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Les savoirs de l’expérience

Une enquête sur la fabrique de la police des pêches (France, années 1680-1860)

Published online by Cambridge University Press:  13 November 2023

Romain Grancher*
Affiliation:
CNRS, FRAMESPA (UMR 5136)romain.grancher@cnrs.fr
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Résumé

Fondé sur l’analyse d’une trentaine d’expériences de pêche réalisées sur les côtes de la Manche entre les années 1680 et 1860, cet article décrit les premières manifestations d’un mode de gouvernement expérimental des ressources de la mer sous l’Ancien Régime, puis sa normalisation progressive au cours du xixe siècle. Il montre comment les mesures de police des pêches destinées à assurer la conservation de ces ressources sont le résultat d’une négociation entre l’administration centrale de la marine et les communautés de pêcheurs, dont le monopole sur la production du savoir halieutique leur permet de défendre leur particularisme technique et juridique.

Abstract

Abstract

This article is based on an analysis of some thirty fishing experiments carried out on the coasts of the English Channel between the 1680s and the 1860s. It describes the early development of an experimental way of governing marine resources under the ancien régime, followed by its gradual normalization over the course of the nineteenth century. As becomes clear, the fishing laws designed to ensure the conservation of these resources were the result of negotiation between the French Ministry of the Navy and fishing communities, whose monopoly on the production of fishing knowledge enabled them to defend their technical and legal specificities.

Information

Type
Sociétés maritimes et mondes de la pêche
Copyright
© Éditions de l’EHESS
Figure 0

Figure 1 Pêche à la dreigeNote : Employé au sein du Bureau des classes, Le Chevalier a été chargé par Raudot de réaliser « toutes les représentations des pêches et pêcheries des tournées que le Sieur Le Masson du Parc, inspecteur général des pêches, a faites le long des côtes de France ».

Source : Le Chevalier, de Dieppe, « Abrégé de l’histoire des pêches que l’on fait à la mer et le long des côtes et aux embouchures des rivières », fol. 195. Paris, Bibliothèque de l’Arsenal, ms. 2724, [c. 1750].
Figure 1

Figure 2 Détail d’une expérience faite dans le quartier de DunkerqueLégende : « Deux filets sont tendus en bas parc demi‑circulaire comme il est indiqué ci-dessous. Le premier filet, le plus à terre, a des mailles de 0m040. Le second, le plus au large, a des mailles de 0m030. La plus grande distance entre eux est de 3 mètres. Ils sont réunis en A et en B, de manière que le poisson ne puisse arriver au filet de 0m030 sans avoir traversé les mailles du premier. Pour éviter toute fraude, toute substitution de poisson d’un filet à l’autre, nous nous sommes toujours dans ces sortes d’épreuves rendus auprès des parcs avant que la mer, en baissant, ne les eut laissés à sec. Nous plaçons en dedans de chaque filet l’espèce et le nombre de poissons que nous y avons trouvés retenus. Nous indiquons la longueur de chacun d’eux, longueur que nous avons mesurée nous-mêmes, de l’œil à la naissance de la queue. La pêche totale a été de 29 poissons plats ; le premier filet en a retenu 8 seulement ; le second en a retenu 21 ».

Source : SHDV, Mar., CC5 428, Rapport sur une mission relative aux bas-parcs accomplie sur les côtes du sous-arrondissement de Dunkerque, 21 nov. 1855, p. 18-19. Photographie de Romain Grancher.
Figure 2

Figure 3 Modèle de chalut utilisé par les pêcheurs de Boulogne

Source : SHDV, CC5 578, Rapport sur l’essai d’un nouveau mode d’installation pour le filet dit chalut, 23 avr. 1822.