Le but de l’étude de M. Svensson est de décrire les propriétés formelles, fonctionnelles, sémantiques et argumentatives de trois marqueurs corrélatifs en français et de leurs équivalents en suédois, à partir de deux corpus, un corpus ‘comparable’ et un corpus ‘de traduction’.
On sait que les marqueurs corrélatifs, dont le critère principal d'identification est la coprésence de deux éléments introduisant chacun une unité corrélée, assument des fonctions textuelles (de délimitation et de préparation, le premier élément du marqueur annonçant une suite) et sémantiques (ici, généralement, de conjonction ou de contraste). On a moins souvent relevé le fait que dans certains emplois, les marqueurs peuvent également avoir une fonction argumentative en signalant des arguments qui sont en rapport avec une conclusion repérable dans le cotexte. Pour examiner aussi cette fonction argumentative, l’étude utilise le cadre théorique du modèle genevois d'analyse du discours (cf Roulet et al., Reference Roulet1987). Un autre cadre évoqué, le Rhetorical Structure Theory (Mann et Thompson, Reference Mann and Thompson1987), fournit surtout les outils pour la catégorisation de la relation sémantique entre les unités corrélées et pour celle de la relation argumentative (si présente).
Après une entrée en matière théorique et méthodique, les deux derniers tiers du livre sont consacrés à l'examen de chacun des six marqueurs corrélatifs. Pour chaque marqueur corrélatif sont présentés d'abord les résultats d'une analyse quantitative, fournissant, d'une façon plus détaillée que ne le laisse deviner le titre du livre, des faits concernant le nombre d'occurrences et la forme du marqueur outre la fréquence relative de son emploi argumentatif et non-argumentatif. L'analyse sémantique, qui suit, concerne la relation entre les deux unités corrélées. Dans l'analyse argumentative, l'auteure examine la nature de la relation entre les arguments introduits par les deux éléments du marqueur corrélatif et la conclusion qu'ils appuient (souvent une relation d’élaboration, mais il existe aussi des cas où il s'agit d'une relation de démonstration ou de cause). Finalement, le corpus de traduction est exploité pour établir les correspondances les plus fréquentes et pour détecter des différences entre les textes traduits et les textes originaux.
La contribution la plus originale de la thèse est sans doute la distinction entre la fonction sémantique des marqueurs corrélatifs et leur fonction argumentative. L'analyse approfondie de celle-ci (l'auteure a le mérite d'avoir su appliquer à ses matériaux, d'une façon particulièrement claire, le modèle d'analyse de Roulet et al.) révèle, cependant, assez peu de traits distinctifs chez les marqueurs étudiés. Par contre, un résultat intéressant, surtout pour le lecteur qui est en mesure d’évaluer aussi les extraits des textes en suédois, concerne la différence entre, d'une part, les marqueurs corrélatifs formés sur ‘part’ et leur équivalent suédois (‘dels’ . . . ‘dels’) et, d'autre part, ceux formés sur ‘côté’ et leur équivalent suédois (‘å ena sidan’ . . . ‘å andra sidan’). Comme dit l'auteure (p. 162), le sens plus concret de ‘côté’ (‘sida’) n'est pas entièrement gommé dans son emploi métaphorique de marqueur corrélatif, ce qui pourrait expliquer sa facilité d’évoquer une idée de dualité, amenant à son tour fréquemment une interprétation de contraste entre les unités corrélées. De plus, si le cotexte contient une expression introductrice, celle-ci est généralement de type ‘division’ plutôt que de type ‘pluralité’.
Les deux derniers marqueurs corrélatifs traités dans la thèse, ‘non seulement . . .mais (aussi)’ et l’équivalent suédois ‘inte bara . . . utan’, se distinguent des autres en instaurant une progression entre les deux unités corrélées; la deuxième est marquée comme ayant une force argumentative plus forte par rapport à la conclusion. L'auteure fait ici appel aux notions de thème et de rhème en postulant que la première unité corrélée décrit quelque chose de déjà connu et admis, tandis que la deuxième unité apporte une information rhématique nouvelle. Cette analyse, reposant sur des notions compliquées et introduite uniquement dans cette partie de la thèse, reste peu convaincante et il n'est pas évident qu'elle soit plus informative que celle portant sur le renchérissement des arguments.
L'analyse quantitative du corpus de traduction révèle quelques singularités dans les préférences des traducteurs. Plus notable encore est l’écart, considérable et constant, constaté entre les textes originaux et les textes traduits. C'est un résultat qui pourrait mettre en question la valeur de l’étude de textes traduits dans des analyses contrastives. Dans ce cas particulier, où les correspondances de traduction jouent un rôle mineur par rapport à l'analyse du corpus comparable, cette remarque ne diminue pourtant pas la valeur des résultats, par ailleurs bien intéressants, de cette thèse.