawi donne 48 g de poids de l'œuf avec 153 oeufs par an (Zaza, Reference Zaza1992). Ce qui donne une moyenne de 13 à 14 œufs par mois.
Les corrélations linéaires positives obtenues indiquent que les taux d'éclosion et l'âge au début de ponte sont intimement liés au poids de l'œuf pondu. Ce qui est de même pour le nombre d'œufs pondus et le poids de l'œuf. Au bout d'un mois d'âge le poids vif augmente d'un coefficient de 4,2. A deux mois le poids moyen des coquelets se manifeste d'un décalage positif de 100 g par rapport aux femelles. De quatre à six mois d'âge les mâles prennent rapidement de poids que les femelles avec une différence de près de 500 g (td = 4,3). Zaza (Reference Zaza1992) indique que les coquelets et les poules de la race locale Fayoum atteignent respectivement 1 950 g et 1 650 g de poids vif, pour la race locale Dandarawi, 1 940 g et 1 780 g. Le tableau 6 donne quelques paramètres de productivité des espèces locales de volaille Gallus domesticus dans différents pays d'Afrique (Gueye, Reference Gueye1998).
Production parameters of village fowl in Africa (H.F. Gueye, Reference Gueye1998). Paramètres de production des poules villageoises africaines.
Source: H.F. Gueye. 1998. Village egg and fowl meat production in Africa. World's Poultry Science Journal. Vol. 54: 73–85.
Ces informations montrent que la productivité et la croissance de la poule locale Batéké en station évoluent de la même manière que celles des différentes races locales d'Afrique: les coquelets croient plus rapidement que les poulettes.
Les aptitudes de la poule locale Batéké n'étant pas encore extériorisées, les concepts poussins, coquelet, poulette et pondeuse restent encore ambigus quant à la durée de l'élevage d'une part et au produit d'élevage à obtenir d'autre part (œuf ou viande). Le chemin à parcourir est encore très long. La poule locale ayant une croissance très lente, elle atteint 1 kg de poids vif que vers l'âge de six mois. Alors que dans les marchés 1 kg de poids vif est le plus petit poids moyen de carcasse de poulet importé produit au bout de 45 jours.

