Introduction
Créé en 2001, l’Institut du vieillissement assume aujourd’hui son plein rôle au sein des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC). Au fil des ans, l’Institut a réussi à consolider une communauté de chercheurs dans un domaine de recherche paradoxalement jeune, tout en prenant les actions nécessaires pour assurer une amplification des activités de recherche sur le vieillissement au profit de la santé et du bien-être de la population canadienne. Au cours de cette période, les actions stratégiques de l’Institut ont eu de grands impacts alors que la part totale des investissements des IRSC voués à la recherche sur le vieillissement a presque doublé, passant de 7 % à 13 %.
En 2011, le regard d’un groupe d’experts internationaux a permis de confirmer la pertinence des actions entreprises par l’Institut. Le rapport souligne la mobilisation des chercheurs en vieillissement, l’introduction de nouvelles collaborations et de nouvelles initiatives, y inclus à l’international, et enfin, le lancement de l’Étude canadienne longitudinale sur le vieillissement.
Le plan stratégique 2013-2018, dont l’aperçu est donné dans cet article, marque une nouvelle étape, dans laquelle, tout en s’appuyant sur les réussites passées, l’Institut mettra l’accent sur la santé et le bien-être des Canadiens âgés. Dans les prochaines années, les activités de l’Institut se concentreront sur l’identification de solutions concrètes qui feront une véritable différence pour la population vieillissante du Canada.
Le contexte
Indiscutablement, la population canadienne vieillit et vit plus longtemps que les générations précédentes. Améliorer la qualité de vie de ces générations actuelles et futures de personnes âgées, devient effectivement une priorité pour la recherche.
En 2011, le nombre de citoyens âgés de 65 ans et plus atteignait un record historique avec 5 millions d’individus pour 14,8 % de la population canadienne. Plus que l’état actuel du vieillissement et de la plus grande longévité des aînés, ce chiffre montre l’accélération du vieillissement qui prendra effet à mesure que les baby-boomers, nés entre 1946 et 1965, atteindront l’âge de 65 ans, sachant que c’est en 2011 que les premiers boomers ont eu 65 ans au Canada.
D’ici 2050, selon l’Organisation mondiale de la santé, la population mondiale des 60 ans et plus sera de plus de 2 milliards de personnes avec la même tendance d’un accroissement important des segments les plus âgés (http://www.who.int/ageing/en/index.html). En conséquence, il est impératif que l’Institut du vieillissement saisisse les occasions et fasse face aux défis induits par ces changements démographiques.
Les Canadiens peuvent maintenant espérer vivre plus longtemps, tout en optimisant leur santé et leur bien-être en adoptant des mesures fondées sur le parcours de vie et une approche globale. De la sorte, il est possible d’optimiser la santé dans la longévité.
Une vision dans l’action
Le mandat de l’Institut du vieillissement s’articule autour d’un objectif central : optimiser la santé et le mieux-être tout au long de la trajectoire du vieillissement, tant pour l’individu que pour la société. En ce sens, au cours des cinq prochaines années, l’Institut du vieillissement vise à élargir davantage le bassin de connaissances scientifiques sur le vieillissement en réponse aux besoins de la population. L’Institut entend également diffuser plus largement encore ces nouvelles connaissances—tout comme celles qui sont déjà disponibles—auprès des acteurs principaux : décideurs publics, professionnels de la santé, industrie et tout autre acteur intéressé. Inclut dans ce groupe d’acteurs, les personnes âgées elles-mêmes : l’Institut fera en sorte que ces nouvelles connaissances aient un impact réel sur les interventions, les services et les produits favorables à la santé et au mieux-être des aînés.
Un aperçu des priorités de recherche
Afin d’identifier les lacunes en terme de besoins de connaissances, l’Institut du vieillissement a dirigé une vaste consultation en 2012 (voir Figure 1). Interrogés sur les perspectives et les défis de la société canadienne, des chercheurs, des professionnels de la santé, des responsables des politiques, des représentants de l’industrie et des représentants d’associations de personnes âgées ont exprimé leur perception des besoins concernant la recherche. Discutés ensuite au sein du Conseil consultatif de l’Institut, et validés par une série d’assemblées publiques locales tenues d’un océan à l’autre, les résultats de cette consultation ont été regroupés sous deux grands axes:
• Optimiser la santé et le mieux-être de la population au cours de la trajectoire du vieillissement
• Faire face à la complexité des défis liés à la santé des personnes âgées.
Suite à cette démarche de consultation, le Conseil consultatif de l’Institut a retenu cinq priorités de recherche autour de ces deux grands axes. Ces priorités constituent les bases du Plan stratégique 2013–2018 de l’Institut.
PREMIÈRE GRANDE ORIENTATION : Optimiser la santé et le mieux-être de la population au cours de la trajectoire du vieillissement
Au cours de la vie, de nombreux facteurs, modifiables dans certains cas, interagissent entre eux et influencent la trajectoire du vieillissement. Ils comprennent aussi bien les facteurs qui permettent de vivre plus longtemps que les conditions qui permettent d’ « ajouter de la vie » aux années additionnelles. En d’autres mots, de vieillir mieux.
Le Rapport de l’Équipe d’examen composée d’experts pour l’Institut du vieillissement en 2011Footnote 1 a souligné l’importance de considérer à la fois une approche fondée sur le parcours de vie et sur une perspective globale de la trajectoire du vieillissement; il s’agit des principes guidant cette grande orientation.
Priorité no 1 : La trajectoire de vie comme déterminant d’un vieillissement actif et réussi
Approfondir notre compréhension des déterminants pour la santé et le mieux-être est essentiel pour améliorer de façon optimale l’état de santé des personnes tout au long de leur vie.
Le vieillissement de l’individu
L’Institut du vieillissement soutient et promeut des actions qui visent des stratégies préventives et des interventions en matière d’habitudes de vie. Sa vision suppose l’intégration des déterminants biologiques, psychologiques, sociaux et environnementaux de la santé et du mieux-être, tout en gardant le cap sur l’étude de la trajectoire du vieillissement de l’individu. Il convient aussi de faire preuve d’innovation et d’audace dans l’exploration de nouvelles perspectives et sources d’inspiration comme, par exemple, en étudiant la trajectoire du vieillissement au fil des décennies.
Une approche intégrée
L’Institut privilégiera une approche intégrée de l’étude de la trajectoire du vieillissement incluant les dimensions biologiques, psychologiques et sociales. L’Institut prendra également en compte d’autres dimensions, y compris l’environnement, mais sans s’y limiter. Le caractère intégré de l’approche est crucial afin de permettre de comprendre non seulement chacune de ces dimensions, mais les influences réciproques de chacune d’elles.
Priorité no 2 : Un ajout de vie aux années supplémentaires
Les conditions individuelles
Depuis le siècle dernier, les connaissances scientifiques ont non seulement permis d’augmenter le taux de survie à la naissance, mais aussi de prolonger l’espérance de vie. La lutte contre les infections, l’adoption de meilleures habitudes de vie et la maîtrise de certaines maladies chroniques constituent autant d’exemples qui permettent de vivre plus longtemps que les générations précédentes.
Toutefois, vivre plus longtemps ne garantit pas une vieillesse satisfaisante. Encore faut-il que la qualité de vie soit au rendez-vous et que la possibilité de continuer à jouer un rôle actif au sein de la société soit réelle. Aussi, le besoin se fait-il sentir d’élargir notre connaissance des facteurs et des conditions qui permettent non seulement de vivre vieux, mais de vieillir mieux. Ce faisant, il importe de tenir compte de la diversité sociale dans son ensemble, aussi bien que de la diversité des besoins des personnes âgées elles-mêmes.
Les conditions sociales et environnementales
Améliorer la qualité de vie des personnes âgées, c’est également leur donner la possibilité de choisir leur milieu de vie et d’évoluer dans un environnement aménagé en fonction de leurs besoins. Ces conditions incluent non seulement des aspects physiques (e.g., environnement bâti, milieux urbains/ruraux) mais également des dimensions liées au travail ou à la société (e.g., âgisme, abus).
Représentation graphique du processus de consultation qui a permit d’établir la Plan stratégique 2013-2018 de l’Institut du vieillissement des IRSC.
SECONDE GRANDE ORIENTATION : Faire face à la complexité des défis liés à la santé des aînés
À mesure que l’on avance en âge, l’état de santé se caractérise souvent par l’interrelation de plusieurs maladies chroniques, quelquefois même en lien avec des problèmes de santé aigus. Combinés à la vulnérabilité des différents systèmes (biologiques, psychologiques et sociaux), ces problèmes complexes contribuent à fragiliser un grand nombre de personnes âgées. Considérés dans leur ensemble, ces facteurs requièrent des solutions sur plusieurs plans.
L’Institut considère que la complexité de l’état de santé des personnes âgées requiert une approche holistique. Cette approche suppose des soins et des services qui répondent aux besoins des personnes âgées fragiles ainsi qu’une continuité de ces soins et services.
Le Rapport de l’Équipe d’examen composée d’experts pour l’Institut du vieillissement en 2011 a fait des recommandations qui sont parfaitement alignées avec cette grande orientation. Il a été mis l’accent sur le fait que répondre à des questions reliées à la complexité des défis liés à la santé des aînés, et en particulier la recherche sur les comorbidités et les services de santé, ainsi que les soins de fin de vie, pourraient être développés plus avant.
Priorité no 3 : Les interventions appropriées à la complexité de l’état de santé des personnes âgées
Toutes les parties intéressées qui ont participé à la consultation s’entendent sur l’orientation des principales actions à entreprendre :
• Faire en sorte que les interventions adoptent une approche holistique et intégrée pour comprendre les conditions propres aux personnes âgées et leur impact sur la santé physique et mentale, ainsi que sur leur mieux-être.
• Trouver des solutions à l’un des problèmes de santé les plus redoutés, c’est-à-dire les maladies neurodégénératives ayant un impact sur la cognition et qui mènent à la démence. L’Institut du vieillissement continuera a co-diriger l’initiative phare des IRSC, « Stratégie internationale de recherche concertée sur la maladie d’Alzheimer » dans le but ultime d’améliorer la qualité de vie et des services à la fois pour ceux qui doivent vivre avec les effets des maladies neurodégénératives affectant la cognition ainsi que de leur aidants.
• Mettre en place un continuum de services intégrés, du soutien préventif aux soins médicaux, considéré dans sa globalité.
• Prendre en compte la diversité des aidants et de leurs besoins tout en innovant en matière de soutien et d’interventions.
La complexité de l’état de santé des personnes âgées
Les défis de santé des personnes âgées sont souvent multiples et, par conséquent, en interaction entre eux et avec les processus mêmes du vieillissement sous toutes ses formes. C’est pourquoi les actions qui seront entreprises incluront toujours une dimension intégrative : sur le plan de (a) la recherche biomédicale fondamentale; (b) sur le plan des mécanismes psychologiques et sociaux; (c) sur le plan de la traduction des connaissances en mesures concrètes.
Les troubles de la cognition
Les maladies neurodégénératives responsables des troubles de la cognition font partie des conditions de santé les plus redoutées. Les aspects biologiques, psychologiques et sociaux, de même que les interventions optimales, les soins et les services, ainsi que la continuité des soins, sont des dimensions qui affectent particulièrement les aînés. La génération de nouvelles connaissances et leur transformation en impacts réels doivent faire l’objet d’actions situées dans leur globalité.
La santé et le mieux-être des aidants
Le mieux-être de plusieurs aînés aux prises avec des conditions de santé chroniques, dont les troubles de la cognition, dépend des aidants qui les accompagnent et les soutiennent. La santé et le mieux-être des aidants sont d’une importance capitale. Qu’il s’agisse du personnel soignant— professionnels ou travailleurs— ou des proches—amis et membres de la famille—leur soutien est indispensable au mieux-être des personnes âgées. C’est pourquoi maintenir ou améliorer leur propre santé et leur mieux-être, selon leurs particularités personnelles et culturelles, constitue un engagement prioritaire pour les actions de l’Institut.
Priorité no 4 : Des soins et des services de santé sous le signe de la continuité, de l’innovation et de l’efficience
Afin de répondre adéquatement aux besoins propres aux personnes âgées, des solutions créatives et efficientes relativement aux soins et aux services dont elles ont besoin sont impératives. Dans cette perspective, tous les efforts doivent tendre vers des solutions novatrices qui permettront de :
• Rendre disponibles des services de santé adaptés et efficients incluant les soins de première ligne et aigus, les soins de réadaptation et de longue durée, ainsi que de fin de vie.
• Modeler le système de santé aux besoins des personnes âgées, de façon qu’il soit orienté vers la gestion des maladies chroniques, à partir de services disponibles dans leur communauté.
• Soutenir les familles, les aidants, les professionnels et les décideurs publics au regard des décisions à prendre et des enjeux de fin de vie.
Un système de santé approprié aux besoins des personnes âgées doit avoir la capacité de soutenir ces personnes dans le milieu de vie de leur choix, doit pouvoir assurer une continuité des soins, et doit permettre la capacité de favoriser la participation de chacun à ses soins.
Des services de santé innovateurs, efficaces et efficients, et une véritable continuité des soins :
Dans la prestation de ces services de santé, voici les quatre objectifs de l’Institut :
• Se concentrer sur la recherche sur les services et les systèmes de santé les plus efficaces et les plus efficients.
• Appliquer les interventions préventives et thérapeutiques les plus créatives, ainsi que les solutions technologiques les plus pertinentes.
• Offrir l’éventail des services, du soutien préventif aux soins, dans le contexte d’une approche globale et intégrée.
• Encourager la participation des utilisateurs de connaissances.
Le soutien et l’accompagnement en fin de vie
L’importance d’assurer des soins palliatifs et de fin de vie de qualité aux personnes âgées oblige à engager des actions concrètes dans ce domaine. Rappelons que la notion de « soins palliatifs » ne réfère pas seulement aux soins et à la prise en charge des patients pour qui la fin est proche. Elle vise également la réduction des souffrances pendant toute la durée de la maladie et, dans le cas de la famille, pendant la période de deuil. Il est donc primordial de considérer des actions pour de meilleures approches (modèles et programmes) qui permettent de:
• Soutenir les familles et les aidants, tout en prenant en compte les enjeux de fin de vie dans un environnement inclusif et propice aux décisions éclairées. Ces enjeux touchent aux différentes possibilités de traitements, de soins à donner, ainsi qu’aux aspects éthiques et juridiques de ces décisions.
• Faire face aux derniers stades de la trajectoire du vieillissement, mais également de s’y préparer tout au long de la vie.
Priorité no 5 : Des conditions favorables à un impact positif sur la santé et le mieux-être des personnes âgées
La dernière priorité de recherche de l’Institut se distingue des autres en ce qu’elle met l’emphase sur l’importance de disposer des conditions favorables afin que les programmes, solutions et modèles issus de la recherche entraînent des effets réels et durables sur la santé et le bien-être. L’Institut engagera donc des actions autour de quatre enjeux clés :
• une communauté de chercheurs permettant de relever les défis;
• l’autonomisation (ou empowerment) des individus à assurer les conditions nécessaires pour maintenir une meilleure santé et bien-être à travers la trajectoire de vie;
• la formation des travailleurs et professionnels de la santé;
• le partage de connaissances avec le public et les intervenants.
Une stratégie ancrée dans la réalité
Pour mettre en oeuvre le Plan stratégique de l’Institut de vieillissement, un plan d’action quinquennal sera élaboré par le Conseil consultatif. Des plans annuels seront également développés et mettront l’accent sur les points suivants :
• Aligner et peser sur les initiatives stratégiques et les initiatives phares des IRSC.
• Apporter une contribution optimale à toutes les initiatives pour lesquelles l’Institut joue un rôle de leader.
• Capitaliser sur de nouvelles opportunités qui ont récemment émergées.
• Mobiliser les partenaires et la communauté des acteurs autour de ces actions.
• Incorporer le cadre de mesure du rendement et des résultats des IRSC afin de mesurer les résultats et impacts de nos actions.
L’Institut du vieillissement souhaite (a) agir en partenariat pour développer des solutions concrètes aux besoins exprimés, (b) agir afin d’encourager une recherche intégrative (c) agir pour optimiser les investissements du passé, et (d) agir en synergie avec d’autres priorités des IRSC pour renforcer l’excellence de la capacité de recherche du Canada sur le vieillissement.
Comprendre aujourd’hui pour préparer demain
Le vieillissement actif caractérisera la société du 21e siècle. C’est pourquoi la santé et le mieux-être des personnes âgées nous sont prioritaires et doivent le demeurer.
Prenant appui sur ses réalisations, l’Institut du vieillissement continuera à soutenir et à promouvoir l’excellence et la pertinence de la recherche sur la santé et le vieillissement, en répondant aux besoins exprimés et afin d’obtenir des impacts concrets. Qu’il s’agisse de prévention ou de soins et de services, l’Institut continuera de soutenir et d’accompagner la recherche et la communauté scientifique dans le développement de solutions créatives et efficaces. L’accent sera mis sur les retombées susceptibles d’influencer positivement le cours de la vie et la trajectoire du vieillissement.
Par sa vision, ses valeurs et ses priorités de recherche, l’Institut fera une différence en s’assurant que les connaissances scientifiques seront transformées en innovation, sous toutes ses formes, et qu’elles soutiendront les décideurs politiques dans leurs prises de décisions éclairées. La société canadienne a tout à y gagner, des plus jeunes aux plus vieux sur la trajectoire de la vie.