Introduction
Parmi les ressources génétiques animales exploitées au Togo, les petits ruminants occupent une place importante et sont naturellement divisés entre les ovins qui prédominent au nord et les caprins qui dominent au sud du pays. Les races ovines rencontrées sont: le mouton Djallonké (MD) qui constitue l'essentiel du cheptel national ovin (environ 841 000 têtes en 1996) et le mouton de Vogan (MV) (190 000 têtes en 1983) (http://dad.fao.org). Le MV serait un produit de croisements entre la brebis Djallonké et le bélier sahélien (Amegee, Reference Amegee1983). Son nom local est Sabalu. Malgré les appréciations sur le MV, il n'existe aucun programme d’études et de valorisation de cette ressource. Les dernières études sur la connaissance de la race remontent aux années 80 (Amegee, Reference Amegee1978, Amegee, Reference Amegee1983; Amegee, Reference Amegee1984a; Amegee, Reference Amegee1984b) et sont limitées aux descriptions phénotypiques. Par ailleurs, jusqu’à présent, le MV est resté dans une zone qui peut être caractérisée comme «berceau de la race» à savoir le sud-est du Togo. Dans le contexte actuel des changements globaux notamment climatiques, de l’évolution des systèmes d’élevage et du marché, il est nécessaire d'actualiser les données phénotypiques sur le MV, de réaliser des études de caractérisation moléculaire de la race et surtout de proposer des stratégies pour sa diffusion. C'est dans cette optique que la présente étude a été menée pour, dans un premier temps, actualiser les données morphobiométriques du MV et établir une description comparative de ces caractères phénotypiques entre les MV et les populations parentales à savoir les MD et les MS. Cette étude cadre bien avec la stratégie prioritaire 1 du Plan d'actions mondial de la FAO pour les ressources zoo-génétiques (FAO, 2007).
1 Matériel et méthodes
1.1 Zone d’étude
L’étude a été menée dans la préfecture de Vô (pour les MV et les MD) dans la région de Maritime, les préfectures de Kloto et d'Agou (pour les MD) dans la région des Plateaux au Togo et dans la ville de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso (pour les MS). La carte de la répartition des élevages échantillonnés au Togo est représentée sur la figure 1.
Zone d’étude.
1.2 Matériel animal
L’étude a porté sur trois races ovines (Figure 2): le mouton Djallonké, le mouton sahélien et le mouton de Vogan. Les deux sexes (mâle et femelle) ont été inclus dans l’étude.
Races ovines étudiées. (a) Brébis Djallonké avec des agneaux. (b) Troupeau de moutons de Vogan. (c) Troupeau de moutons sahéliens.
1.3 Méthodes
1.3.1 Echantillonnage des animaux
Les mesures morphobiométriques des animaux ont été menées du 16 au 21 janvier 2013 dans 7 cantons de la préfecture de Vô (Togoville, Wogba-Vogan, Sévagan, Koutimé, Vogan, Dzrékpo et Dagbati), 4 cantons de la préfecture d'Agou (Gadja, Klonou, Gnogbo-Agbétiko et Akplolo) et 1 canton de la préfecture de Kloto (Tové-Kpeta) et en mai 2013 dans la ville de Bobo-Dioulasso en ce qui concerne les moutons sahéliens. Les mesures morphobiométriques ont porté sur 236 moutons dont 104 MV et 50 MD dans la préfecture de Vô; 42 MD dans l'Agou, 10 MD dans le Kloto et 30 MS à Bobo-Dioulasso.
Les MD des préfectures de Kloto et d'Agou sont considérés dans cette étude comme des populations génétiquement conservées (témoins) car dans ces deux préfectures l'unique race ovine est la race Djallonké, ce qui limite les possibilités d'introgression de la race Djallonké par une autre race ovine.
Dans chaque troupeau, 1 à 10 individus les moins apparentés possibles ont été échantillonnés en fonction de la taille du troupeau pour avoir la plus grande variabilité possible.
1.3.2 Mesures morphobiométriques
Le guide établi par l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO, 2012) a été utilisé pour décrire ou mesurer les caractères morphobiométriques. Au total, 23 caractères, dont 12 caractères qualitatifs et 11 caractères quantitatifs ont été enregistrés. Les données qualitatives (race (mouton djallonké, mouton de Vogan, mouton sahélien), sexe (mâle, femelle), type d'eumélanine, patron pigmentaire, présence ou absence d’étoile socquette, présence ou absence de frosting, présence ou absence de la barbiche et/ou des pampilles, structure des poils (court et dur, court et lisse, long et dur, long et lisse), port des oreilles (court et dressé, court et tombant, long et dressé, long et tombante), présence ou absence de la corne et description de la forme des cornes) ont été obtenues par simple observation des individus. Par contre, pour les données quantitatives (Figure 3), les mesures ont été effectuées après la contention (Figure 4a) de chaque animal. Les outils suivants ont été utilisés pour les mesures:
-
– Une canne-toise pour mesurer la hauteur au garrot, la profondeur du thorax et la longueur du corps;
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– Un mètre ruban (Figure 4b) pour mesurer le cordonnet chanfrein, l'arc chanfrein, la longueur des oreilles, la longueur des cornes, l'espace intercornes, la circonférence thoracique et la longueur de la queue.
Modalités de mesures des variables quantitatives.
Techniques de quelques mesures morphobiométriques. (a) Contention pour les prélèvements. (b) Mesure du périmètre thoracique avec le mètre ruban.
1.3.3 Analyses statistiques des données
Pour le traitement des données, une base de données a été constituée à l'aide du tableur Microsoft Excel 2007. Les analyses des données (qualitatives et quantitatives) ont été faites avec le logiciel R (R-Core-Team, 2012). Le seuil de significativité utilisé est de 5% pour l'interprétation des tests statistiques.
Les paramètres utilisés pour l'analyse des données qualitatives sont la fréquence et la proportion. Ces paramètres ont été calculés en fonction de la race, du sexe et de la localité.
Les variables quantitatives ont été exprimées sous forme de moyenne et l’écart-type, valeurs minimales et valeurs maximales. Ces variables quantitatives ont été évaluées en fonction des facteurs comme la race, le sexe, la localité et l’âge.
L'analyse en composantes principales (ACP) a permis d’établir la corrélation entre les variables quantitatives en utilisant le package FactoMineR implémenté dans le logiciel R (Husson et al., Reference Husson, Josse, Le and Mazet2014) tandis que l'analyse factorielle des correspondances a été utilisée pour identifier les variables qualitatives qui discriminent les trois populations. Des regroupements d'animaux ont été identifiés en supposant des clusters représentés par le paramètre k (k = 3 à 10). Les individus sont regroupés en fonction de la valeur de k supposée. Le package FactoMineR implementé dans le logiciel R a permis aussi de représenter les relations entre les variables quantitatives et les variables qualitatives utilisées.
2 Résultats
2.1 Structure des troupeaux de mouton de Vogan étudiés
L’âge moyen des moutons de Vogan inclus dans cette étude était de 2,7 ans (minimum = <1 an et maximum = plus de 4ans).
Les individus échantillonnés étaient majoritairement des femelles: 85% pour les MD (n = 87), 67% pour les MS (n = 20) et 70% pour les MV (n = 73). Dans tous les troupeaux, les femelles sont numériquement majoritaires.
2.2 Caractères qualitatifs
2.2.1 Patron pigmentaire et types d'eumélanine
Les fréquences des patrons pigmentaires observés chez les races ovines de cette étude sont présentées dans le tableau 1. On note une prédominance significative du patron pigmentaire illisibleFootnote 1 chez les moutons Djallonké (64,71%, p-value <0,001) et les moutons sahéliens (50%, p-value <0,001). Cependant, chez les MV, les patrons pigmentaires illisible et bicolore (Figure 5) sont les plus rencontrés, respectivement dans les proportions de 42,31% (p-value <0,001) et 44,23% (p-value <0,001). L'absence de pigment (robe blanche uniforme) est plus rare chez les MV (1,92%) par rapport aux MS (30%) et MD (2,94%).
Patron pigmentaire et type d'eumélanine avec étoile socquette chez les moutons de Vogan. (a) Etoile socquette sur le front. (b) Robe bicolore rousse.
Fréquences des caractères qualitatifs liés à la robe, aux oreilles et aux poils chez les moutons Djallonké, les moutons de Vogan et les moutons sahéliens.
a patron présentant deux zones bien distinctes de couleurs différentes; b non détermination des zones d'eumélanine et de phaeomélanine face aux extensions des zones blanches dans la robe; c patron présentant une seule couleur sur tout le corps de l'animal; d animal totalement de couleur blanche; e patron présentant des taches de couleurs différentes sur l'animal.
En ce qui concerne le type d'eumélanine, chez les MD, le type d'eumélanine est majoritairement le roux ou le noir et parfois le chocolat (test de Khi2, p-value <0,001). Chez les MS, la robe est majoritairement blanche (test de Khi2, p-value <0,001). Chez les MV, deux types d'eumélanine sont significativement distribués dans la population échantillonnée, le roux et le noir (ou du chocolat) (test de Khi2, p-value <0,001).
2.2.2 Fréquence de l’étoile socquette et frosting par race ovine
Les étoiles socquettes (Figure 5a) sont plus fréquentes avec une différence significative au test de Khi2 chez les MD (90,1%) que chez les MV (76,92%, p-value = 0,01888) et chez les MS (69,57%, p-value = 0,02457). Par contre, les frosting sont plus représentés avec une différence significative au test de Khi2 chez les MS (69,23%, p-value = 0,003029) et les MV (42,31%, p-value = 0,0131) que chez les MD (24,74%). Il n'existe pas de différence significative au test de Khi2 entre les MV et les MS pour les étoiles socquettes (p-value = 0,6347), et les frosting (p-value = 0,1228).
2.2.3 Structure des poils et port de l'oreille
Les poils des moutons de Vogan sont courts et lisses comme chez les moutons sahéliens contrairement aux moutons Djallonké qui possèdent des poils courts et durs. Les oreilles des moutons de Vogan et moutons sahéliens sont tombantes et longues (Figure 6) tandis que chez les moutons Djallonké les oreilles sont courtes et dressées. Tous ces résultats sont consignés dans le Tableau 1.
Port des oreilles des moutons de Vogan.
6a. Oreille de type tombant long.
6b. Oreille de type tombant court.
2.2.4 Appréciation des cornes
La forme et la longueur des cornes sont variables selon le sexe. Les fréquences des femelles portant des cornes par race sont: 1,15% dans la race Djallonké, 9,59% chez les moutons de Vogan et 10% chez les brebis sahéliennes. Par contre, dans les trois races, tous les mâles portent des cornes. Par ailleurs, dans les trois races ovines, certaines femelles portent des vestiges de cornes semblables à de gros boutons dans les pourcentages de 16,44% chez les MV (12 femelles cornues sur 73 échantillons), 1,15% chez les MD (1 individu sur 87 échantillons) et 5% chez les MS (1 individu sur 20 échantillons). La fréquence du portage des cornes par sexe des races ovines est présentée dans le tableau 2.
Pourcentage des individus portant des cornes en fonction du sexe et de la forme de corne.
*M: corne spiralée orientée en avant mais souvent collée à la joue; H: corne spiralée écartée vers l'extérieure puis en avant; H1: corne spiralée externe en avant et recourbée en arrière; H2: corne petite; G: corne prismatique orientée vers l'extérieur.
Les formes des cornes varient également selon les races ovines (Tableau 2). Les MD portent tous les mêmes types de corne : forme «spiralée écartée vers l'extérieur puis en avant». Les MV présentent généralement le type «prismatique orientée vers l'extérieur» (Figure 7a) mais avec d'autres variantes de forme : forme «spiralée écartée vers l'extérieur puis en avant» pour les béliers (Figure 7b) et la forme «petite» pour les brebis (Figure 7c). Par contre, chez les MS, la forme générale des cornes est la forme «spiralée écartée vers l'extérieur puis en avant» avec diverses variantes chez les mâles que sont par ordre d'importance: la forme «spiralée orientée en avant mais souvent collée à la joue» (30% pour N = 10) et la forme «spiralée externe en avant et recourbée en arrière» (10% pour N = 10).
Formes de cornes des moutons de Vogan. (a) Cornes prismatiques orientées vers l'extérieur (Forme G). (b) Cornes spiralées écartées vers l'extérieur puis en avant (Forme H). (c) Cornes petites (Forme H2).
2.3 Données quantitatives
2.3.1 Caractères morphobiométriques par race ovine
Le tableau 3 décrit les moyennes ± écart-types et les valeurs extrêmes des caractères quantitatifs au niveau des races ovines étudiées.
Caractères morphobiométriques par race ovine.
1,2,3 sur la même ligne pour chaque paramètre, les valeurs affectées de même chiffre ne sont pas statistiquement différentes (p-value supérieure à 0,05; Et = Écart-type).
Les caractères quantitatifs pour lesquels les moutons de Vogan présentent des valeurs moyennes significativement supérieures (t-test, p-value <0,001) à celles des MD sont : la hauteur au garrot (HG), la circonférence thoracique (CT), la profondeur du thorax (PT), le cordonnet chanfrein (CC), la longueur de la queue (LQ), la longueur des oreilles (LO) et la longueur du corps (LC). Par contre, ces performances moyennes des MV sont significativement inférieures (p-value <0,01) aux valeurs des MS. Aucune différence significative n'a été trouvée entre l'arc chanfrein des MV et celui des MS (p-value = 0,65) tandis que l'arc chanfrein (AC) des MV est significativement supérieur à celui des MD (p-value <0,001). En ce qui concerne l'espace intercorne (EIC), aucune différence significative n'a été observée entre les MV et les MD (p-value = 0,21) tandis que la valeur de cet espace chez les MV est significativement inférieure à celle des MS (p-value = 0,04). La race semble ne pas avoir d'effet sur la longueur de la corne (Lc) car aucune différence significative n'a été observée entre les MV et les MD (p-value = 0,29) et entre les MV et les MS (p-value = 0,08).
2.3.2 Influence du sexe sur les caractères morphobiométriques
Le facteur « sexe » a un effet significatif sur certains caractères quantitatifs (Lc, LC, CT) des races ovines comme le montre le tableau 4. Nos résultats montrent qu'il existe un dimorphisme sexuel chez les MD et les MS seulement pour la longueur de la corne tandis que chez les MV le dimorphisme sexuel a été observé aussi bien pour la longueur de la corne que pour la longueur du corps et la circonférence thoracique.
Effet du sexe sur certains caractères morphobiométriques par race ovine.
*Un seul individu; Et = Ecart-type. **Significativité au seuil de 5% au test de Student.
2.3.3 Influence de l’âge sur les caractères morphobiométriques
Les valeurs moyennes ± écart-types et les valeurs minimales et maximales des caractères quantitatifs des races ovines par rapport à l’âge ainsi que les résultats des comparaisons des différentes classes d’âges sont présentés dans le tableau 5.
Caractères morphobiométriques des races ovines par rapport à l’âge.
*Un seul individu dans la classe d’âge; Et = Ecart − type. **Le facteur « âge » a un effet significatif au seuil de 5% sur le caractère (ANOVA, p − value <0,05). MD: Mouton Djallonké; MV: Mouton de Vogan; MS: Moutons sahéliens.
2.3.4 Caractères morphobiométriques des moutons Djallonké par région
Le tableau 6 présente les moyennes ± écart-types, et les valeurs extrêmes des caractères morphobiométriques des MD dans la région Maritime (préfecture de Vô) et dans la région des Plateaux (préfecture de Kloto et préfecture d'Agou).
Caractères morphobiométriques des moutons Djallonké dans la région Maritime et dans la région des Plateaux.
1,2Indication d'ordre au test de Student pour p < 0,05; Et = Ecart − type. **Significatif au test de Student.
Les résultats montrent que les caractères morphobiométriques des MD de la région Maritime sont significativement supérieurs à ceux des MD de la région des Plateaux (p-value <0,05) sauf pour la longueur de la corne (p-value = 0,34).
2.3.5 Influence du canton sur les caractères morphobiométriques des moutons de Vogan
Le tableau 7 présente les moyennes ± écart-types et les valeurs extrêmes des caractères morphobiométriques des MV en fonction des cantons.
Caractères morphobiométriques des moutons de Vogan par canton.
Et = Ecart − type. **Significatif au test.
Le facteur «Canton» a un effet significatif sur tous les caractères morphobiométriques des MV présentés dans le tableau 7 (ANOVA, p-value <0,05). Deux types génétiques de MV avec des performances zootechniques significativement différentes (Test de Student, p-value <0,05) ressortent de cette analyse : un type de petit format dans les cantons de Koutimé et de Vogan et un autre de grand format dans les cantons de Togoville, Sévagan et Wogba-Vogan.
Les résultats de l'ACP présentent également cette tendance (Figure 8). En effet, à K = 3, les trois races se séparent avec les MV dans une position intermédiaire entre les MS et les MD mais avec quelques individus de moutons de Vogan dans le même groupe que les moutons sahéliens. A K = 5, la population de moutons de Vogan se divise en 2 sous-populations. A K = 6, quelques moutons sahéliens se séparent des moutons de Vogan. Les moutons Djallonké de la région Maritime ne s'isolent de ceux des Plateaux qu’à K = 8.
Analyses en composantes principales.
2.3.6 Assignation des moutons de Vogan selon les variables quantitatives
Les résultats de l'analyse principale des correspondances (à K = 3) ont assigné les moutons de Vogan à 45% comme un groupe à part (moutons de Vogan), à 54% comme les moutons sahéliens et à 1% dans le groupe des moutons Djallonké. La majorité des individus classés dans le groupe des moutons sahéliens proviennent des cantons de Wogba-Vogan, Togoville et Sévagan et seulement quelques uns du canton de Koutimé.
2.3.7 Corrélation entre les variables quantitatives et qualitatives
Le cercle de corrélation entre les variables quantitatives et les variables qualitatives (Figure 9) a regroupé i) les variables liées à la coloration de la robe (patron pigmentaire, robe, type eumélanine, étoile soquette), ii) les variables liées à la corne (présence ou absence, forme, longueur et espace intercornes), iii) la structure des poils, iv) la localité (canton) qui est corrélée à la plupart des variables quantitatives et v) le sexe de l'animal qui est négativement corrélé aux variables liées à la corne.
Cercle de corrélation les variables quantitatives et qualitatives mesurées.
Notons qu'il existe une relation linéaire entre les variables quantitatives suivantes : longueur du corps, profondeur thoracique, hauteur au garrot, longueur des oreilles, longueur de la queue, l'arc chanfrein et la circonférence thoracique (Figure 10).
Corrélation entre paire de variables.
3 Discussion
3.1 Caractères qualitatifs
Les patrons pigmentaires dominants observés chez les MV sont le patron bicolore et le patron illisible tandis que le type d'eumélanine est dominé par la couleur rousse. La grande variabilité présentée pour le patron pigmentaire, le type d'eumélanine et la couleur de la robe des MV avaient également été rapportée Amegee (Reference Amegee1983) sur les MV du Togo. Cette variabilité pour ces caractères chez des animaux métis avait également été rapportée chez les agneaux issus du croisement entre moutons Djallonké et sahéliens en Côte d'Ivoire (Yapi-Gnaore, Reference Yapi-Gnaore1994). Les couleurs de la robe identifiées chez les MD dans notre zone d’étude (illisible roux ou noir) font partie de celles recensées par Hadzi (Reference Hadzi1996) au Togo et par Sangaré (Reference Sangaré2005) en Afrique de l'ouest de façon générale. Ces auteurs avaient en effet rapporté que la robe pie (noir ou roux) était majoritaire chez les MD. Par contre, les couleurs de la robe observées chez les MS (illisible) sont différentes de celles rapportées par Sangaré (Reference Sangaré2005) sur les moutons Peuls en Afrique de l'ouest (généralement bicolores) et cette différence peut se justifier par le type sahélien des individus échantillonnés et la taille de l’échantillon. En effet, dans le groupe des moutons sahéliens, il existe plusieurs races (ou type populationnel) avec des caractéristiques singulières (http://dad.fao.org).
La robe classique du mouton Bali-Bali est le blanc ou pie noir (http://dad.fao.org). Il apparaît ici que la couleur rousse des MV serait d'origine Djallonké tandis que la couleur noire d'origine sahélienne et les deux couleurs favoriseraient l'apparition de la robe brune (ou chocolat).
Les caractères qualitatifs qui rapprochent les moutons de Vogan des moutons sahéliens sont le port et la longueur des oreilles (longues et tombantes), la structure des poils (courts et lisses), les frosting (présents dans les proportions respectives de 42,31% et 69,23%) et les étoiles socquettes (présentes dans les proportions respectives 76,92% et 69,57%). Ces caractères chez les MV proviendraient des gènes hérités des moutons sahéliens car Sangaré (Reference Sangaré2005) a rapporté des résultats similaires en ce qui concerne le port des oreilles et la structure des poils sur les moutons Peuls en Afrique de l'ouest.
Le dimorphisme sexuel est bien marqué chez les MV pour le caractère « présence de la corne », car ce caractère est lié au sexe chez les ovins contrairement aux caprins chez lesquels les deux sexes (chèvre et bouc) sont pourvus de cornes (Traoré et al., Reference Traoré, Tamboura, Kaboré, Yaméogo, Bayala and Zaré2006). Dans la présente étude, tous les béliers des trois races ovines étudiées sont pourvus d'une paire de cornes frontales tandis qu'une faible proportion de brebis en sont pourvues (1,15% chez les brebis Djallonké, 9,59% chez les brebis de Vogan et 10% chez les brebis sahéliennes). Lorsque les cornes existent chez les brebis, elles sont moins développées que celles des béliers. Amegee (Reference Amegee1983) avait trouvé un pourcentage relativement supérieur (soit 5,58%) chez les brebis Vogan portant la corne. Cet écart pourrait être expliqué par le fait que cet auteur n'avait pas distingué les vestiges de cornes des vraies cornes comme nous l'avons fait dans la présente étude (16,44% des brebis avec des vestiges de corne).
Contrairement à ce qui avait été rapporté par Amegee (Reference Amegee1983), dans notre étude, aucun mouton de Vogan ne portait d'appendices (ni pampilles ni pendeloques). Ce caractère qui est prédominant dans les populations ovines sahéliennes tend à disparaître chez les moutons de Vogan du Togo probablement dû au fait que, i) il n'y a plus de moutons sahéliens purs dans la zone d’étude ; ii) les croisements se font actuellement entre moutons de Vogan ou avec les moutons Djallonké ; iii) le climat du sud-est du Togo ne favoriserait pas l'expression de ces caractères. Ce qui rend encore plus singulière la race de Vogan comparativement aux moutons sahéliens.
3.2 Caractères quantitatifs
Les valeurs des caractères quantitatifs (HG, CT, PT, CC, LQ, LO, LC) des MV sont supérieures à celles des MD mais inférieures à celles des MS ce qui donne aux MV une position de race « hybride » entre les MD et les MS. Le dimorphisme sexuel n'a pas été observé dans la présente étude pour la HG, la CT et le PT contrairement aux travaux de Amegee (Reference Amegee1983), probablement dû au fait qu'il y a eu plus de femelles que de mâles dans notre étude.
L'analyse des caractères quantitatifs laissent envisager pour la première fois qu'il y aurait deux types génétiques chez les MV dans la zone étudiée: les MV des cantons de Koutimé et Vogan (animaux de petit format) et les MV des cantons de Sévagan, Togoville et de Wogba-Vogan (animaux de grand format). La présence de ces deux types génétiques pourrait s'expliquer par les facteurs agro-écologiques mais aussi par l'ancienneté du début de l’élevage des moutons de Vogan dans les différentes localités. L'existence d’écotypes est bien connue chez les poules locales (Youssao et al., Reference Youssao, Tobada, Koutinhouin, Dahouda, Idrissou, Bonou, Tougan, Ahounou, Yapi-Gnaoré, Kayang, Rognon and Tixier-Boichard2010) et chez certaines races caprines (Fantahun et al., Reference Fantahun, Alemayehu and Abedaz2013) mais pas encore observée chez les moutons de Vogan. Selon les déclarations de certains éleveurs du MV inclus dans la présente étude, le canton de Wogba-Vogan, serait l'origine et le point d'achat des MV actuellement répandus dans la préfecture de Vô. Les analyses de structuration génétique et de mesure du niveau d'introgression avec les marqueurs moléculaires (ADN) permettront de vérifier cette hypothèse (travaux en cours). Si cette hypothèse se vérifie, la constitution d'un noyau pourrait être envisagée à partir des animaux de ce canton.
La cohabitation des moutons Djallonké avec les MV dans cette zone a fortement influencé certains de leurs caractères morphobiométriques (HG, PT, CT, LC) par rapport aux moutons Djallonké de la région des Plateaux (préfectures de Kloto et d'Agou) où la seule race ovine est la race Djallonké. Ce résultat intéressant pourrait être exploité dans d’éventuels programmes d'embouche ovine utilisant des moutons issus de croisements entre MD et MV.
Les valeurs obtenues pour la hauteur au garrot (54,63 ± 8,23cm pour les MD et 75,43 ± 5,43cm pour les MS) sont semblables à celles présentées par Sangaré (Reference Sangaré2005) sur les MS (65-90cm) et les MD (40-60cm) d'une façon générale en Afrique de l'ouest. Cependant, ces valeurs sont supérieures à celles rapportées par Hadzi (Reference Hadzi1996) sur les MD au Togo (40-50cm). Ceci pourrait s'expliquer par i) les fortes valeurs obtenues chez les MD de la préfecture de Vogan ; ii) la cohabitation des MD de la préfecture de Vô avec les MV qui entrainerait des croisements entre ces 2 races ovines. Les valeurs de ce caractère chez les MD de la région des Plateaux sont similaires à celles rapportées par Hadzi (Reference Hadzi1996). Ces résultats montrent qu'il existe une possibilité de mieux valoriser les moutons de Vogan à travers i) leur diffusion dans d'autres régions du Togo, ii) leur utilisation dans les programmes d'amélioration génétique des ovins du pays, iii) la promotion de l'embouche ovine utilisant des produits de croisement entre MD et MV car ces produits présenteraient des caractères morphobiométriques meilleurs que ceux des MD. Toutes ces stratégies de valorisation ne pourront être évaluées que si la race est bien caractérisée.
L'une des limites à cette étude a été l'absence de la variable «Poids» dans les caractères quantitatifs. Néanmoins, selon les éleveurs et les observations faites sur le terrain, le gabarit de ces animaux est très apprécié. Une étude intégrant l'estimation du poids vif et le rendement carcasse pour établir une formule barymétrique de la race, une analyse socio-économique de l’élevage de la race sont nécessaires pour un plaidoyer en faveur de la mise en place d'une politique de valorisation de cette race au niveau national, régional et international. Amegee (Reference Amegee1983) avait estimé le poids des moutons de Vogan entre 45 kg pour les béliers et 40 kg pour les brebis.
Conclusions
Le mouton de Vogan (MV) demeure une ressource génétique animale unique au Togo qui présente des performances phénotypiques appréciées par les éleveurs malgré le fait que les animaux soient élevés selon un système d’élevage traditionnel. Pour plusieurs caractéristiques morphobiométriques mesurées ou observées, les MV se positionnent comme une race intermédiaire entre les moutons Djallonké et les moutons sahéliens. Une amélioration du système d’élevage associée à une meilleure gestion des troupeaux pourrait permettre d'augmenter les performances de cette race ovine qui est déjà très appréciée. Des stratégies adéquates pour l'amélioration et une diffusion de la race sont nécessaires en vue d'une exploitation durable de ce patrimoine qui est jusqu’à présent resté très localisé au sud-est du Togo.
Une caractérisation fine de la race utilisant les marqueurs moléculaires (microsatellites) sont nécessaires pour compléter les caractères phénotypiques décrits dans la présente étude.
Remerciements
Ce travail a été réalisé grâce à la collaboration entre le Centre International de Recherche-Développement sur l’Élevage en zone Subhumide (CIRDES), l’École Supérieure d'Agronomie de l'Université de Lomé (UL) et l'Institut Togolais de Recherche Agronomique (ITRA) avec l'appui financier de l'Union Économique Monétaire Ouest Africaine (UEMOA) à travers son Programme d'Appui à l'Enseignement Supérieur (PAES). L’étudiant Alfa Essodong a bénéficié d'une bourse du projet pour ses travaux d'Ingénieur agronome.
Les auteurs remercient le Directeur Général de l'Institut de Conseil et d'Appui Technique (ICAT) du Togo pour avoir mis à notre disposition des agents (Ayawo Defly et Adovi Akue-kpakpo) pour le choix des sites et les prélèvements sur le terrain, le Dr Ali Kadanga de l'INFA de Tové, M. Yawo Sename Guede, Agent Villageois d'Elevage.
Déclaration d'intérêts
Absence d'intérêts pertinents. [Note to editor : I have left the declaration in but we have deleted it from previous articles.]
Annexe 1: Catégories de présentation
Catégorie 1: Espèces d'animaux d’élevage:
Petits ruminants (ovins)
Catégorie 2: Domaine technique
Caractérisation phénotypique