I. DE THÉODOSE À IBN HŪD
L’essor considérable de la recherche en astronomie pendant le IXe et le Xe siècle est inséparable des avancées majeures des travaux sur les théorèmes et les techniques sphériques, et notamment sur le théorème de Ménélaüs. Les méthodes inventées pour le calcul des arcs inconnus sur la surface de la sphère ont abouti, à la fin du Xe siècle, à l’émergence d’une discipline indépendante de l’astronomie et de la géométrie: la trigonométrie, et à une authentique réforme de la géométrie sphérique. Une fois affranchis du théorème de Ménélaüs, les mathématiciens comme al-Khujandī, al-Būzjānī et Ibn ʿIrāq ont en effet accumulé des résultats: les formules usuelles de la trigonométrie, le triangle polaire, etc. À leur suite, al-Bīrūnī, Naṣīr al-Dīn al-Ṭūsī menèrent de plus en plus loin cette recherche trigonométrique.Footnote 1 En géométrie sphérique, Ibn al-Haytham introduit des méthodes infinitésimales en assimilant les petits triangles sphériques à des triangles rectilignes.Footnote 2
À côté de ces grands noms à l’avant-garde de la recherche, d’autres savants ont continué à s’interroger sur l’héritage des anciens: ils ont développé le contenu mathématique et amélioré les méthodes. Le mathématicien de Saragosse, Ibn Hūd,Footnote 3 est précisément de ceux-ci. Il offre ainsi l’exemple, dans une histoire non linéaire, de ces travaux fertiles en découvertes.
En effet, dans la partie consacrée aux sphériques de son livre intitulé al-Istikmāl (La Complétion), Ibn Hūd énonce et démontre un théorème remarquable en géométrie sphérique. Ce théorème généralise la proposition III.11 des Sphériques de Théodose et intègre les propositions III.23–25 des Sphériques de Menelaüs.Footnote 4 C’est pour établir ce théorème qu’il procède par une démonstration intrinsèque de lagéométrie sphérique. Ibn Hūd a-t-il lui-même fait cette découverte, ou l’a-t-il empruntée pour l’intégrer à un livre à vocation synthétique et encyclopédique, comme al-Istikmāl? Nous l’ignorons, mais n’avons trouvé pour l’heure aucun prédécesseur d’Ibn Hūd qui ait entrepris une telle recherche et démontré ce théorème de géométrie sphérique de cette manière. Ceci étant dit, venons-en à l’histoire de ce théorème.
Dans la géométrie euclidienne, on rencontre la situation suivante: si l’une de deux droites concourantes est coupée orthogonalement par des droites, alors le rapport des segments de droites découpés sur les droites concourantes est un rapport invariant. Dans la proposition III.11 de ses Sphériques, Théodose tente de traiter une situation similaire sur l’étendue de la sphère. Dans ce dernier cas, on n’a plus l’invariance du rapport mais seulement des inégalités. Voici l’énoncé de la proposition III.11 de Théodose (Fig. 1):
Si le pôle de parallèles est situé sur la circonférence d’un cercle le plus grand que coupent à angles droits deux cercles les plus grands, dont l’un est un des parallèles, et dont l’autre est oblique sur les parallèles; et si un autre cercle le plus grand, passant par les pôles des parallèles, coupe le cercle oblique entre le plus grand des parallèles et celui qui touche le cercle oblique, le rapport du diamètre de la sphère au diamètre du cercle que touche le cercle oblique est plus grand que celui de l’arc du plus grand des parallèles, situé entre le cercle le plus grand primitif et le cercle consécutif passant par les pôles, à l’arc du cercle oblique situé entre ces derniers cercles.Footnote 5
Dans cette proposition, à l’aide d’une démarche euclidienne, Théodose démontre une certaine inégalité sur le rapport de deux arcs particulièrement choisis sur deux quadrants des circonférences de deux grands cercles inclinés, où l’un de ces arcs est le projeté orthogonal de l’autre; notamment, il démontre l’inégalité:Footnote 6d/dΔ > arc(ΘB)/arc(HΔ), où d est le diamètre de la sphère (S) et dΔ = diam[cercle(ΔΛM)]. On résume cette proposition comme suit: Considérons la configuration suivante représentée sur la figure 1:
1. Le point A est le pôle des cercles parallèles: cercle(ΔΛM), cercle(NHΞ) et cercle(BEГ) (ce dernier cercle est le plus grand des parallèles);
Fig. 1.

2. cercle(ABГ) est perpendiculaire aux parallèles;
3. cercle(ΔEZ) est incliné sur les parallèles, mais il est perpendiculaire à cercle(ABГ);
4. H est un point arbitraire sur l’arc mineur, arc(ΔE) (qui est un arc d’une circonférence de grand cercle);
5. le point Θ est le projeté orthogonal sphérique du point H sur l’arc mineur arc(EB) (qui est un arc d’une circonférence de grand cercle).
Sous ces conditions on aura arc(BΘ)/arc(ΔH) < d/dΔ.
La démonstration de Théodose se développe comme suit: HP est sur l’intersection des plans des cercles NHΞ et ΔEZ qui sont orthogonaux, chacun, au plan du grand cercle ABΓ, donc HP est orthogonal à OP et à PΠ. Le triangle OΠP est rectangle en Π, donc OP > ΠP; soit T un point de OP tel que PT = ΠP, donc les deux triangles rectangles HPT et HPΠ sont égaux, d’où angle(HΠP) = angle(HTP). Le triangle HPO est rectangle en P; on a donc OP/PT > angle(PTH)/angle(POH) (ce passage n’est pas justifié par Théodose; voir plus loin les lemmes d’Ibn Qurra et d’Ibn ʿIrāq). On a
par suite
Mais puisque
on aura donc
Un siècle et demi environ plus tard, Ménélaüs reprend le problème, dans la proposition III.22 de ses Sphériques, mais avec quelques modifications: il considère la situation plus générale des deux arcs des deux grands cercles inclinés où l’un de ces deux arcs est le “projeté” orthogonal de l’autre; il démontre l’égalité du rapport des Sinus des arcs au rapport des deux surfaces rectangulaires, qui dépendent du diamètre de la sphère, des diamètres des cercles qui passent parallèlement au plan du cercle de projection par les extrémités de l’arc projeté et du diamètre du cercle qui est tangent à l’un des cercles inclinés et parallèle à l’autre. L’énoncé de cette proposition s’écrit comme suit (Fig. 2):
Si, sur la surface d’une sphère, deux grands cercles sont inclinés l’un sur l’autre; et si l’on marque, sur l’un d’eux, deux points non diamétralement opposés, d’où l’on mène, à l’autre cercle, deux perpendiculaires; alors le rapport du Sinus de l’arc situé entre les pieds des deux perpendiculaires, au Sinus de l’arc situé entre les deux points marqués, est comme le rapport du rectangle entouré par le diamètre de la sphère et le diamètre du cercle qui est tangent à l’un des deux cercles et qui est parallèle à l’autre, au rectangle entouré par les diamètres des deux cercles qui passent par les deux points marqués sur l’un des deux grands cercles, et qui sont parallèles à l’autre cercle.Footnote 7
Fig. 2.
S’appuyant sur cette proposition, Ménélaüs établit, dans les propositions III.23-25Footnote 8 de ses Sphériques, quelques inégalités relatives aux arcs considérés, mais il commet quelques erreurs aussi bien dans l’énoncé de la proposition III.25, que dans les démonstrations des propositions III.24 et III.25. Le mathématicien des Xe-XIe siècles Ibn ʿIrāq rectifie ces erreurs et rétablit les démonstrations de Ménélaüs.Footnote 9
Arrêtons-nous sur l’exemple de la proposition III.24. Dans cette proposition, Ménélaüs considère la configuration suivante (Fig. 3):
1. les grands cercles: cercle(BEDA) et cercle(BHCI) sont inclinés l’un sur l’autre et le grand cercle (C 1) passe par leurs pôles.
Fig. 3.

2. G est le pôle du cercle(BHI),
3. arc(BD) ≤ Rπ/2,
4. arc(CH) > arc(DE).
Sous les conditions indiquées, nous aurons:
1. arc(CH)/arc(DE) < d/dD,
2. arc(CH)/arc(DE) > d dA /dD dE.
(R et d sont respectivement le rayon et le diamètre de la sphère, dX est le diamètre du cercle qui passe par le point X parallèlement à cercle (BHC)).
Dans sa démonstration de cette proposition, Ménélaüs utilise une implication erronée, qui était discutée par Ibn ʿIrāq; implication de la forme:
Ibn ʿIrāq écrit à ce propos:
mais si on a démontré que le rapport du Sinus de CG au Sinus de GD est plus grand que le rapport du Sinus de CH au Sinus de DE, de ceci seulement, on ne démontre pas que le rapport de l’arc CH à l’arc DE est plus petit que le rapport du Sinus de CG au Sinus de GD.Footnote 10
À la suite de cette critique, Ibn ʿIrāq expose ici sa propre démonstration de l’inégalité arc(CH)/arc(DE) < d/dD, dans le cas général et indépendamment de la condition arc(CH) > arc(DE). Mais, dans sa démonstration, Ibn ʿIrāq procède comme ses prédécesseurs à l’aide de la géométrie euclidienne de la sphère.
Dans la proposition III.25, Ménélaüs a repris le cas restant de la proposition III.24, c’est-à-dire lorsque arc(CH) < arc(DE). Dans cette proposition, il a traité aussi le cas où arc(BD) > Rπ/2, mais il a commis des erreurs, comme nous l’avons indiqué. Ibn ʿIrāq a également analysé cette dernière proposition et a démontré que l’énoncé ainsi que la démonstration contiennent des erreurs. Les erreurs reviennent, d’une part, à la fausse localisation d’un point intermédiaire introduit au cours de la démarche de la démonstration et, d’autre part, à l’utilisation inexacte d’une fausse implication de la forme: [Sin x = Sin a ⇒ x = a].
II. IBN HŪD: LA GÉNÉRALISATION DE LA PROPOSITION III.11 DE THÉODOSE ET LA REPRISE DES PROPOSITIIONS III.23-25 DE MÉNÉLAÜS
Dans une proposition Footnote 11 de l’Istikmāl, Ibn Hūd généralise la proposition de Théodose et reprend les trois propositions de Ménélaüs. On peut récrire l’énoncé de cette proposition de la manière suivante:
Soient, dans une sphère (S) centrée au point A et de diamètre d, deux grands cercles (C 2) et (C 3) et soit (C 1) le grand cercle qui passe par les pôles de (C 2) et (C 3). Désignons par Δ et Δ′ les points d’intersection de arc(C 1) et arc(C 3), par Σ et Σ′ les points d’intersection de arc(C 1) et arc(C 2), par B et B′ les points d’intersection de arc(C 2) et arc(C 3) et par E et E′ les pôles de (C 2). Pour fixer les idées, supposons que le point Δ soit sur l’arc mineur arc(EΣ) et considérons, sur le quadrant arc(BΔ), deux points G et D (G est entre B et D). Traçons les demi-circonférences arc(EGE′) et arc(EDE′) qui coupent le quadrant arc(BΣ), respectivement, aux points H et C. Ultérieurement, pour un point M de arc(BΔ), nous désignerons par dM le diamètre du cercle passant par le point M parallèlement à (C 2) et par
(point courant de l’arc) le point d’intersection de arc(EME′) avec arc(BΣ) (Fig. 4).
Fig. 4.

Ibn Hūd démontre alors les assertions suivantes:
a) arc(HC) / arc(GD) < d / dD(1),
b) arc(HC) / arc(GD) > dΔ / dG(2),
c) arc(HC) > arc(GD) ⇒ arc(HC) / arc(GD) > d dΔ / dD dG(3),
d) arc(HC) < arc(GD) ⇒ arc(HC) / arc(GD) < d dΔ / dD dG(4),
e) D ≡ Δ Footnote 12⇒ arc(HC) / arc(GD) > d / dG(5),
f) soit P un point de arc(BΔ); posons

si hom(EP) / d = hom(EΔ) / hom(EP)(6),
(c’est-à-dire 2 Sin(EP)/d = Sin(EΔ)/sin(EP), alors P vérifie les propriétés suivantes:
1) si le point G appartient à l’arc ouvert arc(BP) et si
arc(HQ) < arc(GP),2) si le point U appartient à l’arc ouvert arc(PΔ) et si
arc(OQ) > arc(UP).
Reprenons la démonstration d’Ibn Hūd:
Supposons, tout d’abord, que D ≡ Δ; alors on a également C ≡ Σ (Fig. 5). Soient (CG) et (CD) les cercles parallèles à (C 2) et qui passent respectivement par les points G et D; soient I et I′ les points d’intersection de (CG) avec arc(C 1) (I ∈ arc(EC)), K et L les points d’intersection de (CG) respectivement avec sgm(AD) et sgm(AE) et M lepoint d’intersection de (CD) avec sgm(AE). On remarquera que la démonstration de ce cas est identique à celle de Théodose rappelée plus haut.
Fig. 5.
On a plan(C 1) ⊥ plan(C 3) et plan(CG) ⊥ plan(C 1), car (C 1) passe par les pôles de (C 3) et de (CG);Footnote 14 par suite, sgm(GK) ⊥ sgm(KL).Footnote 15 La ligne AE est la ligne des pôles; donc le triangle ALK est rectangleFootnote 16 en L; par suite, sgm(AK) > sgm(KL). Considérons, sur sgm(AK), un point N tel que sgm(KN) = sgm(KL); les deux triangles GKL et GKN sont égaux, puisqu’ils ont: le côté sgm(GK) en commun, les côtés sgm(KN) et sgm(KL) égaux et que angle(GKL) et angle(GKN) sont des angles droits; donc
Dans le triangle GKA, on aFootnote 17
mais
donc
En effet
et
donc
car angle(GNK) > angle(GAK) et on sait que tg x/x croît avec x.
Mais sgm(AK) / sgm(KL) = sgm(AD) / sgm(AM), et d = 2 sgm(AD), dD = 2 sgm(DM) et angle(HAC) et angle(GAK) sont dans les mêmes rapports que arc(HC) et arc(GD); donc arc(HC) / arc(GD) < d / dD.
Supposons maintenant que D soit un point intérieur de arc(BΔ) (Fig. 6).
Fig. 6.
Fig. 7.
Dans ce cas, chacun des côtés du triangle BDC est plus petit qu’un quadrant d’une grande circonférence et les angles extérieurs au sommet C du triangle sont droits; doncFootnote 18 angle(BDC) est aigu; et par suite, si (C 4) est un grand cercle perpendiculaire à arc(EC) au point D, la circonférence arc(C 4) coupe arc(EG) en un point S situé entre E et G. Désignons par T le point d’intersection de arc(C 4) avec arc(CBΣ′); le point T est le pôle de cercle(EDC), c’est-à-dire arc(TSD) = arc(TBC) = un quadrant et angle(TDC) = angle(TCD) = drt; donc chacun des côtés du triangle STH est plus petit qu’un quadrant et les angles extérieurs au sommet H de ce triangle sont droits; alorsFootnote 19 angle(TSH) est aigu et par suite, l’angle supplémentaire angle(GSD) est obtus. Par analogie, chacun des côtés du triangle BHG, est plus petit qu’un quadrant et les angles extérieurs au sommet H sont droits; donc angle(BGH) est aigu et par suite, l’angle opposé angle(SGD) est également aigu; mais angle(GSD) est obtus, donc arc(GD) > arc(SD); par suite, arc(CH) / arc(GD) < arc(CH) / arc(SD); mais d’après la partie précédente de la démonstration, arc(CH) / arc(SD) < d / dD; en conséquence arc(CH) / arc(GD) < d / dD.
b) Supposons tout d’abord que arc(CH) ≥ arc(GD); alors arc(CH) / arc(GD) ≥ 1; mais dG > dD; en conséquence
Considérons maintenant, sur arc(BΔ), deux points U et G; posons
et supposons que arc(OH) < arc(UG) (Fig. 7). Chacun des arcs, arc(OH) et arc(UG), est plus petit qu’un quadrant et arc(OH) < arc(UG); donc hom(OH) < hom(UG); mais d’après la proposition III.22 de Ménélaüs (voir supra l’énoncé ainsi que la note 28)
donc
Prenons, sur arc(BΔ), les deux pointsFootnote 20D et P tels que
Puisque hom(CH) / hom(DG) = (d dΔ) / (dD dG) et que d dΔ = dD dG, hom(CH) = hom(DG); donc arc(CH) = arc(DG), (car chacun des arcs est plus petit qu’un quadrant).
De la même manière, on montre que arc(OQ) = arc(UP); donc arc(GP) + arc(UD) = arc(HQ) + arc(OC); mais
donc
mais puisque arc(GP) + arc(UD) = arc(HQ) + arc(OC), arc(PG) sera égalFootnote 22 à l’un des deux arcs, soit à arc(HQ) soit à arc(OC); mais arc(GP) ≠ arc(HQ), car les relations arc(OQ) = arc(UP) et arc(OH) < arc(UG) entraînent l’inégalité arc(GP) > arc(HQ). Donc arc(GP) = arc(OC); et par suite, arc(GU) = arc(QC), arc(PD) = arc(HO); ainsi arc(QC) / arc(PD) = arc(GU) / arc(HO); mais d’après la partie précédente de la proposition, arc(QC) / arc(PD) < d / dD; doncFootnote 23
c) Si arc(CH) > arc(DG), alorsFootnote 24
mais
donc
d) Si arc(CH) < arc(DG), alors
mais
donc
e) En particulier, si D ≡ Δ, on a
donc
f) Soit P un point de arc(BΔ) tel que
Footnote et posons ![]()
Fig. 8.
Soient G un point de l’arc ouvert arc(BP) et U un point de l’arc
ouvert arc(PΔ); posons
alors
En effet (Fig. 8),
mais dP < dG; donc
en conséquence,
De la même manière, on démontre que
Commentaire analytique de la démonstration d’Ibn Hūd
Pour examiner les assertions de a) à f) notées précédemment, recourons au langage de l’analyse; choisissons alors un système de coordonnées (A, x, y, z) tel que les demi-axes
soient orientés respectivement suivant les vecteurs
. Considérons, sur la surface d’une sphère centrée au point A et de rayon R, la configuration représentée sur la figure 9: le grand cercle (C 1) passe par les pôles des grands cercles (C 2) et (C 3); le point E est un pôle de (C 2); le cercle (C 3) est oblique sur (C 2) et il coupe le quadrant arc(ΣE) au point Δ; les deux points G et D sont situés sur le quadrant arc(BΔ) (G est entre B et D) et arc(EG), arc(ED) rencontrent arc(BΣ) respectivement aux points H et C. Soient M un point courant de arc(BΔ) et N le point d’intersection de arc(EM) avec arc(BΣ). Posons:
et
Fig. 9.
L’arc ouvert, arc(BΔ), admet l’équation paramétrique suivante:
Puisque f(s) = R β(s) et tg β(s) = cos α tg(s/R), on aura:
Donc la fonction f est croissante et convexe.
Si les points G et D admettent comme coordonnées respectivement s 1 et s 2 (s 1 < s 2), on aura arc(CH) / arc(GD) = [f(s 2) – f(s 1)] / (s 2– s 1), compris entre f′(s 1) et f′(s 2), puisque f est convexe.
Remarque sur l’assertion f)
Cherchons la valeur de ξ pour laquelle
Donc,Footnote 26ξ = R arccos[cos α / (1 + cos α)]1/2 .
La dérivée f′(s) est croissante sur l’intervalle ]0, R.π/2[, car la dérivée f′′(s) est positive, donc:
1) si s 1, s 2 ∈ ]0, ξ [, (s 2> s 1), on a: f(s 2) – f(s 1)) < (s 2– s 1);
2) si s 1, s 2 ∈ ]ξ, π R/2[ (s 2> s 1), on a: f(s 2) – f(s 1)) > (s 2– s 1).
Si l’on désigne par Rξ , RΔ les rayons des cercles passant, parallèlement à (C 2), par les points Mξ = M(s = ξ) et Δ(s = Rπ/2), on trouve que la relation f′(ξ) = 1 est équivalente à la proportionFootnote 27
ou bien la même chose
C’est la partie principale de la proposition III.23 que Ménélaüs a bien établie; il n’a cependant pas expliqué comment il a pu trouver le point Mξ.
Remarque sur les assertions a) et b)
Considérons, sur arc(BΔ), deux points: G(s 1) et D(s 2) tels que
et soient RG et RD les rayons des cercles passant, parallèlement à (C 2), par les points G, et D; donc
compris entre
et
On a donc
Comme R ≥ RG, RΔ/RG ≤ (RRΔ)/(RG)2 et comme RD ≥ RΔ, (RRΔ)/(RD)2 ≤ R/RD.
En conséquence,
Les assertions a) et b) sont donc vérifiées. L’assertion a) est une généralisation de la proposition III.11 de Théodose; alors que l’assertion b) couvre une partie de la proposition III.25 de Ménélaüs.
Remarque sur les assertions c), d) et e)
Considérons maintenant, deux réels x 2, x 1. Si
alors
En effet, la fonction y = (sin x)/x est décroissante sur l’intervalle ]0, π/2[. Remarquons que ce résultat a été établi géométriquement par Ibn al-Haytham (voir note 24).
En s’appuyant sur l’inégalité
et en appliquant la proposition III.22 de Ménélaüs, reprise par Ibn Hūd Footnote 28 dans l’Istikmāl, on obtient:
1. arc(CH) / arc(GD) =
= [f(s 2) – f(s 1)] / (s 2– s 1) > sin [f(s 2) – f(s 1)] / sin(s 2– s 1)
= (R RΔ) / (RG RD), si sin [f(s 2) – f(s 1)] / sin(s 2– s 1) > 1;
2. arc(CH) / arc(GD) =
= [f(s 2) – f(s 1)] / (s 2– s 1) < sin [f(s 2) – f(s 1)] / sin(s 2– s 1)
= (R RΔ) / (RG RD), si sin [f(s 2) – f(s 1)] / sin(s 2– s 1) < 1.
On vérifie que l’inégalité
reste vraie même dans le cas limiteFootnote 29 où D ≡ Δ (s 2= Rπ/2); par suite,
donc
Dans le cas a) lorsque D ≡ Δ, on obtient la propositionFootnote 30 de Théodose. Ibn ʿIrāq reprend également cette proposition avec sa démonstration. Il reste qu’Ibn ʿIrāq remarque que cette démonstration ne peut se faire sans un lemme,Footnote 31 qu’il énonce et démontre. Ce lemme comprend comme cas particulier un lemme que Naṣīr al-Dīn al-Ṭūsī a attribué à Thābit ibn Qurra. Ibn ʿIrāq revient alors à la généralisation de la proposition de Théodose; il rectifie les erreurs commises par Ménélaüs et donne une démonstration extrinsèque généralisantFootnote 32 la démonstration de Théodose pour un arc GD choisi arbitrairement sur le quadrant arc(BΔ) (Fig. 4).
Dans le cas a) de la proposition, lorsque D ≡ Δ, Ibn Hūd expose une démonstration identique à celles de Théodose et d’Ibn ʿIrāq, mais sans citer le lemme mentionné par Ibn ʿIrāq. Lorsque D est un point intérieur à l’arc BΔ, Ibn Hūd reprend également la démonstration; mais, au lieu de procéder par une méthode extrinsèque comme Ibn ʿIrāq, il introduit une méthode intrinsèque. Il s’appuie uniquement sur les propriétés des triangles sphériques (voir la note 18), sur le résultat d’un cas particulier (lorsque D ≡ Δ, c’est-à-dire l’hypothèse de la proposition de Théodose) et il prouve l’inégalité
Donc, dans la partie a) de la proposition, lorsque D est un point intérieur à l’arc BΔ, Ibn Hūd donne une nouvelle démonstration comme nous l’avons vu.
Exposons à présent les résultats cités d’al-Ṭūsī, d’Ibn ʿIrāq et d’Ibn Hūd.Footnote 33
III. LES TEXTES TRADUITS ET COMMENTÉS
1. Extraits du commentaire d’al-Ṭūsī des Sphériques de ThéodoseFootnote 34
– III.11 – Si le pôle de cercles parallèles d’une sphère est situé sur un grand cercle, si ce grand cercle est coupé, à angles droits, par deux autres grands cercles, dont l’un est un des cercles parallèles et dont l’autre est incliné sur les cercles parallèles et si le cercle incliné est coupé par un autre grand cercle passant par le pôle des cercles parallèles, entre le plus grand des cercles parallèles et le cercle des parallèles qui est tangent au cercle incliné, le rapport du diamètre de la sphère au diamètre [J-62r] du cercle des parallèles qui est tangent au cercle incliné est alors plus grand que le rapport de l’arc du plus grand des parallèles, situé entre le premier plus grand cercle et l’autre cercle passant aussi par le pôle des parallèles, à l’arc du cercle incliné situé également entre eux (Fig. 10).
Que ABC soit le premier plus grand cercle, que A soit le pôle des cercles parallèles et que les deux grands cercles perpendiculaires au cercle ABC soient le cercle BEC qui est un des parallèles et DEG qui est le cercle incliné; et que l’autre grand cercle, passant par le pôle des cercles parallèles, soit AHK, et qu’il coupe le cercle incliné DEG au point [B-59v] H, entre le plus grand cercle des parallèles BEC et DLM qui est tangent au cercle incliné. Nous disons que le rapport du diamètre de la sphère au diamètre du cercle DLM est plus grand que le rapport de BI à DH.
Fig. 10.
Décrivons un cercle parallèle passant par le point H, soit le cercle NHS. Que les sections communes à ces plans soient les droites AK, DG, BC, NS, DM, IO, HQ, HP et HO. Le grand cercle ABC, qui passe par les pôles des cercles parallèles, les coupe en deux moitiés et à angles droits; donc les droites DM, NS et BC sont des diamètres parallèles des cercles parallèles DLM, NHS et BEC; l’axe AK est perpendiculaire aux plans de ces cercles et il passe par leurs centres; et les points R, P et O sont leurs centres. Puisque le plan AHK coupe les deux plans parallèles NHS et BEC, les intersections HP et IO sont parallèles; par conséquent, les deux droites NP et PH sont respectivement parallèles aux deux droites BO et OI et elles ne sont pas coplanaires, donc les deux angles NPH et BOI sont égaux; et puisque les deux cercles NHS et DEG sont perpendiculaires au cercle ABC, leur intersection, qui est HQ, est perpendiculaire à ce cercle, et donc aux droites PQ et OQ qui sont situées dans son plan; alors les deux angles HQP et HQO sont droits; et puisque la droite AK est perpendiculaire à la droite NS, l’angle QPO est droit, donc l’angle POQ est aigu; la droite QO est donc plus grande que la ligne QP. Posons QX égale à QP et menons HX. Puisque, dans les deux triangles HQP et HQX, le côté HQ est commun, que les deux côtés QP et QX sont égaux [B-60r] et que les deux angles HQP et HQX sont droits, alors <les côtés> HP et HX sont égaux et l’angle HPQ est égal à l’angle HXQ; mais l’angle HPQ est comme [J-62v] l’angle IOB, donc l’angle HXQ est égal à l’angle IOB; et puisque, dans le triangle HQO, l’angle Q est droit et que l’on a mené, dans ce triangle, une droite HX, le rapport de OQ à QX, c’est-à-dire à QP, est alors plus grand que le rapport de l’angle HXQ à l’angle HOQ. Mais l’angle HXQ est égal à l’angle IOB, c’est-à-dire égal à l’arc IB, et l’angle HOQ est égal à l’arc DH; par conséquent le rapport de OQ à QP, c’est-à-dire le rapport de OD à DR, a fortiori le rapport de DG, qui est le diamètre de la sphère, à DM, qui est le diamètre du cercle DLM, est plus grand que le rapport de l’arc IB à l’arc HD. Ce que nous voulions.

Lemme attribué par Naṣīr al-Dīn al-Ṭūsī à Thābit ibn QurraFootnote 35
Lemme. Je dis qu’il se trouverait dans certaines copies une proposition attribuée à Thābit, destinée à montrer le lemme utilisé ici, dont l’énoncé est le suivant:
Que, dans le triangle ABC, l’angle B soit droit; menons, dans ce triangle, CD quelconque. Je dis que le rapport de AB à BD est plus grand que le rapport de l’angle BDC à l’angle BAC (Fig. 11).
Fig. 11.
Démonstration
Circonscrivons au triangle ADC le cercle ADCE; menons, du point D, parallèlement à BC, la droite DGE; joignons AE et CE. Puisque l’angle ADE, qui est égal à l’angle droit ABC, est droit, la droite AE est un diamètre du cercle, et donc elle est plus grande que la corde ED qui est plus grande que EG; et puisque l’angle ACE, qui est inscrit dans le demi-cercle, est droit et que l’angle EGC est aigu, la droite EG est plus grande que EC; si donc nous décrivons, du centre E, à la distance EG, le segment de cercle HGI et si nous prolongeons EC jusqu’en H, le secteur IGE est plus petit que le triangle AGE et le secteur GHE est plus grand que le triangle GCE; donc le rapport du triangle AGE au triangle GCE, c’est-à-dire le rapport de AG à GC, a fortiori le rapport de AD à DB, est plus grand que le rapport du secteur IGE au secteur GHE, c’est-à-dire le rapport de l’arc IG à l’arc GH, a fortiori le rapport de l’angle AED à l’angle GEH, qui est le même que le rapport de l’angle DCA à l’angle DAC. Si nous composons, le rapport de AB à BD est plus grand que le rapport de la somme des deux angles DCA et DAC, c’est-à-dire de l’angle BDC, à l’angle BAC. Ce que nous voulions.
Autre démonstration du lemme d’Ibn QurraFootnote 36
D’une autre manière, [B-60v] nous reprenons le triangle ABC, la droite CD et le problème tel qu’il est (Fig. 12). Menons DE parallèle à AC et décrivons, du centre D et à la distance ED, un segment de cercle; soit GEH. Puisque l’angle DBE est droit et que l’angle DEB est aigu, [J-63r] DE est plus grande que DB, et, de même, puisque l’angle DEC est obtus et que l’angle DCE est aigu, DC est plus grande que DE; donc l’arc de segment de cercle coupe la droite DC en G, mais il passe à l’extérieur de DB; prolongeons DB jusqu’à ce qu’elle coupe le cercle en H; ainsi le triangle DCE est plus grand que le secteur DGE et le triangle DEB plus petit que le secteur DEH; donc le rapport du triangle DCE au triangle DEB – c’est-à-dire le rapport de CE à EB, a fortiori le rapport de AD à DB –, est plus grand que le rapport du secteur DGE au secteur DEH – c’est-à-dire le rapport de l’angle CDE à l’angle EDH; mais l’angle CDE est égal à son angle alterne qui est l’angle DCA, l’angle externe EDH est égal à l’angle interne BAC, donc le rapport de AD à DB est plus grand que le rapport de l’angle ACD à l’angle BAC; et, par composition, le rapport de AB à BD est plus grand que le rapport de la somme des deux angles ACD et CAD – c’est-à-dire de l’angle BDC –, à l’angle BAC. Ce que nous voulions .
Fig. 12.
Commentaires du lemme de Thābit ibn Qurra
Lemme. Si ABC est un triangle rectangle en B et si D est un point intérieur arbitraire du côté AB, alors
Preuve (Fig. 11): Décrivons le cercle (C 1) circonscrit au triangle ADC et menons du point D, parallèlement à BC, la droite DG qui coupe la circonférence de (C 1) en E et le côté AC en G. Joignons les points A et E et les points C et E. Le segment de droite AE est un diamètre de (C 1), car angle(ADE), qui est égal à angle(ABC), est droit; donc AE > ED, et donc, a fortiori, AE > EG; d’autre part, angle(EGC) est aigu, car le triangle ECA est rectangle en C, donc EG > EC. Décrivons du centre E, à la distance EG, un autre cercle (C 2) et soient I et H les points d’intersection de la circonférence de (C 2), respectivement, avec les demi-droites EA et EC. Le point I est entre E et A, car AE > EG, et le point C est entre E et H, car EG > EC. En comparant les aires des triangles GEA et GEC avec les aires des secteurs circulaires, respectivement, GEI, GEH, on aura:
donc
puisque les deux triangles ont la même hauteur, on a:
mais CB et GD sont parallèles, donc
Par conséquent,
d’autre part,
mais
et puisque angle(AED) = angle(ACD) et que angle(GEH) = angle (DAC), on a:
et par conséquent,
d’où
en conséquence,
C.Q.F.D.
Commentaire de l’autre démonstration (Fig. 12)
Soit E le point d’intersection de CB avec la droite menée du point D parallèlement à AC; décrivons le cercle (C 1) centré au point D et de rayon DE; le segment de droite DB est plus petit que DE, car l’angle B est droit; donc la circonférence de (C 1) coupe la demi-droite DB au-delà de B en un point H; d’autre part, angle(DEC) est obtus et angle(DCE) est aigu, donc le segment de droite CD est plus grand que ED; et, en conséquence, la circonférence de (C 1) coupe CD en un point G situé entre D et C. Pour les triangles CDE et EDB et les secteurs circulaires GDE, EDH, on déduit les relations
donc
et puisque les triangles CDE, EDB possèdent la même hauteur et les droites ED et CA sont parallèles, on aura:
d’autre part,
donc
mais
par suite
d’où
et en conséquence,
C.Q.F.D.
Bien que l’énoncé ainsi que la démonstration de ce lemme ne soient pas abordés dans le texte de Théodose non plus que dans celui d’Ibn Hūd, notons que le contenu géométrique du lemme était connu depuis la tradition grecque; nous trouvons par exemple chez Archimède l’énoncé suivant:
Si, parmi les côtés de deux triangles rectangles qui comprennent l’angle droit, les uns sont égaux et les autres inégaux, la raison du plus grand des angles inégaux compris par les côtés inégaux au plus petit de ces angles, est plus grande que la raison du plus grand des côtés opposés à l’angle droit au plus petit de ces côtés, et moindre que la raison du plus grand des côtés qui comprennent l’angle droit au plus petit.Footnote 1
Énoncé qui couvre assurément celui du lemme d’Ibn Qurra, mais il est formulé par Archimède sans preuve.
Le lemme attribué à Thābit ibn Qurra s’interprète de la manière suivante (voir Fig. 12):
donc
et le lemme dit que
Autrement dit, la fonction x → tg x/x est croissante pour 0 < x < π/2.
De même, l’énoncé d’Archimède concerne les triangles rectangles ABC, A′B′C′ tels que BC = B′C′ et AB > A′B′. Il affirme que
Or
ainsi,
L’énoncé signifie donc que
Autrement dit, sin x/x est décroissant et tg x/x est croissant pour 0 < x < π/2.
2. Extraits du commentaire d’Ibn ʿIrāq des Sphériques de Ménélaüs, livre III Footnote 2
Lemme: Le triangle ABC est tel que le côté BC ne soit pas plus petit que le côté AC. On mène une droite quelconque BE au côté AC. (Fig. 13 et 14).
Je dis que le rapport de CA à AE est plus grand que le rapport de l’angle BEA à l’angle BCA.
Étant donné que nous menons CG parallèlement à BE, que nous prolongeons AB jusqu’à ce qu’elles se rencontrent en G et que BC n’est pas plus petit que AC, GC est plus grande que BC. Posons le point C comme centre et traçons, à la distance CB, l’arc ABH. L’arc BH rencontre la droite GC entre les points G et C et, si AC n’est pas plus petite que BC, il la rencontre au point A. Il est clair que le triangle ABC est plus petit que le secteur ABC et que le triangle GBC est plus grand que le secteur BHC; mais le rapport du triangle GBC au triangle [L-52v] ABC est égal au rapport de GB à BA; donc le rapport de GB à BA est plus grand que le rapport du secteur CHB au secteur ACB. Si nous composons, le rapport de GA à AB est donc plus grand que le rapport du secteur ACH au secteur ACB; mais le rapport du secteur ACH au secteur ACB est égal au rapport de l’angle GCA à l’angle ACB, l’angle GCA est égal à l’angle AEB et le rapport de GA à AB est égal au rapport de CA à AE; le rapport de CA à AE est donc plus grand que le rapport de l’angle AEB à l’angle ACB. Ce qu’il fallait démontrer.
Fig. 13.
Fig. 14.

Commentaire du lemme d’Ibn ʿIrāq
Lemme (Fig. 15): Soit ABC un triangle de côté sgm(BC) supérieur ou égal au côté sgm(AC). Si E est un point arbitraire intérieur du côté sgm(AC), alors
Fig. 15.
Preuve: Menons, parallèlement à la droite EB, une droite CG. Les droites CG et AB ne sont pas parallèles, car les droites EB et AB ne le sont pas; donc la droite AB coupe la droite CG en un point, soit G. D’autre part,
mais
et
donc
angle(CBG) ≥ angle(ABC) + angle(ACB) > angle(ABC) > angle(BGC);
par conséquent,
Décrivons un cercle (Σ) centré au point C et de rayon sgm(CB); puisque sgm(CG) > sgm(CB), la circonférence arc(Σ) coupe sgm(CG) en un point intérieur, soit H; et puisque 0 < sgm(CA) ≤ sgm(CB), arc(Σ) coupe le prolongement de sgm(CA) en un point A′ de telle manière que A soit sur le segment semi-ouvert à gauche sgm(CA′). Ainsi les triangles ABC, BCG et les secteurs circulaires A′CB et BCG vérifient les relations suivantes:
aire.tr(BCG) > aire.sect(BCH);
donc
mais
et
donc
par suite
En conséquence,
C.Q.F.D.
Donc le lemme d’Ibn ʿIrāq généralise le résultat du lemme d’Ibn Qurra sur des triangles qui ne sont pas obligatoirement rectangles.
Proposition de Théodose reprise par Ibn ʿIrāq.Footnote 3
Que le <grand> cercle ABCD soit perpendiculaire aux cercles parallèles, que le cercle AGC soit le plus grand d’entre eux et que le grand cercle HGI soit incliné sur les cercles parallèles et perpendiculaire au cercle ABCD. Que E soit le centre de la sphère et que les deux points B, D soient les deux pôles des cercles parallèles. Traçons l’arc du grand cercle, NU. Je dis que le rapport du diamètre de la sphère au diamètre du cercle parallèle au cercle AGC et tangent au cercle HI au point H, est plus grand que le rapport de l’arc AU à l’arc HN.

En effet, menons les diamètres AEC, BED, HEI et HLS parallèle au diamètre AEC. Quant à HLS, il est alors le diamètre du cercle tangent au cercle HGI et parallèle au cercle AGC; quant au diamètre BED, il est alors perpendiculaire à tous les diamètres parallèles. Décrivons le cercle KNM, un des cercles parallèles, et menons le diamètre KPM. L’intersection <NO> des deux cercles HGI et KNM qui sont perpendiculaires au cercle ABCD est donc perpendiculaire au plan ABCD; puisque B est le pôle des deux cercles AGC et KNM, l’arc KN est semblable à l’arc AU et le point P, qui est commun au diamètre KPM et au diamètre BED – qui passe par les pôles des cercles AGC, KNM – est le centre du cercle KNM; l’angle NPO est donc de même grandeur que l’arc AU et l’angle NEO est de même grandeur que l’arc HN; mais EO est plus grand que PO, car l’angle P est droit. Posons OJ égal à PO et joignons NJ; puisque l’angle NOJ est droit, que OJ est égal à PO et que NO est commun, l’angle OJN est égal à l’angle OPN. D’après ce qu’on a déjà montré,Footnote 4 il devient clair que le rapport de la droite EO à la droite OJ est plus grand que le rapport de l’angle OJN à l’angle OEN; donc le rapport de EO à OP est plus grand que le rapport de l’angle AEU à l’angle OEN; mais le rapport de l’angle AEU à l’angle OEN est égal au rapport de l’arc AU à l’arc HN et le rapport de EO à OP est égal au rapport de EH à HL, donc le rapport de EH – qui est la moitié du diamètre de la sphère – à HL – qui est la moitié du diamètre du cercle tangent au cercle HGI au point H – est plus grand que le rapport de l’arc AU à l’arc HN. Ce qu’il fallait démontrer.
3. Extrait du livre al-Istikmāl d’Ibn HūdFootnote 5
21 <Proposition> Si deux des grands cercles de la surface d’une sphère sont inclinés l’un sur l’autre, si l’on marque sur l’un de ces deux cercles deux points, dans l’un des deux quadrants situés d’un même côté de l’intersection, et si de ceux-ci on abaisse, perpendiculairement à l’autre cercle, deux <arcs> de grands cercles, alors le rapport de l’arc situé entre les deux pieds des deux perpendiculaires à l’arc séparé de l’autre cercle sera plus petit que le rapport du diamètre de la sphère au diamètre du cercle passant parallèlement au deuxième grand cercle par les deux extrémités de l’arc séparé qui est plus rapprochée de l’extrémité du quadrant du cercle situé de l’autre côté de l’intersection, et plus grand que le rapport du diamètre du cercle tangent au cercle incliné, au diamètre du cercle qui lui est parallèle, qui passe par les deux extrémités de l’arc séparé, qui est plus proche du point d’intersection. Si l’arc situé entre les deux perpendiculaires est plus grand que l’arc séparé, le rapport du premier arc au second est plus grand que le rapport du rectangle entouré par le diamètre de la sphère et le diamètre du cercle tangent au cercle incliné, au rectangle entouré par les diamètres des deux cercles passant <parallèlement à l’autre cercle> par les deux extrémités de l’arc séparé. Si l’arc situé entre les deux perpendiculaires est plus petit que l’arc séparé, alors le rapport du premier au second est plus petit que le rapport du rectangle entouré par le diamètre de la sphère et le diamètre du cercle tangent, au rectangle entouré par les diamètres des deux cercles passant par les deux extrémités de l’arc séparé.
Exemple:
Soit une sphère de centre A et soient sur sa surface deux grands cercles BC et DB inclinés l’un sur l’autre. On marque sur le cercle BD deux points D et G de l’arc BD qui n’est pas plus grand qu’un quadrant de cercle. On mène de ces points deux arcs de grands cercles DC et GH perpendiculaires au cercle BC. Je dis que le rapport de l’arc CH à l’arc DG est plus petit que le rapport du diamètre de la sphère au diamètre du cercle qui passe par D parallèlement au cercle BC, et plus grand que le rapport du diamètre du cercle [89v] <parallèle au cercle BC et> tangent au cercle BD, au diamètre du cercle qui lui est parallèle et qui passe par le point G.
Démonstration:
Le point D ou bien est l’extrémité du quadrant de cercle ou bien il ne l’est pas. Qu’il soit d’abord l’extrémité du quadrant de cercle. Prolongeons les deux arcs CD et HG jusqu’au pôle E et abaissons du point G au plan du cercle CDE la perpendiculaire GK, qui coupe l’intersection des plans des deux cercles BD et CD, soit DKA. Soit la droite AE l’intersection du cercle HGE et du cercle CDE. Traçons autour du pôle E et à la distance EG, le cercle GI; son plan passe alors par la perpendiculaire GK. Soient la droite IKL l’intersection du cercle GI et du cercle CIDE, la droite DM l’intersection du cercle tangent au cercle BD et du cercle CID, la droite AH l’intersection des deux cercles EGH et BHC et la droite AG l’intersection des deux cercles BGD et EGH. Puisque la droite KL est perpendiculaire à la droite AE, la droite AK est plus grande que la droite KL. Séparons de AK une droite égale à KL, soit KN, et joignons NG et LG; l’angle GNK, qui est plus grand que l’angle GAD, est alors égal à l’angle G<L>I, qui est égal à l’angle HAC; le rapport de la droite AK à la droite KN – qui est égale à la droite KL – est alors plus grand que le rapport de l’angle GNK à l’angle GAK. Mais le rapport de AK à KL est égal au rapport de AD à DM; or AD est le demi-diamètre de la sphère, DM est le demi-diamètre du cercle tangent au cercle DB et A est le centre de la sphère, alors le rapport de l’arc HC à l’arc GD est plus petit que le rapport du diamètre de la sphère au diamètre du cercle tangent au point D.
Si l’arc DB est plus petit qu’un quart de cercle, qu’un arc d’un grand cercle passe par le point D perpendiculairement au cercle EDC, et qu’il rencontre le cercle EGH au point S. Puisque les deux angles aux points C et D sont droits, chacun des deux arcs DS et CB prolongé, s’ils se rencontrent, sera un quart de cercle, et ce qui est au-delà des deux arcs DS et CH sera inférieur à un demi-cercle; donc l’angle DSG est obtus et l’arc DG est alors plus grand que l’arc DS; et le rapport de l’arc CH à l’arc DS est plus petit que le rapport du diamètre de la sphère au diamètre du cercle passant par le point D parallèlement au cercle BC .

L’arc CH ou bien est plus grand que l’arc GD, ou bien il est plus petit que lui. Si l’arc CH est plus grand que l’arc DG – mais le diamètre du cercle qui passe par le point D est plus petit que le diamètre du cercle qui passe par le point G –, alors le rapport de l’arc CH à l’arc DG est beaucoup plus grand que le rapport du diamètre du cercle qui passe par le point D au diamètre du cercle qui passe par le point G.
Si l’arc CH est plus petit que l’arc DG, posons de la même manière l’arc OH plus petit que l’arc UG; alors l’homologue de OH est plus petit que l’homologue de UG, c’est pourquoi le rectangle entouré par le diamètre de la sphère et le diamètre du cercle tangent au cercle BD sera plus petit que le rectangle entouré par les diamètres des cercles qui passent par les deux points G et U. Posons le plan entouré par les diamètres des deux cercles qui passent par les deux points G, D égal au plan entouré par le diamètre de la sphère et le diamètre du cercle tangent au cercle BD.
Posons également le rectangle entouré par les diamètres des deux cercles passant par les deux points U et P, alors le point G est au-dessous du point P et le point U est au-dessous du point D. Menons les cercles EPQ et EDC. [90r] Puisque le rapport de l’homologue de l’arc CH à l’homologue de l’arc DG est égal au rapport du rectangle entouré par le diamètre de la sphère et le diamètre du cercle tangent, au rectangle entouré par les diamètres des deux cercles passant par les points D et G, et que les deux rectangles sont supposés égaux, l’homologue de l’arc CH est alors égal à l’homologue de l’arc DG; mais chacun d’eux est inférieur à un quart de cercle, donc l’arc CH est égal à l’arc GD. De la même manière, on montre que l’arc OQ est égal à l’arc UP; il reste la somme des deux arcs DU et PG égale à la somme des deux arcs CO et QH; mais le rapport de l’homologue de CO à l’homologue de UD est égal au rapport du rectangle entouré par les diamètres des deux cercles passant par les deux points D et G, au rectangle qui est entouré par les diamètres des deux cercles passant par les deux points D et U. Si nous enlevons le diamètre du cercle qui passe par le point D, qui est une hauteur commune aux deux rectangles, le rapport du diamètre du cercle qui passe par le point G au diamètre du cercle qui passe par le point U est égal au rapport de l’homologue de l’arc CO à l’homologue de l’arc DU. De même, le rapport de l’homologue de l’arc QH à l’homologue de l’arc PG est égal au rapport du rectangle entouré par les diamètres des deux cercles passant par les deux points U et P, au rectangle entouré par les deux cercles passant par les deux points P et G. Si nous enlevons le diamètre du cercle qui passe par le point P, qui est une hauteur commune aux deux rectangles, le rapport du diamètre du cercle qui passe par le point G au diamètre du cercle qui passe par le point U est égal au rapport de l’homologue de l’arc GP à l’homologue de l’arc HQ. Mais ce rapport était égal au rapport de l’homologue de l’arc CO à l’homologue de l’arc DU, donc le rapport de l’homologue de l’arc CO à l’homologue de l’arc DU est égal au rapport de l’homologue de l’arc PG à l’homologue de l’arc QH; mais la somme des deux arcs DU et PG est égale à la somme des deux arcs QH, CO, l’arc PG est donc égal à l’un des deux arcs QH et CO; or il est plus grand que l’arc QH, donc il est égal à l’arc CO; alors l’arc UG, tout entier, est égal à l’arc CQ, tout entier, et de même, l’arc DP, tout entier, est égal à l’arc OH et le rapport de l’arc CQ à l’arc DP, qui est égal au rapport de l’arc UG à l’arc OH, est plus petit que le rapport du diamètre de la sphère au diamètre du cercle passant par le point D; et, si nous inversons le rapport, le rapport de l’arc OH à l’arc UG sera plus grand que le rapport du diamètre du cercle passant par le point D au diamètre de la sphère; or le rapport du diamètre du cercle qui passe par le point D au diamètre de la sphère est comme le rapport du diamètre du cercle tangent au cercle BD au diamètre du cercle passant par le point G; le rapport de l’arc OH à l’arc UG est donc plus grand que le rapport du diamètre du cercle tangent au diamètre du cercle passant par le point G.
Il en ressort clairement que, si l’arc CH est plus grand que l’arc DG, alors leur rapport est plus grand que le rapport de leurs homologues, qui sont proportionnels aux rectangles indiqués. Si l’arc CH est plus petit que l’arc DG, leur rapport sera également plus petit que le rapport de leurs homologues, qui sont proportionnels aux deux rectangles indiqués. Dès lors on montre que, si le point D est l’extrémité du quart de cercle, alors le rapport de l’arc CH à l’arc DG est plus grand que le rapport du diamètre de la sphère au diamètre du cercle passant par le point G; en effet, le rapport de l’homologue de l’arc CH à l’homologue de l’arc DG est égal au rapport du rectangle qui est entouré par le diamètre de la sphère et le diamètre du cercle qui passe par le point D, au rectangle entouré par le diamètre du cercle qui passe par le point G et le diamètre du cercle qui passe par le point D; si donc nous enlevons le diamètre du cercle passant par le point D, le rapport de l’homologue de l’arc CH [90v] à l’homologue de l’arc DG sera égal au rapport du diamètre de la sphère au diamètre du cercle qui passe par le point G; le rapport de l’arc CH à l’arc DG est donc plus grand que le rapport du diamètre de la sphère au diamètre du cercle qui passe par le point G.
Mais comment déterminer le point qui délimite les arcs, le plus grand et le plus petit des deux cercles inclinés, c’est selon ce que je décris: que la figure soit la même et que le point D soit l’extrémité du quart du cercle. Menons l’arc EP de telle manière que son homologue soit la moyenne proportionnelle entre le diamètre de la sphère et l’homologue de l’arc ED. Je dis que le point P est le point qui délimite les arcs indiqués.
En effet, si nous marquons sur l’arc DP un point U et sur l’arc PB un point G et si nous menons du pôle E les cercles EUO, EGH et EPQ, alors l’arc OQ sera plus grand que l’arc UP et l’arc QH sera plus petit que l’arc PG.
Démonstration:
Le rapport de l’homologue de OQ à l’homologue de UP est égal au rapport du rectangle entouré par le diamètre de la sphère et le diamètre du cercle tangent – qui est égal au carré du diamètre du cercle qui passe par le point P – au rectangle entouré par les diamètres des deux cercles qui passent par les deux points P et U, qui est égal au rapport du diamètre du cercle qui passe par le point P au diamètre du cercle qui passe par le point U; donc l’arc OQ est plus grand que l’arc UP. De la même manière on montre que l’arc QH est plus petit que l’arc PG. Ce qu’il fallait démontrer .


