Dans ce manuel constitué de dix-sept chapitres, Gaston Gross propose, au sein du cadre théorique parfois appelé, à la suite de Maurice Gross, «lexique-grammaire», une description du français contemporain dont tout au moins l'un des objectifs est le traitement automatique de la langue.
Le premier chapitre, consacré à la phrase simple, précise tout d'abord la définition de prédicat retenue (parmi de nombreuses autres); une phrase simple y est présentée comme une structure comportant un seul prédicat, dit dans ce cas prédicat «du premier ordre». Le prédicat s'oppose ici à la notion d'argument, le caractère prédicatif étant conféré aux éléments possédant une structure argumentale, et il n'est pas nécessairement verbal. Ce chapitre insiste en outre sur les ambiguïtés syntaxiques des catégories grammaticales, encore dénommées parties du discours. Le chapitre 2, qui s'attache à montrer l'interdépendance des niveaux (lexical, syntaxique, sémantique) de la description linguistique, traite de la notion centrale d'emploi, et en particulier de celle d'emploi de prédicat.
Le chapitre 3 indique les propriétés des prédicats verbaux, en s'appuyant sur de nombreux critères et tests qui visent avant tout à différencier les arguments des circonstants. Le chapitre 4 s'intéresse à la nature sémantique des arguments, divisés de manière large en hyperclasses et de manière plus étroite en classes d'objets, sous-ensembles sémantiquement homogènes d'hyperclasses déterminant une interprétation particulière d'un prédicat. Le chapitre 5 décrit les propriétés des prédicats nominaux, tardivement reconnus par la grammaire et néanmoins beaucoup plus nombreux que les prédicats verbaux, d'où l'importance de cette notion pour l'analyse automatique des textes. Le chapitre 6 présente les propriétés des prédicats adjectivaux en pointant la difficulté pour l'analyse que constitue l'absence de relation bi-univoque entre adjectif et état. Dans le chapitre 7 sont décrites sur les plans morphologique, syntaxique et sémantique les prépositions, qui affichent une grande diversité et dont certaines sont prédicatives. Une propriété définitionnelle des prédicats étant leur possibilité d’être soumis au temps, le chapitre 8 traite de l'actualisation par la conjugaison de trois sortes de prédicats – verbes, noms et adjectifs –, actualisation qui recourt à des moyens spécifiques. Passant finement en revue, dans un premier temps, diverses sortes de déterminants, le chapitre 9 examine la détermination des substantifs, qui diffère selon le statut, argumental ou prédicatif, de ces derniers. Ces chapitres mettent en évidence la dissociation entre rôle syntaxique et catégorie grammaticale, qui se manifeste notamment dans le fait que, d'une part, les prédicats peuvent être autres que verbaux et que, d'autre part, les verbes, tels les verbes supports, ne sont pas nécessairement prédicatifs.
Le chapitre 10 décrit les propriétés générales du phénomène du figement, avant de traiter des verbes figés, des adjectifs composés et, plus longuement, des noms composés. Les chapitres 11, 12 et 13, à la manière du chapitre 4 pour les arguments, étudient sur un plan sémantique les prédicats, respectivement répartis en événements, actions et états, en en dégageant les propriétés. Le chapitre 14 procède à l'examen critique des adverbes, catégorie grammaticale extrêmement composite. Dans les chapitres 15 et 16 sont présentées des structures considérées comme des phrases complexes, parfois en rupture avec la tradition grammaticale, notamment en raison de la conception élargie (évoquée supra) de la notion de prédicat qui amène à traiter, en particulier, certains compléments circonstanciels comme des «propositions» subordonnées circonstancielles. Le chapitre 15 propose ainsi d'analyser les prépositions et les locutions conjonctives et prépositives non figées qui introduisent la «proposition» subordonnée circonstancielle comme des prédicats «du second ordre», dont les arguments sont lesdites «proposition» principale et «proposition» subordonnée. À la faveur de ce qui a été considéré comme des circonstancielles de but et de cause, le chapitre 16 approfondit la description des locutions conjonctives et prépositives non figées en partant des noms prédicatifs autour desquels elles sont construites. Enfin, le chapitre 17 illustre succinctement la manière dont les descriptions proposées précédemment peuvent être prises en compte par un dictionnaire électronique discriminant en premier lieu prédicats et arguments.
Tout au long de l'ouvrage, les notions utilisées sont systématiquement définies et/ou rappelées, et les propriétés sont dégagées à l'aide de tests. Chaque chapitre se termine par une conclusion récapitulative et par une liste sélective de lectures.
Cet ouvrage, dense mais accessible, offre une présentation synthétique particulièrement claire et précise du cadre théorique «lexique-grammaire», développé à partir des années soixante (même si le terme est apparu plus tardivement) et visant à intégrer lexique, sémantique et syntaxe dans la description linguistique. Il intéressera sans nul doute les étudiants de langue et de linguistique et les spécialistes du traitement automatique, mais aussi les spécialistes de linguistique désireux de mieux appréhender les notions et outils proposés par ce cadre théorique.