Comme son nom l'indique, 100 fiches nous propose d'examiner la grammaire par le biais de 100 thèmes concernant la grammaire, qu'il s'agisse de théories linguistiques (ex. énonciation) ou de simples termes (ex. adjectif, déterminant).
Chaque fiche est présentée sur deux pages côte à côte, optimisant ainsi la vue d'ensemble sur le sujet et rendant l'ouvrage très facile à consulter. La plupart des fiches commencent par une historique du concept, son traitement par les successives écoles de grammaire, l'évolution de la terminologie s'il y a lieu, pour donner ensuite un état des lieux, où les auteurs présentent leurs propres observations et conclusions critiques. L'ensemble est en général lucide, ne prétendant pas imposer une vision plutôt qu'une autre, arguant le point de vue de différentes écoles, et soulignant ce que chacune d'elle a apporté d'innovant. A partir de chaque fiche, les termes en caractères gras permettent de se référer à leur propre traitement dans d'autres fiches, listées dans l'index. Enfin, une bibliographie compréhensive invite le lecteur à en savoir plus sur les sujets abordés.
On peut ne pas être toujours d'accord avec les règles adoptées par les auteurs. Par exemple, il est posé que (p. 119), en ce qui concerne les quelques cas de variabilité des adverbes, ‘Certains adjectifs composés dans lesquels le premier adjectif est en emploi adverbial varient également (des fenêtres grandes ouvertes)’, alors que le Petit Robert par exemple donne le choix (p. 883): I 4° ‘Les yeux grands ouverts (ou adv. grand ouverts).’
Toujours à propos des adverbes (p. 119), ‘il existe des adverbes en fonction non circonstancielle, épithète, par exemple, dans une fille bien, voir sujet dans Demainest un autre jour.’ Le Petit Robert fait de bien dans ce cas un adjectif invariable, donc de ‘nature’ non ambiguë, nettement séparé de son traitement comme adverbe (p. 181): ‘II Adj. inv. 2° Fam (Epithète) Des gens bien’. En ce qui concerne demain, le Petit Robert en fait un nom masculin, ce qui rend sa ‘fonction’ sujet toute naturelle (p. 484): ‘I 2° Nominal. Demain est un jour férié.’
Certaines remarques sont pour le moins déroutantes. Par exemple (p. 121), ‘On a beaucoup (mé)dit sur la difficulté légendaire de la conjugaison française’, et plus loin, ‘Une fois maîtrisés les radicaux, les désinences et le paradigme des auxiliaires’ (excusez du peu!) ‘la conjugaison s'avère plutôt moins compliquée qu'il n'y paraît’. Qui n'a pas entendu un politique s'exprimant à la radio ou à la télévision, hésiter ou même paniquer quand au milieu d'une phrase il doit donner la forme correcte, ne serait-ce qu'au présent de l'indicatif, de verbes tels que promouvoir, acquérir/conquérir, convaincre, ou même se satisfaire de. . . Et combien utilisent solutionner pour éviter une bataille avec résoudre?
Il est suggéré que dans les langues où le neutre existe, il ‘devrait permettre de distinguer les êtres inanimés des êtres animés’ (p. 90). Mais puisque cela n'est pas nécessairement le cas (par exemple on a en allemand das Mädchen, die Sonne, der Mond), pourquoi le dire?
On peut aussi s’étonner que soient préconisées certaines des nouvelles terminologies proposées. Par exemple on ne voit pas immédiatement (p. 101) comment l'adoption des dénominations ‘passé 1’ et ‘passé 2’ ou ‘futur 1’ et ‘futur 2’ au lieu de ‘passé simple’,‘imparfait’, ‘futur simple’ et ‘futur du passé’ respectivement peut aider l'usager dans son appréhension du système temporel français.
Les contraintes imposées par les deux pages peuvent conduire à des omissions gênantes. Par exemple, il est stipulé (p. 109) que ‘distinguer les noms “humains” (Pierre) des “non humains” (chat, chapeau). . . n'a pas de conséquences grammaticales importantes’ et que les pronoms ‘y et en peuvent s'employer indistinctement: Marie y pense (à Pierre, au chat, au chapeau); elle en parle (de Pierre, du chat, du chapeau)’. Cependant, il est peu satisfaisant ici de parler de y et de en sans examiner leur pendant à lui et de lui (L'Huillier, 499, 502). On aura alors Marie pense à lui (à Pierre, au chat), mais plus difficilement Marie pense à lui (au chapeau). De même on aura Elle parle de lui (de Pierre, du chat) mais aura-t-on vraiment Elle parle de lui (du chapeau)?
Enfin il est dommage que transparaisse de temps à autre un certain mépris pour la grammaire dite scolaire avec des termes tels que ‘rengaine’ dans ‘la rengaine orthographique et scolaire de l'accord’ (p. 92), ‘litanie’, dans ‘la litanie scolaire apprise par cœur des. . .’ (p. 93), jusqu'au peu élégant ‘la grammaire scolaire a fait ses choux gras de. . .’ (p. 133). La grammaire ‘scolaire’ fait ce qu'elle peut pour simplifier des phénomènes de langues complexes et, si cela permet de faciliter l'intégration d'une règle. . .
Dans l'ensemble cependant, les 100 fiches restent un outil de référence extrêmement utile, aisé d'accès et qui traitent la plupart des sujets abordés de manière équitable (et on ne peut que se féliciter de la louable honnêteté de la Fiche 48, qui reconnaît que personne n'a encore ‘résolu’ la question de l'aspect en français!).