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Les apprentissages parisiens aux xviiie et xixe siècles

Published online by Cambridge University Press:  11 March 2020

Clare H. Crowston
Affiliation:
Université de l’Illinois, Urbana-Champaign
Steven L. Kaplan
Affiliation:
Université Cornell
Claire Lemercier
Affiliation:
Cnrs, Centre de sociologie des organisations, Sciences Po Paris
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Résumés

L’article discute des changements et des continuités dans les pratiques de l’apprentissage et ses normes sociales, à Paris, avant et après la Révolution française. Il souligne l’intérêt d’une analyse quantifiée et de comparaisons entre sources hétérogènes pour aborder ce sujet. Il traite d’abord de la question du rapport entre nombre d’apprenti·es et nombre de maîtres·ses dans chaque métier, ainsi que des aspirations qui pouvaient être celles des apprenti·es et de leurs parents : avec quel espoir entrait-on en apprentissage ? L’étude de trajectoires individuelles pour le xviiie siècle et d’une statistique de l’époque pour le xixe siècle permet notamment d’indiquer que l’apprentissage était loin de toujours déboucher sur une carrière au sein du métier appris. Un travail sur les sources judiciaires montre ensuite que le rôle des tribunaux dans le règlement des conflits autour de l’apprentissage s’est à la fois accru et transformé, en se concentrant sur le respect du temps imparti. L’article illustre enfin la persistance, sur la longue durée, de normes largement partagées définissant les bons apprentissages et de pratiques s’écartant nettement de ces normes, différentes selon le genre et le métier, que ce soit avant ou après la fin des corporations.

Abstracts

Abstracts

This paper delineates changes and continuities in the practices, discourses, and social norms of apprenticeship in Paris before and after the French Revolution. It uses quantification and a comparison of heterogeneous sources to shed light on this question. The first section discusses numbers of apprentices and masters or mistresses, and the aspirations of apprentices and their parents: What did they hope to gain from an apprenticeship? The study of eighteenth-century trajectories and nineteenth-century statistics reveals that many apprenticeships were not the beginning of a career in the trade. The authors then turn to judicial archives to show that courts were increasingly used to settle apprenticeship disputes in the nineteenth century, and that their role was more focused on the enforcement of the duration of contracts. Finally, the paper discusses the persistence over the long-term of widely shared norms of good apprenticeship and their coexistence with many deviant practices that differed across genders and trades.

Information

Type
Histoire quantitative
Copyright
© Éditions de l'EHESS
Figure 0

Figure 1 Le devenir jusqu’en 1776 des apprenti·es ayant passé leur contrat en 1761

Note : Ce tableau prend en compte uniquement les cas pour lesquels il existe une certitude sur l’accès ou le non-accès à la maîtrise à Paris. Les nombres entre parenthèses représentent les effectifs totaux, qui varient selon les informations manquantes dans les sources. La seule différence significative (même au seuil de 10 %), selon un test de χ2 (pourcentages) ou Anova (sommes et durées), concerne la durée moyenne (au seuil de 1 %).
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Figure 2 Quatre grands types d’« industries » parisiennes en 1860

Source : Données construites par les auteur·es à partir de la Statistique… 1860, op. cit. Seules sont présentées les modalités de variables qui distinguent significativement chaque type de l’ensemble des autres, sur la base de tests de χ2 pour les variables qualitatives et Anova pour les variables quantitatives, au seuil de 5 %. Les modalités en italique sont celles qui sont sous-représentées dans le type. Les nombres indiqués sont la médiane ou la proportion au sein de chaque type.
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Figure 3 Avis du procureur du roi et jugements des conseils des prud’hommes des métaux et des tissus

Note : Sont listées ici uniquement les modalités qui présentent des différences significatives au seuil de 5 %, selon un test de χ2 (à l’exception de celle signalée par une étoile). En termes de pouvoir d’achat, 100 livres représentent bien plus de 100 francs : les contrastes entre les montants, déjà forts, sont donc ici sous-estimés. Les métiers pris en compte n’étant pas les mêmes pour les deux siècles, nous avons reproduit l’analyse en ne considérant que les avis du procureur du roi concernant des métiers rattachés aux conseils des tissus et des métaux. Nous ne présentons ici que les contrastes significatifs dans cette analyse restreinte.
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Figure 4 Les chances de gagner un procès lorsque la famille de l’apprenti·e est demanderesse (régression logistique)

Note : Nombre de décisions prises en compte : 151 (procureur du roi) et 102 (prud’hommes) ; * significativité au seuil de 5 % ; ** significativité au seuil de 1 %. Exemple de lecture : l’absence à l’audience (« défaut ») du maître ou de la maîtresse multiplie par 19 (odds ratio) les chances pour la famille de l’apprenti·e de gagner le procès devant le procureur du roi, toutes choses égales par ailleurs, par rapport à une situation où le maître ou la maîtresse serait présent·e ou représenté·e. Parmi les avis observés, l’apprenti·e gagne dans 36 % des cas de présence et dans 89 % des cas d’absence (contre 58 % de l’ensemble des avis).
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Figure 5 Part du temps d’apprentissage effectuée au moment du départ

Note : En noir, la partie demanderesse est le maître ou la maîtresse ; en blanc, c’est la famille. 239 jugements sont pris en compte, dont 178 où la part du temps écoulé est connue. Exemple de lecture : dans huit jugements à la suite de départs, moins du dixième du temps prévu au contrat est écoulé. Cinq jugements, dont un sur la demande d’une famille, évoquent un départ lors du dernier dixième de temps prévu.
Figure 5

Figure 6 Régressions linéaires « expliquant » le montant des demandes des maîtres·ses

Note : * significativité au seuil de 5 % ; ** significativité au seuil de 1 %. Exemple de lecture : par rapport à une maîtresse qui a une apprentie, un maître qui a un apprenti demande, toutes choses égales par ailleurs, 95 F de plus. Il n’y a pas de différence significative entre la demande d’une maîtresse avec une apprentie et d’un maître avec une apprentie.
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Figure 7 Régressions linéaires « expliquant » le montant des indemnités accordées

Note : * significativité au seuil de 5 % ; ** significativité au seuil de 1 %.