L’ouvrage dirigé par Elissa Pustka constitue une contribution précieuse et novatrice à l’étude du français en tant que langue étrangère dans un contexte encore peu étudié par la recherche francophone : l’Autriche. À travers une approche linguistique et didactique, l’ouvrage analyse la place du français en Autriche, son apprentissage et son enseignement, ainsi que sa présence dans l’espace public viennois. L’ouvrage propose ponctuellement des comparaisons avec l’Allemagne, ce qui en fait une lecture essentielle pour toute personne s’intéressant au statut du français en contexte germanophone.
Composé de trois parties thématiques, le volume regroupe douze contributions, rédigées en allemand ou en français. Le recueil se prête aussi bien à une lecture globale qu’à une lecture de chapitres individuels.
La première partie, Acquisition et apprentissage du français en Autriche, se concentre sur des questions d’acquisition et de prononciation chez les apprenant·es autrichien·nes. L’étude d’Elissa Pustka sur un corpus d’apprenant·es autrichien·nes de FLE, met en lumière la complexité de la transcription phonétique et des schémas de liaison dans le français oral. La contribution d’Elisabeth Heiszenberger, quant à elle, examine le code-switching entre l’allemand autrichien et le français chez des enfants bilingues, révélant des phénomènes de proximité et de spontanéité dans le passage d’une langue à l’autre. Le chapitre de Linda Bäumler et Elissa Pustka souligne l’importance de la variation dans l’enseignement des langues, notamment en comparant l’approche phonétique adoptée pour l’apprentissage du français et de l’espagnol.
Il est intéressant de relever le rôle normatif qui semble être associé au français en Autriche, tant du point de vue de l’enseignement et de l’apprentissage que de la recherche. Cette langue apparaît, par exemple, soumise à une norme plus stricte que les autres langues enseignées, ce qui soulève la question de l’insécurité linguistique ressentie par les apprenant·es. Une norme implicite semble d’ailleurs façonner la perception du français comme une langue hautement codifiée, souvent associée à l’idéalisation d’une variété spécifique (par exemple, la prononciation selon un modèle parisien) (cf. Boudreau Reference Boudreau2019 ; Lodge Reference Lodge1993). Pourquoi ne pas approfondir l’historicisation de l’insécurité linguistique dans le contexte autrichien dans une future publication?
La deuxième partie, Le français dans le paysage linguistique de Vienne, se concentre sur la visibilité du français dans l’espace urbain. Les contributions de Linda Bäumler, Andrea Peskova et Bettina Kögl explorent la perception du français dans la ville de Vienne, notamment dans des domaines tels que la mode, la gastronomie et la publicité. L’étude de Bettina Kögl souligne comment la présence du français est souvent reconstruite à travers des éléments visuels et orthographiques adaptés au public germanophone. L’étude d’Anna Berthold porte sur les gallicismes en gastronomie : elle montre que la reconnaissance du français dépend fortement de l’âge des locuteurs, les jeunes percevant davantage ces termes comme des éléments intégrés à l’allemand.
La focalisation sur la capitale suscite immédiatement la curiosité quant à la place du français dans les provinces autrichiennes, où il est peut-être perçu différemment. Il serait intéressant d’explorer cette question dans une prochaine publication.
Enfin, la troisième partie, Didactique et pratique de l’enseignement du FLE en Autriche, adopte une perspective plus pédagogique. Lukas Eibensteiner analyse l’évolution des curricula autrichiens de 1985 à 2022, mettant en évidence la tension entre la volonté d’intégrer une approche plurilingue et la réalité des politiques éducatives. Christiane Fäcke questionne les objectifs des examens de fin d’études en Autriche et en Allemagne en termes de niveau visé : alors que l’Allemagne tend vers un niveau B2 avec une dotation horaire plus conséquente, l’Autriche reste davantage centrée sur le B1. La question de la place du français dans les programmes et du public cible de l’enseignement se pose, ainsi que de l’objectif poursuivi. Une perspective commune aux pays germanophones (européens) pourrait peut-être être intéressante à cet égard, malgré des situations de départ différentes en matière de politique linguistique et éducative.
La diversité des approches didactiques est illustrée par les deux dernières contributions de Renaud Lagabrielle et Birgit Mertz-Baumgartner, qui explorent respectivement l’utilisation de la bande dessinée et/ou de la chanson en classe de FLE. Ces textes offrent des perspectives novatrices et tangibles sur l’enseignement du français par le prisme de la culture populaire.
Bien que centré sur le contexte autrichien, cet ouvrage s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’enseignement du français en Europe. Il serait particulièrement intéressant d’élargir la réflexion à d’autres contextes similaires, notamment la Suisse, où certaines des problématiques soulevées trouvent un écho dans les débats actuels sur le plurilinguisme et la didactique des langues.