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Une histoire politique des chiffres de la prison: Conception, production et usages de la Statistique pénitentiaire (1852-1939)

Published online by Cambridge University Press:  11 March 2020

Elsa Génard
Affiliation:
Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Centre d’histoire du xixe siècle
Melchior Simioni
Affiliation:
Sorbonne Université, Gemass
Rights & Permissions [Opens in a new window]

Résumés

Produite par l’administration pénitentiaire de façon continue entre 1852 et 1939, la Statistique pénitentiaire est une source fournissant de nombreuses informations sur la situation des prisons. En retraçant l’ensemble de la chaîne d’existence des chiffres de la prison, de leur conception à leur utilisation, cette étude entend mettre en lumière le contraste entre l’importance des moyens que la production de ce document suppose, la diversité des informations qu’il recèle et la faiblesse de ses usages. Pensé initialement comme un outil pour la réforme des prisons, il se présente comme une statistique des établissements pénitentiaires, produite à tous les échelons de l’administration. Alors que les prisons et le crime sont au cœur des débats publics à la fin du xixe siècle, son utilisation en dehors de l’administration apparaît toutefois marginale. Cette discrétion dans les arènes de discussion sur ce sujet révèle un effacement de la statistique des prisons au profit de la statistique judiciaire, plus prestigieuse et plus à même d’alimenter les débats politiques sur la récidive. En 1911, pourtant, un projet de fusion des statistiques judiciaire et pénitentiaire peut apparaître comme une occasion de redonner aux chiffres de la prison une utilité dans la connaissance du crime. Mais l’échec de cette fusion confirme le peu d’intérêt que cette source suscite et s’accompagne d’un appauvrissement conséquent de ses tableaux, avec la suppression des informations sur les individus incarcérés à partir de 1911. Cet article entend ainsi poser la question de l’utilité d’une source qui est apparue peu utile, afin de réinterroger les rapports entre statistique, prison et État.

Abstracts

Abstracts

Produced by the French prison administration on a yearly basis from 1852 to 1939, the Statistique pénitentiaire provides considerable statistical information about prison conditions. This study tracks the production and uses of these figures, from their conception to their exploitation. We find there is a stark contrast between the substantial resources deployed to establish these documents, the great variety of information they contain, and how little they appear to be used. Originally designed as a tool to guide prison reform, the numbers in the Statistique pénitentiaire were produced at each level of the administration of every prison facility. Nevertheless, while prisons and crime were at the heart of public debate in the late nineteenth century, their relevance outside the prison administration appears to have been marginal. The more prestigious judicial statistics were much preferred in public debate and were more likely than prison statistics to influence political deliberations over repeat offending. In 1911, a project to combine the two documents into one emerged. This could have been an opportunity for prison figures to play a more prominent role in the study of crime, but the failure of the project confirmed the lack of interest in this source and its content was further impoverished by the removal of information on individual prisoners. By questioning the usefulness of a source that was apparently of such little interest, this paper aims to reexamine the relationship between statistics, prisons, and the state.

Information

Type
Histoire quantitative
Copyright
© Éditions de l'EHESS
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Figure 1 Évolution du nombre de tableaux dans la Statistique pénitentiaire avec le détail des différentes séries

Source : Statistique pénitentiaire, 1852-1939.Note : La série « divers » rassemble, selon les périodes, des tableaux sur les forts de Méditerranée, sur les établissements liés aux événements de 1871, sur le patronage de pupilles, et sur la population incarcérée pour faits de guerre entre 1914 et 1919. L’échelle de droite précise l’évolution du nombre de pages de la Statistique pénitentiaire.
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Figure 2 Extrait de la Statistique pénitentiaire, tableau xxvii de la série « Maisons centrales » (détail)

Source : Statistique pénitentiaire pour l’année 1900, p. 148.
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Figure 3 Extrait de la Statistique pénitentiaire, table des matières de la série « Maisons centrales »

Source : Statistique pénitentiaire pour l’année 1900, p. 11.
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Figure 4 Feuille de dépouillement à la maison centrale de Fontevrault

Source : AD49, 2Y2/26 ; Statistique pénitentiaire pour l’année 1907.