Les Annales renouent ici avec une rubrique ouverte dès les premières années de la revue. Marc Bloch et Lucien Febvre avaient choisi d’accorder une place notable aux comptes rendus consacrés aux musées, aux expositions, aux artefacts ou encore aux événements culturelsFootnote 1. Il ne s’agissait pas pour eux d’en proposer une simple chronique, ni même une critique (au sens esthétique), mais d’y reconnaître des instruments de connaissance à part entière, capables d’apporter un éclairage différent et complémentaire sur les sociétés du passé comme du présent. Ainsi, les musées n’étaient-ils pas seulement des lieux de conservation, mais de véritables « instrument[s] d’études » et de pédagogieFootnote 2 ; les expositions avaient pour vertu d’aiguiser la curiosité historique et de nourrir des enquêtes savantes.
C’est dans cet esprit que la revue entend aujourd’hui rouvrir une rubrique consacrée aux productions culturelles au sens large – expositions et musées, mais aussi théâtre, cinéma, littérature, radio, bande dessinée et, plus généralement, toutes les formes par lesquelles le passé est donné à voir, à lire ou à entendre auprès du grand public. L’enjeu n’est pas de juger ces réalisations pour elles-mêmes, mais de comprendre ce qu’elles disent d’un état de l’histoire et de l’historiographie. Ces productions ne se situent pas en marge du travail historien : elles participent pleinement à la circulation et à la réception des savoirs, à la formation des sensibilités ainsi qu’aux manières contemporaines d’appréhender le passé et d’en travailler la matière ; elles sont parfois pensées et conçues par des chercheuses et des chercheurs ou en association avec eux. En les abordant depuis une perspective historienne, en dialogue avec les débats et les renouvellements de la discipline au contact des autres sciences sociales, nous souhaitons ici prendre au sérieux ces formes de présence et de diffusion publiques de l’histoire comme autant de lieux où peuvent s’élaborer, se transformer et entrer en discussion des interprétations du passé. Parce qu’elles offrent un observatoire privilégié des usages sociaux de l’histoire, ces productions culturelles sont également une forme où celle-ci peut se mesurer, se penser et se réinventer. Aussi, par cette nouvelle rubrique, la revue invite-t-elle chercheurs et chercheuses à réfléchir aux formes de la vie culturelle afin de poursuivre ce projet constitutif des Annales qu’est l’élargissement du questionnaire historien.